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Almanach Delacour, 1 832, pp. 1 3o

LE THÉÂTRE DE GRENELLE, RUE CROIX-NIVERT Construit vers 1826

(Etat actuel).

bal au profit des indigents de la commune. Le prix avait été fixé à 5 francs pour un cavalier et une dame ; et à 2 francs pour une dame seule. Il fut imprimé 400 billets à 5 francs et 200 à 2 francs, remis aux capitaines de chacunedes trois compagnies, qui en firent le placement auprès des habitants et gardes nationaux. Le bal produisit 979 fr. 20 h

Comme autre genre de guinguettes, il y avait aussi les maisons hospitalières situées rue Frémicourt, qui, en 1847, avaient donné une si mauvaise réputation à la rue que les habitants demandèrent le changement de son nom.

L’almanach de Grenelle, par Delacour. pour l'année i83e. qui est à peu près celle de la création de la Commune, indique que la localité compte 40 marchands de vins traiteurs. Dans l’édition de 1841, le chiffre s’est élevé à 64, dont i5 pour la rue Croix-Nivert. et 6 pour la rue Frémicourt. On y voyait également 5 cafés, qui étaient sans doute des établissements plus relevés.

Aussi bien, tous ces vulgaires débits de boissons, surtout achalandés par les soldats de l’École militaire et des Invalides, n’ayant plus rien de commun avec les anciennes guinguettes riantes et ombragées, ne comportent pas de description.

Après son annexion à Paris, en 1869. la localité de Grenelle subit le sort inéluctable des autres communes de la banlieue qui fusionnèrent avec la capitale. Elle perdit ses gais aspects suburbains, ses jardins, ses maisons basses et familiales, pour se couvrir de larges avenues, de rues nouvelles, percées au travers de ses cultures maraîchères, et se meubla de ces hautes maisons de rapport, dont la monotonie luxueuse

1. Archives de l'Assistance Publique. Registre du Bureau de bienfaisance de Grenelle.

et banale, dont lalourdeur phalanstérienne, sont en train de devenir la caractéristique du nouveau Paris.

Une voie, pourtant, semble avoir jusqu’ici échappé à ces multiples transformations, du moins en partie, et a conservé plusieurs des maisons qui la bordaient jadis, maisons cossues et notoires, puisqu’elles appartenaient à ceux qui peuvent être considérés comme les fondateurs de Grenelle. Nous voulons parler de la rue Violet qui, avec la place de ce nom, avait été choisie par MM. Violet, Letellier, Payen, Perrée, et probablement aussi par d’autres dont les noms reviennent souvent dans ce travail, pour y établir leurs demeures et y asseoir leurs foyers.

La rue Violet était certainement la voie distinguée, de bonne compagnie, dans laquelle s’étaient groupés les personnes riches et les bourgeois. Elle possédait la mairie avec ses jardins, et aussi la place Violet. Elle était proche de l’église, et conduisait directement à Paris. Toutes conditions susceptibles de la faire rechercher.

Parmi ces maisons notoires l’une des plus réputées était celle de M. Violet, que les habitants qualifiaient du nom de Château de Grenelle , et qui était située sur la place et dans la perspective de la rue.

Elle existe encore intégralement aujourd’hui et n’est . autre que la caserne des sapeurs-pompiers de la place Violet, sauf le bâtiment neuf construit à l’alignement.

Dans le contrat d’acquisition de la plaine de Grenelle, du i5 mai; 1824, dont nous avons parlé plus haut, on voit que M. et Mme Violet s’étaient réservés 68 aresoô centiares (deux arpents), ou 6.836 mètres carrés de terrain, destinés aux constructions qu’ils avaient l’intention de faire ériger pour leur habitation. Cette superficie était située, dit l’acte enques-

tion, dans la place du nouveau quartier, sur laquelle devait être ouverte l’entrée de l’immeuble ; le dit emplacement décompté dans le prix total pour la somme de qq.coo francs h

Un guide des environs de Paris, édité à cette époque, à propos du nouveau village de Grenelle qui vient de s’élever dans la plaine de ce nom. signale cette maison comme étant fort intéressante :

Déjà des maisons d’une élégance parfaite ont été construites ; celle, appelée le château , appartenant à M. Violet, architecte, est remarquable sous tous les rapports. Il y a dans ce village un marché, une place publique, des fontaines 1 2.

Le Musée Carnavalet en possède un curieux dessin à la mine de plomb, intitulé « Château de Grenelle», exécuté évidemment du temps de M. Violet, par Gendré, élève de Léon Cogniet, lit-on sur cette image. Il est facile de constater que l’immeuble n’a pour ainsi dire pas été modifié en devenant une caserne de pompiers. 11 a toujours, dans sa façade regardant la place Violet, au rez-de-chaussée, ses quatre colonnes doriques encadrant la porte et deux fenêtres cintrées; au premier étage, ses quatre colonnes ioniques flanquant trois fenêtres rectangulaires, avec, au-dessus, une corniche à modillons supportant un deuxième étage. Le jardin a de grands et beaux arbres, des personnages en costume de i83o y circulent et des bestiaux y broutent une herbe épaisse. Un gymnase est à gauche, pour l’amusement des enfants. La seule différence que nous remarquions est, dans la mine de plomb, une sorte de petit belvédère coiffé d’une girouette pour indiquer le vent, planté au-dessus du deuxième étage, et qui n’existe plus aujourd’hui.

A propos de ce belvédère, nous rappellerons la curieuse

2. Le guide du Voyageur et du promeneur aux environs de Paris, par Richard et de Saint-Hilaire.

lithographie déjà signalée dans le chapitre ni et qui le figure également.

Ajoutons que Mme Boitel, petite-fille de M. Violet, nous signale avoir vu dans le grenier de son aïeul une maquette en bois pouvant mesurer un mètre de largeur, représentant le « château Violet />, offerte au fondateur de Grenelle par un entrepreneur « désirant obtenir ses bonnes grâces ». La pièce se démontait, afin de pouvoir montrer les dispositions intérieures de l’immeuble. Sur le toit se trouvait le belvédère en question.

Selon Mme Boitel. son grand-père aurait quitté le château de Grenelle , vers i83o, après avoir vu « bouleverser son œuvre par suite des événements politiques ».

Un autre membre de la famille nous a dit se souvenir, pour en avoir été le témoin pendant son enfance, de la vie fastueuse qui se menait dans cette belle demeure, au temps de M. Léonard Violet, et où le service était fait par des laquais en culottes courtes.

Sur le plan de Lefèvre, daté de i85çp et annexé à ce volume, la maison de M. Violet apparaît comme la propriété la plus importante de Grenelle et se voit au milieu d’un vaste cjuadrilatère de jardins allant de la place Violet à la rue de l'Église.

En 1860, le « château de Grenelle » est la propriété des époux Teissère.

Un jugement du Tribunal civil de la Seine, rendu le 18 février de cette année, avait donné acte au Préfet de la Seine du consentement des propriétaires, les époux Teissère et les consorts Guillois, de céder à la ville de Paris le dit immeuble, qualifié : « rue des Entrepreneurs. n° 3 1 . ancien château Violet (XV0 arrondissement), ancienne commune de Grenelle, totalité ».

Le domaine était alors occupé par un grand pensionnat de jeunes filles, très apprécié pour son vaste parc.

Il s’agissait d’exécuter le décret impérial du 21 janvier 1860 déclarant d’utilité publique la création de trois casernes de sapeurs-pompiers, la première à Passy, rue des Réservoirs, n° g; la seconde à Grenelle, dans l’ancien château Violet ; la troisième à Belleville, rue de la Mare, n° 5p.

Les notes publiées par M. Pelletier, ancien directeur à la Préfecture de la Seine, donnent le prix d’acquisition :

Caserne Violet , acquise des époux Teissière, conformément à un décret du 21 janvier 1860, par jugement du 18 février de la même année, moyennant 210.000 fr. L

Au cours de cette même année, la qe compagnie du régiment des sapeurs-pompiers y était installée.

Nous avons indiqué plus haut comment était conçue la façade regardant la rue Violet. La façade donnant sur le jardin présente un avant-corps en saillie flanqué de deux ailes. Cet avant-corps eut jadis un perron de plusieurs marches, qui a été supprimé depuis, et descendant au jardin.

Les intérieurs de la maison aménagée en caserne n’ont gardé que quelques plafonds, corniches et colonnes, datant de l’époque de la construction, c’est-à-dire de 1824. On y conserve actuellement, appendue au mur de la salle des conférences, une curieuse photographie de la façade donnant sur la place, tirée en 1 865 , et montrant des sapeurs-pompiers dans le costume de cette époque, exécutant des manœuvres sur le toit de l’immeuble.

Dans un rapport du géomètre du domaine de la ville, du

1. Notes sur l'Administration des Services et Établissements municipaux , par M. Pelletier, directeur, Paris, 1879, P-91-

rr octobre 1875, que l’on trouvera à nos annexes, nous voyons que la superficie de la propriété Violet s’élevait, en 1860, à i3.o8o mètres environ, dont 4.247 mètres; pour les constructions et 8-. 883 mètres pour le parc. La délibération du Conseil municipal de Paris, du 10 avril 1800, avait fixé le prix d’acquisition à la somme de 2 10.000 francs. La maison proprement dite fut alors complètement remaniée à l’intérieur, et d’autres bâtiments furent construits, ainsi qu’un gymnase pour les pompiers. En 1864 ou i865, un haut mur sépara la maison du jardin, encore que celui-ci continuait de faire partie intégrante de la caserne. A ce rapport est joint un plan de tout cet ensemble dont l’examen permet de constater qu’à ce moment la caserne Violet devait être le paradis des pompiers de Paris. On y voit, en effet, les allées sinueuses d’un vaste parc planté de grands arbres, à la disposition exclusive des habitants de l’immeuble ; puis « un jardin fruitier à la jouissance de MM. les officiers», et encore un «jardin potager à la jouissance du sieur Royer, concierge». Une petite porte charretière est indiquée dans le mur du fond comme ayant été ouverte en 1870 pendant le siège.

Le rapport du géomètre, auquel nous venons de faire allusion. avait pour but. le croirait-on. de lotir le beau parc de M. Violet pour y élever des constructions. Selon cet honorable fonctionnaire, un square public en cet endroit, même planté d'arbres admirables et d’essences diverses, était chose absolument inutile et ne pouvant rendre aucun service dans, un quartier aussi déshérité1.

Le Conseil municipal, d’ailleurs, avait déjà été saisi de la question par une proposition du 2.3 juillet 1875, aux termes

de laquelle les quatre représentants de l'arrondissement, MM. Castagnary, Jobbé-Duval. Maublanc et Chevalier demandaient la transformation en square public du jardin de la caserne.

Le Préfet de la Seine, déférant au désir de l’Assemblée municipale, introduisit un mémoire, le 18 octobre 1875, annonçant que le devis d’aménagement en square s’élevait à 20.000 francs, comprenant la pose d’une grille et la distribution du sol. Reprenant ensuite l'idée de son géomètre, le Préfet faisait connaître qu’en aliénant le terrain en question la ville ne manquerait pas d’en tirer un important bénéfice.

Pensera-t-on que M. Alphaud lui-même, le créateur des jardins de Paris, du bois de Boulogne et du bois de Vincennes. fut aussi pour la disparition du parc Violet ! Dans un rapport du 11 octobre 1875. joint au mémoire préfectoral, il proposait l’ouverture d’une voie de 12 mètres de largeur allant de la place Violet à la rue Roussin, et absorbant 1.217 mètres du jardin. Il en restait donc à aliéner, selon le projet du directeur des travaux, 7.616 mètres, qui, à raison de 3o francs le mètre, devaient produire la somme de 228.480 francs.

Le Conseil municipal, fort heureusement, ne voulut rien entendre, et persévéra dans son idée de transformer en square public le. jardin dont il s’agit. Il vota donc, dans sa séance du 3 novembre 1875, et sur le rapport cleM. Castagnary. les 20.000 francs nécessaires à cette transformation.

Il ne se trouverait certainement personne aujourd’hui pour regretter ce beau geste édilitaire qui était, en même temps, un de ces actes de sagesse et de prudence que l’on qualifie fort justement d’opération de père de famille.

A l’angle de la place et de la rue Violet, aux nos 5 de la première et 62 de la seconde, se trouve, encore intacte, et de

grande allure, la maison de M. Alphonse Letellier, collaborateur de M. Violet dans la fondation de Grenelle.

C’est une fort belle habitation, composée d’un rez-de-chaussée et d’un premier étage. Sur la façade regardant la rue Violet, un perron de six marches accède à un péristyle commandé par trois arcades en plein cintre séparées par des colonnes doriques unies, et flanquées de deux fenêtres à sommets circulaires. Le premier étage comporte cinq ouvertures, dont les trois du milieu sont séparées par des pilastres unis d’ordre ionique.

Le toit, plat et à l’italienne, est bordé par une ordonnance de balustres en pierre couronnant l’édifice.

Un très beau jardin environne encore cette jolie maison, comme au temps de M. Letellier, comme au temps de la commune de Grenelle, et une vaste cour carrée la sépare de la rue Violet sur laquelle se dresse une haute grille de fer.

Cet important immeuble, qui a certainement plus grand air que celui de M. Violet, fut édifié par M. Letellier qui l’habita et le posséda jusqu’en 1 838. D’autres propriétaires lui succédèrent et il y eut, vers 1840011 i85o, une institution d’Arméniens. La propriété est indiquée sur le plan de Lefèvre, daté de 1859, qui montre une vaste superficie avec grand jardin formant l’angle de la rue et de la place Violet. Aujourd’hui, la maison est occupée bourgeoisement, et constitue assurément l’une des plus belles habitations du XVU arrondissement.

En face de ce logis, rue Violet n° 77, à l’angle de la place, se trouve également celui d’un personnage, non seulement fort important à Grenelle, mais dont la notoriété dépassa de beaucoup les limites de cette localité. Nous voulons parler du grand chimiste Anselme Payen. qui futmembre de l’Institut.

Sa maison familiale, encore intacte aujourd hui et transformée en asile de vieillards, a conservé l’aspect d’une bonne maison bourgeoise de la banlieue parisienne, mais sans avoir, à beaucoup près, l’allure somptueuse des deux précédentes.

Dépourvue de décoration et de caractère, elle présente, sur la rue Violet, une façade d’un rez-de-chaussée et d’un premier étage de trois fenêtres chacun, encadrée de refends et de bossages, et surmontée d’un pignon triangulaire percé d’une ouverture.

Sur cette façade est apposée une plaque de marbre portant :

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