‹ GrenelleChapitre 42 sur 117 · Volume du Conseil Général de la Seine. Année 1847, p · texte numérisé non relu

Volume du Conseil Général de la Seine. Année 1847, p

De 1849 à 1 856, la compagnie concessionnaire avait été amenée à renouveler toutes les fermes de ces six arches. D’autre part, des remaniements importants avaient été opérés successivement, en 1864, 1868, 1872, et au printemps de 1873, pour remédier à des tassements et aussi à des déformations des arcs. Le sommet de ces derniers, en effet, se trouvait déplacé par suite de l’affaissement inégal des reins des fermes et n’était plus dans le milieu. Au mois de juillet 1874, le pont en question avait eu également à subir une véritable épreuve pendant la fête offerte au Shah de Perse sur le Trocadéro, laquelle avait occasionné le stationnement d’une foule compacte sur toute sa longueur.

Cinq années environ après la suppression de la commune de Grenelle, exactement le 3o décembre 1 865, ce pont, ainsi que nous l’avons dit plus haut, était racheté par la ville de Paris qui en supprimait le péage. Dès le 17 février 1866, le service des ponts de Paris était chargé de l’entretenir.

Au commencement de l’année 1874, le service s’aperçut que cet ouvrage présentait, dans certaines de ses parties, des déformations et des affaissements auxquels il était urgent de remédier. Sous la direction deM. l’Ingénieur en chef Vaudrey, un projet de restauration fut dressé, tendant à substituer les arcs en bois par des arcs en fonte, et à abaisser sensiblement les rampes d’accès.

Par sa délibération du 26 février 1874, le Conseil Municipal de Paris, sur le rapport de M. Cantagrel, adoptait le devis s’élevant à la somme de 100.000 francs, et fixait à la moitié la part contributive de la ville, les travaux devant être exécutés par l’Etat et de compte à demi avec lui.

Ce qui n’empêchait pas le Ministre des Travaux publics, par sa décision du 16 mars suivant, de rejeter le projet de

reconstruction partielle en demandant qu’on lui soumit une étude de reconstruction totale.

Une autre complication devait encore se produire: sous l’inlluence de la grande sécheresse, la situation défectueuse du pont s’aggravant de plus en plus, le commissaire de Police du XVIe arrondissement était obligé, le 9 mai, d’y interdire toute circulation.

Après de nouvelles études et de nombreuses négociations, le Ministre faisait enfin connaître, par une note du Ier juin, qu’il accepterait le projet de reconstruction simultanée des six arches, basé sur le renforcement des culées et le remplacement des arcs. Le devis s’élevait à q35.ooo francs.

Dans sa séance du 2 juillet 1874, le Conseil Municipal de Paris, sur le rapport de M. Léon Thomas, acceptait cette combinaison, et décidait que la ville prendrait à sa charge la moitié des frais d’exécution h

Une gravure sur bois, datant de cette époque, 3ix 12, signée Hugon, montre la reconstruction de ce pont et les échafaudages soutenant le tablier.

Ajoutons que la même assemblée, dans sa séance du 12 juillet 1 9 1 1 , vota, sur le rapport de M. Adolphe Chérioux, une somme de 100.000 francs pour l’élargissement du dit pont, imputée sur les fonds de l’emprunt de 900.000.0001 2.

Actuellement, le pont de Grenelle ne présente aucun caractère artistique. C’est le pont banal et utilitaire d’un chef-lieu de canton sans importance. Son seul intérêt réside dans la statue gigantesque de la Liberté , par Bartholdi, qui porte l’inscription suivante: La colonie parisienne des États-Unis

1. Archives du Conseil Municipal de Paris , Dossiers n° 7 du 26 février 1874 et 1266, du 2 juillet 1874.

2. Archives du Conseil Municipal de Paris. Délibérations de l’année 1911, p. 837.

d'Amérique à la ville de Paris, 1889. Ce monument est érigé sur une sorte de petite place ménagée au milieu du pont, en face du môle ou allée de l’île des Cygnes, servant de promenade publique.

Quand la ville de Paris fut substituée à la société du pont, port et gare de Grenelle, elle fit de son mieux pour tirer parti des terrains en bordure de la Seine.

Par une convention du 12 juin 1869, M. Adolphe Violet, entrepreneur de travaux publics, avait pris en location un terrain de 672 mètres sur le port de Grenelle, pour l’exploitation d’une grue mobile installée en tète de la gare et près le quai d’Orsay, moyennant une redevance annuelle de i.5oo francs.

Les usines Cail y détenaient également de vastes superficies, aussi louées par la ville, à côté de celles quelles possédaient en propre. Ces établissements avaient eu pour fondateur, à Chaillot, en 1818, Ch. Derosne et, en 1 836, pour Directeur, un ouvrier, Jean-François Cail, qui resta seul à la tête des usines vers 1846. En 1 858, l’usine Cail consommait un stock de houille évalué à 11.000.000 de kilogrammes. M. Cail appartenait, à cette époque, au Conseil municipal de Grenelle.

Après l’incendie des bâtiments de Chaillot, en 1 865 , les établissements du quai de Grenelle devinrent le siège de l’industrie. On y fabriquait, en général, toutes pièces de métallurgie, ponts, matériels d’usines, locomotives, grosse chaudronnerie, canons, projectiles, machines à vapeur, torpilleurs, etc. Les usines Cail, qui étaient exactement situées sur le quai de Grenelle, à l’encoignure du boulevard de ce nom, furent liquidées vers 1891 et réinstallées à Denain et à Douai. Sur leur emplacement, des rues furent ouvertes : Nélaton, Scxtius Michel, Emeriau, Schutzemberger, etc., et il s’y

contruisit des maisons de rapport, dont le vélodrome d’Hiver.

Dans le budget municipal de 1873, on trouve que le produit de l’exploitation du port et de la gare de Grenelle ne rapporte à la ville de Paris qu’une recette de 9.000 francs. Les terrains dont il s’agit étaient alors loués à la Compagnie du gaz et à la Société Cail 1 .

Les usines Cail donnèrent lieu à de nombreuses illustrations et dessins, industriels ou autres. Nous citerons un bois de Pruvost, 1870, montrant un groupe de grévistes devant les usines, sur le quai. Les bâtiments des célèbres ateliers y sont très exactement représentés.

Voici encore un bois très remarquable, de 1861, par Edmond Morin et H. Linton, intitulé : « Etablissements Derosne et Cail, à Grenelle : la Forge. »

Et un autre, de Miranda et Tuchon, datant de 1874, ayant pour titre : « Le maréchal de Mac-Mahon assistant à la fonte d’un affût à l'usine Cail. »

De la même époque, une gravure sur bois, de Smeeton, Tilly, et A. Tallandier, qualifiée: «Vue intérieure d’une forge de l’usine Cail, quai de Grenelle 1 5 , à Paris. »

C’est certainement, on n’en saurait douter, à cette vaste entreprise des port, pont et gare, que la région de Grenelle, de maraîchère qu’elle était, devint un centre industriel important. L’action de cette compagnie s’était déjà manifestée en i832, par la demande au Gouvernement d’établir sur ses terrains l’entrepôt que le Roi avait concédé à la ville de Paris, demande que le Conseil Municipal de Grenelle avait aussi appuyée le 10 mai de cette année2.

1. Archives du Conseil Municipal de Paris. Procès-verbal de la séance du 3 décembre 1872, p. 184.

2. Archives de la Seine. Registre n° 1 des délibérations du Conseil Municipal de Grenelle.

Mais cet entrepôt resta dans Paris. Il était exactement situé entre le quai d’Orsay et la rue de l’Université, et portait le nom d 'Entrepôt des Douanes. On le trouve sur le plan de Jacoubet, de 1 836. Il était desservi par une ligne de chemin de fer, indiquée sur ce plan, qui lui amenait les marchandises du port de Grenelle, en suivant le quai d’Orsay et en traversant le champ de Mars. Cet entrepôt, dont l’emplacement est aujourd’hui circonscrit par le quai d’Orsay, l’avenue Bosquet, la rue de l’Université et la rue Malar, avait été inauguré en grande cérémonie par Louis-Philippe, au mois d’octobre 1 833. On le dénommait aussi l 'Entrepôt de l’ile des Cygnes. Ajoutons que ces magasins, et aussfile chemin de fer, qualifié du nom de chemin de fer de /’ Entrepôt, ne sont pas tributaires du présent volume, étant tous deux situés dans Paris1.

Il est curieux de rencontrer, parmi les entreprises créées à Grenelle, et indiquées sur une délibération du Conseil Municipal du 5 août 1842, «deux usines pour les pavages en bois, dont l’une fabrique en outre à la mécanique, des tonneaux, des seaux et autres ouvrages2 ».

Nous avouons être fort intrigués de cette mention, en 1842 : pour les pavages en bois , et nous nous demandons s’il s’agissait déjà des pavés en bois pour le pavage des rues ?

D’autre part, un écho du journal la Semaine , daté du 12 mars 1848, montre que les travaux industriels, à Grenelle, étaient à cette époque en pleine prospérité:

Grenelle. — Les travaux des nombreuses fabriques de ce pays, naissant et

1. Archives de la Seine. Mairies d’arrondissements. Carton 3o5.

2. Archives de la Seine. Registre n5 2 des délibérations du Conseil Municipal de Grenelle.

en progrès, ont repris leur cours. Les fourneaux des usines et des fonderies sont en pleine activité. Les chefs d’atelier ont rappelé les ouvriers à leurs travaux, et tous ont répondu à l’appel. Non loin de là, au Champ-de-Mars, on exécute des travaux de nivellement, entrepris pour donner du travail à la classe ouvrière.

Page 1