Le Moniteur Universel , n’ du 26 novembre
2. Les Promenades de Paris, Histoire , Description, etc., par Alphand. Paris, Rothschild, 1867-1873, 2 vol. gr. in-f°.
vérité., avec le café du Commerce, au coin delà rue de ce nom, ancienne maison à pignon triangulaire, les seules choses qui restent sur ce point de la commune de Grenelle. Pour le surplus, la place est bordée de hautes maisons modernes et d’usines. Son terre-plein est garni de deux grands carrés de gazon, d’un kiosque à musique, et de fort beaux arbres. C’est, en somme, un square très utile à la population du quartier.
Nous parlerons également de la petite place, non dénommée, ou plutôt du carrefour formé par les rues Frémicourt, du Commerce et Fondary. Lors de la formation de ce point, la société des terrains fut arrêtée par la mauvaise volonté d’un cordonnier, installé au dit carrefour, dans une mauvaise échoppe, de laquelle on lui avait, cependant, offert un bon prix. Mais, chaque fois que sa demande était acceptée il se récusait et augmentait ses exigences. De guerre lasse, la société modifia ses plans d’alignement, au grand regret de M. Violet, qui tenait avant tout à la régularité des rues, 'et le cordonnier garda son échoppe. Dès lors, adieu « veau, vache, cochon, couvée ». De désespoir il se pendit ‘.
La création et le développement des places publiques dans une commune, évoque tout naturellement l’idée de fêtes et de réjouissances populaires, pour lesquelles elles sont surtout établies. Déjà, avant la séparation qui se produisit entre Vaugirard et le quartier de Beaugrenelle, ce dernier jouissait du privilège d’avoir une fête patronale, privilège que lui avait accordé sa municipalité d’origine comme preuve de confraternité et d’union sincère. Cette mesure avait été, en effet, une tentative de conciliation de la part du Conseil Municipal de Vaugirard qui, dans sa session de 182g, votait une somme de
1. Nous tenons cette anecdote de Mme L. Boitel, petite-fille de M. Violet.
5o francs pour les frais d’affiches et d’illuminations à l’occasion delafètede Saint-Jean, patron delà nouvelle église de Grenelle. Ainsi que l’indique la délibération du Conseil Municipal de Vaugirard, du 14 mai i83o, ce geste de bonne volonté n’eut pas le don, cependant, d’adoucir les séparatistes1.
Quand Grenelle fut séparé, la fête de Saint-Jean devint la fête officielle et patronale de la nouvelle commune et se célébra au mois de juin, du dimanche qui précédait jusqu’à celui qui suivait la Saint-Jean Baptiste. Elle se tint sur la place publique attenante au jardin de la Mairie, c’est-à-dire sur la place de ce nom, dès que celle-ci fut aménagée 2.
Mous trouvons dans une autre source, que cette fête tombait le premier et le deuxième dimanche après le 24 juin.
Au premier budget qu’il établit, en 1 83 1 , le Conseil Municipal de Grenelle ne manqua pas d’inscrire une somme de cent francs pour illumination de la Mairie et affichage des programmes de cette réjouissance 3.
Ce crédit fut bientôt porté à 3oo francs et y resta jusqu’en
D’autre part, la mise en état de la nouvelle place publique, de la place de la Mairie, devait être l'occasion du développement de la fête patronale, dans laquelle les Parisiens, toujours friands des plaisirs de la banlieue, commençaient à affluer. La subvention était, en effet, portée à 5oo francs en vertu d’une délibération du Conseil Municipal du 10 mai 1842 s’exprimant ainsi :
Le Conseil, considérant que la fête patronale est utile pour attirer des étran-
3. Archives delà Seine. Registre n” i des délibérations du Conseil Municipal de Grenelle.
gers et des consommateurs, et pour favoriser le commerce, vote une somme de 200 francs indépendante de celle qui est inscrite au budget1.
De l’amusement public il restait aussi quelque chose aux indigents : éternels prétextes et excuses journalières des plaisirs de la fortune. A l’occasion de la fête patronale, le 29 juin 1847. un grand bal fut donné sous la tente Morel au profit des pauvres, dont la recette brute s’éleva à la somme de 808 francs. Quelques prix des frais nous sont indiqués dans le bilan de la fête, où l’on voit, notamment, pour la location delà tente, 160 francs; pour les billets et les lampions, 20 francs ; pour les rafraîchissements aux musiciens, 14 francs; pour 100 bouquets à la main distribués aux dames lors de leur entrée au bal, 12 francs. On remarquera, au bon marché de ce dernier article, que Grenelle était un pays de jardiniers.
A la même occasion, le bureau de bienfaisance fit encore distribuer à chaque indigent un kilogramme de viande et deux kilogrammes de pain.
Voici, également, le 3i juillet 1 85 1 , un grand bal donné au profit des pauvres dans le local de l’Ecole de garçons, attenante à la mairie, et qui produisit 260 francs. L’année suivante on en revint à Ici tente Morel , placée dans le jardin de la mairie, et l’on fît coïncider cette réjouissance avec la fête du pays.
Le registre du Bureau de bienfaisance de Grenelle contient, d’ailleurs, la mention d’un certain nombre de bals donnés par la garde nationale au bénéfice des pauvres. C’était même là. avec les représentations théâtrales, la principale source de leurs revenus.
1. Archives de la Seine. Registre n° 2 des délibérations du Conseil Municipal de Grenelle.
Vers la tîn de l’existence de la commune, néanmoins, ce système d’alimenter la caisse des pauvres paraît avoir été abandonné, et nous rencontrons, le 27 mars 1 858, une délibération du Bureau de bienfaisance disant que les bals, donnant lieu à trop de frais et ne laissant pas suffisamment de recettes aux indigents, seront remplacés par un appel fait aux habitants aisés >.
On pense bien qu’une localité de la banlieue parisienne ne saurait se contenter de son unique fête patronale.
Le 17 mai 1846, les communes de Grenelle et de Vaugirard, entre lesquelles la paix était rétablie, avaient obtenu de donner une grande kermesse sur le rond point de la barrière de l’Ecole-Militaire, dont le terrain appartenait à la Ville de Paris. Cette autorisation avait été accordée sous la réserve de ne pas détériorer les plantations.
La permission fut renouvelée l’année suivante, pour la tenue d’une fête, dite du Printemps, qui eut lieu du 9 au 17 mai 1847. Le Préfet de la Seine, il est vrai, ajoutait dans son arrêté, que l’autorisation était accordée pour la dernière fois 2.
Il y avait aussi, sous le second Empire, les fêtes de l’Empereur, pour la célébration desquelles une subvention gouvernementale était allouée. Elle ne le fut pas en 1 855, cependant, le maire ayant été informé le 2 août que les sommes affectées à ce sujet par l’Etat seraient, en vertu d’ordres de Napoléon 111, consacrées cette année aux familles des soldats morts à l’armée d’Orient. La municipalité s'associa également à cette bonne œuvre en félicitant le chef de l’Etat et en votant, pour le même objet, un crédit de 5oo francs3.
r . Archives de l'Assistance Publique. Registre du Bureau de bienfaisance de Grenelle.
3. Archives de la Seine. Registre n’ 4 des délibérations du Conseil Municipal de Grenelle.
En dehors de ces tètes, où la musique pouvait se donner libre carrière. Grenelle était tenu d’observer le silence de bonne compagnie, qui doit être la marque distinctive des villes qui se respectent. Un arrêté du maire de la commune, daté du 17 août 1 853, fit défense « de sonner du cor, dit trompe de chasse, à quelqu’heure que ce soit et à la distance d’un kilomètre de toute habitation 1 />. Grenelle était décidément une ville !
Cette manifestation de notre localité à propos de la guerre d’Orient, ne fut pas la seule dans laquelle le souverain du moment était félicité :
Le Conseil Municipal, réuni pour la session de novembre 1840, exprime à Sa Majesté Louis-Philippe l'indignation que lui a fait éprouver, ainsi qu’à la généralité des habitants de cette commune, l'attentat perpétré par Darmès le i5 octobre précédent 2.
On sait que cet assassin, nommé Marius Darmès, âgé de 43 ans, était un frotteur se qualifiant lui-même : exterminateur de tyrans 3.
Il arriva aussi cette aventure que la municipalité félicita Louis-Philippe d'avoir échappé à l’attentat de Strasbourg, et honora, dans une autre occasion, l’auteur de cet attentat, devenu le Souverain de la France.
Le 3 novembre 1 836, en effet, M. Juge, maire, faisait parvenir au sous-préfet de Sceaux une adresse au Roi, au nom des habitants de Grenelle, à l’occasion de la tentative commise
3. Voici l’information du Moniteur Universel, du îG octobre 1840 :
« Paris, t5 octobre 1840. Un coup de feu a été tiré ce soir, à six heures, sur la personne du Roi, au moment où il passait sur le quai des Tuileries pour retourner à Saint-Cloud. Le Roi, ni aucune des personnes qui l’accompagnaient, n’ont été atteints. Le coupable est arrêté. Il avoue son crime. »
contre lui à Strasbourg, le 3o octobre précédent, par le prince Louis-Napoléon1 2.
Ensuite, à propos du mariage de ce dernier prince, alors Empereur, auteur de l’attentat dont il s’agit, le Conseil Municipal du même Grenelle prélevait sur le budget de l’exercice i853 la somme de 90 francs, nécessaire à l’achat d’une bannière devant servir à la députation des jeunes filles de la localité envoyée aux noces du dit souverain L Et à l’occasion de cet hymen, la garde nationale, toujours prête à combattre et à s’amuser, pensa qu'il ne serait pas mauvais de faire venir les violons. Le 5 mars 1 853, donc, le q5c bataillon, qui était celui de Grenelle, donnait un grand bal au profit des pauvres, qui produisit 97 5 francs 3 4.
Ce fut cette même bannière dont nous venons de parler, qui servit le jour de l’entrée solennelle à Paris de la reine d’Angleterre, et pour laquelle, à propos de divers changements dans ses broderies et d’une inscription spéciale, le conseil municipal vota une somme de 35 francs au mois de septembre i855 L La reine Victoria, on le sait, avait été, lors de son arrivée à Paris, l’objet d’une réception enthousiaste dont la capitale avait pris la plus grande part, entourée de ses modestes voisines, les communes du département de la Seine.
Grenelle, bien entendu, ne manqua pas d’y être représenté, non seulement avec sa fameuse bannière, mais avec ce qu’il avait de plus gracieux : ses jeunes filles ; de plus puissant et de plus robuste : les ouvriers de ses industries.
La lettre suivante, adressée par le maire au sous-préfet.
3. Archives de l'Assistance Publique. Registre du Bureau de bienfaisance de Grenelle.
montre toute l'importance que la localité donna à cette manifestation :
Grenelle, le 16 août i855.
A. M. le Sous-Préfet de l’arrondissement de Sceaux. M. le Sous-Préfet.
En réponse à votre circulaire en date du i3 du courant, j’ai l’honneur de vous informer que j’ai pris immédiatement des mesures pour que la députation de la commune de Grenelle, qui doit assister à l’arrivée de S. M. la Reine d’Angleterre, soit en rapport avec la grandeur de la circonstance.
Voici comment sera composée cette députation :
i° En tête la bannière de la commune de Grenelle avec l’inscription suivante en lettres d’or :
La Commission de Grenelle.
A notre illustre alliée.
S. M. la Reine d' Angleterre..
2° Les demoiselles de la Confrérie de la sainte Vierge ;
3° La Société de Secours Mutuels avec sa bannière ;
4° La corporation des jardiniers avec bannière, et portant tous les rubans en surtout.
5° La corporation des ouvriers des forges de Grenelle avec bannière.
6° La corporation des ouvriers des ports avec bannière.
Veuillez agréer, M. le Sous-Préfet, etc.
Le Maire de Grenelle, Signé : Lesecq L
Aussi bien puisque nous sommes dans la politique, ne tentons pas d’y échapper, et, faisant un retour en arrière, parlons de la Révolution de i83o, pour laquelle nous avons recueilli quelques documents. Ce sera encore montrer les fluctuations de l’esprit moutonnier des foules passant sans grand effort et le plus bourgeoisement du monde — l'àge héroïque étant définitivement clos — au travers de révolutions raisonnables et de monarchies cacochymes, se terminant les unes et les autres par des fêtes populaires, des anniversaires solennels, et des médailles commémoratives.
i. Archives de la Seine. Grenelle. Carton D. 1.
Il va de soi que, pour renverser une odieuse tyrannie, tout le inonde fit son devoir à Grenelle : les ouvriers et les patrons. Tous, aussi, dans un beau mouvement de solidarité, en demandèrent la récompense les uns pour les autres.
Voici un certificat émanant d’ouvriers de l’usine Payen affirmant à qui de droit, « et pour lui valoir au besoin », l’acte d’héroïsme d’un marinier du port de Grenelle :
Les soussignés, ouvriers de la fabrique de Monsieur Payen, chimiste, manufacturier, demeurant à Grenelle (banlieue), certifions que le sieur Louis-François Dufrène, marinier, nous a, le 3o juillet dernier, réunis sous ses ordres et conduits à l’ile Séguin pour prendre en flanc un poste d’environ cent hommes de l’ex-garde royale, placé en face sur la rive droite de la Seine; que les bonnes dispositions qu’il a prises, et un feu bien dirigé, ont forcé ce poste à se replier avec pertes: qu’après cette action qui a puissamment contribué à précipiter le mouvement rétrograde de l’ex-garde, il nous a menés de nouveau à l’ennemi, dans les jardins du Bas-Meudon, d’où, par un feu soutenu, il a favorisé les mouvements d’une colonne de patriotes qui a fini par s’emparer du pont de Sèvres et de deux pièces d’artillerie qui le défendaient.
Nous attestons que, dans ces diverses actions, le sieur Louis-François Dufrène s’est comporté avec une bravoure et un sang-froid admirables, qui n’ont pas peu contribué au succès de cette journée.
En foi de quoi nous lui avons signé le présent certificat pour lui valoir au besoin.
A Grenelle, le i5 août i83o. Signe : Wagner ; Huvet Charles ; Bancharès ; Renuz ; J. Gutesene L
M. Payen, également, qui pour défendre les libertés avait conseillé à ses ouvriers de prendre les armes, ne manqua pas de signaler leur bravoure héroïque, et d’appeler sur eux la bienveillance du Gouvernement :
Je certifie que les nommés : (liste de noms et prénoms), tous ouvriers travaillant dans ma fabrique, d’après mon invitation se sont rendus à Paris pour défendre nos libertés et qu’ils se sont trouvés dans tous les lieux où le péril était le plus grand, non contents d'avoir montré une bravoure héroïque, pas un seul d’entre eux ne s’est permis de prendre la moindre chose appartenant à l’Etat ou
aux particuliers ; pensant qu’une pareille conduite méritait la bienveillance du gouvernement je leur ai délivré le présent certificat. Grenelle, le i5 août i83o, Signé : Payen, manufacturier, capitaine de la Compagnie de Grenelle.
Vu pour légalisation de la signature de M. Payen, manufacturier à Grenelle, apposée ci-dessus, Le Maire adjoint, chevalier de la Légion d’honneur, Signé: Gautier. Vaugirard, 23 août i83o‘.
Le maire qui certifiait cette note était celui de Vaugirard, parce que Grenelle n’existait pas encore et ne fut créé que deux mois après; mais l’usine Payen appartenait au quartier de Beaugrenelle, comme son propriétaire et ses ouvriers.
Les fonctionnaires eux-mêmes, vraisemblablement encouragés, eurent aussi à cœur d’intervenir en faveur de leurs administrés lors des nombreuses distributions de récompenses qui suivirent les trois glorieuses. N’était-ce pas une dette sacrée, que Louis-Philippe acquittait d’autant plus volontiers qu’il lui devait le trône de France.
Voici une lettre de cette catégorie, adressée par le Sous- Préfet de Sceaux au maréchal Soult :
Monsieur le Maréchal, un vieux soldat des Armées Nationales, le sieur Pascal aujourd'hui domicilié à Grenelle (Seine) et grenadier de la Garde Nationale de cette commune, sollicite de votre justice la croix de la Légion d’honneur qui lui fut, dit-il, accordée, sur la demande du général Vandamme, pendant la campagne des ioo jours.
Le sieur Pascal est un honnête homme et un bon citoyen, dont le zèle éprouvé pendant les journées de juillet, n’a pas cessé d'être exemplaire pour le bataillon de Garde Nationale auquel il appartient.
C’est à la sollicitation des autorités municipales de Grenelle que je me suis chargé de vous transmettre cette pétition : je prends la liberté d’appeler sur le sieur Pascal tout votre intérêt.
Veuillez agréer, Monsieur le Maréchal, l’hommage de mon profond respect.
Le Sous-Préfet de Sceaux.
Sceaux le 22 avril 1 83 1 . M. le maréchal, Duc de Dalmatie, ministre de la Guerre1 2.
GRLNELLE
Nous avons relevé sur un certain nombre de pièces les noms des habitants de la commune de Grenelle qui obtinrent des récompenses à l’occasion de ces événements. La nomenclature se décompose de la façon suivante :
La croix : Darmstadt, Jean-Pierre, marchand de vin traiteur, rue Frémicourt, n° 2.
Deschamps, Denis, ouvrier manufacturier, rue Croix- Nivert, n° 3i.
Dumas, Jean-Louis, courtier d’assurances, rue Croix- Nivert, n° 27.
Bazin, Mathieu, forgeron, rue Fondary, n° 4.
Jorrey, ouvrier des ports, rue Frémicourt, n° i3.
La médaille : Vertbois, marchand de légumes.
Mongol, Jean-Baptiste, rue Fondary, n° 4.
Macron, Henry, rue Fondary, n°6.
Vérité, Victor, rue de Javel, n° 12.
Desaint, Gratien, rue Croix-Nivert, n° 27.
Ces quatre derniers, ouvriers à l’usine Payen *.
L’ordonnance royale du 6-9 juillet 1 83 1 prescrivit la célébration de l’anniversaire des trois fameuses Journées de Juillet. On décida, en outre, que celle du 27 serait consacrée à des honneurs funèbres et à un service pour les victimes :
Louis-Philippe Ior, etc., vu le rapport de notre ministre du Commerce et des Travaux publics;
Art. icr. — Les journées des 27,28 et 29 juillet iS3o seront célébrées comme fêtes nationales.
Art. 2. — Les dépouilles mortelles des citoyens morts pour la patrie, en défendant les lois et la liberté, les 27, 28 et 29 juillet, seront, aussitôt que l’exhumation en pourra être faite, déposées au Panthéon.
L’ordonnance ajoutait qu’une loi ultérieure consacrerait lé-
gislativement cette sépulture, et qu’une cérémonie d’inauguration aurait lieu au Panthéon le 27 juillet suivant. Elle prévoyait aussi l’érection sur l’ancien emplacement delà Bastille, d’un monument funéraire en l’honneur des victimes des trois journées, la première pierre de ce monument devant être posée par le roi, le 27 juillet 1 83 1 .
Le 2,3, le sous-préfet de Sceaux faisait parvenir au maire de Grenelle les instructions relatives aux cérémonies prescrites. Entouré de la garde nationale en armes, le premier magistrat de la commune devait assister en personne, revêtu de ses insignes, accompagné de ses adjoints, des conseillers municipaux et des fonctionnaires publics, au service funèbre célébré en l’honneur des citoyens morts pour la liberté. Une distribution de secours aux malheureux devait aussi être faite pendant cette première journée du 27 juillet, avec des illuminations générales dans les soirées des 28 et 29. Au cours de la journée du 29, la garde nationale de la localité était commandée pour assister à la grande revue devant se passer à Paris, de toutes les gardes nationales de la Seine J.
Indépendamment de cette cérémonie officielle et réglée par ordonnance royale, la commune de Grenelle, qui comptait plusieurs des siens parmi les victimes, et les avait inhumés dans un terrain situé près du pont, voulut leur rendre un hommage particulier. D’accord avec le sous-préfet, la solennité fut fixée au 27 juillet 1 83 1 , dans la matinée, et organisée de la façon suivante :
Programme de la fête funèbre qui doit être célébrée dans la commune de Grenelle pour les victimes de juillet qui sont inhumées près le pont de Grenelle, territoire de la commune.
D’après l’avis donné au maire de Grenelle par M. le Sous-Préfet de Sceaux,
le bataillon de Vaugirard, Issy et Grenelle, se réunira dans la commune de Vaugirard, et se rendra, ayant à sa tête M. le Sous-Préfet de Sceaux, accompagné de Messieurs les Maires de Vaugirard, d’Issy et de Grenelle, au lieu de l’inhumation des victimes de juillet.
Les honneurs funèbres seront rendus militairement aux inhumés.
Un poste d’honneur sera placé sur le lieu de l’inhumation et y sera maintenu toute la journée.
Une musique miltaire jouera par intervalles des airs funèbres pendant la journée.
Après avoir rendu les honneurs funèbres aux inhumés, le cortège se rendra à l’église de Grenelle dans laquelle il sera célébré un service funèbre avec toute la pompe convenable1.
Les Préfets, d'ailleurs, n’avaient pas manqué de signaler à leurs subordonnés toute l’importance de ces manifestations politiques, et le premier d’entre eux, celui de la Seine, alors M. de Bondy. donnait lui-même ses recommandations à son sous-ordre de Sceaux :
Paris, le 25 juillet 1 83 1 .
Monsieur le Sous-Préfet,
Je m’empresse de vous adresser ci-joint le programme des fêtes qui doivent être célébrées les 27, 28 et 29 juillet.
J’appelle toute votre attention sur les joutes de Grenelle et de Bercy, et je compte que vous ne négligerez rien de ce qui dépendra de vous pour concourir a leur éclat comme au maintien de l’ordre qui doit y régner.
Je ne saurais trop vous recommander, au surplus, de prendre toutes les mesures que vous jugerez convenables pour que les trois journées anniversaires de notre glorieuse révolution, soient célébrées dans tout votre arrondissement avec la solennité que peuvent comporter les localités et les ressources de chaque commune. Agréez etc2.
Il nous faut constater que le zèle déployé pendant les premières années de la Monarchie de Juillet ne s’était pas ralenti durant les dernières, et qu’elle resta fidèle à ceux qui avaient donné leur vie pour son avènement pendant les trois fameuses
(Etat actuel).
journées. Jusqu’à la fin, le service funèbre en leur honneur se célébra à travers la France, sans la moindre diminution des pompes déployées, mais seulement avec, peut-être, un peu moins d’enthousiasme de la part des populations.
C’est ainsi que le maire de Grenelle rend compte de l’anniversaire célébré en 1846 :
Monsieur le Sous-Préfet.
Hier la cérémonie religieuse qui a eu lieu dans l'église de Grenelle, s’est faite avec beaucoup de calme et de recueillement. Le plus grand nombre des membres des diverses autorités, des divers fonctionnaires, que j’avais convoqués y ont assisté. J’avais aussi convoqué les chefs des diverses écoles ou institutions d’enseignement publiques et les maîtresses de pension des jeunes demoiselles, qui s’y sont rendus avec leurs élèves.
L’église a été tendue en noir, et la cérémonie s’est faite avec la pompe désirable et compatible avec les ressources de la commune.
Des détachements de 3 compagnies de la Garde Nationale se sont rendus à la cérémonie en uniforme et en armes. La majeure partie des officiers de cette garde et plusieurs officiers retraités auxquels j'avais adressé des invitations ont assisté à la fête funèbre.
Toute la journée s’est passée dans le calme, et je n’ai à vous donner que de très bons renseignements.
Je suis, avec considération, etc.
Le Maire de Grenelle. Signé : Juge.
Grenelle, le 29 juillet 1846 L
L’avènement de la République de 1848 apparaît pour la première fois dans les registres des procès-verbaux de la commune, le 5 mars de cette année, et sous la forme d’une simple convocation. On y lit que le Conseil Municipal s’est réuni conformément à la lettre du Délégué du Gouvernement provisoire à la sous-préfecture de Sceaux, datée du 29 février 1848.
11 n’y est pas fait allusion à la chute de la Monarchie et à l’arrivée d’un nouveau Pouvoir.
2 go
L’Assemblée y vota une somme de 2.000 francs à affecter aux chemins vicinaux, et surtout destinée à procurer de l’ouvrage aux ouvriers sans travail ; « ainsi que pour tous autres frais extraordinaires nécessités par les événements de Février ». Elle décida, également, d’appeler les citoyens à concourir par des cotisations volontaires aux dépenses imprévues qui devaient, de ce fait, incomber à la commune, et elle pria les principaux habitants, par d’urgentes convocations, d’apporter leurs souscriptions à la mairie. Personnellement, chacun des membres déposa la sienne h
Le Conseil Municipal co npléta son intervention en sollicicitant une subvention de l'Etat :
Subvention qu’il est équitable qu’on lui accorde pour avoir préservé les bâtiments de l’octroi delà Ville de Paris de la destruction ; maintenu la perception, et aussi comme ayant nourri non seulement ses ouvriers mais encore ceux de Paris qui se sont portés vers les barrières, ainsi que les militaires qui étaient sortis de leurs casernes et se trouvaient sans aucune ressource2.
Après les terribles journées insurrectionnelles de Juin 1848 la garde nationale de Grenelle, comme celle des autres agglomérations parisiennes, fut partiellement désarmée. Cette mesure, exécutée sans doute incomplètement, avait laissé entre les mains de certains habitants de la commune des armes qui n’auraient pas dû y rester, ce qui suscita assez d’inquiétude dans l’esprit du représentant du peuple, maire de Paris, Armand Marrast. pour l’amener à s’en plaindre au sous-préfet de Sceaux.
Il lui écrivit, le 1 5 juillet 1848. en le priant de faire exécuter l’ordre d’urgence et dans toute son intégralité :
Je suis informé que le désarmement de la commune de Grenelle n’a reçu
1. et 2. Archives de la Seine. Registre nc 3 des délibérations du Conseil Municipal d j Grenelle.