Le Moniteur Universel, n° du 3 mai
seul point, l’estacade, n’avait pas répondu à ses calculs et avait été enlevée par les glaces pendant l’hiver de 1829 à i83o l.
Cette chaussée ou digue, dont il est question plus haut, qui devait séparer la gare du bras navigable, existe encore aujourd’hui, entre le pont de Grenelle et le pont de Passy. Le vocable d' Allée des Cygnes lui a été donné en souvenir de l’ancienne île cie ce nom, et, sur sa plate-forme, longue de 85o mètres et large de 1 1 mètres, la Ville de Paris a fait planter, en 1878, une allée d’arbres dont l’entretien est à sa charge 2 .
Le plan de Lefèvre, daté de 1859, qualifie déjà cette chaussée du nom d’ Allée des Cygnes.
Une médaille à huit pans fut frappée à l’occasion de cette triple construction, soit pour commémorer le jour de l’inauguration, soit pour servir de jeton de présence aux membres de la société. Un exemplaire en argent est conservé à la Monnaie de Paris, ainsi que les deux coins. La face montre l’effigie de Charles X, roi de France; sur le revers se voit un sujet fort gracieux représentant Mercure, debout, protégeant de son caducée, une jeune femme assise symbolisant la Seine, appuyée sur une corne d’abondance et tenant un gouvernail. Au fond, sont les arches d’un pont, des grues et des cabestans. Comme légende : Pont, Gare et Port de Grenelle. MDCCCXXV1. Ce jeton fut gravé par Barre (Jacques-Jean) 1 793- 1855, qui avait été graveur général des Monnaies, de i8q3 à i8553.
Dans sa séance du 5 novembre i8q3, le Conseil Municipal
r. Voir pièce justificative n° i3.
2. Nomenclature officielle des Voies publiques et privées, de la Ville de Paris. Édition 191 1, p. 21 r.
3. L’indication de cette médaille nous a été fournie par Mme L. Boitel, petite-fille de M. Violet, et son identification a été faite par M. Fernand Mazerolle, archiviste de la Monnaie. Nous les en remercions vivement tous deux.
GRENELL E
de Grenelle votait rétablissement, au quai de Javel, d’une pierrée formant musoir, et ayant pour but de défendre la berge contre les envahissements de la rivière pendant les hautes eaux '.
11 n’est pas sans intérêt de rappeler, à cette occasion, qu’avant la confection des quais et du port, les bords de la Seine, en cet endroit, n’étaient qu’une berge tantôt basse, tantôt escarpée, de laquelle la rivière enlevait tous les ans plus d’un mètre à la plaine de Grenelle. Ce furent les travaux entrepris qui arrêtèrent cet état de choses.
Disons que la triple opération dont il s’agit ne semble pas avoir donné de brillants résultats financiers à la société qui en avait assumé l’entreprise. Un rapport du Conseil Municipal de Grenelle, du 5 mai 1844, prétend que l’affaire fut paralysée et demeura improductive de revenus par suite de l’autorisation accordée à une autre compagnie, de créer une gare à Saint-Ouen et de faire une prise d’eau en Seine à cet endroit2.
Cette impression se ressent également à la lecture du mémoire du Préfet de la Seine, du i5 novembre 1 853, adressé au Conseil Général de la Seine. La compagnie demandait alors que sa concession de 47 ans fut portée à 99 ans. Elle offrait, en compensation, de réduire les droits quelle touchait sur les bateaux stationnant dans la gare et sur les marchandises du port.
Le Préfet rappelait qu’elle avait été l’une des premières en France à donner l’exemple d’une association formée dans le but d’assurer, moyennant la concession d’un péage, l’exécution de grands travaux d’utilité publique. Dès le début, ajou-
1. Archives de la Seine. Registre n" 2 des délibérations du Conseil Municipal de Grenelle.
2. Archives de la Seine. Registre n° 2 des délibérations du Conseil Municipal de Grenelle.
tait-il, elle vit son entreprise péricliter par le délaissement dans lequel s’est trouvée la traversée de Paris, à la suite de l’ouverture des canaux de Saint-Denis et de Saint-Martin, alors qu’elle avait compté sur 'tous les bateaux passant par la capitale. Un revenu annuel estimé devoir produire i5o.ooo francs n’avait été, de 1827 à 1 852 , que de 18.400 francs, sauf pour l’année 1 852 , où il s’était élevé à 46.717 francs.
Malgré le mauvais état de ses finances, la compagnie n'avait cependant pas hésité à entreprendre la réfection complète des six arches du pont. Le mémoire préfectoral ajoutait que le Ministre des Travaux Publics ne faisait pas d’objections à sa demande, mais à la condition d'une réduction de tarif, et sous l’obligation de reconstruire, à l’amont de la gare, une estacade susceptible de résister aux plus fortes débâcles des glaces.
Le Conseil Général, dans sa séance du 29 novembre 1 853, sembla impressionné par les délibérations défavorables des Conseils Municipaux de Vaugirard et de. Grenelle, des i3 et 17 août de cette année. Il décida qu’il n’était pas urgent de statuer puisque la compagnie avait encore 22 ans de concession, et émit l’avis qu’il n’y avait pas lieu, en ce moment, d’accorder la prolongation demandée1.
On verra plus loin comment cette concession passa à la ville de Paris.
La situation peu prospère dont nous venons de parler, pour le port et la gare, devait être aussi celle du pont qui, ayant coûté environ 700.000 francs, fut toujours d’un rapport à peu près nul, les frais de réparations et d’entretien ayant sans cesse dépassé les produits.