Archives de la Seine. Carton de Vaugirard D. G
Vaugirard et Grenelle, devait faire échouer cette combinaison. M. Violet, ne se sentant plus suivi par le Conseil municipal de Vaugirard, retira son offre par une lettre du 6 août 1827, que l’on trouvera dans le chapitre de cette monographie consacré à l’église Saint-Jean-Baptiste.
En 1 835 on remarque à Grenelle, dans un terrain situé rue du Commerce et appartenant à M. Grosselin, l’établissement d’un marché aux veaux. 11 se tenait le vendredi, à une heure fort matinale en raison de la gêne qu’il causait aux habitants. Il arriva un jour que la Préfecture de police voulut le supprimer et en fut empêchée par une délibération du Conseil municipal de Grenelle du 10 août i8q5, réclamant son maintien K
Voici encore une tentative d’établissement d’un marché alimentaire susceptible de desservir Grenelle et Vaugirard, et qui devait être situé rue du Transit, à égale distance des deux communes. Le vœu en était adopté par le Conseil municipal dans sa séance du 3 juillet r 836 - , mais aucune suite ne lui fut donnée. La localité, en effet, n’était pas encore dotée d’un marché aux comestibles en i856. Dans la séance du Conseil, du 16 mai de cette année, le maire, M. Lesecq, proposa d’en établir un sur la place de la Mairie, dont l’étendue était assez vaste et bien centrale, et qui se tiendrait le dimanche et le jeudi de chaque semaine. Il devait s’y vendre des comestibles et des ustensiles de ménage. Le maire espérait qu’à l’aide de ce centre d’alimentation il serait possible d’obtenir une diminution du prix des denrées : la cherté des subsistances pesant lourdement alors sur la population industrielle de la commune.
Par sa délibération de ce jour, le Conseil municipal char-
1. Archives de la Seine. Registre n* 2 des délibérations du Conseil Municipal de Grenelle, et Grenelle. Carton D. I.
2. Archives de la Seine. Registre n” 1 des délibérations du Conseil Municipal de Grenelle.
geait de l’entreprise le sieur Couprie aîné, déjà tenancier des marchés de Vaugirard, Montrouge et Bercy. La durée de la concession était de trois années, avec une redevance de 2.000 francs par an à payer à la commune, et l’autorisation, pour le concessionnaire, de percevoir un droit de place sur les marchands, fixé à 10 centimes par mètre carré b
Dans la séance du 28 novembre 1 856, le préfet de la Seine proposait au Conseil général d’adopter le projet de la municipalité de Grenelle. Toutes les communes environnantes avaient émis un avis favorable, sauf celle de Vaugirard.
Le Conseil général, d’accord avec les Préfets de Police et de la Seine, et sans s’arrêter à l’obstruction faite par la commune de Vaugirard, prit une délibération conforme au mémoire préfectoral.
C’est vraisemblablement à cette occasion que fut donné le nom de rue du Marché à la voie allant directement de la rue Croix-Nivert à la place de la Mairie, et qui est indiquée sur le plan de i85g annexé à ce volume.
Signalons encore une brochure intitulée : Préfecture du département de la Seine , Concession d'un marché à Grenelle par la Ville de Paris, à M. Demion. Il s’agit d’une autorisation donnée le 17 mars 1864, par la Ville de Paris, à MM. Charles Demion et Armand Boc Saint-Hilaire, pour la construction et l’exploitation d’un marché aux comestibles sur un terrain situé entre les rues du Commerce et de la Croix- Nivert et appartenant au premier des deux concessionnaires. Mais en 1864, la commune de Grenelle n’existait plus, et le marché de M. Demion, si important qu’il pouvait être, échappe à notre investigation L
1 . /I rchives de la Seine. Registre n° 4 des délibérât ions du Conseil Municipal de Grenelle.
2. Bibliothèque historique de la Ville, n*1 2 36, 335, in-8, 40 pages.
En 1 85 1 , il fut question de supprimer les deux grands marchés aux bestiaux de Poissy et de Sceaux, et de pourvoir à leur remplacement par la création de deux marchés à établir dans la banlieue de Paris, sur la zone située entre l’ancienne enceinte des fermiers généraux et les fortifications de 1841. L’un sur la rive droite, l’autre sur la rive gauche. A cette occasion, le Conseil municipal de Grenelle, dans sa séance du 16 août, exprima le vœu que l’un des deux marchés à créer fût établi dans la commune. Il faisait valoir que la localité se trouvait au centre des abattoirs de Miromesnil, de Grenelle et des Deux-Moulins, et que le marché pourrait desservir les ic'\ 10e, 1 1 e et 12e arrondissements (anciens, naturellement).
D’autre part, la commune de Grenelle, bordée par le ifeuve, avait un pont qui la mettait en communication avec toutes les routes de l’Est, du Sud, de l’Ouest et du Nord et la rapprochait plus qu’aucune autre localité, des éleveurs de la Beauce, de la Normandie, de la Bretagne, d’une partie de la Picardie, et de l’Ouest de la France. Que, enfin, la proximité du fleuve offrait de très grands avantages au point de vue de la salubrité b
En dépit de tous ces avantages, le marché aux bestiaux sollicité par Grenelle ne lui fut pas accordé.
Puisque nous parlons d’alimentation, il convient de signaler l’existence, au moment de l’annexion à Paris, en 1 85g, d’un questionnaire rempli par le Maire de la commune pour être adressé au Préfet de la Seine, et faisant connaître le prix des denrées à cette époque. En voici le relevé:
Un demi-kilogramme de bœuf et de vache : o fr. 55; de
1. Archives de la Seine. Registre n* 4 des délibérations du Conseil Municipal de Grenelle.
mouton : o fr. 60 ; de veau : o fr. 65; de porc frais : o fr. 70.
Un poulet : de 2 à 5 fr. ; une oie : de 3 à 6 fr. ; une dinde : de 5 à 7 fr ; un canard : de 2 à 3 francs ; un pigeon : de o fr. 5o à 1 franc.
Le demi-kilogramme de beurre : de 1 à 1 fr. 80 : une demidouzaine d’œufs : de ofr. 70 à 1 fr. 20.
Le pain, suivant la taxe de la Préfecture de Police.
Un litre de pommes de terre : o fr. 10; de haricots : de o fr. 3o à 0 fr. 60; de pois secs : de o fr. 5o à o fr. 60 et o fr. 70 ; de lentilles : de o fr. 40 à o fr. 70.
Un litre de vin rouge consommé parles classes ouvrières : o fr. 3o à o fr. 80 ;de bière: 0 fr. 25 et o fr. 3o: de cidre: o fr. 3o ; d'eau-de-vie commune : 1 fr. 5o.
Un stère de bois ^un mètre cube) : 17 fr. ; cent kilogrammes de houille : 4L. 5o ; un hectolitre de charbon de bois : 1 fr. 5o et 2 francs.
Les salaires des ouvriers, à cette époque, étaient ainsi fixés :
Gages d’une femme, domestique ou autre, nourrie: de i5oà 240 francs par année.
Journalier agricole : 3 francs par jour.
Maçon : 2 fr. 5o ; 3 fr. 75 ; 4 fr. par jour.
Serrurier, forgeron, maréchal-ferrant, charron, mêmes salaires’.
On sait que, sous la Restauration, il était nécessaire, pour se livrer au commerce, notamment de la boulangerie, d’en recevoir l’agrément de l’autorité supérieure. Voici une demande d’enquête de cette nature adressée, en 1834, par le sous -Préfet de Sceaux au Maire de Grenelle:
Monsieur le Maire. M. Cornély a sollicité l’autorisation de se livrer au com-
. Archives de la Seine. Grenelle. Carton D. 1.
merc.e de la boulangerie en votre commune, près du pont. Je vous invite à vous assurer de la convenance du local, de l’aptitude du pétitionnaire, et de la garantie qu’il présente pour faire un bon service. Vous me ferez parvenir le résultat des renseignements que vous aurez recueillis à cet égard, avec votre avis personnel sur l’objet de cette demande. Veuillez agréer... Le Sous-Préfet1...
Le commerce de la boulangerie était, à cette époque, particulièrement soumis à des mesures injustes et vexatoires dont les autres avaient été exemptés. Dans un arrêté du Maire de Grenelle, du 24 septembre 1847. dont les considérants visaient la surveillance à exercer par l’autorité municipale sur le débit et la salubrité des denrées alimentaires, on lisait les deux articles suivants :
Art. Ier. — Les boulangers établis dans la commune de Grenelle et ceux qui s’y établiront ultérieurement marqueront à l’avenir leur pain des initiales de leurs noms et prénoms.
Art. 2. — S’il arrivait que des boulangers résidant dans la commune portassent des noms et prénoms semblables, afin d’éviter toute confusion, il serait ajouté à leurs initiales, celles de leurs femmes ou bien un signe particulier tels que des numéros, pris par les homonymes seulement, et dans l’ordre de date de leur entrée en exercice.
Cet arrêté était prisenconformitédes lois des 16-24 août 1790; 19-22 juillet 1791 et 18 juillet 1837. A défaut d’exécution, les délinquants devaient être déférés aux tribunaux2.
L’acte de charité suivant semble bien prouver, cependant, que les boulangers de Grenelle ne méritaient pas une telle suspicion : en 1 855, ils prirent l’engagement de convertir les étrennes qu’ils donnaient ordinairement à leurs clients, riches ou pauvres, à l’occasion du jour de l’an, en une redevance annuelle à verser par eux au bureau de bienfaisance de la commune. Pour cette année, le versement s’éleva à la somme de 2.270 francs 3.
3. Archives de la Seine. Registre n*q des délibérations du Conseil Munici pal de Grenelle.
En vertu du même engagement, une amende de i .000 francs au bénéfice des pauvres, était infligée à celui de ces commerçants qui serait surpris continuant l’ancienne tradition. Il est juste de dire que, au premier janvier 1847, une mesure semblable avait déjà été prise parles bouchers et épiciers de Grenelle, à l’instar de leurs confrères de Paris b
Il existe à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris, deux exemplaires de l’almanach de Vaugirard-Grenelle pour les années 1 832 et 1841. Nous en retenons les tableaux des professions exercées dans la commune de Grenelle pendant ces deux années et nous les reproduisons ci-après, afin de montrer le développement commercial et industriel de cette localité, au moment de sa création et dix ans après. Pour la compréhension de ce qui suit, disons que le chiffre unique appartient à l’année 1802 : lorsqu’il y a deux chiffres, le premier est celui de 1802 et le second celui de 1841 :
Serrurier, 1. Architectes, 1 — 4. Batteur et affineur d’or, 1 — 1. Entrepreneurs de bâtiments, 5 — 7. Fabricants de bitume. 3 — 4. Blanchisseurs. 1 4 — 47. Marchands de bois. 1 — 7. Bouchers^— 7. Boulangers. 3 — 8. Bourreliers. 1 — 2. Fabricant decarton. 1 — 1. Chapelier, 1. Marchands de charbon de bois, 1 — 5. Marchand de charbon de terre. 1. Charcutiers, 2 — 5. Entrepreneurs de charpente, 4 — 4. Charrons, 3 — 3. Chaudronniers-plombiers. 1 — 2. Coiffeurs, 2 — 8. Fabricants de colle, 2 — 2. Fabricants de cordes d’instruments, 1 — 6. Cordonniers-bottiers. 2 — 6. Couvreurs, 2 — 2. Epiciers. 10 — 20. Fabricant de fer, 1 — 1. Fruitiers. 3 — 19. Grainetiers, 1 — 2. Ingénieur civil, 1. Instituteurs primaires degarçons, 1 — 2. Institutrices de filles. 1 — 3. Jardiniers-maraî-
1. Archives de V Assistance Publique. Registre du Bureau de bienfaisance de Gre neile.
chers, i — 9. Maréchaux ferrants, 2 — 1. Médecins-chirurgiens, 1 — 3. Entrepreneurs de menuiserie, 4 — 11. Nourrisseurs-laitiers, 3 — 14. Paveurs, 2 — 1. Fabricants de produits chimiques, 4 — 1. Serruriers, 2 — 6. Professeur de danse, 1. Professeur de mathématique, 1 . Scierie mécanique.
1. Fabricantde suif d’os. 1. Débitants de tabac. 2 — 3. Tailleurs d’habits, 2 — 7. Entrepreneur de terrasse, 1. Toiseurvérificateur. 1. Tonneliers. 2 — 4. Marchands de vin en gros, 3 — 4. Marchands de vin-traiteurs. 40 — 6|. Voitures publiques et loueurs, 4 — 3.
Voici, en outre, relevées dans l'almanach de 1841. les professions qui n’existaient pas dans celui de i832 :
Bains. 1. Fabricantde blanc de céruse. 1. Fabricantde bougies. 1. Brocanteurs. 4. Cabinet de lecture. 1. Cafés, 5. Fabricant de chaux, 1. Fabricant de couleurs, 1. Fabricant de cristaux et émaux, 1. Fabricants de cuir vernis, 2. Ebénistes. 5. Fabricant d’encre et cirage, 1. Faïenciers-potiers, 2. Ferblantiers, 2. Fontainier-marbrier, 1. Fumiste, 1 . Horlogers-bijoutiers, 2. Fabricants d’instruments de mathématique, 2. Jardinier-fleuriste, 1. Linger-colporteur, 1. Logeurs, 6. Marchand de meubles. 1. Fabricants de noir animal, 4. Marchands de nouveautés et mercerie. 12. Pâtissier, 1. Pédicure. 1. Artistepeintre, 1 (M. Loyer?). Peintres en bâtiments. 4. Pharmacien-herboriste, 1. Fabricant de platine, 1. Marchands de plâtre, 2. Porteurs d’eau. 2. Fabricant de poterie, 1. Fabricant de poudre de chasse. 1. Quincaillier, 1. Sabotier, 1. Selliers.
2. Taillandier, 1. Teinturiers. 2. Marchand de tuiles. 1. Voituriers, 10 b
1. Les Almanachs de Vaugirard-Grenelle, années 1832-1841, chez Delacour, imprimeur ( Bibliothèque historique de la Ville). (La Bibliothèque Nationale possède, de ces deux almanachs, les années 1 832 et 1 833.)
O il ne saurait passer sous silence les guinguettes de Grenelle, qui n’étaient guère fréquentées, d’ailleurs, que par les citadins de la grande ville.
Le plus fastueux des établissements de cette nature, en 1 83 2 , était 1 e Jardin de la Rosière , situé rue d’Angoulême, plus tard des Entrepreneurs, jardin qui tirait sans doute son nom du bois de la Rosière où avait été couronnée une jeune fille lors de l’inauguration de Beaugrenelle, en 1824 ? Cette maison possédait un vaste enclos, au centre duquel était un bal public qui attirait beaucoup d’amateurs de danse.
A la même époque, la rue Croix-Nivert, près la barrière de l’École, renfermait un grand nombre de guinguettes, rendez-vous des militaires et des artisans b
Parmi ces dernières il faut citer le Salon de la Victoire, qui a donné lieu à une lithographie publiée vers i8q5. La vue représente l’intérieur d’une vaste salle de bal, avec une galerie délogés au premier étage et un orchestre en avant-scène. D’un plafond à rosaces et à moulurations, pendent de nombreux lustres à globes de verre. Des militaires et des civils emplissent la salle et la galerie. Le texte porte :
Salon de la Victoire, Devers, restaurateur, successeur de M. Lesecq, à Grenelle, rue Croix-Nivert, i5. Ce salon est immense, on y donne bal les dimanches, lundis et jeudis. De la galerie qui régne au pourtour on se rend de plain-pied à d’autres salons et cabinets qui servent aux noces, repas de corps, banquets, etc. Les Dames Réunies , les Béarnaises et les Favorites , sont les omnibus qui desservent Grenelle.
Cette planche est signée : I S. Meyer, del. et lith. rue des Yieux-Augustins. 21. à Paris. Lith. Lemarchand 20 x 19,5.
Dans cette maison, le samedi i3 février 1847, les officiers de la garde nationale de Grenelle donnèrent un grand