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transporter en Dauphiné. Jocelyn qui avait d'importantes possessions dans cette province choisit, pour y placer sa précieuse relique, une petite ville qui lui appartenait, la ville de la Motte Saint-Didier, qui, depuis lors, prit le nom de Saint-Antoine.
La construction d'une église fut aussitôt entreprise et cette église fut consacrée en 1 1 19 par le pape CalHxte II ; mais il ne subsiste plus rien des constructions de cette époque.
Saîot-Maurice. DéttU de la porte de gauche.
Vers le même temps, Guignes Didier, successeur de Jocelyn, appelait à Saint-Antoine des moines bénédictins de l'abbaye de Montmajour; et peu après l'arrivée des bénédictins, il se constituait une confrérie spéciale la confrérie des Frères de l'Aumône, appelés plus tard les Frères Hospitaliers de Saint-Antoine ou les Antonîns. Cette création eut lieu à la suite de la terrible maladie qui s'était déchaînée sur l'Europe, maladie dont le corps de saint Antoine avait parfois provoqué laguérison. Les Frères de Saint- Antoine s'assignèrent la mission de soigner les malades atteints de ce terrible fléau que l'on désigne souvent sous le non de feu de Saint- Antoine, Les services que rendaient ces Frères furent la cause de l'immense faveur dont leur abbaye jouit pendant plusieurs siècles.
Côte à côte, pendant longtemps, non toutefois sans de graves démêlés les Bénédictins et les Antonins vécurent à Saint-Antoine : les premiers étaient maîtres de Téglise et les seconds de Thôpital. Mais il arriva un jour où, devenus plus riches et plus puissants que les Bénédictins, les Antonins les évincèrent et devinrent, en 1297, les seuls maîtres de Téglise et de Tabbaye.
Il semble que ce ne fut qu'à partir de cette date qu'on entreprit d'édifier une nouvelle église. La construction plusieurs fois interrompue ne fut terminée qu'au xv*^ siècle. C'est à ce moment qu'on éleva la façade.
Cette façade, construite à peu près à la même époque que celle de Saint-Maurice, forme avec elle un saisissant contraste. La façade de Saint- Maurice c'est l'ordonnance générale des grandes cathédrales du nord, encadrées dans les masses puissantes de gigantesques clochers. A Saint- Antoine il n'y a pas de clochers, et la façade s'ordonne simplement, en faisant valoir les grandes lignes de l'édifice ; et comme la nef centrale n'a pas une très grande hauteur et qu'elle est accompagnée de nefs et de chapelles latérales, il s'ensuit que le monument prend un caractère d'horizontalisme qui fait un violent contraste avec le verticalisme des édifices purement gothiques et notamment avec celui de la cathédrale de Vienne. Par là l'église de Saint-Antoine se rattache à l'art méridional et se rapproche plus d'une façade italienne telle que celle d'Orvieto ou de Milan que d'une façade française telle que celle de Reims ou d'Amiens.
La sculpture de Saint- Antoine tout en étant moins importante que celle de Vienne, l'égale en beauté. On admirera surtout les anges qui sont groupés deux à deux sur les archivoltes de la porte centrale.
Certes ce sont de grands artistes qui ont travaillé là. Une heureuse découverte de l'abbé Requin nous a fait connaître le nom de l'un d'eux, celui d'Antoine le Moiturier qui fut un des meilleurs sculpteurs de son temps. Le Moiturier travaillait à Saint- Antoine lorsqu'en 1462 Agnès de Bourgogne, sœur de Philippe le Bon, vint l'y chercher pour lui faire terminer à Dijon le tombeau de Jean sans Peur.
D'après ce que nous avons dit plus haut des influences italiennes en Dauphiné, on ne sera pas surpris de trouver dans une des chapelles de l'église de Saint-Antoine des fresques que l'on croirait détachées d'une église de Toscane. Ce sont les fresques de la seconde chapelle de gauche, qui, heureusement sont encore assez bien conservées. On y voit, dans les parties supérieures, deux scènes de la vie de saint Antoine : la Tentation du saint et la Découverte du corps de saint Paul^ ermite^ et, dans le bas, Saint'Cristophe traversant le fleuve et la Crucifixion de
Jésus-Christ. Cette dernière scène, d'une grande beauté, représente aux côtés du Christ, la Vierge et saint Jean, assis à terre. Sur les bords du tableau se tiennent debout, d'un côté, un prélat, et de l'autre l'archange saint Michel tenant les balances du Jugement. Ces peintures du plus pur style toscan sont, sinon l'œuvre d'un maître italien, du moins celle d'un de ces peintres de la cour pontificale d'Avignon, où l'influence italienne
Saint-AoCoiae. Vue générale.
était alors si prépondérante. On peut les supposer faites vers le milieu du xv° siècle.
Il ne me semble pas hors de propos de donner une liste sommaire des grands personnages qui sont venus en pèlerinage à Saint- Antoine. C'est un document précieux au point de vue de l'histoire sociale et de l'histoire artistique du Dauphiué, car il montre que le Dauphiné n'était pas une province isolée, placée en dehors des grandes routes de la civilisation. Les illustres visiteurs qu'il recevait ouvraient à ses hommes d'Etat, à ses écrivains, à ses artistes de larges horizons sur la civilisation des pays voisins.
Au xiV siècle il faut tout d'abord citer les nombreuses visites des dauphins du Viennois qui, dans leur château de Beauvoir, leur résidence
habituelle, se trouvaient à proximité de l'abbaye. Puis ce furent, en 1362, le duc de Savoie, Amédée VI, dît le comte vert, et eo 1365 l'empereur Charles IV qui s'arrêta à Saint-Antoine en allant à Avignon rendre visite au pape Urbain V. A cette occasion l'empereur reçut lui-même à Saint-Antoine la visite de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne. Ce fut ensuite le roi de France, Charles V, venu spécialement de Paris à Saint-
Ftitde de l'église de l'abbaye de Saini- Antoine.
Antoine afin de s'acquitter d'un vœu ; il fit don à l'abbaye d'un autel orné de sa propre statue ainsi que de celles de son épouse Jeanne de Bourbon et de ses deux fils, le dauphin Charles, et Louis, duc d'Orléans. Ce sont des faits qu'il faut noter dans l'histoire artistique du Dauphiné, car ils sont le témoignage certain de la présence dans cette province, dès le milieu du xiV sièle, de grands artistes travaillant dans le style même en faveur à la cour.
Il faut, dans cette histoire de l'abbaye, faire une place toute particulière à l'affection que ne cessa d'avoir pour elle le duc de Milan, Jean Galeas Visconti. Dans son Histoire antonienne, écrite au début du XV1° siècle, Aymar Falco nous parle longuement des grandes libéralités
du duc et notamment du don de reliquaires d'or tout enrichis de pierreries. En 1383, le duc fit élever dans l'église une chapelle toute décorée de peintures. Dans VHistoire de la Chartreuse de Pavie^ écrite par Luca Beltrami, nous trouvons un autre précieux témoignage delà grande affection du duc Jean Galeas pour Tabbaye de Saint-Antoine, c'est le fait que, dans son testament écrit en 1397, après avoir légué son corps à la Chartreuse de Pavie, et son cœur à la basilique de Saint-Michel à Pavie, il réservait ses entrailles à l'abbaye de Saint-Antoine. Les relations de l'abbaye avec un des plus illustres Mécènes de l'Italie, du prince qui fonda la Cathédrale de Milan et la Chartreuse de Pavie, sont un des événements les plus importants de l'histoire du Dauphiné et nous fournissent une première explication des grandes ressemblances qui existent parfois entre l'art dauphinois et l'art italien.
A la fin du xiV* siècle nous citerons encore parmi les visites notables celles de deux cardinaux, futurs papes d'Avignon, Robert de Genève qui fut depuis, en 1378, Clément VII et Pierre de Lune, le futur Benoit XIV.
Au xv** siècle, c'est l'empereur Sigismond, qui s'arrête à Saint- Antoine lors du voyage qu'il fit dans le sud de la France afin de voir le pape Benoit XIII et d'essayer de mettre fin au schisme d'Occident. Et peu après c'est encore un pape, le pape Martin V, qui, en 1418, après sa nomination par le Concile de Constance, voulut faire le pèlerinage de Saint-Antoine, avant de se rendre à Rome. Pour garder le souvenir de cette visite, les religieux de Tabbaye commandèrent une série de statues, représentant le pape et les principaux prélats de sa suite, statues qui furent placées dans le chœur de l'église, près du maître-autel.
En 1423, c'est Jacques de Bourbon, roi de Jérusalem, qui, visitant les principaux monastères de France, n'eut garde d'oublier celui de Saint- Antoine. Il se prit d'une affection particulière pour cette abbaye, où pendant longtemps il laissa en dépôt son trésor et tout ce qu'il possédait de plus précieux. Au nombre de ses dons à l'abbaye qui furent d'une grande importance nous nous contenterons de citer une statue en or de Saint-Antoine qui était estimée à 500 pièces d'or.
En 1458, René d'Anjou, duc de Provence, visite l'abbaye avec sa femme, Isabelle de Lorraine et une suite nombreuse.
Louis XI, qui, pendant son gouvernement du Dauphiné, avait fréquemment visité l'abbaye, lui conserva une affection particulière, lorsqu'il fut roi de France, et quand en 1475 il vint à Vienne, il n'oublia pas d'aller rendre visite à sa chère abbaye.
En 1494, le roi Charles VIII, accompagné de la reine, Anne de Bre-
tagne, part pour l'expédition d'Italie. Arrivé à Grenoble, la reine, laissant le roi continuer son voyage, vient à Saint- Antoine, et comme Charles V, c'est d'une statue la représentant qu'elle fait don à l'abbaye.
Fonail central de l'éi
e de l'Abbaye de 5aint- Antoine.
Au xvr siècle les visites des rois et des grands personnages continuent à se multiplier ; François I" entre autres vint deux fois à Saint- An toi ne.
Mais il faut nous arrêter, non toutefois sans avoir fait mention de deux personnages dont le nom ne saurait être indifférent à ceux qui étudient l'histoire artistique d'un pays, le cardinal Julien délia Rovere, le futur Jules II, et le cardinal Jean de Médicis. le futur Léon X.
Cette énumération , un peu longue peut-être, n'est pourtant pas inutile si Ton veut comprendre l'histoire de l'art en Dauphiné, notamment à l'époque de la Renaissance. Sans de telles relations il serait probablement difficile de s'expliquer la création de ces œuvres merveilleuses qui sont les façades de l'Eglise de Saint-Antoine, de la Cathédrale de Vienne et du Palais de justice de Grenoble.