Archives de la Seine. Collection Lazare, t. XII, n
2. Archives de la Seine. Registre n° 1 des délibérations du Conseil Municipal de Grenelle.
Cette route, dans la nouvelle localité, se confondait avec les rues du Pont, des Entrepreneurs et du Transit; elle fut alors complétée par l’adjonction d’une pièce de terre acquise de M. André Violet, au prix de 4.000 francs, dans la séance du du 3 mai 1843
Le 10 mai 1841, M. Lelong offrait à la commune un terrain de 3.327 mètres carrés destiné à la formation d’une rue de 10 mètres de largeur et de 332 m. 70 de longueur, allant de la barrière de Grenelle au carrefour des rues de l’Entrepôt et Saint-Louis, à la condition qu’elle porterait son nom.
Il arriva aussi que les propriétaires de la localité contribuèrent pécuniairement à l’amélioration de la section de la rue Mademoiselle située dans Vaugirard, par la raison que cette voie commençait dans Grenelle, et que sa viabilité totale rendait service à cette commune. Voici le court résumé de cette affaire.
Une maison appartenant au sieur Collet, située à l’angle des rues Mademoiselle et de l’Ecole, à Vaugirard, gênait la circulation publique de la première de ces deux rues conduisant à Grenelle. La partie retranchable de cet immeuble était estimée à 14.487 fr. 60. Il fut convenu que les propriétaires de Vaugirard et de Grenelle se cotiseraient, etaussi les communes, pour l’acquisition et la démolition de la maison, dans laquelle était un marchand de vin fort bien achalandé. La souscription des propriétaires de Grenelle produisit 700 francs, celle des propriétaires de Vaugirard, 1.700 francs, soit : 2.400 francs.
Par délibération du 6 mai 1844, la municipalité de Vaugirard avait, d’autre part, voté un crédit de 8.000 francs, espérant que celle de Grenelle, intéressée à la bonne viabilité de la rue Mademoiselle, voterait également des subsides. Elle
1. Archives de la Seine. Registre n° 2 des délibérations du Conseil Municipal de Grenelle.
n’en fit rien, à la vérité, et laissa à Vaugirard tout le fardeau de cette affaire, entreprise pourtant de compte à demi. Parmi les souscriptions particulières des habitants de Grenelle on relève celles de : M. Léonard Violet, 5o francs; de M. Amédée Violet, 5o francs; de M. Juge, 5o francs; de i\l. Lemoult, 25 francs; de la société du pont, de la gare et du port, 100 francs b
On ne sera pas autrement surpris en remarquant, parmi les noms des rues de Grenelle, un certain nombre de ceux des fondateurs de la cité nouvelle et de leurs parents, comme aussi des notables habitants et propriétaires des terrains.
Ne lit-on pas, en effet, dans la chanson chantée lors de l’inauguration de Beaugrenelle, le 24 juin 1824, un refrain faisant déjà prévoir ces baptêmes édilitaires :
Vos noms chéris , sur les murs de Grenelle, Rappelleront les douceurs de la paix.
Les Archives de la Seine possèdent les notes manuscrites recueillies par les frères Lazare sur quelques-unes des rues de cette commune, notes que ces infatigables chercheurs avaient sollicitées des personnalités les plus en vue de l’endroit : MM. Violet, Lemoult, Letellier, et autres. Nous en donnons ici des extraits caractéristiques, au fil de nos recherches, et sans autre ordre que celui de la lecture :
Rue des Entrepreneurs , ouverte en 1824. Les fondateurs de Grenelle lui donnèrent ce nom pour rappeler le souvenir des entrepreneurs qui construisirent le nouveau quartier. En 1827, lors de la pose de la première pierre de l’église Saint- Jean-Baptiste de Grenelle, on lui donna le nom de rue d’An-
1. Archives de la Seine. Registre n° 2 des délibérations du Conseil Municipal de Grenelle.
gr enelle
goulème, à cause de la duchesse, fille de Louis XVI, qui assistait à la cérémonie. Mais après l’érection en commune, sur les instances de M. Violet, on lui rendit son premier vocable. 11 nous faut dire, pourtant, que dans un acte de 1825, analysé plus haut, nous avions déjà rencontré une rue d’Angoulême ?
Rue Saint-Louis , ouverte en 1824, reçut ce nom en l’honneur de Louis XVIII, alors roi de France.
Avenue Saint-Charles , ainsi dénommée pour honorer Charles X, qui régnait au moment de son ouverture.
Rue du Commerce , ouverte en 1824. Endroit des deux communes de Grenelle et de Vaugirard où le trafic était le plus intense.
Rue Fondary, ouverte en 1824. M. Fondary, maire de Vaugirard, enrichi dans le commerce des vins. Son nom fut donné à cette rue sur les vives démarches de M. Violet, en reconnaissance de l’intérêt qu’il avait constamment porté à la fondation et au développement du quartier de Beaugrenelle.
Rue de Baran. M. Migeot de Baran, habitant de la localité, avait aidé à la création de Beaugrenelle. Il était propriétaire du terrain sur lequel la rue fut ouverte, et y inscrivit lui-même son nom sans qu’aucune sanction vint ratifier ce baptême.
Rue du Marché. Avait reçu ce nom parce qu’elle devait conduire à un futur marché, qui ne fut construit par M. Demion qu’après l’annexion à Paris.
Rue du Pont , ouverte en 1824 aux frais de la Compagnie du pont, port et gare de Grenelle, et dénommée par elle.
Rue Lelellier , ouverte en 1824. C’est le nom du premier associé de M. Violet pour la création de Beaugrenelle. M. Letellier, négociant retiré des affaires, était le père de Mme Baroche, femme du Ministre de la Justice, morte en 1878.
Rue Alphonse , ouverte eu i832. M. Alphonse Letellier, ci-dessus, avait fait l’acquisition, en cette année, de terrains situés au lieu dit : les Belles-Noix. Il y perça plusieurs rues, dont l’une reçut le vocable d’Alphonse, qui était son prénom.
Rue de Chabrol. En l’honneur du Préfet de la Seine exerçant ses fonctions au moment de la fondation de Grenelle.
Rue Juge, ouverte en 1 832 . M. Juge, ancien avoué, fut le premier maire de Grenelle. Jurisconsulte distingué, il rendit de grands services à la nouvelle commune.
Rue Tiphaine , ouverte en 1 832 . Maraîcher à Grenelle, M. Tiphaine perça la rue dans ses terrains et la pava à ses frais. Il avait été adjoint au maire de cette commune en 184(8 et
Rue Lelotig. Le 10 mai 1841, M. Lelong offrit le terrain nécessaire à la formation d’une rue allant de la barrière de Grenelle à la rue de l’Entrepôt, à la condition qu’elle porterait son nom. Elle fut plus tard débaptisée. A cette occasion, on lit la note suivante, inspirée par M. Violet, et conservée aux Archives de la Seine :
Nous avions encore avant l’annexion, la rue Lelong. Comment, selon moi, se fait-il qu’un homme qui a donné le terrain pour la rue, imposé aux riverains l’obligation du pavage, et laissé, malgré ses héritiers, douze ou quinze cent mille francs aux hospices, qui ont accepté le legs, on ait débaptisé cette rue pour en faire une rue Viala, homme tout à fait étranger pour la localité ? C’est une simple observation, n’étant pas de la famille de M. Lelong1.
Rue et place Violet , formées en 1824. Nom du fondateur de Grenelle.
Rue Virginie , ouverte en 1 83c , par M. Alphonse Letellier, qui lui donna comme nom le prénom de sa femme.
Rue Mademoiselle , ouverte de 1827 à 1829. tant sur Gre-
1. Archives de la Seine. Collection Lazare, t. XII, I, n° 2794.
nelle que sur Vaugirard. En 1827, Mademoiselle, fille du due de Berry et nièce de la duchesse d’Angoulême, passa par cette voie pour aller poser la première pierre de l’église Saint-Jean- Baptiste de Grenelle.
Impasse ou rue Payen , percée sur les terrains appartenant à M. Anselme Payen, chimiste distingué, membre de l’Institut, né à Paris en 1795, mort en 1871. M. Payen père, avait fondé, après 1789, plusieurs fabriques de produits chimiques; son fils lui succéda. Les établissements Payen furent acquis par M. Théodore Jouet, qui dépensa des sommes considérables pour les maintenir, mais l’annexion et les nouveaux droits d'octroi vinrent entraver l’essor qu'il voulait leur donner.
Rue des Bergers , ouverte en i832 parM. Letellier, au lieu dit les Belles-Noix; elle conduisait dans les terres et pâtures de la plaine de Grenelle.
Rue du Bois de la Rosière , nom donné à l’emplacement dans lequel, non loin de la place Violet, fut couronnée une rosière en 1824, le jour de l’inauguration de Beaugrenelle.
Rue du Théâtre , ouverte en 1824, porta tout d’abord le nom de Ginoux, dernier propritéaire de la plaine. Devint rue du Théâtre vers 1828. Cet établissement donna encore son nom au Pourtour du Théâtre, formé en 1828, qui devint boulevard du Théâtre en 1 836 .
Rue de l'Église , ouverte en 1824 dans la proximité de Saint-Jean-Baptiste. Le Pourtour de l’Eglise fut également formé à cette époque.
Rue Herr , ouverte en i85q. C’est le nom du géomètre qui traça le plan de Grenelle pour M. Violet.
Passage Lemaire ou rue Lemaire , ouvert en i8e5 par M. Lemaire, propriétaire, qui fut conseiller municipal de la localité en 1841 .
Passage Tour nus , ouvert en 1 835, par un propriétaire de ce nom.
Avenue Delcourt , formée en 1840 dans la rue Violet, pour aboutir au pensionnat de M. Delcourt.
Rue Imbault , ouverte en 1854 Par M. Imbault, entrepreneur de maçonnerie.
Rue Frémicourt , ouverte en 1824. Nom du dernier fermier qui exploita la plaine. En 1847, les propriétaires et habitants de cette rue adressèrent une pétition au Conseil Municipal de Grenelle, lui demandant d’en changer le nom contre celui de rue de Paris. Ils alléguaient que les maisons de tolérance, dont elle avait été pendant longtemps abondamment garnie, lui donnaient une telle réputation de rue mal famée que personne ne voulait plus y habiter. Dans sa séance du 7 mai 1847, l’assemblée adopta cette réclamation et décida que la voie serait dorénavant dénommée rue de Paris/.
En 1848, aucune solution n’étant intervenue, les habitants pétitionnèrent à nouveau, promettant de prendre à leur charge la réfection des trottoirs si le changement de nom leur était accordé. Ils se heurtèrent à l’opposition du Préfet de la Seine qui refusa tout net d’enlever à une voie publique le nom d’une personnalité qui avait joué un rôle dans la création d’une importante commune2.
Rue Caroline, ouverte en 1859 par M. Lemoult, propriétaire à Grenelle, qui lui donna le nom de sa femme. Par arrêté du i01' février 1877 ce nom, ou plutôt ce prénom, fut remplacé par celui de Lemoult, sous le prétexte qu’une rue Caroline existait déjà dans le 17e arrondissement. Le nouveau
1. Archives de la Seine. Registre n° 3 des délibérations du Conseil Municipal de Grenelle.
parrain expliqua lui-même ce changement aux frères Lazare, dans une lettre écrite en 1878.
Il avait acquis, disait-il, de Mme Letellier, du baron Corvisart et de M. de Pernety, divers terrains dans lesquels il ouvrit, en i85g,des rues de 12 mètres, baptisées parles membres de sa famille. 11 y eut ainsi la rue Caroline , qui était le prénom de Mme Lemoult ; la rue Léontine, celui de sa fille ainée ; la rue Marie , celui de sa tille cadette. En 1862, il en revendit 4.000 mètres à l’abbé Mayeux pour fonder la chapelle de Saint- Alexandre, vocable qui était le prénom de ce prêtre. Il rappelle, en outre, qu’en 1877, la Ville de Paris, bien malgré lui, et en dépit de ses protestations, changea le nom de Caroline en celui de Lemoult, pour éviter un double emploi avec une autre rue portant la même désignation. Cette lettre est signée : Lemoult aîné, avec un timbre sec portant : H. Lemoult , 44, rue Rouelle , Paris-Grenelle '.
Rue de la Croix-Nivert. Cette voie est une des plus anciennes de la région. Elle tire son nom d’une croix de carrefour qui se dressait à la rencontre de ce chemin et de la rue de Sèvres. La croix dont il s’agit est dessinée dans le plan de Vaugirard de 1784, qui est annexé à notre monographie de celte commune; elle servait, comme plusieurs autres indiquées au dit plan, de reposoir pour les processions faisant le tour de la localité en certains jours de fêtes religieuses.
Elle existait encore en 1792, et se trouve mentionnée dans un procès-verbal d'apposition de scellés sur les effets de Mme de Saint-Marc, rue Saint-Dominique, en vertu d’ordre du Comité de surveillance et de salut public: « Effets chargés sur une voiture de blanchisseuse qu’on est parvenu
1. Archives de la Seine. Collection Lazare, t. V, XV* arrondissement, f» 1176.
à arrêter près de la croix posée dans la plaine de Grenelle, à la hauteur du village d’Issy1. »
Une note de la collection Lazare indique également qu’une croix existait encore en 1820, à l’angle des rues de la Croix- Nivertet de Sèvres2.
Il s’agit assurément de l’ancienne Croix-Nivert, restaurée sans doute après la Révolution, car elle fut vraisemblablement détruite à cette époque.
Nous avons soigneusement relevé sur le plan de l’ancienne localité de Grenelle, daté de 1859. qui est annexé à ce volume, les noms et la situation des voies publiques existant à cette époque où la commune va disparaître. On en trouvera la nomenclature exacte dans nos pièces justificatives, avec leurs noms nouveaux et leurs tenants et aboutissants depuis qu’elles sont devenues parisiennes3.
Il n’est pas possible de passer sous silence ce qui concerne les inscriptions des noms des rues et les numéros des maisons.
Dans sa délibération du 7 novembre i8q3, le Conseil Municipal décide qu’il y a lieu d’apposer partout où il n'y en a pas, et aux frais de la commune, des plaques indicatrices des noms de rues. Il vote, également, dans la même séance, qu’il est urgent de refondre sur un plan uniforme le numérotage des maisons, en raison du grand nombre d’immeubles nouvellement construits et des numéros anciens effacés. Ce numérotage devait être exécuté uniformément par le même entrepreneur, mais payé par chaque propriétaire4.
L’opération de la pose des inscriptions des noms de rues
1. Répertoire général d'histoire de Paris pendant la Révolution, par M. A. Tuetey t. V, n° 2985.
2. Archives de la Seine. Collection Lazare, t. XV, XV' arrondissement, f“ 1192.
4. Archives de la Seine. Registre n” 2 des délibérations du Conseil Municipal de Grenelle.
exigea 83 plaques en zinc, à 4 francs l’une, fournies par M. Bouillant, fondeur1.
En ce qui concerne le numérotage des maisons, on peut penser qu’il avait été exécuté d’une façon défectueuse puisque la commune fut obligé de le faire recommencer, à ses frais, en 1849.
Dans la séance du 1 1 novembre de cette année, en effet, le Conseil Municipal de Grenelle adoptait une délibération dans ce sens. Il reconnaissait que la numérotation des maisons, organisée depuis plusieurs années, l’avait été incomplètement; qu’en outre, après cette époque, de nombreuses constructions s’étaient élevées et avaient, par suite, entièrement changé l’ordre des numéros; que, même, plusieurs rues et passages n’avaient point encore été numérotés ; que cet état de choses donnait lieu à des plaintes continuelles, obligeant souvent les étrangers à aller se renseigner à la mairie sur la situation des maisons de divers habitants. Il décidait donc de faire procéder à une reprise générale de l’opération. La municipalité s’adressa à MM. Bouillant et Cie, fondeurs, qui fournirent des numéros en zinc, fond bleu avec chiffres blancs, revenant à la somme de 1 fr. 10 posés. La dépense totale s’éleva au chiffre de 950 francs, imputé sur le budget de la localité'2.
Si la commune de Grenelle, au moment de se séparer de Vaugirard, avait la plupart de ses rues percées, il n’en était pas de même pour la viabilité. Très peu d’entre elles étaient pavées, les autres restant à l’état de chemins.
Le premier budget, celui de l’année 1 83 1 , portait un crédit
1. Archives de la Seine. Registre n° 2 des délibérations du Conseil Municipal de Grenelle.
2. Archives de la Seine. Registre n° 3 des délibérations du Conseil Municipal de Grenelle.
de 120 francs pour l’entretien des chemins non pavés, ce qui prouve qu’il y en avait encore : et 3oo francs pour la réparation des dits chemins et la fourniture de 3oo mètres par an de cailloux h
Dans son rapport du 7 avril 1 83 1 , adressé au Préfet de la Seine, le maire de Grenelle signale le mauvais état du boulevard aboutissant à la barrière de l’École-Militaire, et de la place qui se trouve en dehors du dit boulevard, du côté de Grenelle. Les eaux qui y séjournent par défaut de pavage occasionnent de longs détours aux habitants de sa localité, et peuvent amener des accidents. Dans le même rapport, le pavage des accès de la nouvelle barrière de La Motte-Picquet est également sollicité, cet endroit étant impraticable dans la mauvaise saison1 2.
Pour les voies situées dans l’intérieur de la commune, la viabilité ne peut se faire qu’au fur et à mesure des ressources ou de la bonne volonté des riverains. Dans sa séance du 7 février 1 836, le Conseil municipal accepte la participation des actionnaires de la Société anonyme du pont , gare et port de Grenelle , pour les frais de pavage des rues du Pont et des Entrepreneurs, non encore pavées, et qui conduisent au pont de Grenelle. On commence seulement de paver une partie de la rue du Commerce en février 1 836, de la rue Frémicourt à la rue du Théâtre, et cette dernière, au mois de juin de la même année.
Ce ne fut qu’en 1837, parune délibération du ^septembre, que le Conseil vota les crédits nécessaires pour le pavage de la rue Mademoiselle, qui n’en était pas encore pourvue, du moins dans sa partie dépendant de Grenelle.
1 . Archives de la Seine. Registre rr i des délibérations du Conseil Municipal de Grenelle.
Le 12 novembre suivant, un vœu est émis par le Conseil municipal pour que le département et l’Etat interviennent par un secours dans les frais de pavage du quai de Grenelle, si utile à l'industrie naissante, et pour lequel la commune n’a pas de ressources.
Jusqu’en 18.39 fort peu de rues étaient pavées et beaucoup n'avaient pas de trottoirs. Dans sa séance du 24 mai, le Conseil municipal, reconnaissant que cet état de choses nuisait au développement de la commune, décidait d’entreprendre un plan de campagne complet de pavage, avec trottoirs, pour toutes les voies qui en étaient dépourvues. Alin de réaliser cette importante opération, un emprunt de 600.000 francs était voté, dans la même séance, sauf approbation par les autorités supérieures h
L’une des plus lourdes charges pour le budget de la commune était, sans contredit, l’entretien et les frais de pavage de scs voies publiques, constamment sillonnées par de lourdes voitures de marchandises sans attaches avec la localité, et pour lesquelles celle-ci n’était qu’un lieu de passage. Frappé de ce fait, et n’arrivant pas à suffire à la bonne tenue de ses voies, le Conseil municipal, dans sa séance du 6 août 1844, adopta un vœu tendant à être autorisé à percevoir une taxe de cinq centimes par chaque voiture et chaque cheval venant du dehors et traversant la commune, sauf les voitures de voyageurs. Le produit de cette taxe devait être employé aux réparations de pavage'2.
Nous n’avons pas trouvé, dans les archives de la commune, quelle suite l’Administration donna à ce vœu, sans
1. Archives de la Seine. Registre n° i des délibérations du Conseil Municipal de Grenelle.
2. Archives de la Seine. Registre n* 2 des délibérations du Conseil Municipal de Grenelle.
doute intéressant, mais d’une application plutôt difficile.
Dans la séance du 29 mai 1844, le Conseil municipal demandait à l’État un secours de 20.000 francs destiné à l’exécution de 48.000 francs de travaux de pavage sur ses chemins vicinaux. La délibération faisait observer que la commune n’avait jamais obtenu le moindre secours pour les voies de cette nature, au nombre de dix à cette époque, et dont trois avaient été pavées aux frais de la municipalité '.
La mise en état de propreté et le bon entretien des rues avaient été réglementés par un arrêté du maire de Grenelle, daté du Ier avril i83q. Les propriétaires et locataires des maisons en bordure étaient obligés et tenus d’effectuer tous les jours le balayage devant leurs maisons, du 1e1' octobre au 3i mars, avant huit heures et demie du matin ; et seulement le lundi, mercredi, vendredi et dimanche, du 1e1’ avril au icr octobre, avant sept heures et demie du matin ’.
Disons que la ville de Paris semblait se soucier fort peu du bien-être de sa jeune voisine, en laissant dans un état lamentable les voies parisiennes qui lui étaient contiguës. C’est ainsi que le boulevard delà Cunette, en i8q3, « placé en dehors de Paris mais dépendant de son territoire », était absolument infranchissable pour les gens de Grenelle allant à Paris, et pour les gens de Paris allant à Grenelle.
Le Conseil municipal de cette dernière commune, dans sa séance du 6 mai, en fut réduit à émettre un voeu demandant l’assainissement de cette voie par la ville de Paris.
On lit dans sa délibération,:
Que les eaux qui s’écoulent sur ce boulevard n’ayant aucun cours, s’accumu-
1. La Galette Municipale de la Ville de Paris et du Département de la Seine , année 1844, in-8, p. 514.
lent, se déversent dans la fosse et forment des mares infectes qui peuvent occasionner des maladies dangereuses. Que non seulement les mares existantes font dépérir les arbres mais qu’il arrive souvent des accidents qui compromettent la sûreté et la vie des personnes qui le parcourent; que quelques personnes ont failli périr en tombant la nuit dans les mares existantes, et que, assez récemment, un enfant du sieur Thibault, qui est tombé dans un des fossés bourbeux, est mort par suite du mauvais air et des miasmes pestilentiels exhalés par l’eau et la boue de ces fossés1 2.
Ici doivent prendre place les renseignements que nous avons trouvés concernant l’éclairage des voies publiques.
Dans l’établissement du premier budget de la commune, en 1 83 1 , les frais d’éclairage sont portés à i.3oo francs pour l’année. On y voit aussi l’acquisition de trois réverbères montant à la somme de 5qo francs. Il s’agit de l’éclairage à l’huile, mis en adjudication, au prix de îoo francs par réverbère et par année. Treize appareils suffisaient alors, on le voit, pour l’éclairage de la jeune commune. Le Conseil municipal, néanmoins, trouva ce système onéreux et, par sa délibération du io février 1802, décida de renoncer à l’adjudication pour adopter une combinaison tendant à payer le service au fur et à mesure des besoins. Il votait, en outre, la suspension d’éclairage pendant les mois de juin, juillet et août de chaque année C
Nous voici en 1 838. La commune de Grenelle est éclairée à l’aide de 33 réverbères, entretenus et allumés par une personne gagée, à laquelle elle fournit l’huile nécessaire. Ce système donne de mauvais résultats.
Par sa délibération du 5 mai 1 838, le Conseil municipal invite son maire à traiter, toujours pour l’éclairage à l’huile,
1. Archives de la Seine. Registre n‘ 2 des délibérations du Conseil Municipal de
2. Archives de la Seine. Registre n* 1 des délibérations du Conseil Municipal de Grenelle.
soit avec la compagnie Campêche et Saget, qui éclaire déjà Vaugirard et Gentilly, soit avec toute autre société présentant des garanties. L’éclairage devrait avoir lieu pendant huit mois de l’année, de septembre à avril, jusqu’à minuit, pour une durée de traité de trois ans, du ior janvier i83g au 3i décembre 1841, au prix de six centimes par bec et par heure h
Ce fut la Société Campêche et Saget qui obtint la concession, par traite passé le 4 octobre 1 838.
D'autre part, et pour ne pas paraître se désintéresser de tout progrès, le même Conseil avait, dans sa séance du 2 octobre i838, autorisé le maire à traiter, pour l’éclairage au gaz de certaines rues et des habitations, avec la Compagnie Larrieu, Brunton, Pilté, Pauwel et Cie, dont l’usine à gaz était située à Vaugirard, rue Mademoiselle, et le siège à Paris, rue du Faubourg-Poissonnière12.
Déjà, le 7 septembre 1 838, un traité avait autorisé, sous certaines conditions, la Compagnie française d’éclairage par le gaz Larrieu, Brunton, Pilté, Pauwel et Cie, de poser des tuyaux à gaz dans toutes les rues de la commune, destinés soit à conduire le gaz de l’usine de Vaugirard à Paris, soit à éclairer les particuliers de Grenelle.
L’une de ces conditions était l’éclairage au gaz, par six becs, de la rue Croix-Nivert, considérée comme la plus populeuse et la plus commerçante de la commune. Ce fut par elle que commença, en 1840, avant toutes les autres rues, cet éclairage particulier, à Grenelle1 2 3.
1. Archives de la Seine. Registre n“ i des délibérations du Conseil Municipal de
2. Archives de la Seine. Registre n“ i des délibérations du Conseil Municipal.
3. Archives de la Seine. Registre n° 1 des délibérations du Conseil Municipal de Grenelle.
Le traité pour l’éclairage à l’huile expirait, nous l’avons dit, le 3 1 décembre 1841. Il fut renouvelé pour trois ans, soit jusqu’au 3i décembre 1844, et aux mêmes conditions, par délibération du 5 février 1842. Lorsque cette échéance se produisit, le prix de l’huile avait diminué dans de telles proportions qu'il n’était plus possible de renouveler le traité sur les mêmes bases. Dans sa séance du 3 novembre 1844, le Conseil décidait donc qu’il y avait lieu de revenir au principe de l’adjudication, établie sur soumissions cachetées et au rabais1.
Ce fut alors que la Société d’éclairage Larrieu, Brunton et Cie se mit sur les rangs et fit ses offres de services pour remplacer l’huile par le gaz.
Le 16 novembre 1840, en effet, le Conseil municipal de Grenelle prenait la résolution d’accepter les conditions de cette Société, qui proposaitd eclairer au gaz les rues de Grenelle, au même prix et de la même façon que celles de la ville de Paris. LTn traité de dix-huit années était alors voté, avec la pose de 6.000 mètres de conduites dans les principales rues autres que celles en possédant déjà. Les becs devaient consommer chacun 100 litres de gaz par heure, et être placés à une distance de 5o mètres les uns des autres, dans les rues ci-après : chemin vicinal de grandecommunication, comprenant les rues des Entrepreneurs, du Transit et du Pont : 24 becs. Rue Croix-Nivert : 12 becs. Rue Frémicourt: 7 becs. Rue du Commerce: i3 becs. Rue Violet: i3becs. Rue de Grenelle : 12 becs. Quais de Grenelle et de Javel : 25 becs. Rue Letellier : 5 becs. Rue Fondary : 6 becs. Rue du Théâtre : 8 becs. Rue du Marché : 1 bec. Rue Mademoiselle : 2 becs. Soit, au total : 1 28 becs.
1. Archives de la Seine. Registre n“ 2 des délibérations du Conseil Municipal de
Sur ces 120 appareils, qui devaient brûler jusqu’à minuit, les jours de lune exceptés, la Compagnie en éclairait 3o gratuitement, en vertu de conventions précitées. Les prix étaient ceux de Paris, tant pour le gaz que pour l'entretien et l’allumage.
La commune décidait, en outre, de conserver l’éclairage à l’huile dans les rues non éclairées au gaz1.
La préoccupation d’embellir les voies par des plantations d’arbres, devait également se faire jour fort peu de temps après la reconnaissance légale de la municipalité.
Grenelle était, sans doute, une localité bien alignée, avec des rues tirées au cordeau, mais les fondateurs avaient eu. jusque-là, d’autres soucis que celui de les orner de plantations.
Dans la séance du 5 août i83q, une discussion s’établit à ce sujet au Conseil municipal, de laquelle nous détachons les lignes suivantes :
...Un membre a ensuite exposé que l’un des reproches que l’on adressait à la commune de Grenelle était de n’avoir pas de plantations, qui offrissent un abri aux personnes qui venaient fréquenter la commune, notamment les jours de fêtes, qu’il était du plus grand intérêt de parsemer les rues de la commune de diverses plantations qui seraient utiles à la commune en y attirant un plus grand concours de personnes. Il a exprimé la pensée qu’une plantation serait surtout nécessaire dans la rue dite des Entrepreneurs, à partir de la rue de Grenelle, et dans celle du Pont, faisant suite à la susdite rue, et aboutissant au Pont, comme aussi de planter la place semi-circulaire placée en face de la maison n° 19 route du Pont2.
Touchée par ces arguments, l’assemblée vota un crédit de 90O francs destiné à la plantation de la rue des Entrepreneurs, à partir de la rue de Grenelle; de la rue du Pont, et de la place demi-circulaire dont il est question plus haut3.
1. Archives de la Seine. Registre n“ 2 des délibérations du Conseil Municipal de Grenelle.
2. Archives de la Seine. Registre n0 1 des délibérations du Conseil Municipal de Grenelle.
Nous classerons ici, à la suite des voies publiques, toutes les informations qu’il nous a été possible de réunir concernant les transports en commun et les voitures.
La première tentative ayant pour but d’établir des moyens de locomotion entre Paris et Grenelle, semble dater de 1 838. Le 2 novembre de cette année, en effet, M. Polonceau, inspecteur divisionnaire des Ponts et Chaussées, demanda au Conseil municipal de Grenelle, l’autorisation de faire l'essai d’un chemin qui serait établi partie en rails de fer, et partie en chaussée bitumée, sur la voie vicinale dite rue Saint-Louis. Dans Paris, la ligne devait commencer à l’esplanade des Invalides, suivre le quai d’Orsay et passer devant le Champ-de- Mars.
La rue Saint-Louis partait du boulevard de Javel, entre les barrières de la Cunette et de Grenelle, et se continuait jusqu’au village d’issy par l’avenue Saint-Charles.
L’autorisation demandée fut accordée dans la séance du 2 novembre 1 838, à la condition que la circulation des voitures ordinaires ne serait pas interceptée. La délibération restait muette, malheureusement, sur le système préconisé par M. Polonceau, qui ne pouvait être, vraisemblablement, qu’une sorte d’omnibus sur rails, à l’instar du chemin de fer américain fonctionnant entre Paris et Versailles vers 1860, et qui avait pris son nom d’une exploitation semblable établie à New-York par le concessionnaire, M. Loubat.
Nous n’avons pas rencontré la preuve que l’autorisation accordée à M. Polonceau ait jamais été exécutée; dans les documents que nous consultons, son projet est couramment dénommé : chemin en fer ei en bitume dans Grenelle 1 .
i. Archives de la Seine. Registre n” i des délibérations du Conseil Municipal de Grenelle, et Grenelle. Carton O.
La localité n’était pas moins desservie par une ligne d’omnibus la faisant communiquer avec Paris. Nous voyons, en effet, qu’un arrêté du maire de Grenelle, du 27 avril 1839. lixe le stationnement des voitures, dites les Dames Françaises, rue Frémicourt,à l’angle du carrefour des rues du Commerce et Fondary. Dans Paris, ces voitures conduisaient au faubourg Poissonnière, à la place Saint-Laurent et au faubourg Saint-Martin, en passant parle Palais- Royal1.
Dans son édition de 1841, l’Almanach Delacour indique que ces voitures, devenues les Dames Réunies , stationnaient toujours au même carrefour et correspondaient avec les Béarnaises, allant à la Bastille, et les Diligentes , se rendant, d’une part, à la chaussée d'Antin, d’autre part au faubourg Saint-Antoine et jusqu’à la barrière de Charenton. On mettait une demi-heure, notamment, pour se rendre de Grenelle au Palais-Royal, ce qui ne représentait pas beaucoup plus de temps qu’aujourd’hui.
Par une délibération du Conseil municipal du 7 novembre 184.3, M. Aynard, entrepreneur des voitures omnibus, dites les Béarnaises , dont le siège et le dépôt étaient situés à Grenelle, rue du Théâtre, n° 21. obtint l’autorisation de faire circuler et stationner dans la commune d’autres voitures partant d’Auteuil, près le pont de Grenelle, et se rendant à la rue de Sèvres et à Saint-Sulpice par le boulevard extérieur. 11 accordait aux voyageurs, en compensation de cette faveur, la faculté de correspondance avec les deux lignes des Béarnaises, et aussi l’autorisation de monter et de descendre dans la commune de Grenelle, aux personnes qui feraient usage de ces voitures. La nouvelle ligne avait également pour but
de venir en aide aux voyageurs ne trouvant pas de piace dans les Dames Réunies , qui stationnaient aussi à Grenelle
Un arrêté du maire, du 3o décembre suivant, vint confirmer la délibération ci-dessus, et préciser que nul ne pouvait organiser un service semblable à celui concédé au sieur Aynard et, conséquemment, prendre ou descendre des voyageurs dans la commune ~.
Mais voici, en 1 855, qu'une grande émotion soulève les habitants de Grenelle: le dimanche i5 avril, en effet, la ligne des Dames Réunies , faisant communiquer la localité avec le centre de Paris, est supprimée à l’improviste. Cette petite révolution avait pour cause la création de la Compagnie générale des omnibus. Dans le remaniement du réseau qui suivit le nouvel état de choses, on donna à Grenelle, en remplacement delà ligne supprimée, la prolongation, jusque dans la commune, de la ligne des Béarnaises allant de la Bastille au Gros-Caillou.
Cette compensation ayant été jugée insuffisante, le Conseil municipal, au nom de tous les habitants, protesta auprès de l’autorité supérieure, dans sa séance du 25 mai, et émit un vœu portant rétablissement du service des voitures omnibus qui existait avant le i5 avril et faisait le trajet direct de Grenelle au Palais-Royal3.
L’organisation du service de la poste aux lettres ne nous a donné que fort peu de renseignements: le B1 2 février i83q, le Conseil municipal émit le vœu qu'un bureau de poste fût créé à Grenelle, en remplacement du simple dépôt de lettres
1. Archives de la Seine. Registre n° 2 des délibérations du Conseil Municipal de
3. Archives de la Seine. Registre n° 4 des délibérations du Conseil Municipal ; et carton D. 1.
qui y existait. Cette demande était justifiée par l’augmentation croissante de la population, et par les constructions qui s’y élevaient de plus en plus1.
1 .Archives de la Seine. Registre n” 1 des délibérations du Conseil Municipal de Grenelle.