POLYMNIE AVEC LES CHŒURS
Enfants des arts, que votre hommage
Pour votre ami s'élève aux cieux.
Honneur au culte mélodieux.
Honneur au peintre ingénieux,
Dont l'éclat vivra d'âge en âge ;
n a créé mille plaisirs
Et pour nos sens et pour notre âme ;
Il laissera des souvenirs
Toujours gravés en traits de flamme, (i)
(i) MM. Robert Lefèvre. peintre ; Gattaux. graveur, et Ruxthiel, sculpteur, ont tous les trois fait hommage à la Société d'un portrait de Grétry ; le charme delà ressemblance s'y trouve joint au fini de l'exécution.
Projet de donner le nom de Grétry à une plaee
publique à Liège.
Correspondance de Grétry à ce sujet.
En 1810, on avait déjà le projet de donner à une place pu[)liqQe de Liège, le nom de Grélry. L'éi^lise St Nicolas l'ut démolie à cet emplacement.
Il y eut à ce sujet des correspondances entre M. Dumont, notaire à Liège, et l'artiste adressa à Dumont ces lignes :
» Paiis, le 0 décembre 1810.
" Je viens de recevoir trois ibis la Gazette de Liège : c'est vous on M. Hencart qui me les envoj'e, je n'en doute pas, et pour augmenter ma reconnaissance envers vous deux, vous gardez l'anonvmo : et ce n'est que depuis peu do jours que je sais que vous avez fait des démarchrs aupiès des autorités de Liège, pour faire réussir le projet de la place qui porte mon nom et qui l'end ma méuioire impérissable dans la ville où je suis né et où je voudrais qu'un jour mon cœ'ir fut transporté. "
Une cérémonie eut lieu à ce sujet et on avait invité Grétry à y venir assister, mais son état maladif et son grand âge ne lui permirent d'entreprendre ce long voyage.
Le 11 juin 1811, l'inauguration eut lieu avec une certaine solennité.
Les Jlagislrals en a\erlirent le célèbre artiste.
M. L. Terry, compositeur et ancien professeur au Conservatoire royal de Liège, qui possédait de précieux documents sur les artistes liégeois, avait en sa possession de plusieurs autographes du maître.
En voici deux qui oui rapport à la place Grélrij :
- Paris, le 13 avril 1810.
" A Monsieur de Fossoid, ancien bourgmestre à Liège.
" .Je reçus trop souvctit, Monsieur, des preuves de vos bontés pour moi, pour que je ne puis.<e lésister au [ilai,<in de vous en témoigner ma plus vive reconnaissance Pour la seconde fois vous daignez m'iramortaliser dans ma patrie, p>.i.<.-;e mon nom s'unir au vôtre et rappeler un jour au.x braves Liégeois, (pie vous fûtes le digne protecteur des arts, et que je fus digne de votre suffrage,
" J'ai l'honneur d'être avec une reconnaissance respectueuse, votre concitoyen, •> Grétry. -
Le 14 septembre 1811, Grélry adressa retto nouvelle lettre à iM. de
FOSSOUl :
« Il va longtemps. Monsieur et cher compatriote, que vous m'avez convaincu de l'intérêt à tout ce qui me regarde. Je suis encore en idée dans la loge Magistrale où. dans vos bras, je versai de si douces larmes : le temps, Monsieui'. trefface pas de si do'ix souvenirs. Daignez recevoir mes remereimens pour mon neveu, qui s.' l'cndra digne, j'en sui.s sûr de l'honneur que lui fait la société d'Emulation.
^ Je suis avec respect votre affectionné sei-> iteur.
Le 29 décembre, il écrivit de nouveau au notaire Dumout à Liège :
" Pai'is, le 29 décembre 1810.
y. Vous ne cessez, mon cher ami, de vous occuper de moi, j'en suis touché jusqu'aux larmes; votre cantate que je reçois est excellente et cent fois au dessus de ce que je puis mériter. Vous voulez que j'aille à Liège pour le 11 février 1811 : oh ! mon ami ; je puis vous dire que je ne supporterais ni le voyage, ni la cérémonie qui me touche de trop près. Chaque fois que je m'expose au froid je crache du sang : Voilà où " 55 opéras représentés sortis de ma pauvre tête m'ont réduit. Xon, dans ma bonne ville, au milieu de vous, j'étoufferais de joie et vous ne voulez pas que je meure encoi'e, "
Pierre Joseph Henkart ai avait composé les paroles d'une cantate mise en musique par B T. Dumont, et faite expressément pour l'inauguration de la place Grétry. Latour, à Liège, en édita le poënie.
Philippe Lesbroussar., poète, avait composé en 1810 un poème : Les Belges, où il fait l'éloge deGrétry.et que l'auteur envoya au compositeur,
Grétry lui répondit en ces termes :
" Je vous remercie, Monsieur, d'avoir si dignement chanté mon pays et de ra'avoir compris dans les hommes d'élite qui}' prirent naissance. Je vois avec plaisir et orgueil fleurir les talents distingués telfique le vôtre. Monsieur, dans le pays qui m'a vu naître : les ans ne séparent pas le cœur de son berceau ; je suis Liégeois dans l'âme et pour la vie. «
Frédéric Rouveroy, fabuliste, (né à Liège, le 19 novembre 1771), était également en correspondance avec (irélry. Dans une lettre de il écrit à celui ci :
(i) Né à Liège, le 13 lévrier 1761. clianoine de l'église collégiale de .St. Martin. 11 eut (le frériuentes correspondances avec Grélrv.
- N'oubliez pas, je vous prie, dans vos réunions amicales, n'oubliez pas celui qui vous porte en son c but et qui, le reste de sa vie, conseï'vera le même sentiment. " Grétry. "
Inauguration de la Place Grélnj à Liège, le mercredi 3 juin 1811.
|.a Feuille d'annonces du Département de l'Ourle, du mercredi o juin, rend compte danSyCes termes de cette brillante fête, qui a laissé un souvenir agréable au nombreux public qui y assistait :
« La ville de Liège a célébré hier, 3 juin, l'inauguration de la Place Grétry. C'était une fête de famille; le cœur, sans le talent, peut la décrire. Les premiers jours du mois de juin avaient été obscurcis par un ciel nébuleux, mais le moment de la fèie a été serein et pur. A 6 heures du soir tous les habitans de la ville de Liège étaient dans le quartier d'Outre-Meuse : là, est né Grétry; là, est la place publique qui va porter son nom; là, il recevait l'offrande glorieuse de sa patrie.
» Sur la place Grétry l'on avait dressé une grande estrade; artistes, amateurs de Liège, du département s'y étaient réunis; le respectable Toskinet, ce patriarche de la famille, le premier maître de Grétry, se trouvait au milieu d'eux.
» Au moment où la mairie et le conseil municipal parurent, la musique se fit entendre, c'était l'ouverture de Panurgc.
» M. Soleure, secrétaire de la mairie, lut les actes de l'autorité publique, qui donne à raiicienne jdace de l'église St. Nicolas le nom de la Place Grétry; ce nom lut répété aux acclamations universelles. L'air céleste du quatuor de Lucile fut chanté. Il est bien dijficilede mettre à côté du texte sentimental des iJées qui le remplacent; mais le sujet était heureux et le talent de M. F. Rouveroy fait pour le célébrer. » Il disait :
Peut-on le fêter mieux Qu'au sein de sa patrie?
Son souvenir reniplit ces lieux :
Fils d'Apollon, il est l'ami des Dieux. Ce jour, Grétry, pour ton âme attendrie,
E.'t délicieux !
Fils d'Apollon, il est l'ami des Dieux. Que l'Europe qui te couronne Pare de ses laui-iei'S ton front toujours vain(ineur; La simple fleur qu'ici Liège te donne .\ plus de charmes pour ton cn^ur;
Gloire au Dieu de l'harraonie.
Hommage au nom de Grétryl
Comme Paris, au génie,
Consaci-ons ce nom chéri.
Peut-on le fêter mieux
Qu'au sein de sa patrie?
Son souvenir remplit ces lieux :
Fils d'Apollon, il est fami des Dieux.
Bon citojen, ami fidèle,
A tes neveux sets de modèle; •• Mais, en toi, (jii'udmii'er le jilus
De tes talens, de tes vertus?
Témoin d'un zèle aussi sincère.
Pourquoi n'est-tu pas dans nos bras?
Ah ! pour nous plaire.
Quitte une rive hospitalière !....
Mais il est loin de nous, hélas !
Peut-on le fêter mieux
Que dans le sein de sa patrie?
Son souvenir remplit ces lieux :
Fils d'Apollon, il est l'ami des Dieux.
» Toutes les voix n'avaient formé qu'un concert, et tous les cœurs applaudirent. M. Ue\vandre, l"' adjoint à iM. le maire de Liège, remplaçait ce fonctionnaire, que la fêle de riiéritier du trône a appelé dans la capitale; M. Dcwandre a prononcé ce discours :
« Mes chers concitoyens,
» Nous célébrons aujourd'hui une fête de famille; aujourd'hui la patrie s'honore en honorant un do ses enfanls; aujourd'hui nous inaugurons solennellement la place (îrétry : quel liégeois ne cite pas le nom de Grétry avec une douce émotion, ne le réclame pas pour son compatriote avec un noble orgueil! Vous, hahitans de ce quartier célèbre par son courage, respectable par ses malheurs, recommandable par son active industrie, vous, dont la main implacable de Belione avait incendié les asyles, mais que la main invincible du plus grand des héros a relevés ; vous, qui à côté de vos berceaux, avez vu le berceau de Grétry: liabitans du quartier d'Oulre-Meuse, vous êtes fiers de ce nom, vous êtes heureux de sa gloire; eh ! quel nom plus célèbre dans la carrière des î.ris; et dans la carrière de la gloire quelle renommée plus belle ! .son génie a
charmé le monde, sa lyre a chanté les Dieux, les grands hommes, les actions sublimes et généreuses; S'il vain, Lucile, Zémire, Coliuette et le Tableau parlant et tous ses ouvrages ne reçoivent-ils pas le tribut du cœur, du talent et de la verîu ! Ainsi Liège acquitte une dette sacrée quand elle inaugure cette place publique et la décore du nom de Grélry.
» Grétry ! vos œuvres immortelles ont réuni tous les suffrages; votre fête, fête civique, réunit tus les cœurs !
» Patrie heureuse, livrez-vous en bonheur, à l'ivresse de cette Romaine, à l'aspect de son fds ceint de la couronne du chêne et porté en triomphe, elle s'écriait : et cest moi qui lui ai donné le jour ! »
» L'on chante ensuite des couplets composés par M. P. J. Henkart, mis en musique par M. B. E. Dumont, tous deux Liégeois.
» La critique se lait devant de pareils tributs; c'est la reconnaissance, c'est l'attachement qui les acquittent, et l'indulgence s'empresse de les accueillir.
Hi/rnyie i\) pour ^inauguration de la Place Grétry, à la ville de Liège, sa patrie, le S juin 1811.