‹ GrenelleChapitre 8 sur 117 · Le Mercure de France, 1787, p · texte numérisé non relu

Le Mercure de France, 1787, p

et la Commission du Vieux-Paris en fit prendre des photographies pour le Musée Carnavalet. Un précédent monumentde cette nature, également pompe à feu, avait été. construit en 1781 par la même Compagnie, de l’autre côté de la Seine, à la grille de Chaillot, aujourd’hui quai Debilly, n° 4. 11 subit le même sort que celui-ci en 1902.

On trouvera, à nos annexes, le procès-verbal de pose de première pierre de la pompe à feu de Pile des Cygnes1.

Le vocable de Grenelle s’appliquait encore à un certain nombre de points topographiques et d’établissements spéciaux : hôpital des pestiférés de Grenelle; château de Grenelle; ferme de Grenelle; poudrerie de Grenelle; puits et abattoirs de Grenelle ; qui, eux aussi, ne sauraient rentrer dans la présente monographie, ayant toujours été situés en dehors des limites qu’occupa la commune de Grenelle, de i83o à 1859, et de Vaugirard, antérieurement. Un voisin célèbre était aussi le moulin de Javel.

Nous estimons, cependant, en raison de la communauté d’origine et de la proximité des lieux, que nous devons en dire quelques mots.

La peste de i58o donna lieu à la création de l’hôpital de Grenelle, spécialement affecté aux pestiférés.

Le 19 mai de cette année, dans la grand’ salle de l’Hôtel de Ville de Paris, les Prévôt des Marchands, Échevins, Conseillers, les membres delà Cour de Parlement, de la Chambre des Comptes, de la Cour des Aides, des corps, collèges, chapitres, communautés, les quartiniers et deux bourgeois de chaque q uartier, se réunirent en une « Assemblée pour la Contagion » afin de parer au danger. Il fut décidé que la Ville éta-

blirait un hôpital pour « retirer, panser et médicamenter ceulx qui se trouveront frappez de la dite maladye de peste ».

La délibération n’indique pas le lieu où doit être placé cet établissement, mais elle spécifie qu’une forte somme sera levée à cet effet et que, en attendant, les pestiférés seront conduits à l’Hôtel-Dieu pour y être traités à part et en dehors des autres malades1.

A une maladie qu’on appela la coqueluche , dit Félibien, succéda, vers le milieu de l'année i58o, une sorte de peste qui fit de très grands ravages. Le Bureau de Ville, pour y remédier, établit un officier dénommé Prévost de la Santé , qui faisait rechercher les malades atteints, et les envoyait à l’Hôtel-Dieu. Mais on fut bientôt obligé de dresser des loges et des tentes dans les faubourgs de Montmartre, de Saint-Marceau, vers Montfaucon, Vaugirard, et dans la plaine de Grenelle, « où l’on bastit un nouvel hospital ; et les habitans de la Ville contribuèrent de leurs liberalitez à tous ces establissemens2 ».

Jaillot confesse son ignorance de cet hôpital :

Il paroit, par un arrêté du 22 février 1 58 1 , qu’on avoit commencé de bâtir un hôpital dans la rue de Grenelle, et qu’on avoit imposé une taxe sur les habitans, pour contribuer aux frais de la construction. Je ne sais si ces ouvrages ont été interrompus ou destinés à d’autres usages; je n’ai pu même découvrir précisément où ils étoient situés3.

Le nouvel hôpital « de Gamelle », cependant, a quelque peine d’être terminé faute du versement des cotisations par les habitants. Un arrêt du Parlement, du 22 février 1 58 1 ,

1. Registres des délibérations du Bureau de la Ville de Paris , t. VIII, par M. Paul Guérin, p. 228.

2. Histoire de la Ville de Paris, par Félibien, t. Il, p. 1142.

3. Recherches sur Paris, par Jaillot, 1775, quartier Saint-Germain-des-Prés, t. V, p. 5q.

ordonne que faute du dit paiement dans les trois jours, la somme doublera, et ensuite que les meubles de ceux qui doivent seront vendus pour y pourvoir, nonobstant opposition1.

En 1 587, au dire de Félibien, on fait de cet hôpital, qui avait enfin été édifié, un lieu d’hospitalisation pour les pauvres :

Dans ie tems de l'arrivée des Feuillans à Paris, 1687, la France esioit désolée non seulement par une funeste guerre répandue dans toutes les provinces, mais encore par la famine et la contagion qui en sont les compagnes ordinaires. A Paris, le bled fut d’une cherté extraordinaire. On fut contraint d’envoïer deux mille pauvres dans l’hospital de Grenelle vers Vaugirard, pour y estre nourris par le Roy, qui leur faisoit distribuer tous les jours cinq sols à chacun2.

Lors de l’investissement de Paris par les troupes du Roi de Navarre, en 1689, l’hôpital de Grenelle, appelé aussi l’hôpital Saint-Germain, devient un poste fortifié occupé par les ligueurs. Un mandement du n octobre de cette année, émanant du Prévôt des Marchands, enjoint au sieur D’Aubray, colonel, d’envoyer une compagnie à la garde des tranchées de Saint-Germain-des-Prés, « près l’Hospital » pour la sûreté de la Ville. Un autre mandement, du 27 octobre suivant, charge Robert Danès, quartenier, de mobiliser des gens munis de hottes, pics, pelles, hoyaux, pour travailler aux tranchées de la Ville, à l’endroit de l’hôpital Saint-Germain3.

Le 7 décembre i58ç, enfin, paraît l’ordonnance enjoignant au maître des œuvres de maçonnerie de faire démolir les bâtiments de l’hôpital de Grenelle, pourles matériauxêtreemployés à la fortification de la Ville:

De par les Prévost des marchans et Fschevins de la Ville de Paris.

Il est ordonné que, suivant le commandement de Monseigneur le Duc De

1. Histoire de la Ville de Paris, par Félibien, t. V (troisième des Preuves), p. n.

2. Histoire de la Ville de Paris, par Félibien, t. II, p. 1162.

3. Registres des délibérations du Bureau de la Ville, t. IX, par M. François Ronnardot, pp. 473 et 493.

Mayenne, gens et ouvriers seront mis par Pierre Guillain, maistre des œuvres de maçonnerie delà dicte Ville, pour desmolir les bastimens n'a gueres faictz et eonstruictz à l’opposite du couvent de Nigeon, au lieu dict Grenelles au dessoubz de Vaugirard ; mettre le boys de charpenterie, thuille, fer, et aultres matières provenans de la dicte démolition en lieu de seureté ; et icelles faire admener en ceste dicte Ville, pour estre employé à ce à quoy ilz ont esté destinez, pour les corps de gardes qu’il convient faire sur les boullevertz de la nouvelle fortiffication.

Et seront les ouvriers couvreurs, maçons et charpentiers, voitturiers et aultres qui auront esté employez à Peffect que dessus, payez aux despens de la dicte Ville, selon les rooles qui en seront pour ce expediez en la maniéré accoustumée.

Faict au Bureau de la Ville, le VIL jour de décembre, l’an mil Ve I1IIXX neuf1.

M. François Bonnardot, qui publie le document, insiste sur ce point que, avant ce texte du 7 décembre, nul historien ne savait exactement où était situé l’emplacement de cet hôpital.

L’expression : « à l’opposite du couvent de Nigeon », veut certainement dire : de l’autre côté de la rivière, vis-à-vis du couvent de Nigeon.

Or, le couvent en question, ou des Bonshommes de Chaillot, avait son entrée rue de la Montagne des Bonshommes, devenue d’abord rue de la Montagne, et qui est aujourd’hui la rue Beethoven. La partie de Grenelle qui était placée en face de ce point, indépendamment de File Maquerelle ou des Cygnes, serait donc celle occupée actuellement par les terrains situés entre l’avenue de Suffren et le boulevard de Grenelle, d’une part, le quai d'Orsay et la rue Desaix, d’autre part.

Rappelons que Berty et Tisserand, qui ont longuement parlé de l’hospice de Grenelle dans leur travail sur le Fau-

1. Registres des délibérations du Bureau de la Ville de Paris , t. IX, annoté par M. François Bonnardot, p. 548.

bourg Saint-Germain, font déclaré ne pouvoir identifier le point exact de la plaine de Grenelle où il se trouvait1.

Dans notre monographie de Vaugirard, nous disions que la ferme de Grenelle, située à Paris, devait vraisemblablement se trouver dans l’emplacement occupé par le rectangle formé de la rue de la Cavalerie, ci-devant de la Ferme de Grenelle, et des avenues de Suffren et de La Motte-Piquet. L’acte de vente de la plaine de Grenelle, du i5 mai 1824, retrouvé depuis par nous, démontre que nous ne nous étions pas trompés. Voici la description de cette ferme d’après son acte d’acquisition par M. et Mme Violet:

Un corps de ferme, connu sous le nom de la ferme de Grenelle, sise à Paris près l’École militaire. Elle a deux entrées de portes chartières, l’une sur l’avenue de Suffren, l’autre sur celle de La Motte-Piquet. A gauche de l’avenue de Suffren est un corps de batiments, grenier au dessus, il est éclairé par quatre lucarnes et couvert de tuiles de Bourgogne. A la suite est une grange, couverte moitié en tuiles, moitié en chaume.

Au fond sont deux corps de bâtiment dont l’un sert de logement au fermier, l’autre à l’usage des bestiaux, ils sont tous deux couverts en tuiles.

Sur l’avenue de La Motte-Piquet, et à la suite de ces deux bâtiments est un grand hangar en charpente couvert en tuiles à deux égoûts dans un des angles.

A gauche, par l’avenue de La Motte-Piquet est un jardin entouré de planches d’environ un mètre 60 (cinq pieds) de hauteur. Dans la cour est un puits et sa pompe en bois, l’armature en fer (à la suite, une grande auge en pierre), tout le pourtour des murs est en moellons chaperonnés et en bon état.

Elle tient sur une face à l’avenue de Suffren, de l’autre à celle de La Motte- Piquet, à gauche, par l’avenue de Suffren à une ruelle, et au fond à M. Berthaud 2.

On constate donc, d’après l’acte ci-dessus que, en 1824, l’antique ferme de Grenelle était toujours en exploitation. On verra plus loin que ses immenses cultures étaient situées sur le

1. Topographie du Vieux Paris. Région du faubourg Saint. Germain, par Berty et Tisserand. Appendice IX, % II, pp. 411,412.

terroir de Vaugirard, hors de Paris, et qu’elles constituaient la plaine de Grenelle.

A l’acte de formation de la Société des terrains et bâtiments de Grenelle, que nous publions en annexe, est joint un plan montrant la dite ferme à l’emplacement indiqué plus haut, qui est circonscrit aujourd’hui par la rue de la Cavalerie et les avenues de Suffren et de La Motte-Piquet.

Concernant le château de Grenelle situé, lui aussi, dans l’intérieur de l’enceinte des Fermiers généraux, nous signalerons la gravure de Claude de Chàtillon, exécutée pour la Topographie française au commencement du dix-septième siècle, représentant ce monument, et intitulée : « Dessein du bastimentde Grenelle près Paris. » Cette estampe, qui mesure 18x6, montre une vaste place carrée entourée de quatre ailes de bâtiments ayant de nombreuses fenêtres et cheminées. Aux quatre coins, et dans le milieu de chaque aile, s’élèvent des constructions plus hautes. Dans le lointain se voient des villages groupés autour d’églises et de moulins à vent1.

Une petite planche gravée en 1702, intitulée: Vue de Grenelle, de format in-8°, nous montre vraisemblablement encore le château seigneurial de Grenelle : Le premier plan est occupé par des champs coupés de chemins, avec des carrosses, des piétons, des laboureurs. Au fond se remarque une ligne de maisons entourées de murs, dont l’une, plus haute que les autres, présente un aspect imposant. Dans le groupe de celles qui sont situées à gauche, apparaît comme le clocher d’une chapelle. On croit voir aussi la Seine et la rive opposée plantée d’arbres et meublée de constructions2.

1. Bibliothèque Nationale. Estampes. Collection Lallemant de Betz, t. XVI, p. 32.

2. Géométrie pratique, par Allain Manesson-Mallet, Paris, Anisson, 1702, in-8, t. III, p. 91.

Nous donnerons à cette place quelques renseignements que l’on serait peut-être surpris de n’y pas trouver sur le château, la ferme et la poudrerie de Grenelle, encore qu’ils ne soient pas, ainsi que nous l’avons dit, tributaires de ce volume.

En 1794, le château de Grenelle, domaine national, était loué à un particulier qui en cultivait les terres. Le 3 pluviôse an 2 (22 janvier 1794), l’agent du Domaine écrit le billet suivant au citoyen Montamont, architecte de la régie des biens nationaux :

Je te prie de vérifier l’utilité de la demande ci-jointe du citoyen Desaise, adjudicataire du bail de la maison, dite chateau de Grenelle, pour faire couper des allées de tilleuls qui nuisent, dit-il, à la récolté d’un terrein qui dépend de sa location. Tu voudras bien estimer la valeur de l’abatis, s’il a lieu, et m’en faire part ensuite L

Ce citoyen, grand abatteur d’arbres, ne jouit d’ailleurs pas longtemps de sa propriété, qui lui fut reprise pour être affectée à usage de poudrerie, en vertu d’un arrêté du Comité de salut public du 10 Pluviôse an 2 (29 janvier 1794) dont nous donnons l’extrait suivant :

Le Comité de Salut public, considérant que les Moulins à poudre existant ne sont pas en proportion des salpêtres dont la fouille a été ordonnée par le décret du 14 frimaire, et qu’il est urgent d’y suppléer le plus promptement possible...

Arrête, que la maison Nationale cy-devant château Grenelle, section du Gros Caillou, et les bâtimens et enclos situés aux Termes appartenant au citoyen Montelaix, sont dès à présent acquis pour l’établissement provisoire de deux grandes fabrications révolutionnaires de poudre à Paris.

Que les propriétaires et locataires de ces maisons en céderont sans delai la possession aux citoyens Carny et Poyet, nommés par le Comité pour faire dans les bâtimens et enclos les dispositions convenables en constatant préalablement l’état des lieux 1 2.

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