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Rien, disait-elle, ne justifie cette séparation à laquelle tout s’oppose. Que si, au contraire, les deux communes étaient disjointes, l'intérêt bien entendu des localités serait de les réunir. La rivalité annoncée entre les deux quartiers n’était qu’une pure invention de la part des demandeurs, il n’en existait pas, il ne pouvait pas en exister, car l’intérêt seul aurait pu la faire naître, et il n’y avait, dans le nouveau quartier, aucun commerce, aucun débit, tous ses habitants se fournissant dans l'ancien quartier où ils étaient reçus en bons voisins.
La séparation, au contraire, ajoutaient les pétitionnaires en terminant, ferait naître des rivalités et des haines que rien ne pourrait apaiser, puisqu’elles auraient l’intérêt pour prétexte.
En effet, n’importe la ligne de délimitation qui pourrait être adoptée, cette ligne aurait un côté habité par des débitants de boissons passibles des droits d’entrée, tandis que ceux de l’autre côté (celui qui appartiendrait à Grenelle) seraient affranchis de ce droit. Dès lors un élément constant de jalousie, de discorde, d’animosité, d’agression entre les habitants des deux communes, principalement sur les points nombreux de contact où les habitants imposés et les habitants non payants seraient continuellement en présence les uns des autres.
Dès lors, aussi, les propriétaires des maisons et des nombreux établissements de l’ancien quartier se verraient sacrifier en faveur des propriétaires des maisons et établissements de la nouvelle commune, où tout le commerce de boissons se porterait de préférence, de là la haine et l’animosité où ne règne aujourd’hui que la concorde et la paix.
D’après tous ces motifs les soussignés ont l’honneur de supplier votre excellence de prendre en considération leur juste réclamation et de rejeter la demande qui lui est soumise de la séparation du quartier de Grenelle de l’ancienne commune de Vaugirard.
Ils sont avec un profond respect, Monseigneur, etc. Signé: Ganet, Alban, Nicotier, Bellamy, Laidié, Beaumont, Mathieu, Valette, David, Fauveau, Legris, Dubut, Leclerc, Denoyer, Gautier, Bergerot, Bargues, Leboix, Sevray, Huard, Bancarel, Banery L
De son côté, M. de Chabrol, Préfet de la Seine, avait pris
i. Voir pièce justificative nc 8.
position dans la question et, d’accord avec le maire de Vaugirard, M. Fondary, s’était rallié a la séparation. Il en fit part au Ministre de l’Intérieur, dans un rapport daté du 19 février i83o, que l’on trouvera dans nos annexes, et qui est un document fort curieux sur la création de Grenelle1. Il y est question, tout d’abord, du développement de la plaine de Grenelle, et des rivalités qui ne tardèrent pas à naître entre les habitants du nouveau Village et ceux du vieux Vaugirard, ces derniers craignant de voir la nouvelle agglomération devenir le centre administratif de la commune. On y voit, ensuite, qu’aprèsle refus de séparation voté par le Conseil Municipal, les habitants de Grenelle reprirent la question et indiquèrent comme ligne de démarcation des deux territoires, les rues de Sèvres et de l’Ecole militaire. Le Conseil d’Arrondissement, sollicité par eux, avait adopté un vœu favorable à leur thèse.
Toutes les phases de l’affaire, d’ailleurs, sont indiquées dans ce document, et nous n’aurons qu’à les suivre pour la raconter.
Le Préfet de Police, consulté par son collègue de la Seine, s’était montré, tout d’abord, opposé à la séparation. Il faisait valoir que la population de Grenelle serait trop faible pour former une municipalité distincte, et que, ensuite, les limites proposées, des rues de Sèvres et de l’Ecole militaire, seraient un obstacle à l’écoulement des eaux pluviales et ménagères de Vaugirard.
A l’objection concernant le chiffre de la population, les séparatistes répondirent que la future commune compterait 2.249 habitants, soit 958 pour les quartiers compris entre les
1. M. Fernand Bournon l’a également reproduit dans ses Additions à l'abbé Lebeuf.
rues de Sèvres, de l’École militaire et de la Croix-Nivert, et 1291 pour la plaine de Grenelle proprement dite. Après l’assurance donnée à ce fonctionnaire que la question de l’écoulement des eaux ne manquerait pas d’être réglée au mieux des intérêts de l’hygiène publique, celui-ci n’hésita plus à adopter le principe de la séparation.
Sous le rapport des cérémonies religieuses, l’Archevêque de Paris la désirait aussi.
Le Directeur général des Contributions directes, de qui on avait également sollicité l’avis, adopta, de même, la séparation, mais sous les conditions que les limites de la nouvelle commune seraient fixées au chemin de l’École militaire, autrement appelé rue de la Croix-Nivert, de manière à obtenir une étendue superficielle de 217 hectares, un revenu en centimes additionnés de 35o francs, et une population d’au moins 1.291 habitants.
Ce fut, ensuite, au Conseil Général à se prononcer. 11 accepta très catégoriquement la solution séparatiste, mais en fixant comme limites le chemin de l’École militaire ou rue Croix-Nivert, jusqu’à sa rencontre avec la rue de Sèvres et, depuis ce point, la continuation de la rue de Sèvres jusqu’à Issy.
Le texte de cette délibération, datée du 4 septembre 1829, est ainsi conçu :
Le Conseil général de la Seine,
Vu le mémoire à lui adressé le 27 août 1829, par M. le Préfet au sujet de la séparation du nouveau village de Grenelle, d’avec Vaugirard, et son érection en une commune particulière.
Vu le plan du territoire de Vaugirard et de Grenelle et toutes les pièces jointes au dit mémoire, notamment la pétition des habitans de Grenelle, la délibération du Conseil Municipal de Vaugirard, et l’avis du Conseil d’arrondissement de Sceaux ;
Est d’avis qu’il y a lieu de séparer la Commune de Vaugirard du village de
Grenelle, et d'ériger celui-ci en commune, en prenant pour limite respective le chemin de l’École militaire1.
Cette combinaison était loin de convenir aux séparatistes en ce sens que le théâtre, construit à l’aide des deniers de la société du nouveau Grenelle, restait sur le territoire de Vaugirard, ainsi qu’une grande partie des terrains appartenant à la dite société. D’autre part, le cimetière, qui était depuis de longues années celui de Vaugirard, se trouvait placé dans le territoire du futur Grenelle.
Le Conseil Municipal de Vaugirard, convoqué de nouveau, refusa de se prononcer, ce qui obligea le Sous-Préfet de Sceaux à réunir une sous-commission composée du maire et de trois membres de cette assemblée, à laquelle les diverses questions en litige furent soumises. Il fut tout d’abord convenu que le cimetière continuerait d’appartenir à Vaugirard. Quant au théâtre, après un examen attentif à propos de la question du droit des pauvres, le Sous-Préfet et la commission décidèrent qu’il devrait être également conservé à la même commune. Il ne fut pas question des limites séparatives.
Reprenant l’affaire en son nom personnel, le Préfet de la Seine déclarait au Ministre que la séparation était raisonnable en principe, à cause des sacrifices énormes consentis par les propriétaires et habitants de Grenelle, en dehors de ceux de Vaugirard, pour assurer la prospérité de leur circonscription, le pavage des rues, le nettoiement, etc. Il estimait, en outre, que la limite des deux communes devait être fixée au Sud, par la rue Croix-Nivert jusqu’à sa rencontre avec la rue de Sèvres, et au Nord, par une ligne brisée qui, partant du point de rencontre de la rue de Sèvres avec la rue Croix-Nivert,
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aboutirait au chemin des bœufs, et se prolongerait en retour d’équerre le long de ce chemin jusqu'au territoire d’Issy. On verra plus loin que cette délimitation ne prévalut pas.
Comme le Sous-Préfet de Sceaux, M de Chabrol estimait, en outre, que le théâtre devait rester sur le territoire de Vaugirard, ainsi que le cimetière, sous la réserve, pour ce dernier, que les habitants de Grenelle y seraient inhumés b
La puissante compagnie des pont, port et gare de Grenelle avait également de grands intérêts financiers dans la séparation. Elle entra donc, elle aussi, en campagne et fit jouer toutes les influences dont elle pouvait disposer, ainsi qu'on pourra le constater par la lettre ci-après, adressée le 1 1 mars i83o à M. le baron de Balzac.
Monsieur le Baron et cher Collègue,
Le Village de Grenelle près Paris a pris, depuis quelques temps, un tel accroissement qu’il se compose actuellement de plus de 2.5oo âmes. C’est ce qui a porté les principaux habitans à demander à former une commune séparée et à cesser d’être une agglomération de celle de Vaugirard. Ce vœu a été soumis au Conseil Général de la Seine, qui a émis un avis tout à fait favorable à la demande. Par suite, un projet de délimitation des deux communes a été dressé et en ce moment toutes les pièces se trouvent au ministère de l'Intérieur. Permettez-moi d’appeler particulièrement votre attention sur cette affaire, et de vous prier de hâter, autant que cela peut dépendre de vous, une décision que les habitans de Grenelle attendent avec la plus grande impatience.
Si quelques renseignements vous devenaient utiles, M. Guillof, l’un des plus forts actionnaires de la Compagnie des Pont, Port et Gare de Grenelle, serait à vos ordres, dès que vous lui manifesteriez le désir de l’entendre. Il demeure rue Neuve de la Ferme n° 21.
Agréez, Monsieur et cher Collègue, la nouvelle assurance de ma haute considération et de mon attachement. Le Conseiller d’Etat Secrétaire Général de la Marine.
Signé: Vauvilliers.
M. de Balzac, qui appartenait au ministère de l’Intérieur,
répondit, le 12 mars i83o, qu’il ferait son possible pour activer celte affaire h
Voici pourtant que le Conseil Municipal de Vaugirard, sur une convocation de M. le Préfet de la Seine, rentre en délibération, le 14 mai i83o, pour discuter encore une fois : i°sur la demande en séparation de Grenelle et de Vaugirard, 20 sur la délimitation à fixer entre les deux localités.
Dans un long rapport, rédigé par M. Dubut, conseiller municipal, au nom de la commission nommée à cet effet, et que Ton trouvera à nos annexes, le rapporteur reprit tout l’historique de l’affaire et discuta point par point les allégations des demandeurs en séparation et les avis des fonctionnaires.
La décision suivante fut adoptée :
Le Conseil, d’après tous ces motifs, émet l’avis qu'il n’y a pas lieu de donner suite à la demande faite par les propriétaires et habitans de Grenelle, pour la séparation du nouveau quartier formé sur l’ancien emplacement de la ferme de Grenelle, d’avec Vaugirard, et que cette demande doit être rejetée.
L’assemblée décida ensuite, et malgré une longue protestation écrite de l’un de ses membres, M. Payen, partisan du projet, qu’il n’y avait pas lieu de s’occuper de la délimitation des territoires puisque le principe en était rejeté1 2.
Le Ministre de l’Intérieur ne tint pas compte de cette dernière délibération et, désirant en finir, proposa au Roi la signature de l’ordonnance suivante consacrant la séparation:
Louis-Philippe, Roi des Français, à tous présents et à venir, salut.
Sur le rapport de notre Ministre Secrétaire d’Etat au département de l'Intérieur.
Le Comité de l’Intérieur du Conseil d’Etat entendu ;
Nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit:
Apticle ier. — Le village de Grenelle et les terrains qui en dépendent sont