CHAPITRE XII
LES PLACES PUBLIQUES. — LA PLACE VIOLET. — LA PLACE DE BEAU- GRENELLE. — LA PLACE SAINT-LOUIS. — LE ROND-POINT SAINT- CHARLES. — LA PLACE DE LA MAIRIE. — LA FETE PATRONALE ET LES RÉJOUISSANCES PUBLIQUES. — LE MARIAGE DE NAPOLÉON III ET L’ARRIVÉE A PARIS DE LA REINE D’ANGLETERRE. — LA RÉVOLU- TION DE l830. — HÉROÏSME ET DECORATIONS. — LANNIVERSAIRE DES TROIS GLORIEUSES. — LA RÉPUBLIQUE DE 1 848. — LE DÉSARMEMENT DE GRENELLE ET LES OUVRIERS SANS TRAVAIL.
En même temps qu’ils traçaient des rues au travers de la plaine de Grenelle, M. Violet et son géomètre, M. Herr, ne manquaient pas de réserver, de-ci de-là, quelques vastes superficies à usage de places publiques. C’est ainsi que furent créées, à des périodes successives, il est vrai, les places Violet. Beaugrenelle, Saint-Louis, le rond-point Saint-Charles et la place de la Mairie.
C’est à la place Violet, nous l’avons dit dans un précédent chapitre, qu’eut lieu l’inauguration, le 27 juin 1824, du nouveau quartier de Beaugrenelle dépendant de Vaugirard, cérémonie qui se termina parle couronnement d’une rosière.
Durant de longues années elle était la place officielle de la
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nouvelle commune et servait aux réjouissances de la population. L’augmentation du nombre des habitants fit pourtant qu’on la trouva trop exiguë, et que l’on songea à en aménager une autre qui aurait de plus grandes dimensions.
Dans son rapport du 8 août 1841 concernant la transformation de la place de la Mairie en promenade publique. M. Juge, maire, s’exprimait ainsi, en parlant de la place Violet :
La commune ne possède qu'une seule place publique qui, par sa division en quatre parties, n’offre pas l’ensemble nécessaire pour de grandes réunions et pour la célébration des fêtes. Aujourd’hui ces divisions sont traversées par la route de Transit destinée à subir le parcours de beaucoup de voitures chargées, et si, par le défaut d'aucun emplacement, il a fallu y placer le siège des fêtes communales, on ne peut aujourd’hui en user, sans éprouver des embarras continuels et sans s’exposer même à des dangers fréquents L
La place Violet va donc prendre, dès ce moment, un aspect plus calme, plus recueilli, plus à l’abri des mouvements populaires. Elle sera ainsi plus ,à la convenance des riches bourgeois qui se sont groupés dans son pourtour. Le 7 février 1841, le Conseil municipal décidait qu’une plantation d’arbres y serait établie -. Elle fut seulement classée et alignée par le décret du 3 octobre 1 855, et ses dimensions sont aujourd’hui de 60 mètres de long, sur 60 mètres de large.
Après l’annexion, et dès 1862, la villede Paris, qui en avait la responsabilité, ne se lit pas trop prier pour procéder à son embellissement. Le Moniteur Universel du 26 novembre indique qu’on y commence, à cette date, des travaux de plantation et de décoration, et que son aspect s’en trouve singulièrement rehaussé. Des bancs du nouveau modèle devaient éga-
1. Archives de la Seine. Registre n° 2 des délibérations du Conseil Municipal de
2. Archives de la Seine. Registre n* 2 des délibérations du Conseil Municipal de Grenelle.
lement y être installés pour la commodité des promeneurs.
A l’heure actuelle, la place Violet, couverte d’une plantation d’arbres très serrée, a gardé en partie l’aspect qu’elle devait avoir à l’époque où le château Violet en faisait le principal ornement, c’est-à-dire au beau temps de la jeune commune de Grenelle. Sauf une maison moderne de sept étages, située au coin de la rue des Entrepreneurs, et sauf aussi le bâtiment neuf de la caserne de pompiers installée dans l’ancien jardin de M. Violet, la place en question n’a pour ainsi dire pas été modifiée. Elle est toujours bordée des petites et curieuses maisons construites lors de la création de Beaugrenelle, et des murs qui gardaient, à cette époque, la propriété du fondateur de la localité et le presbytère de l’église Saint-Jean-Baptiste. Au coin de la place, et portant le n° 77 de la rue Violet, existe encore l’ancienne maison familiale de M. Payen, conservée telle qu’elle était en i83o, et convertie aujourd’hui en asile par les descendants de l’illustre savant.
L’ancien presbytère dont il est question plus haut, et qui a son entrée au n° y5 de la rue des Entrepreneurs, à l’angle de la place Violet, fait maintenant, avec son jardin et ses grands arbres, partie de l’hospice Payen.
Sur la même place, à droite du nouveau bâtiment des pompiers, se trouve l’entrée d’un superbe square qui n’est autre que l’ancien domaine de M. Léonard Violet, au temps où il était le plus grand personnage du pays.
11 nous faut encore signaler au n° 5 actuel de la dite place, et au coin de la rue Violet, sur laquelle elle porte le n° 62. une très belle maison, contemporaine, elle aussi, de la fondation de Grenelle, et qui est restée absolument intacte avec sa grille massive et son beau jardin plein d’ombrages. C’était le logis de M. Lctellier.
Nous reviendrons plus loin et en détail sur ces différents immeubles.
La place de Beaugrenelle, ainsi que l’indique son nom. date exactement de la fondation de ce quartier, et fut réservée, en tant que superficie, à l’époque où Ton traça les rues Saint-Louis, des Entrepreneurs et du Pont. Elle présente une forme irrégulière et mesure 70 mètres de longueur sur 47 mètres de largeur. Son alignement avait été réglé par arrêté préfectoral du 3 octobre i855. Elle n’a conservé, de l’ancienne commune de Grenelle, que deux immeubles : une petite maison à un seul étage, portant le n° 7. situé au coin de la rue Saint-Charles ; et une grande et belle construction, portant le n° 1, qui a encore le caractère d’une belle maison bourgeoise du temps de Louis-Philippe. Cette dernière se trouve entre les rues Linois et des Entrepreneurs, comprend sept fenêtres de face avec deux étages, et est accessible par un perron de six marches. En dehors de ces deux anciens immeubles, la place de Beaugrenelle a perdu son caractère de banlieue parisienne ; elle est maintenant garnie de hautes maisons modernes à sept ou huit étages et complètement dépourvues d’intérêt.
Le Moniteur du 19 février 1866 la qualifie de square de Beau-Grenelle, et indique que sa superficie de 3.5oo mètres est aussi bien entretenue que celle des squares du centre de Paris. C’était sans doute une allusion aux plantations qui venaient d’y être faites ?
La place Saint-Louis, aujourd’hui place Saint-Charles, par sa régularité parfaite, 60 mètres de côtés, montre qu’elle a été réalisée d’un seul coup et en même temps que la rue Saint-Louis qui la traverse. Elle fut définitivement classée et alignée par arrêtés préfectoraux des 28 juillet i8q5 et
6 juillet i855. Une délibération du Conseil municipal de Grenelle, du 11 août 1859, vint régulariser ses abords ’.
Son nom et sa qualité de place Saint-Louis lui furent enlevés par l’arrêté préfectoral du 2 avril 1868. qui l’incorpora à la rue Saint-Charles, ancienne rue Saint-Louis, et donna ce premier vocable aux deux voies réunies.
Elle ne retint cependant que le nom et garda la qualité. C’est pourquoi, aujourd’hui encore, les inscriptions la qualifient place Saint- Charles, malgré l’arrêté de 1868 qui la dénomma rue Saint-Charles.
On n’y trouve, d’ailleurs, plus rien pouvant rappeler l’ancien village de Beaugrenelle. Les hautes bâtisses de rapport ont impitoyablement chassé les petites maisons et les jardins d’autrefois.
Le Rond-point Saint-Charles n’était pas dénommé au temps de la commune de Grenelle, du moins ne l’est-il pas sur le plan de Lefèvre, datant de i85g. Sa superficie arrondie faisait partie de l’avenue Saint-Charles, avec laquelle elle avait été formée à l’endroit où celle-ci rencontrait la rue des Marguerites.
On le trouve classé et aligné, avec un rayon de 25 mètres, par les arrêtés préfectoraux des 28 juillet 1840 et 6 juillet 1 855 .
Contrairement à celles dont nous venons de parler, cette place circulaire a conservé tous les aspects d’une modeste banlieue parisienne, ne montrant que des petites maisons basses, sans caractère et sans intérêt. Elle n’est pas encore, à l’heure actuelle, envahie par le vaste immeuble de rapport. et l'on s’y sent vraiment loin, très loin de Paris.
1. Archives de la Seine. Registre n° -4 des délibérations du Conseil Municipal de
N’ayant pas de numérotage propre, les maisons qui la bordent, élevées seulement d’un étage chacune, prennent celui de la rue Saint-Charles qui la traverse. Nous signalerons le numéro 161, qui est une sorte de cour de ferme assez pittoresque, convertie en remise à voitures. Une plantation d’arbres règne autour de ce Rond-point et contribue à lui donner l’allure d’une petite place faubourienne.
La place de la Mairie, quadrilatère allongé s’étendant de la rue Violet à celle du Commerce, fut créée en même temps qu’était inaugurée la nouvelle mairie.
Le 8 août 1841, en effet, le Conseil municipal votait l’acquisition de la maison Low. située rue Violet, n° 21, pour y installer la maison commune, et, en même temps, un jardin qui y attenait, mesurant 3q ares 18 centiares. Le même jour, un terrain contigu, appartenant à M. Demion, d'une superficie de 39 ares 35 centiares, était également acquis pour le prix de 17.000 francs. Dans l’esprit du Conseil municipal, le jardin et le terrain devaient servir à la formation d’une place publique ou d’une promenade, comportant trois accès : l’un par la rue Violet, l’autre par la rue du Commerce, le troisième par un passage aboutissant à la rue des Entrepreneurs et en portant le nom.
Ce fut la place de la Mairie1.
A propos de cette création, le maire, M. Juge, dans le rapport adressé à son Conseil, indiquait combien il était préjudiciable aux intérêts de la commune, de ne pas posséder de lieu de promenade :
Grenelle est entièrement dépourvu de promenades publiques, il l’est même de toute ombre, et c’est le reproche constant qu’on lui adresse. La nudité de son
1. Archives de la Seine. Registre n“ 2 des délibérations du Conseil Municipal de
sol sous ce rapport, détourne beaucoup de personnes de l’habiter ou de le fréquenter, et le jardin qui est attenant à la Maison Lovv, garni de belles plantations, apportera un utile remède à ce grave inconvénient, en offrant une promenade publique.
11 ajoutait :
S’il est un regret bien vif à exprimer, c'est celui que les acquéreurs de la plaine de Grenelle, sur laquelle est fondée une commune qui compte aujourd’hui un assez grand nombre d’habitants, et dont la population doit encore s’accroître, n’aient pas, dans l’intérêt même de leur entreprise, consacré une très faible partie des terrains par eux acquis à de modiques prix, comparativement à ceux actuels, à former une promenade publique et une place isolée de tous embarras, de tous dangers, sur laquelle puisse, notamment, se placer les fêtes publiques. Depuis l’érection de la commune, toutes les voix se sont accordées pour adresser à Grenelle le reproche de n’avoir aucune promenade, aucun lieu où l’on pût trouver l’ombre et le repos, en un mot aucune plantation, et d’abandonner dans la saison des chaleurs, ceux qui veulent l'habiter ou le fréquenter, à l’action des rayons du soleil plus fortement réfléchis par la nature de son sol. Il n’est personne qui, s’intéressant à la prospérité de Grenelle, au bien-être de ses habitants, n’ait gémi ou dû gémir d’un tel état de choses, qui n’ait désiré de le voir cesser, et qui n’ait concouru à s’occuper des moyens d’y remédier.
M. Juge, enfin, rendait le plus grand hommage à M. Demion pour les sacrifices qu’il avait consentis en cédant son terrain à un prix relativement minime :
A la suite du terrain de M. Low, il en est un autre ayant façade sur la rue du Commerce et d’une plus forte contenance dont, pour nous seconder, la providence semble avoir rendu propriétaire M. Demion, qui s’est déjà montré si bienveillant envers la commune1.
Les plantations et travaux d’aménagement furent immédiatement entrepris après l’acquisition.
Le iC1’ août 1 842 une somme de 200 francs était affectée à la plantation, par le sieur Aubert, pépiniériste, de quatrevingts marronniers2.
1. Archives de la Seine. Registre n° 2 des délibérations du Conseil Municipal de Grenelle.
2. Archives de la Seine. Registre 110 2 des délibérations du Conseil Municipal de Grenelle.
Le 5 novembre suivant, le Conseil municipal décidait que le jardin de la mairie, aménagé encore en potager, étant devenu un jardin public, serait planté d’arbres forestiers destinés à donner de l’ombre1.
Devenue la place officielle delà Municipalité et la promenade publique à la mode, la place de la Mairie 11e pouvait plus décemment abriter à l’avenir les joueurs de toute espèce qui avaient pris l’habitude de s’y réunir.
Un arrêté du maire, du 8 juin 1 85 1 , vint donc mettre bon ordre à ce laisser-aller indigne d’une ville qui commençait à prendre rang :
Art. 1e1'. — Les jeux de boules, de palet, de tonneau, de Siam,,, de quilles, bâtonnets ou autres, susceptibles de gêner la circulation, et d’occasionner des accidents sont interdits sur la place Communale, et dans le jardin de la Mairie. Ces jeux ne pourront avoir lieu que dans les endroits affectés à cet usage2.
Il nous faut ajouter que les terrains Low et Demion n’avaient pas été jugés suffisants pour la formation de la place de la Mairie, telle qu’elle se présente aujourd’hui. D’autres y furent ajoutés, acquis en vertu d’un décret du 19 février 1 855. de Mme veuve Jubert. moyennant la somme de 10.000 francs, par acte passé devant Me Ferrière, notaire, le 24 avril 1 855 ; et de M. Bontat, qui en fit abandon gratuit, acte reçu à la date précitée par le même notaire 3.
L’arrêté d’alignement est du 19 février 1 855 . Ainsi que l’annonce Le Moniteur , la place prit tournure de square en 1862, mais alors lacommune n’existait plus, et c’était la ville de Paris qui payait les dépenses :
A Grenelle, on a réuni par de larges chaussées les rues Violet et du Com-
1 . Archives de la Seine. Registre n°2 des délibérations du Conseil Municipal de Grenelle.
3. Note sur l’Administration des Services municipaux, par M. Pelletier, directeur, 1879, p. 137.
merce, en isolant les bâtiments de l’ancienne Mairie et la plantation existante qu’on a décorée, dans sa partie centrale, d’eau, de gazons et de plantes1.
Le même journal, dans son numéro du 19 février 1866, indique pour ce square une superficie de 4.395 mètres et assure qu’il est non moins élégant, non moins soigneusement entretenu que ceux du centre de Paris.
L’àpreté de l’hiver, pendant le siège de 1870, devait faire table rase de ces plantations. M. Jobbé-Duval, en effet, Conseiller Municipal du XVe arrondissement, nous apprend, dans la séance du 3 novembre 1 8/5, que les arbres rabougris de l’ancienne place de la Mairie avaient été coupés pendant la guerre franco-allemande pour servir au chauffage.
N'oublions pas de dire que la place dont il s’agit eut l’honneur d’être mentionnée et dessinée dans le beau volume que M. Alphand, ancien Directeur des travaux de Paris, consacra aux promenades de la capitale, promenades dont il avait été le prestigieux ordonnateur 2.
La place de la Mairie, qui mesure aujourd’hui 200 mètres de longueur sur 48 de largeur, a pris le nom de place du Commerce, par arrêté préfectoral du 26 février 1867. Elle perdit ce dernier vocable en vertu d’un autre arrêté du icr février 1877, qui lui conféra le nom de place de la Montagne-Noire. Un arrêté du 16 mars suivant la dépouilla de ce dernier nom, pour lui rendre celui de place du Commerce quelle porte encore aujourd’hui.
Son aspect ancien n’a pas complètement disparu puisque la vieille Mairie subsiste toujours, ainsi qu’un grand terrain planté de vieux arbres, au n° 10, et un autre au n° 7. C’est, à la