‹ Grenoble & VienneChapitre 17 sur 26 · H^^IM · texte numérisé non relu

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'.. Porte latérale du bas côté nord.

B des lions affrontés, des chimères, des dragons enfermés dans des cercles, des centaures et descentauresses se décochant les traits de leurs arcs. Plusieurs de ces motifs, tout orientaux ont pu être copiés d'après des étoffes d'origine persane et byzantine comme celles qui étaient alors si nombreuses dans les sacristies et les trésors des églises. »

D'autres incrustations de même nature se voient à Vienne dansl'église de Saint- André-le-Bas. Là on trouve un très curieux emploi de ces incrustations que M. Bégule a été le premier à signaler, c'est la décoration, non plus seulement des frises, mais des colonnettes qui encadrent les fenêtres.

Ces incrustations de ciment sont très rares en France. M. Bégule ne les a retrouvées, en dehors de Vienne, que dans le Mausolée de Saint- Lazare à Autun et dans quelques fragments du Musée du Puy.

Au XiV siècle on continua à faire de grands travaux à Saint-Maurice, on éleva les chapelles, en les englobant dans les contreforts, et l'on construisit la curieuse porte latérale du bas côté nord, où l'on trouve réunis des fragments appartenant aux époques les plus diverses de l'art. Le linteau de la porte, décoré par des rinceaux et un vase avec des lions affrontés, est un fragment de sculpture romaine, un des plus beaux qui subsistent à Vienne.

L'archivolte est un morceau du XII* siècle et les fines colonnettes avec leurs gracieux chapiteaux sont du XIV* siècle. A l'intérieur, dans l'embrasure de cette porte on voit deux fûts de colonnes romaines, cannelés en spirales, et deux chapiteaux qui peuvent être considérés comme de parfaits exemplaires de l'art du xiv= siècle.

A la fin du xiV siècle, on construisit les quatre dernières travées de la nef, on prolongea les arcades du triforium ^ui n'existaient que dans le chœur, on reprit la voûte de toute l'église pour l'élever à la hauteur de celle du chœur, et l'on fit de nouvelles chapelles, soit dans l'Eglise, soit dans le cloître attenant. Nous publions une jolie porte, seul froment qui subsiste de la Chapelle de Virieu.

Dans la chapelle de Saint-Pierre et Saint-Paul, fondée en 1499, on voit deux niches accouplées, qui sont les restes du Tombeau de Pierre de Nailhac. chanoinedeSaint-Mauriceetd'AntoinedeNailhac, son père. Ce sont de très intéressants spécimens de l'art gothique à ladernière phase de son évolution.

Porte de la chapelle de Virieu.

L'ART GOTHIQUE iî3

Mais surtout au XV' siècle on entreprit la construction de la façade

Saint-Maurice. Porte priacipale.

dont les travaux durèrent pendant tout un siècle et ne furent interrompus que vers 1530.

Lorsqu'on allongea l'église, en l'augmentant de quatre travées, il fallut pour remédier à la pente du sol construire une vaste terrasse. Une même

nécessité a conduit les Antonins à édifier les gigantesques soubassements

SaÏDi-Maurice. Deuil de la Porie ptiacipale.

sur lesquels se dresse la façade de l'église de Saint-Antoine. Ces dispositions qui sont très belles, mais très coûteuses, et qui toujours ont été inspirées par des nécessités de constructions sont très rares en France. On en trouve un bel exemple en Belgique, à l'Église Sainte-Gudule à

Bruxelles. La terrasse de Saint-Maurice surélevée de 25 marches domim

majestueusement le cours du Rhône et constitue un admirable péristyle en avant de la façade.

Cette splendide façade, quî est le chef-d'œuvre de l'art dauphinois n'a pas été entièrement achevée ; elle fut arrêtée au premier étage des tours, qui ne reçurent pas leurs flèches. Les matériaux employés à la construction sont de qualités différentes ; la partie inférieure qui est en pierres dures a admirablement résisté aux injures du temps, n'ayant d'autres dégâts que ceux provenant de la main des hommes. La partie supérieure, au contraire, construite en molasse, a beaucoup souffert de la pluie et du gel, et un incendie a achevé d'en détruire toutes les finesses décoratives. Ce n'est plus qu'un squelette.

Dans la disposition générale, il faut noter la régularité du plan, la parfaite symétrie des deux clochers, avec leur double étage de fenêtres : dans le bas deux fenêtres accouplées et dans le haut une seule ouverture, dans la disposition même que l'on voit au Campanile de Florence. On remarquera aussi le peu de relief des différentes parties de cette façade. Il y a là un vif contraste avec les puissants ressauts des œuvres gothiques du nord de la France, et comme un souvenir du mur uni des anciennes basiliques. Seuls, quatre légers et étroits pilastres marquent par leur saillie la division des nefs.

Dans l'art gothique, comme dans tous les arts, on voit les formes évoluer selon des lois logiques, tendant toujours à se développer de manière à produire leur maximum d'effet, à exprimer avec plus de force la pensée qui les inspire. Les architectes gothiques cherchent à augmenter la lumière et pendant plusieurs siècles nous voyons leurs efforts tendre à agrandir de plus en plus les ouvertures ; et c'est ainsi qu'ils aboutissent à des fenêtres telles que celles de la façade de Saint-Maurice.

Une autre de leurs recherches consiste adonner une unité de plus en plus grande à leurs façades, à en rassembler, pour ainsi dire, tous les éléments afin d'en composer un motif unique. C'est ainsi qu'ils furent surtout préoccupés du désir de réunir les deux éléments principaux de la façade, les portes et les fenêtres. A Paris, la porte de la cathédrale s'ouvrait simplement, brutalement, tout isolée. A Amiens, la porte s'avance, s'élargit et un fronton surmonté de statues la couronne. A Reims l'évolution s'accentue ; le fronton grandit, s'ajoure et déjà tente de s'élever jusqu'à la fenêtre centrale. Le gable est créé et il va aller sans cesse en se développant pour atteindre à ces formes prodigieuses de hardiesse dont la cathédrale de Rouen nous a conservé le plus bel exemple, nous permettant de reconstituer ce que devait être le gable de la cathédrale de Vienne avant sa destruction.

Pour se rendre bien compte de l'effet général de cette façade, il faut

par la pensée, rétablir la corniche ajourée au-dessus de la porte, continuer les pilastres qui mettaient de légers ornements sur le mur nu qui borde la fenêtre et enfin, surtout, il faut prolonger le gable ajouré qui devait s'élever jusqu'au sommet de la fenêtre ; ainsi constituée toute cette partie centrale prenait son importance, et s'imposait aux yeux avec une majesté qui formait un heureux contraste avec la simplicité des portes latérales.

Avant d'étudier chaque porte séparément, nous remarquerons la décoration générale des tympans qui est la même dans les trois portes. Au début les gothiques n'avaientemployé pourcette décoration que des basreliefs, et tant qu'ils n'eurent à décorer que des tympans de petites dimensions, ils purent sans difhculté y sculpter un motif unique. Plus tard, ils furent conduits par l'importance que prirent les tympans dans les portes des grandes cathédrales gothiques à les diviser en plusieurs zones ; nous en voyons jusqu'à cinq dans les portails latéraux à Reims et à Amiens ; et l'art en s'émiettant ainsi tendait à perdre de sa grandeur. Soit que les architectes se fussent rendu compte de cet inconvénient, soit qu'ils eussent trouvé que les formes du bas-relief n'étaient pas assez brillantes et ne s'accordaient plus suffisamment avec le riche décor de leurs façades, ils en arrivèrent à renoncer aux bas-reliefs pour les remplacer par des sta-

Saint-Miurice. Détail tie h Porte principale.

tues enfermées dans des niches. Ils trouvaient, dans le fouillis d'ornements dont ils décoraient ces niches, et dans la forte saillie des statues, de puissants effets d'ombre et de lumière qui par leur richesse se raccordaient avec toutes les dentelures dont leurs édifices étaient parés. Dans les portes de Vienne et dans la porte centrale notamment nous avons un des plus magnifiques exemples de cette forme de l'art gothique à la dernière période de son évolution. On voit des dispositions semblables dans quelques églises du xv" siècle, et notamment aux portes de Beauvais.

D'autre part, en plaçant une statue au centre du tympan, et en l'entourant des sculptures des archivoltes, l'artiste pouvait ordonner des motifs d'une grande unité. C'est ainsi que, dans les portes latérales, Tune avec la statue de la Vierge, l'autre avec celle du Christ, toutes les deux entourées d'anges, l'artiste a représenté l'Assomption et l'Ascension.

Dans les trois portes de la façade on peut distinguer quelques nuances de style. La porte la plus ancienne est celle de droite qui se rattache encore à l'art du xiv'' siècle. Dans la porte de gauche nous voyons des signes d'un art plus récent, par exemple dans les pilastres où le décor architectural a été supprimé pour faire une place plus grande aux niches enfermant des statues, et où les sculptures sont d'un art moins robuste, mais pliis délicat. On remarquera aussi le linteau de la porte qui se termine par une section d'arc et non plus par une ligne droite. La porte la plus récente est la porte centrale où nous trouvons des formes tardives qui n'existaient pas dans les portes latérales, par exemple les colonnes torses qui soutiennent le baldaquin dans le tympan central, les moulures avec de multiples pénétrations et les colonnettes sans chapiteaux qui se relient sans interruption aux bandeaux des archivoltes.

Dans les grands siècles chrétiens, le portail central était toujours réservé au Christ ; seuls les portails latéraux étaient consacrés aux saints. Ici, au contraire, les portails latéraux sont donnés au Christ et à la Vierge, tandis que la place centrale est attribuée au patron de l'église, à saint Maurice. La statue de saint Maurice était répétée trois fois, si nous en croyons ceux qui ont vu l'église avant ses dévastations, au trumeau et dans le tympan de la porte centrale et au sommet de la façade. C'est ici la manifestation de ce culte des saints qui prit tant d'importance au xV siècle, culte d'un sentiment si humain, qui plaisait aux fidèles, en créant des intermédiaires entre la terre et le ciel.

Toutefois si la statue de saint Maurice tient la place d'honneur dans le portail central, ce portail ne lui est pas réservé tout entier. Les voussures sont consacrées au Christ. Une rangée de sculptures représente des

scènes de la vie du Christ, et une autre des scènes de l'ancien testament analogues à celles de la vie du Christ qui leur correspondent. Dans la représentation de ces scènes, nous voyons les formes d'un art qui se manifesta au XIV siècle et prit plus d'importance encore au xv° siècle. Il ne s'agit plus, comme au début de l'art gothique, de sculpter sur les archivoltes des figures isolées en faible relief; l'artiste, obéissant à la loi tyrannîque de l'évolution, augmente ses ressources expressives et com-

Saint- Maurice. Porte de droite.

plique tous ses moyens d'exécution. Aux figures isolées succèdent des scènes, aux bas-reliefs des statues en ronde bosse. Ce sont des tours de force d'habileté que ces groupes dont nous voyons un si beau spécimen à Vienne et qui peuvent se rattacher à d'autres groupes semblables, à ceux de la cathédrale de Nantes ou à ceux plus anciens de la cathédrale de Strasbourg. Ces groupes que complète si bien le riche encadrement des supports, des baldaquins et des cordons de l'archivolte, tout sculptés à jour comme des dentelles, produisent un effet de richesse qui ne peut être surpassé. Il y a là un art nouveau, tout différent de l'art du Xlll' siècle. Et si le premier est incomparable par la simplicité des moyens, la gravité

de la pensée, la noblesse du style, on ne peut s'empêcher d'admirer aussi les artistes si habiles à transformer leur art pour lui faire exprimer des idées nouvelles et pour substituer à la solennité du Xlil*' siècle toute la richesse et tous les sourires de l'art du XV*.

Nous publions plusieurs gravures qui donneront une idée de l'ensemble et des détails de cette magnifique décoration, de l'effet magique de ce grand portail, dont la beauté n'est qu'à peine diminuée par la destruction de ses grandes statues et qui nous éblouit par la série des sculptures de ses trois archivoltes, par les motifs si compliqués et si clairs de ses groupes en ronde bos»e que soutiennent, qu'entourent comme des cadres de dentelles, des baldaquins, des pinacles, des moulures à jour.

Comme détail de sculptures il faudrait tout citer. Je me contenterai de signaler le beau motif de la Descente du Christ aux enfers qui est d'une étonnante majesté et d'une prodigieuse invention artistique. Où trouver un motif plus original que cette figure de Christ qui se dresse si noble, si majestueuse, et à laquelle fait un si vif contraste cette gueule béante qui représente l'enfer et qui, dans ses crocs, laisse entrevoir, agenouillés, humbles de reconnaissance, les malheureux que le Christ vient délivrer? Donatello, qui a représenté le même sujet dans ses chaires de San Lorenzo eut applaudi à une fantaisie que l'Italie du XV* siècle ne connaissait plus.

Mais ce sont surtout les idées riantes qui dominent sur cette façade et principalement dans les deux portes latérales, dans ces compositions exquises, où les groupes d'anges font un si radieux cortège au Christ et à la Vierge Marie. Ce n'est plus ici, comme au xiii** siècle, une série de figures d'anges religieusement inclinées, les mains jointes, dans le calme et l'immobilité de figures célestes ; les anges sont descendus du ciel et sont venus parmi nous ; ils sont entrés dans nos églises, etont pris le vêtement de nos enfants de chœur. Ils se sont groupés deux à deux, tenant à la main l'encensoir, le bénitier, le livre de chant, les bouquets de roses, et ils chantent, s'accompagnant sur la harpe, la viole ou la cithare. Je ne sais pas s'il existe des figures d'enfants plus dignes d'être rapprochées de celles que Luca délia Robbia a fait chanter sur la Cantoria du Dôme de Florence. A Vienne, comme à Florence, ce sont des chœurs d'anges musiciens qui entourent le Christ et la Vierge. Dans le portail de droite, on remarquera le soin avec lequel l'artiste a figuré et varié les instruments de musique. Il n'existe nulle part ailleurs une plus intéressante représentation des instruments de musique de la première moitié du xv* siècle.

L'ART GOTHIQUI-;

A côté de ces groupes il faut citer les deux petits anges qui, placés au-dessus de la niche de la Vierge, tiennent dans leurs mains la couronne qu'ils vont poser sur sa tête. Ils volent, rapides ; le vent colle sur leurs membres une légère tunique et leurs longues ailes effilées les font ressembler à des oiseaux descendant du ciel. C'est là une œuvre vraiment divine et sans rivale ; c'est tout le charme des florentins, mais avec un caprice et une richesse décorative que seul l'art français du XV' siècle a possédés à un tel degré.

Saiut-Maurice. Porte de gauche.

Le portail de gauche de Saint- Maurice, avec ses deux rangs d'archivoltes, représentant des groupes d'Anges, les uns enveloppés dans leurs petites ailes, comme des oiseaux dans un nid, les autres groupés deux à deux, et faisant leur office d'enfants de chœur, avec son tympan, dont les niches sont malheureusement vides de leurs statues, mais qui a conservé toute sa parure ornementale et surtout l'étonnante merveille des Anges porte-couronne, est une œuvre que l'on peut vraiment considérer comme sans rivale.

I) serait bien difficile de dire quels liens unissent l'art de Saint-Maurice de Vienne à l'art italien du xv* siècle. Mais c'est certainement le même esprit qui anime le sculpteur de Vienne, et les délia Robbia, les

Ghiberti, les fra Angelico, c'est la même recherche passionnée de tendresse et d'amour, un même élan des âmes trouvant leur idéal dans le culte de la Vierge. C'est le même esprit, le même poème d'allégresse, mais chanté toutefois sur des modes divers. Ici toutes les traditions gothiques sont conservées; et qui pourrait dire que ces traditions, avec tout l'éclat de

Sjlim-MaurUe. Détail de U porte de gauchi

leur décor, avec toute leur richesse et leur complexité ne se prêtent pas mieux encore à cette évocation de la joie du ciel, que l'art plus mesuré, plus sobre dans lequel les souvenirs classiques enfermaient l'âme italienne. Plus savant, plus parfait dans la recherche de la beauté corporelle, l'art italien ne surpasse pas l'art dauphinois dans la tendresse naïve des expressions et des attitudes, ni surtout dans la composition de ces riches ensembles que l'architecte dispose comme des couronnes de fleurs autour de la Vierge Marie.

Si l'art français a si merveilleusement exprimé au xv° siècle les idées de bonheur, la joie de vivre, il faut en chercher les raisons dans les conditions sociales de la France, Après les terribles douleurs de la guerre de Cent ans, ce fut, dans ce pauvre pays désolé, comme une vraie résurrection. Jamais peut-être en France on ne se sentit renaître à la vie avec plus d'allégresse. C'est le temps de l'amour et des berceaux, et le sculpteur de Saint-Maurice nous le dît en peuplant sa façade de nids d'oiseaux. Comme Florence, la France, revenant à la vie après de longues souffrances, a chanté le grand poème d'espérance, de joie et de bonheur.

A côté de ses édifices religieux, la ville de Vienne possède un certain nombre de maisons particulières dignes d'attention.

La plus ancienne est une Maison de la rue des Clercs, datant du début du xiii" siècle, où l'on voit, ù la partie supérieure, du côté du Rhône, une série de fenêtres s'ouvrant sous de gracieuses arcatures . Du même siècle date le Château de la Batte, forteresse construite par l'archevêque Jean de Bernin [1246-1266), dont malheureusement il ne reste plus que des ruines, mais ces ruines qui se détachent si pittoresquement sur les pentes du mont Salomon sont encore aujourd'hui une des beautés de la ville.

Enfin quelques maisons très importantes et très bien conservées datent des XV' et xvi° siècles, par exemple les maisons n"' 2 et 7 de la rue des Orfèvres.

porte de gauche.

Nous croyons devoir rattacher à la ville de Vienne une grande abbaye qui dépendait de la juridiction de ses archevêques, V Abbaye de Saint-Antoine en Viennois, qui fut construite lorsque Jocelyn de Chateauneuf, en raison de ses brillants faits d'armes, obtint de l'empereur de Constantinople le don du corps de saint Antoine et l'autorisation de le

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