‹ Grenoble & VienneChapitre 15 sur 26 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

L'ART ROMAN

Saint-André-le-Bas. — Porche et clocher de Saint-Pierre. — Saint-Bamard.

Quelle qu'ait été Tautorité des Évèques de Vienne pendant la période que nous venons d'étudier, elle fut plus grande encore dans la période suivante, depuis le jour (14 sept. 1032) où Rodolphe III, donna le Comté et la Ville à saint Maurice, patron de l'église de Vienne, et aux Évèqnes de cette église, jusqu'à celui où l'Archevêque Jean de Poitiers fit hommage de ses possessions au dauphin Louis, le futur Louis XL Le pouvoir temporel des Evèques a duré plus de quatre cents ans ; il atteignit son apogée au milieu du xiil* siècle, avec l'évèque Jean de Bernin, qui construisit le château de la Bâtie, dont les ruines font un effet si pittoresque au-dessus de la ville de Vienne.

En France, après la longue période des temps chrétiens primitifs, si troublée par les invasions des barbares et les guerres intestines, surtout après la période néfaste du x* siècle, il y avait bien des ruines à combler, il y avait toute une société à reconstituer. A partir de ce moment on peut dire qu'un ordre social nouveau apparaît ; les diverses nations de l'Europe se forment et partout on voit se créer des écoles d'art qui, tout en s'inspirant d'une pensée unique, la pensée chrétienne, se servent de formes différentes, adaptées au climat, au sol, aux mœurs de chaque nation.

Pendant la période que nous venons d'étudier l'art avait une surprenante unité, le grand prestige de Rome et de Byzance dominait toute l'Europe chrétienne. Les œuvres que nous avons vues à Grenoble et à Vienne, la chapelle Saint-Laurent et les plaques de marbre de Saint- Pierre ne sont en Dauphiné qu'une importation d'un art étranger. A celui qui ne le saurait pas, rien ne pourrait faire deviner leur pays d'origine, et dire pourquoi elles sont dans la vallée du Rhône plutôt que dans une vallée d'Italie. Désormais il n'en sera plus de même et nous allons voir

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surgir partout, dans toutes les grandes nattons d'Europe et jusque dans les plus petites provinces, des formes d'art ayant des caractères très nettement individualisés.

Le xir siècle fut une période d'une extraordinaire fécondité, une période où l'on vit partout des esprits hardis chercher et trouver des

bside de Saint- And ré-le-bas.

formes nouvelles ; formes très différentes les unes des autres, jusqu'au jour où l'art gothique sembla avoir résumé et incarné toutes les aspirations du monde chrétien, et où ce style, créé en France, s'étendit dans toute l'Europe.

A Vienne même, où les restes des monuments romains donnaient des exemples à suivre en même temps que des matériaux à réutiliser, on voit apparaître un style spécial que l'on pourrait appeler le style de la vallée du Rhône, et qui se distingue du style des autres provinces de la France

no VIENNE

par son caractère classique. Dans l'Église de l'Abbaye de Saint-Andréle-Bas^ qui malheureusement n'a jamais été terminée, on remarquera partout un intéressant emploi des formes romaines, à l'intérieur des colonnes et des pilastres cannelés, à l'extérieur une belle corniche surmontant les murs latéraux.

Cette église a été construite en 1 1 52, ainsi que l'indique une inscription placée près de la porte d'entrée : mais les voûtes gothiques qui couvrent

Iniécicur de Saini- André le-bas.

la nef sont d'une époque plus tardive. On peut supposer que l'église était primitivement couverte en bois.

A l'extérieur le chevet présente un magnifique ensemble décoratif ; mais l'architecte l'a construit arbitrairement, sans le faire dépendre de la silhouette de son édifice. Après avoir disposé les trois fenêtres qui éclairent l'intérieur de l'église, il surélève les murs latéraux, de façon à terminer cette partie par une grande ligne horizontale. Et cette solution se justifie par l'heureux effet que produisent les grandes arcatures qui., en se prolongeant sur le clocher, l'unissent plus intimement à léglise. Ce système qui a pour conséquence d'accorder une place si prépondérante aux lignes horizontales, est bien une conception des pays méri-

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dionaux, où les traditions de l'art classique furent toujours un obstacle au plein épanouissement des formes ascendantes de l'art gothique septentrional.

Le clocher, avec la disposition de ses fenêtres et de ses corniches marquant nettement la division des étages, est une œuvre d'un très beau style qui a de grandes analogies avec les clochers de la ville de Rome, et notamment avec ceux de Sainte-Cécile, de Saint-Georges au Vélabre, ou de Sainte-Marie in Cosmedin,

Saiot- Piètre.

L'absida actuelle, très mal construite, paraît être une réfection de l'abside primitive. Klle dépare, par sa vulgarité, ce magnifique ensemble.

L'église de Saint-André-le-Bas serait digne d'une monographie très détaillée, analysant tous ses curieux détails, les incrustations en ciment coloré, le riche décor des fenêtres bordées de colonnes portées par des animaux dans une forme toute italienne, l'originale et grandiose disposition des arcs-boutants, sans compter tous les motifs ornementaux qui sont prodigués sur les parois de l'église.

D'une époque voisine, un peu plus tardive sans doute, datent un certain nombre de restaurations ou d'additions faites à V Eglise Saint-Pierre notamment un porche, et un clocher au milieu de la façade qui rappelle

les dispositions du clocher de Saint-André, Du xii* siècle date également la petite chapelle à croix grecque, surmontée d'une coupole octogonale, qui s'ouvre dans l'église, à droite du chœur. C'est dans cette chapelle

Portail de Saint- Bernard.

que sont actuellement réunis tous les débris d'inscriptions ou de sculptures des premiers temps chrétiens.

Les influences romaines dans la vallée du Rhône s'exercent non seulement sur les éléments archi tectoniques, tels que colonnes, pilastres, architraves, mais aussi sur la sculpture, spécialement sur la sculpture de la iîgure humaine, qui avait été si longtemps délaissée et qui eût au

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xir siècle une brillante floraison, grâce aux nombreux modèles laissés dans la vallée du Rhône par les monuments antiques et parles sarcophages chrétiens.

C'est à Arles, dans TÉglise et le Cloître de Saint-Trophime, et tout près d'Arles, à TAbbaye de Saint-Gilles, que Ton voit, soit dans l'architecture, soit dans la figuration sculptée, les plus magnifiques exemples de ce style qui remonta jusqu'en Dauphiné, et dont V Abbaye de Saint- Baniard, à Romans, est, un très beau spécimen, L'Abbaye fut fondée, au commencement du ix* siècle par Saint-Barnard, archevêque de Vienne^ qui, après une vie passée au milieu des troubles politiques, vint chercher le repos dans la solitude de la vallée de l'Isère et, près de son confluent dans le Rhône^ fonda un monastère où il finit ses jours. Le style des constructions qu'il édifia, avait une telle ressemblance avec le style des anciens édifices romains qu'il voulut, dit-on, marquer cette ressemblance en leur donnant le nom de Romans, nom qui a été conservé parla petite ville qui s'est construite près de l'Abbaye. A partir du x*" siècle le Monastère jouit d'une grande richesse et au xii® siècle les moines édifiaient la magnifique église que nous admirons encore. L'église actuelle, sauf le transept, le chœur et les voûtes qui ont été reconstruits à l'époque gothique, est l'église du xii* siècle. Les murs remarquables par la beauté des arcatures et des chapiteaux, présentent de larges surfaces planes, qui autrefois étaient toutes couvertes de peintures. On entrait dans l'église par un vaste porche qui est malheureusement détruit ; il ne subsiste plus que les sculptures qui décorent les montants du portail ; mais ces sculptures comptent parmi les morceaux les plus précieux de l'art français. Elles comprennent, de chaque côté, deux figures placées entre des colonnes et surmontées d'une frise grandiose. Les frises et les colonnes sont entièrement couvertes d'ornements dont la beauté ne peut s'expliquer que par l'influence de modèles classiques.

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