Acte de décès du compositeur Grétry
Du samedi vingt-cinq septembre mil huit cent treize, à six heures du soir. Acte de décès de André- Ernest-Modeste Grétry, Membre de l Institut et de la Légion d'honneur, né à Liège, le huit février mil sept cent quarante-et-un, décédé en son hermitage de Montmorency, le vingt-quatre dit présent mois, à onze heures et demie du matin, veuf sans enfants de Jeanne-Marie-Grandon. — Premier témoin, Louis-Victor Flamand, propriétaire, demeurant à Paris, rue du IJelder, iV° 6, âgé de quarante huit ans, neveu du défunt; deuxième témoin: André-Marie Renié, architecte, demeurante Paris, rue Basse du Rempart, chaussée d'Antin, jV" 24, aussi neveu du défunt, et âgé de vingt-cinq ans. — Sur la déclaration à moi faite par Marin Damien, docteur en médecine, demeurant en cette commune. — Lecture à lui faite du présent acte ainsi qu'aux témoins sus nommés ils ont signé.
Flamand, Renié fils & Damien, d. m.
Constaté suivant la loi pour moi. Adjoint au Maire delà Commune de Montmorency, faisant les fonctions d'officier public de l'état civil, soussigné par délégation de M. le Maire, après m' être transporté auprès du décédé pour m'assurer de son décès.
Signé: Lesguillier, Adjoint.
Nous faisons suivre différents renseignements au sujet de la mort du célèbre maître.
Grétry mourut an mois de septembre 1813, il avait 73 ans. (?) Il avait dit dans la matinée au jeune médecin qui ne le quittait pas :
— Adieu, docteur, je crois que j'ai envie de m'endormir.
Il s'endormit en effet pour toujours, sans aucun mouvement douloureux, le sourire de la béatitude sur les lèvres, et comme environné des douces harmonies qu'il avait tant de fois fait entendre sur la terre, il
remonta vers la voûte céleste, où l'on crut voir une légion d'ombres heureuses Tiniroduire au séjour de réternelie paix.
Dès que le bruit de sa mort se fut répandu dans Paris, tout ce qui tenait à l'art dramatique se réunit au foyer de l'Opéra-Comique pour s'occuper des moyens d'honorer la mémoire de cet homme célèbre. Une dépulation fut nommée et chargée de faire transférer ses restes mortels de Montmorency à sa demeure, sur le boulevard des Italiens. Là, pendant trois jours et trois nuits, il fut exposé sur un lit funéraire aux regards du public, qui vint en foule y jeter l'eau sacrée et des couronnes de Heurs. Depuis la porte d'entrée de l'hôtel qu'il occupait jusqu'à sa chambre à coucher, tout était tendu de noir. Des cassolettes antiques exhalaient de sua\es parfums, et quatre artistes dramatiques, en grand costume de deuil, et se relevant d'heure en heure, étaient placés à chaque coin du cénotaphe comme les gardiens et les dépositaires des restes précieux de l'homme de génie qu'ils pleuraient.
Parmi les femmes qui vinrent déposer leurs hommages, on en remarqua deux en habits de deuil et portant sur le visage un double voile brodé, sous lequel on ne pouvait distinguer leurs traits. Elles entrèrent en se donnant le bras. L'une d'elles portait une couronne de roses blanches, l'autre un rameau de laurier qu'entouraient plusieurs branches d'immortelles. A certaines paroles qui s'échappèrent de la bouche d'une de ces inconnues, à la vive émotion que parut éprouver l'autre en déposant sur le cénotaphe la branche de laurier, quelques observateurs crurent reconnaître la reine de Hollande et Amélie de Bavière, sa belle-sœur. La couronne et le rameau restèrent déposés sur le cercueil de l'illustre défunt et ne disparurent qu'avec lui dans sa dernière demeure.
Jamais de plus grands honneurs funèbres ne furent rendus à un simple citoyen, qui n'avait d'autre opulence que son génie, d'autre patronage que son nom, d'autre titre que celui de compositeur français.
Après cette imposante et religieuse cérémonie, le cortège traversa Paris au milieu de quatre cent mille habitants qui se trouvaient sur le passage du convoi. Rien n'était à la fois plus curieux et plus touchant que d'entendre tous ces ouvriers, quittant un instant leur travail, demander aux officiers de deuil quel était le personnage éminent qu'on entourait de tant d'hommages.
— Est-ce un sénateur ? disait l'un.
— C'est bien plus que cela, répondait l'officier.
— Est-ce un général ? demandait l'autre.
— Bah ! vous n'y êtes pas.
— C'est donc un prince ? ajoutait un troisième.
— Bien plus encore.
— Est-ce que se serait un frère de l'Empereur ?
— C'est un souverain, mais le souverain de la musique en France. En un mot, c'est Grétry.
— Celui qui nous a tant fait pleurer dans Sylvain, Richard Cœur-de- Lion ?
— Précisément.
— Qui nous a tant fait rire dans la Fausse Magie et le Tableau parlante
— Justement.
— Et dont nous chantons les airs dans tous nos ateliers ?
— C'est lui-même.
— En ce cas, nous nous joignons au convoi.
Il serait impossible de peindre l'affluence du peuple qui pénétra dans le cimetière de l'Est. 11 était environ cinq heures lorsque le corbillard parut à la porte d'entrée. Toutes les jeunes choristes de TOpéra-Comique et du grand Opéra, vêtues de blanc avec de longues ceintures noires, jetèrent des fleurs sur le sentier qui conduisait au dernier asile, en répétant l'air: Ah ! laissez-nous, laissez-nous le pleurer, dont MarsoUier avait fait le refrain des stances les plus expressives. Ces adieux, chantés par environ soixante voix de femmes, en deux parties, produisirent sur tous les assistants une profonde et religieuse émotion.
Ce jour mémorable fut embelli par la nature elle-même. Jamais le ciel n'avait été plus pur, et par un de ces hasards très-remarquables en pareille circonstance, au moment où l'on descendait le cercueil dans la fosse, le soleil se coucha, ce qui fit dire à un des assistants :
— Oh! regardez! deux astres brillants disparaissent à la fois de notre horizon !... {France musicale, N" 21, 1866.) D. Sterne.
Extrait de la Gazette de France, du 27 septembre 1813 : « Grétry est mort sans grandes souffrances, sans angoisses, parlant avec calme de sa fin, qu'il ne semblait pas croire aussi prochaine, grâce aux soins qu'on prenait de l'abuser à cet égard. C'est ainsi qu'il a terminé la plus belle carrière qu'on puisse parcourir, laissant aux artistes et aux amis qui le pleurent, les admirables productions de son génie, et le respectable souvenir de ses vertus. 11 a conservé jusqu'au dernier moment toute la plénitude de sa raison, et a lui-même dicté ses dernières volontés. 11 a composé, à ce qu'on assure, une messe de mort qui sera exécutée par les trois orchestres réunis de l'Opéra, de Feydeau et des Bouffons. » (Par un de ses élèves.)
Exti'ait du Journal de l'Emplve :
« On a cité dans un journal plusieurs mots de Grétry et entr'autres le suivant : Un personnage très distingué lui demandait quelle différence il mettait entre Cimarosa et Mozart. « L'un, répondit-il, met la statue sur le théâtre et le piédestal dans l'orchestre; tandis que l'autre met la statue dans l'orchestre et le piédestal sur le théâtre. » Cette repartie, aussi juste qu'ingénieuse, a scandalisé tous les fanatiques de l'Opéra allemand : ils se sont inscrits en faux dans un journal qui ne fait pas autant de bruit que la musique dont il est le champion, et une enquête solennelle se poursuit par devant le tribunal de la Gazette de France, pour prouver à l'Europe chantante, que jamais Grélry n'a prononcé le blasphème dont on a voulu flétrir sa mémoire. » (Octobre 1813.)
M. Fayolle, un des rédacteurs de la Biographie des musiciens, avec Choron, écrit la lettre suivante au Journal de VEmpire, à l'occasion de cet article :
.> Le mot de Grétry sur Mozart et Cimarosa a été imprimé pour la première fois à l'article Cimarosa du Dictionnaire des musiciens. Je le tenais de Grétry lui-même, et il me remercia de l'avoir rapporté.
" Aux bons mots de ce grand compositeur que vous avez cités, permettez-moi d'en ajouter d'autres qui peignent à la fois son esprit et son caractère.
* Un jour qu'il se promenait avec un homme de lettres, il fut accosté d'un vieillard qui lui demanda l'aumône. Il lui donne tout l'argent qu'il avait sur lui et dit à la personne qui l'acccompagnait : « Quand je vois un vieillard mendiant, cela me fait l'effet d'une fausse note. «
» M. P... lui avait envoyé un de ses romans, et lui demandait en échange quelque chose qui eût appartenu à J. J. Rousseau. Grétry dit à ce sujet : « C'est un homme qui pour un sou veut avoir un quine ■»
» Le curé de Montmorency lui demandait la permission de l'enterrer dans son cimetière, il lui répondit : « Comme chrétien j'y consens ; mais, comme musicien, je ne le puis; je serais trop près du carillon de la paroisse. "
» Le voyant près de sa mort son docteur lui dit : « M. Grétry, je vais prendre l'air sur la terrasse. » — « Restez, docteur; je sens que j'ai envie de mourir. "
" Paris, 16 octobre 1813. »
Extrait du journal de Spa : VEcho des Fontaines, N° 32, 1862 : « Grétry était l'homme aux suaves compositions, il a fait vibrer toutes les cordes du cœur, il a exprimé tous les sentiments. Ses partitions so^it
toutes marquées au coin du génie. Avec des notes il a écrit la tragédie, le drame, la comédie, le vaudeville, nous dirions presque la parade. Pourquoi-pas ?
» Ecoutez le Magnifique, la Caravane, Panurge, Zémiie et Azor, Richard, l'Epreuve villageoise, Si/lvain,Q[c. et surtout /<? Tableau parlant, et l'on se convaincra de la vérité de nos paroles.
» Liège et la France se sont disputé ses restes; après plusieurs procès, la France garde son corps et Liège possède son cœur. C'est juste; le cœur à la patrie, à la ville natale.... le cœur au clocher qui le (it battre pour la première fois.
» Jamais mort d'artiste n'eut un pareil retentissement : la gravure, la lithographie, la poésie, tout ce qui tient aux arts voulut payer un tribut à la mémoire du chantre harmonieux qui laissait au monde tant de chefs-d'œuvre. Parmi les vers improvisés pour cette triste circonstances le chansonnier de Piis improvisa au caveau cette stance :
Et moi, je dis ! dans ce sacré vallon Toujours, Grétry, résonnera ta lyre, A moins qu'un jour on ne voie Apollon Ecorché vif de la main du satyre.
» Les obsèques de Grétry eurent un caractère particulier; tout ce qu'il y avait à Paris de notabilités dans les lettres, les arts, voire même dans la banque, se firent un devoir de suivre les funérailles d'un homme qui avait jeté un si grand reflet sur la musique française.
» Après la mort de Grétry, les comédiens de Feydeau organisèrent plusieurs spectacles particuliers composés des œuvres du maître.
» La première recette fui de 5,500 francs.
» Le lendemain on renouvella cette soirée.
» La curiosité était grande à Paris; le lendemain donc même affiche, mêmes couronnes, même recette, même douleur, mêmes regrets ; enfin, pendant quatre soirées consécutives, toute la troupe chantante pleura si fort, que l'on crut devoir mettre fin à ces scènes de désolation. C'est à ce sujet que l'on improvisa les couplets suivants, qui amusèrent tout le monde, excepté les comédiens :
Notre Amphion nous est ravi.
Nous venons de perdre Grétry, C'est ce qui nous désole.
Mais tous les soirs, depuis ce temps.
Nous pleurons pour cinq mille francs, C'est ce qui nous console.
De Grétry, tant que l'on paiera,
Nous jouerons peu chaque opéra,
C'est ce qui nous désole.
Quand nous ne paierons plus de droits.
Nous le jouerons vingt fois par mois, C'est ce qui nous console.
Quelques musiciens fameux.
Bientôt nous ferons leurs adieux.
C'est ce qui nous désole.
Tous ces compositeurs chéris Seront pleures au même prix, C'est ce qui nous console.
Peu faits à ces coups de jarnac, Nous avons manqué Dalayrac, C'est ce qui nous désole.
Mais nous jurons tous par Grétry, De ne pas manquer Monsigny, C'est ce qui nous console.
1813. — Dans la séance du 3 octobre de l'Instilut de France, M. Le Breton, secrétaire perpétuel de la classe des beaux-arts, dans une transition heureuse et habilement préparée, s'est rendu l'interprète des regrets publics sur la perte du célèbre Grétry, et cette partie de son discours a fait une vive impression.
Joachim Le Breton lut, à la séance publique de la classe des beauxarts de l'Institut royal de France, le 1" octobre 1814, une notice sur Grétry. (i) Nous en extrayons :
« Le nom de Grétry est un des plus glorieux que la France ait à inscrire dans les annales des arts. Jamais musicien ne compta autant de succès au théâtre, et c'est en créant un genre nouveau, un genre qui manquait à la scène et qui est éminemment français, la comédie lyrique, qu'il obtint presque autant de triomphes qu'il composa d'ouvrages.
(i) Paris, Didot, 1815, — In-4".
» Grélry n'oublia jamais ses années de souffrance. 11 était délicat et timide, mais docile, doux et patient.
» Ce qui est étonnant, et nous semble en même temps un premier trait du caractère de Grétry, c'est qu'il ne fit jamais connaître à sa famille dont il était tendrement aimé, l'état d'angoisses continuelles dans lequel il vivait, quoiqu'il sût parfaitement que son père, étant considéré du chapitre, aurait été redoutable pour le maître, au point de le perdre, s'il ne l'avait pas soutenu.
» Il avait besoin d'un professeur plus élevé que Rennekin, pour apprendre la composition et qui eut moins de complaisance pour ses essais. Grétry le trouva dans un ami de son père, Moreau (i) maître de musique de St-Paul à Liège.
» Grétry commença, pour la troisième fois, les éléments de composition sous Casali, et, après environ deux ans de leçons, Casali lui conseilla de voler de ses propres ailes.
» Le crachement de sang et la fièvre le retinrent au lit pendant six mois à Rome, ne s'occupant plus de musique que comme on s'occupe d'une ingrate maîtresse, pour s'en tourmenter et la maudire.
» A son départ de Rome, le 1" janvier 1767, il laissait ses messes, ses psaumes et ses leçons décomposition entre les mains des Liégeois, ce qui prouve qu'il n'y tenait pas beaucoup et qu'il connaissait sa carrière.
» En commençant à composer pour le théâtre, il suivit l'impulsion de l'école italienne qui était alors dans une bonne route.
» Le même système de vérité et de concurrence dramatique s'établissait partout. Pergolèse en donnait du moins l'exemple en Italie, Gluck en Allemagne, Duni, Monsigny, Philidoret Gossec en France.
» Dans toute la force de son talent, il se fit une manière à lui, et qui n'a point été imitée, peut-être parce qu'elle est inimitable : il travailla devantage son orchestre, et chercha h mettre des effets dans ses accompagnements. Au reste, cette impulsion, sans doute exagérée, de notre école, aura cependant servi aux progrès de l'art.
» Ce fut Grétry qui trouva l'accent comique et spirituel propre à toutes les nuances du genre dont il a si richement doté la scène.
» Il étonne par la fécondité et la souplesse de son génie, par l'étendue, le brillant et la variété de son imagination.
» Il a introduit la comédie lyrique jusque sur le théâtre du Grand- Opéra, où Panurge, la Caravane, Colinette à la coui\ Anacréon conserveront sa mémoire.
(i) Moreau est mort correspondant de l'Institut. Ce fut Orétry qui le proposa.
» On a reproché à Grélry, de ne pas avoir lait de très-bonnes éludes dans la partie scliolasiique de son art; mais ce reproche, qu'on ne peut pas nier extrêmement, est au moins indiscret. Grétry, plus savant, aurait été moins spirituel. Il était né pour être ce qu'il fut.
» Il parait que Gluck et Grétry ne se rendaient pas toute la justice qu'ils se devaient ; nous en ignorons les causes. Ce ne dut point être la rivalité, on aurait peine à la concevoir ; ils avaient même un lien naturel, c'est qu'ils partaient du même principe, et qu'ils marchaient au même but par deux routes différentes.
» Grétry avait étudié aussi et s'était surtout inspiré ; il avait saisi avec un tact heureux, une habileté rare, la société dans les rapports qui convenaient le plus à son esprit.
» Depuis son premier succès à Paris (1768) jusqu'à sa mort, la carrière de Grétry fut heureuse : elle présente d'abord vingt-cinq années de triomphe au théâtre et d'hommages dans le monde, sans ce noir mélange dont l'envie et les rivalités empoisonnent la gloire elle-même. Les orages de la Révolution n'atteignirent point sa tranquillité : il perdit de sa fortune, comme tous ceux qui avaient placé des fonds sur le trésor public et sur des propriétés particulières ; mais il fut honoré et protégé pendant la tempête. Dans les dernières années de sa vie, il vit et le même théâtre et le même public l'en dédommagea avec transport aux fréquentes représentations de la Fausse Magie, de Zémire et Azoi\ de Sylvain,ûe r Amant jaloux, àeRichar(l,AuTableau parlant, etc.
» Grétry fut bon fils, bon époux, excellent père, parent généreux.
» Le caractère de Grétry avait pour bases la douceur, la modération et beaucoup d'esprit. Il eut, dans le monde, la vraie dignité également éloignée de l'orgueil qui blesse les talents inférieurs et de l'intrigue qui cherche à concentrer les hautes faveurs.
» Grétry a composé une méthode d'harmonie pour l'éducation de ses filles.
» Grétry repose auprès de Delille. Un monument d'une élégante simplicité, érigé par ses enfants adoptifs, signale sa cendre comme celle du grand poète. »
Le Journal des Débats s'exprime ainsi quant à la mort de Grétry :
« L'Opéra-Comique et même l'Opéra est aujourd'hui dans le deuil : toutes les muses qui président particulièrement au chant et à la musique, répandent des larmes, et, dans l'excès de la douleur, brisent leurs instruments.
» On chante aujourd'hui, 28 septembre 1813, un De Prçfundis dans
une église de Paris pour celui qui a fait retentir les théâtres des chants les plus vrais, les plus expressifs et les plus ingénieux.
» Le Dieu de l'opéra comique, ou plutôt de la comédie lyrique, a terminé sa carrière; il est allé rejoindre Orphée, Amphion et Linus, laissant ici-bas, avec la collection de ses chefs-d'œuvre, jusqu'à un De Profundh qu'il avait eu la précaution de composer lui-même pour ses funérailles, de peur qu'un musicien ne s'avisât de souiller par des chants peu naturels la cérémonie de son enterrement.
» Quand il parut dans la capitale, Philidor et Monsigny partageaient entr'eux l'Opéra-Comique, alors appelé Comédie-Italienne. Philidor avait plus de science que Monsigny, plus de naturel, de mélodie et de grâce : tous les deux avaient un beau talent.
» Le monde ne lui offrait (à Grétry), que des protecteurs zélés et puissants ; il était accueilli dans les meilleures sociétés, moins encore comme musicien que comme un homme d'esprit et de goût, aimable, doux, poli, et d'un très bon ton. Depuis le Huron (1768), une suite non interrompue de succès brillants couronna une suite de chefs-d'œuvre qui se succédaient sans interruption. Grétry est le fondateur de la comédie lyrique en France ; il y a établi, développé et perfectionné l'art de peindre îa parole avec des sons, de mettre les pensées dans le chant et du chant dans les pensées. C'est le plus naturel, le plus vrai, le plus expressif, le plus dramatique des compositeurs. Il avait choisi Pergolèse pour modèle ; mais il a surpassé son modèle, du moins par le nombre des ouvrages.
» Ses compositions, sous tous les rapports, sont fort au-dessus de celles qu'on représente à l'Opéra-Buffa, qui ne sont que des concerts, et n'ont rien de théâtral. « Geoffroy. »
« Une députation de l'Institut (i) a été chercher à Montmorency la dépouille mortelle de Grétry. L'Institut en corps, le Conservatoire de . musique, et tous les auteurs dramatiques, assisteront demain aux funérailles de cet illustre compositeur. On assure qu'on exécutera un De Profundis qu'il avait composé lui-même, et sur lequel les mots suivants sont écrits de sa main : a De Profundis etc. Il a laissé une Messe des Morts qui sera chantée dans quelque temps par tous les premiers artistes de la capitale. »
Oji n'a pas eu le temps en tout cas, de faire l'exécution de cette œuvre, qu'on prétend perdue.
Nous extrayons du Moniteur universel :
(i) C'est le compositeur Monsigny et non Lesueur, qui remplaça Grétry à l'Institut.
« Les hommages rendus à la mémoire de Grélry par l'Opéra-Comique ont été très avantageux aux véritables légataires de ce grand compositeur. Zémire a été entendu nombre de fois avec un plaisir toujours nouveau; la Rosière a paru avec cette fraîcheur, cette grâce, ce coloris virginal, si on peut le dire, qui caractèrisenl cette aimable production. Grétry va revivre tout entier; sa mort lui assure une existence nouvelle et la nature de son talent promet que cette existence sera longiie : il le désirait et le savait lorsqu'il embrassa le système qui lui fut si favorable lorsqu'il voulut être plus poète que compositeur, plus dramatique que musicien, c'est-à-dire, lorsqu'il reconnut qu'à l'exemple des vieux maîtres d'Italie, il fallait être l'un et l'autre, et pour avoir un succès indépendant des caprices de la mode des progrès ou de la décadence de son art. »
Flamand-Grétry, qui habitait en 1816 l'Ermitage (i) de Montmorency, reçut l'autorisation d'inhumer le cœur de Grétry, dans la propriété d'Enghien Montmorency, renfermé dans une boîte de plomb, pour lui élever un monument funéraire
Flamand en fit l'acquisition le 3 septembre 1814.
Le plus fidèle ami de Grétry fut le chevalier Sigismond Neukomm. II eut l'attendrissant courage de le raser entièrement deux heures après sa mort, pour le modeler en plâtre.
Parmi les nombreux amis de Grétry citons encore particulièrement M. Courtin, ex-négociant et ancien juge au tribunal de commerce.
Il assistait avec sa femme à toutes les fêtes de famille, et on avait l'habitude de se réunir le 7 septembre, la veille de la fête de Jeannette, femme de Grétry.
Grétry en était naturellement le héros, aussi sa conversation était attachante; elle oflrait parfois un mélange de réflexions pbilosophiques et d'aperçus pleins de finesse, et malgré ses revers et ses malheurs, on remarquait le plus aimable abandon dans le commerce habituel de sa vie.
Par ses lectures d'ouvrages d'histoire et de littérature, car Grétry lisait beaucoup et principalement Montaigne, (qui était son auteur favori), il s'était acquis de grandes connaissances.
La Harpe s'exprime ainsi dans son Cours de littérature. Tome XII :
« Je savais bien que l'auteur (Grétry) était non-seulement un grand artiste, mais homme de beaucoup d'esprit; je ne savais pas qu'il fût
(i) Grétry, pendant son séjour, y fit construire un petit chalet. Il y posa la première pierre, sur laquelle il fit graver son nom, celui de sa femme et de M"e Joséphine Grétry, sa nièce. Il fit également construire une petite chaumière, où logea une pauvre femme, qui y mourut huit jours avant lui.
écriviiin, el il l'est. Il m'avait toujours paru celui de nos compositeurs qui avait eu le plus d'esprit en musique; mais j'ai vu, en lisant, qu'il en a aussi beaucoup dans son style, et je suis bien aise d'avoir cette occasion de l'en féliciter. »
XXXXVIII.
Grétry fêté à Anvers, à Bruxelles et à. Liège.
La plupart de ses opéras ont été joués à Anvers et la musique de Grétry a constamment charmé les dillitantes de celte ville renommée pour ses goûts artistiques. Nous sommes heureux de donner les renseignements suivants sur le succès de Grétry dans la ville commerciale.
Au commencement de ce siècle on représenta avec un accueil toujours favorable : Zémire et Azor, le Jugement deMidas, l'Epreuve villageoise, la Rosière de Salency, la Fausse Magie, la Caravane, Pierre le Grand, le Magnifique, Anacréon, le Tableau parlaiit, Lisbeth, Richard Cœur-de- Lion, Sylvain, l'Amant jaloux, Raoul, le Comte d'Alberl, Panurge, etc.
Faisons suivre quelques détails des années 1812 et 1813 :
1812, 9 juillet (jeudi). Sylvain, première représentation; acteurs: Mesd. Tobi, Dubrueil, Dupret ; MM. Camoin, Goyon et Adrien.
Le Journal des Deux-Nèthes écrit :
« Je ne finirai pas cet article sans dire un mot de Sylvain ; ce chefd'œuvre de Grétry suffirait pour combattre le faux système que le plus puissant attrait de la musique est dans sa nouveauté ; celle de Sylvain a survécu à nos roulades modernes et malgré l'empire de la mode on y revient encore avec un charme également senti de l'ancienne et de la nouvelle école. Mad. Tobi a chanté le rôle d'Hélène avec une méthode et une expression qui lui ont mérité tous les suffrages. »
i^lmWet. Zémire et Azor. — 16. Rerprise de Lisbeth. — 29. La Fausse Magie. — 31. Richard Cœur-de-Lion.
7 août. Lisbeth, chanté par Mesd. Tobi, Belleval, Dupret ; MM. Gamet, Goyon, Camoin et Adrien. — 9. La première reprise de la Caravane. — 13. Sylvain. — 14. La Caravane, ornée de tout son spectacle. — 15. Pour l'anniversaire de Napoléon I", la Caravane. — 21. Le Tableau parlant.
Le célèbre Elieviou, qui vint donner quelques représentations à Anvers, chanta le rôle de Pierrot. C'était un spectacle demandé. Foule et enthousiasme pour le chanteur et la musique.
29 août. Raoul Barbe-bleue.
4 septembre. Reprise du Jugement de Midas. — 10. La Fausse Magie. — 11. Les deux Avares, opéra bouffon. — 17. Reprise du Comte d'Albert et sa suite. — 18. L'Epreuve villageoise.— 28. Richard.
21 octobre. Les deux Avares. — 23. l'Epreuve villageoise.
^novembre. Richard. — 8. Reprise de Panurge. — 13. Le comte d'Albert. — 16. L'Amant jaloux. — 17. Les Evénements imprévus, avec M. Huet, artiste de l'Opéra-Comique de Paris. — 18. Zémire et Azor.
14 décembre. Raoul, Barbe-bleue.
La Caravane, Lisbeth, Zémire et Azor, le Tableau parlant, les deux Avares, et autres pièces de Grétry,liennent l'affiche pendant l'hiver de 1813.
La direction du théâtre d'Anvers, voulant honorer la mémoire de Grétry, organisa une représentation e.xtraordinaire le 14 octobre 1813, composée de Sylvain, du Jugement de Midas et du Souvenir de Grétry, prologue en vers de M. Emmanuel Dupaty, dans lequel on entendait la dernière romance de Grétry, connue sous le titre de Chant du Cygne.
Tous les artistes en emplois se sont empressés de contribuer au charme de cette représentation. Le directeur du théâtre, M. Dorsan, s'est distingué dans celte soirée.
Dans le prologue on a improvisé trois couplets à la louange de Grétry, qu'il a bien fallu applaudir, quelques médiocres qu'ils fussent.
L'air du Chant du Cygne est digne de lui. Voici quelques vers de la pièce de Dupaty :
Et jusqu'à son dernier jour nous nous souviendrons tons De son air martial : la Victoire est à nous. En serrant en ses bras et sa femme et sa fille, Où peut-on être mieux qu'au sein de sa famille ?
Le spectacle a été terminé par une Apothéose de Grétry, précédée d'une ouverture de M. Marly, chef d'orchestre du théâtre, composée des plus jolis motifs de Grétry, et le public a saisi avec un douloureux enthousiasme le bel air de Richard Cœur-de-Lion :
Que je vous plains, vous ne la verrez pas.
On a réservé pour l'apothéose la décoration du Mont-Parnasse, sur lequel figuraient les ouvrages de Grétry, au nombre de cinquante-cinq ; au sommet du mont était un piédestal attendant un buste ; au-dessus on lisait : Anacréon. Apollon suivi des neuf Muses en deuil était sur le mont tenant dans ses bras le buste de Grétry, qu'il a posé sur le piédestal.
Usé et Chloé portaient la lyre du Dieu, cotiverte d'un crêpe. Mercure a paru et a chanté un couplet fort joli, mais qu'on n'a pas entendu ; il a été suivi de deux autres, dont un ctianié par Apollon et l'autre par Midas ; ils ont obtenu les honneurs du bravo.
Le tout a fini par le quatuor de Lucile, et Apollon a couronné Grétry. Tous les artistes eu deuil et les musiciens de l'orchestre ont jeté des couronnes sur la scène qui s'est éclairée par des feux de Bengale. En général cette idée a été goûtée.
Enfin, fête brillante, foule et un succès complet pour les artistes et le directeur.
Jamais on n'avait vu à Anvers un enthousiasme pareil.
Le décès de Grétry ne produisit pas moins de sensation à Bruxelles, où une messe à sa mémoire eut lieu.
Nous empruntons à l'ouvrage de M. Faber : Histoire du Théâtre Français en Belgique :
« Un triste événement vint frapper le monde musical. Grétry, le charmant auteur de tant d'opéras, mourut le 24 septembre 1813, à Montmorency. A l'effet d'honorer sa mémoire, l'avis suivant fut inséré dans les journaux:
« A LA MÉMOIRE DE GrÉTRY.
La messe funèbre de Gossec, en l'honneur du célèbre compositeur, notre compatriote, que la mort vient d'enlever, sera exécutée jeudi, 14 octobre 1813, dans l'église du Grand- Béguinage, par les artistes du théâtre de Bruxelles, réunis aux musiciens et amateurs les plus distingués de cette ville. »
» Cette messe fut célébrée aux frais des comédiens. Les artistes des deux sexes s'y trouvèrent en vêtements de deuil ; les hommes, en frac noir, portaient l'épée à poignée d'acier. C'était un petit reste des coutumes de l'ancien régime où les artistes avaient droit au port de l'épée, interdit à d'autres classes de la société. Les chants furent exécutés par les principaux sujets et les chœurs de l'opéra.
» On ne s'en tint pas là. Le même soir, il y eut spectacle extraordinaire à la Monnaie. On joua deux opéras du compositeur tant regretté : le Jugement de Midas et le Tableau parlant. La toile tombée au final de ce dernier ouvrage, se releva bientôt et les spectateurs virent au milieu de la scène, le buste de Grétry, entouré d'un côté par tous les acteurs, de l'autre par toutes les actrices, vêtus de noir et tenant en main des palmes et des branches de laurier. M. Bourson, se détachant du groupe, s'avança vers la rampe et récita en l'honneur du célèbre défunt, une
pièce de vers de sa composition. En voici les passages les plus remarquables :
Liège fut sa patrie et ces heureux climats De ses talens naissants reçurent les prémices ; Bientôt de l'Italie ils firent les délices Et vers Paris ensuite il dirigea ses pas. Du Théâtre-Français les savantes merveilles Frappèrent à la fois son cœur et ses oreilles. C'est en se pénétrant des talents de Clairon, En écoutant Brizard, en admirant Préville, Que sa muse naïve, élégante et facile De tous les sentiments sut imiter le ton...
«Après avoir rappelé l'enfance del'Opéra-ComlqueàParis et les essais plus ou moins heureux de Duni, de Philidor et de Monsigny, il continue :
Grétry paraît enfin, et sa lyre savante
Fait naitre les transports d'un peuple qu'elle enchante.
Polymnie a repris son antique splendeur,
Le chant va peindre tout, il va parler au coeur... »
M. Bourson, directeur du Moniteur belge, publia l'opuscule : Hommage rendu à la mémoire de Grétry, par les artistes du Grand-Théâtre de Bruxelles.
A Liège, le décès de Grétry ne fit pas moins de sensation, dans toutes les classes de cette cité industrielle.
La Société d'Emulation de Liège fait un appel à l'occasion de la mort de Grétry, pour l'érection d'une statue, ce^qui eut quelque retentissement dans le pays. Les événements politiques de l'année 1814 firent tomber ce projet, qui fut repris en 1826, de commun accord avec les Magistrats de la ville et la société musicale Grétry.
On réunit en peu de temps une somme de 4,819 florins, et la Société d'Emulation souscrivit pour la somme de 500 florins.
La ville institua une commission pour prendre les mesures quant à l'emplacement du monument, mais la Révolution belge de 1830 vint encore mettre obstacle à ce projet.
En 1839, la commission remit à la ville une somme de 7,192 francs, produit total de la souscription.
En 1842, après bien des difficultés de toute nature, la statue du maître fut inaugurée dans sa ville natale, comme nous l'avons dit au chapitre concernant les bustes et statues^
Un journal de Liège annonce en ces termes le décès de Grélry : « Viiuicunlo Sylvain, etc., a cessé de vivre, à Paris, le 24 de ce mois, à onze heures du malin. Il était né le 11 février 1741. C'est là une de ces pertes irréparables, également douloureuse pour les arts, sa famille et l'amitié ! Et iJège, qui .s'honore de l'avoir vu naître, quel tribut ne doit elle pas à la mémoire de Grétry. »
P. J. IIenk.vrt.
On publia ces vers à l'occasion de sa mort :
Tes accords les plus enchanteurs,
Grétry, n ont point ému les parques inflexibles
Rien ne peut arrêter leurs ciseaux destructeurs;
Mais tant qu'aux doux accords nos cœurs seront sensibles,
0 ! d'Apollon immortel favori,
Ton nom sera pour nous le nom le plus chéri.
Pour charmer l'ennui de la route,
Grétry, sa lyre en main, traversait l'Achéron ;
Ramez donc, dit-il à Caron;
Que faites-vous?.... J'écoute.
P. ViLLIERS.
Popularité de la musique de Grétry après sa mort.
1813. 30 septembre, jeudi, spectacle demandé: l'Amant jaloux, Zémire et Azor. Entre les pièi-es, l'ouverture d'Elisca et la marche des Samnites.
Spectacle à 6 i/2 heures. Artistes dans l'Amant jaloux : Mesd. Frédéric, Hegnault, Gavaudan ; MM. Chénard, Gavaudan, Huet. Artistes dans Zémire et Azor : Mesd. Duret, Frédéric, Simonet ; MM. Chénard, Moreau, Paul.
2 octobre, samedi. Zémire et Azor el le Tableau parlant. — 4. Le Tableau parlant. — 5. A l'Opéra, la Caravane avec début de Levasseur.
Le 6 octobre 1813 tous les musiciens de Paris, voulant donner un hommage h l'illustre maître, se réunirent pour exécuter à sa mémoire à l'église Sainl-Roch une messe de mort.
10 octobre. A l'Opéra, Culinette à la Cour. — 10. A l'Opéra-Comique, l'Amant jaloux, ouverture àl'Jiisca et Zémire et Azor. — 11. Reprise de la Rosière de Salency avec la Fausse Magie. Artistes : Mesd. Desbrosses, Regnault, Simonet ; MM. Chénard, Gavaudan, Saint-Aubin.
Moreau, Paul. — 12. A l'Opcra, la Caravane. —■ 13. Spectacle demandé à rOpéra-Comiqiu', Zému e el Azoi\ clnnté \):\v Mesil. Uuret, Frédéric, Simoiict ; MM. Moreiui, Huet, Daiaacoui't. Pendanl plusieurs jours 'il n'y eut pas de spectacle aux Italiens.
15oclobre La Rosier e de Sdlcncy. — 17. Zémire et Azov. — 19. La Rcsieie (le Sdiency, ch.w [é par Mesd. Gavaudaii. Rei;n:iult, Bou- Luiser ; MM ChénarJ, Gavaudàn, Sl^Aubin, Moreau et Paul. — 22. Le Ttibleuu parla)it. — 23. Zémue et Azir. — 24 La Uosière de SaJeucy. — 26. L'Ami de lu maison ei Richard Cœur-de-Lion — 27. Lisii'tli, cli;iiité par Mesd. Moreau, I*auI--\liclHi, FréJéric; MM Cliéiiard, Rollaiiil, Gonlhier. Alaire. — 28 Le Tableau parlant. — 29. Zémire et Azcr. — ol. Elisca loavorjire», le Tableau parlant.
3 iio\embre. La Losière de Salenci^. — 3. Reprise de Sylvain et le Table.iU parlant. — 6. Zémire et -^^z-or. — 7. A 1 Opéra. Colinette à la cnir et llichard au.x Italiens. — 8. Sylvain. — 11. L'Amant Jaloux et louvcrUire d /i//.s(ï/. — 12. Li'sbeth. — \Q. La Rosière de Salency.
— 18 Heprcsentation exiraorliiiairc avec l'Amant jaloux, l'ouverture ù'Eli.sca el Sylvain Foule. — '^2) La Rosière de Salency — 21 Sylvain.— 23 Lisbeth. — 2o et 27. Sylvain. — 28. Sylvain avec le Tableau parlant. — 39. Sylvain.
1 décembre, Les Evénements imprévus. Artistes : Mesd. Desbrosses, Moreau, Boulanger, P. Miiliu : MM Clunard, Lesage, Cavaudan, Saint- Aubin, l^oncliard et Dirancourt. — 2. Zémire et Azor. — 3. Sylvain.
— ^ c\ II. Les Evénements imprévus et Sylvain. Sylvain est chanté par Mes;l. r.avaud;in, Dtiret, Boulanger ; M.M. Cliénanl, Le.<age, Gavaudan, Saint-Aubin, Ponchard et Darancourt. — 7. La Rosière de Salency.
— 13. L'Amant jidoux, ouverture û'Elii^ca et Sylvain L'ouverture produit toujours grand effet. Cet opéra fu' joué sans succès en 1799. Ce fut une des dernières œuvres de Grétry — 14 Zémire et Azor et Richard. Le dernier opéra est joué par Mesl. Bclmont, Joli, Saint-Aubin, Gont'.iier, Richarly ; MM. Huet, Darancourt, Poncliard, Perceval, Rolland, Gontliicr, Théodore et Alaire. — 17. Sylvain. — 27. Zémire et Azor.
— 28. Richard Cœur-de-Lion.
Pendant l'été de 181?, on avait abandonné en partie le répertoire de Grctry et on jouait à de rire.s intervalles VAmi de la maison, Zémire et Azor, Richard, la Caravane, le Tableau parlant, Colinette à la Cuiir, la Fausse .Plagie, Y Epreuve villageoise.
Ce l'ut toujours Richard qui eut la palme.
Le 23 juillet 1813, on reprit Lisbeth avec Mesd. Moreau, Paul Micliu,
Frédéric; MM. Chénard, Rolland, Gonthier et Alaire Gel opéra, joué à la Gomédie-Ilalienne, le 10 janvier 1797, ne s'est pas soutenu.
Il manquait alor.s à Grélry, auteur de tant de charmantes mélodies, la fraîcheur et rorii,Mnaiilé dans les idées, plutôt à cause de la faiblesse de sa constitution, quà celui de manque d'invention.
Testament de Grétry, déposé chez le notaire Lahuie
à Paris, le 28 ïseptenibre 1813,
quatre jours après la mort du célèbre artiste.
Je soussigné, André-Ernest-Modeste Grétry, membre de l'Institut et de la Légion d'honneui", demeurant à Paris, Boulevard des Italiens, n°7,
Je fais et institue :
1° André-Joseph Grétry, né à BouIogne-sur-Mer, le 20 novembre 1774, aveugle, homme de lettres ;
2" Mai'ie-Marguerito-Ernestine Grétry, née à Gand le 18 août 1776, et mariée avec Louis-Victor Flamand, le 11 pluviôse an IV ;
3** Marie-Jeanne Françoise Grétry, née à Gand le 4 mars 1779;
4° Jean-Joseph-Alexis Grétry, ingénieur des ponts et chaussée né à, Gand, le 31 janvier 1783 ;
5° Jeanne-Marie Gréirj', née à Paris, paroisse, de la Madeleine, le 23 février 1785, mariée avec Pierre-Joseph. Gravier, le 7 septemtire 1805 ;
6° Gabriel-Honoré Grétry, né à Paris, paroisse St-Roch, le 20 mai 1791, actuellement élève à l'Ecole militaire de Siint-Cyr ;
7" Marie-Auguste Grétry, née à Paris, place des Italiens, le 7 août
Tous enfants de mon frère aîné, .Jean- Joseph Grétry, et élevés par moi depuis leur enfance, mes légataires universels de tous mes biens, meubles et immeubles, qui m'appartiennent au jour de mon décès pour en jouir par eux, àcomptei' du dit décès, en toute propriété, co;nmo de choses appartenant à eux iucomiuutabL'ment.
Je déclare au surplus confirmer, en tant que besoin est. le contrat de mariage de Pieire-.Joseph Garnier et de la dite Jeanne- .Marie Grétry, passé devant Rouen et son confière notaires à Paris, le 18 fructidor an XIII.
En conséquence, J'entends quo tous les susnommés enfants de mon
frère, viennent recueillir directement, chacun leur part égale dans ma succession, sans être tenus de la demanler à la dite Jeanne-Marie Grétiy, leur sœur,
A 1 egMi'd des vingt mille francs qui, par le dit coutract de mariage, doivent rester entre les mains de Madame Garnier, pour servir la rente stipulée par le même acte en faveur de Madame Defran, sœur de ma femme, je veuxqu'il en soit faiteraploi pour assurer le dit capital et le service de la dite rente, si mieux n'aime Madame Garnier donner caution solvable.
Fait à l'heiniitnge de J. J. Rousseau commune de Montmorency, département de la Scine-el Oise, le neuf jiiin mil huit cent neuf.
[signé) Anure-Ernest-Modeste Grétry.
Grétry confia une copie de ce testamenl à son ami E. Regnard, Maire de la commune de iMoiitmoreucy.
Ainsi le testament a été l'ail deux ans après la mort de sa femme et quatre ans avant son décès.
Manifestation à l'Opéra-Comique en faveur de Grétry,
pendant la représentation demandée, composée de l'Amant jaloux,
Zémiie et Azor, l'ouverture f/'Elisca, et la Marche des Mariages Samnites.
Ce spectacle attrayant commençait à six heures et demie, et eut lieu le jeudi 30 septembre.
A 6 heures la fouie s'ameute pour assister au triomphe de Grétry.
Déjà le 28 septembre, comme nous lavons déjà dit, on avait organisé une représentation à la mémoire du célèbre défunt.
Voici le jugement du Journal de l Empire :
« C'est surtout au fils à honorer son père; il ne peut mieux l'honorer qu'en jouant ses pièces, et en les jouant bien, ou du moins le mieux qui! lui est possible. Mais ce n'est pas seulement l'Opéra-Gomique, qui sigîiale sa piété liliale, c'est toute la société qui fait éclater sa reconnaissance et son admiration.
» Les honneurs funèbres rendus à Grétry portent le caractère de son talent : le naturel, la vérité, l'expression juste et lidèle; tout le monde éloii ému et touché; ce n'étoient point des simulacres delà douleur, c'étoil une douleur sincère; il n'y avoit ni dépenses, ni magnificence, ni luxe, ni laste; l'intérêt général, les regrets publics faisoient les plus grands Irais de cette pompe lunèbre.
» Grétry n'écrit pas mal ; mais le musicien est bien au-dessus de
l'écrivain. Il étoit consommé dans l"art de la musique ; il n'avoit ffu'une médiocre connoissaiice de l'art décrin-; il lui est arrivé qui'i(|tie!ois de raisonner sur des matières qu'il n'entetidoil pas assez; il a une i^ranJe afl'eetalion de |)liiloso|»liie; e'éloil la maladie du siècle; il alliche une grande prélenlion à la sensibilité; c'éloil le ton à la mode.
» Par une succession rapide de chefs-d'œuvre, il .-voit, depuis longtemps, condamné l'envie, au silence; vivant, il a joui de sa jifiti.e; et lorsque le bruit de sa mort s'est répandu, tout Paiis c'est associé à la douleur des artistes et des gens de lettres. Les représentations avcient attiré un concours immense de spectateurs. Tout ce que la capitale off;e de plus brillant et de plus distingué étoit réuni dans la même enceinte, et jamais peut-être une représentation théâtrale n'a prodail un pareil effet il étoit facile de s'apercevoir que le souvenir d*^ (irétry y rcmplissoit tous les cœurs. Les paroles étoient à peine écoutées, et ehaque air, chaque morceau d'ensemble existoienl des transports universels Après l'Amant jaluux lorchestre a exécuté avej une précision admirable l'ouverture iVElisca.
» Aux dernières mesures le rideau s'est levé; le théâtre représentait un site pittoresque; le milieu de la scène étoit occupé par un sarcophage au pied duquel étoient groupés des jeunes enfants tenant à la main des partitions deGrétry.
» Les acteurs, en habit de deuil, et les actrices, vêtues de blanc, étoient rangés sur les côtés de la scène. Ils ont défi'é devant le public sur la Marche des Mariaries Snmuifes. La Mai'che terminée, Gavaudan a prononcé quatre vers, dont voici le sans: Grétr y n'est plus; mais cessons de le pleurer, il est allé se réunir aux immortels. L'orchestre a fait entendre l'air si populaire : Oh peut-on être mieux, etc. Nous n'essaierons pas de décrire l'efTet de cette heureuse application. L'enthousiasme s'est manifesté dans toute la salle. La plupart des spectateurs se sont levés, comme pour donner au grand compositeur dont ils déploraient la perte un dernier témoignage d'admiration et de respect.
» On ne conçoit pas ce que la mort de Grétry lui a rapporlé de faveur et de gloire; on altendoit son dernier soupir pour faire éclater l'enthousiasme que doit inspirer son talent; on lui a prodigué les éloges du moment qu'il n'a plus été en éiat de les entendre ; des que le musicien a été rayé du nombre des vivans, ses opéras ont été solennellement inscrits parmi les premiers chefs-d'œuvre de la comédie lyrique. On jouoit rarement ces pièces; on les jouoit mal; on n'y alloil point; à |)eine a-t-il cessé d'exister, que tous les ihéàlres, tous les carrefours reteiitissenl de
sa musique. On neconnoissoit guère ses Mémoires; on ne les achetoit point pondant sa vie ; le libraire Verdière, dans sa boutique, Quai des Auiijuslins, N" 27, est étonné un jour de voir entrer plusieurs amateurs qai demandent ces Mémoires. »
Les opéras suivants lurent représentés en 1814: CoUnette à la coîtr,{i) la Rosière, Sylvain, (2) Baoïil, nichard, (3) le Magnifique (repris le 20 j;invi('r), Lisbeth, Aucassin et IS'icotette (4j (repris le 7 lévrier), la Fausse M igie, la Caravane, Zémire et Az-or, l'Amant jaloux, (5) le Tableau parlant. Anacréon chez Polijcrate (repris le 19 avril), Pierre le Grand (repris le 7 mai), l'Ami de la maison, l'Epreuve villageoise (re^fise \e 31 octobre).
On écrit dans le Journal des Débats quant à la Fausse Magie :
« Sur les paroles les plus médiocres il a trouvé le secret de faire une musique délicieuse, vive, spirituelle; c'est véritablement un prodige, il a avivé un cadavre; mais il n'appartient qu'à lui de faire le miracle. Son imiigination vive et ardente suppléoit à la faiblesse de l'écrivain Marmuniei. Ses notes sont des pensées; sa mélodie est du style. »
iMad Mainvielle-Fodor fit cette année (1 septembre) ses débuts dans Zémire et Azor, rôle de Zémire.
W'" Foulquier, âgée de 14 ans, débuta dans la Fausse Magie et dans Richard.
Prévost continua ses débuts dans la Caravane, rôle du Pacha.
Eloge de Baillât.
Trois mois après le décès de Grétry, le célèbre violoniste français Baillot, dans un discours prononcé à la dislribulion des prix aux élèves du Conservatoire, dont il était un des plus distinjîués professeurs, rendit aussi iionimage à la mémoire de Grétry en ces termes :
« Le jour où (Jrétiy a cessé de vivre a été un jour de deuil pour les aris ; p;è^ d'un demi-siècle de succès non interrompus n'aurait pas sufii à sa gloire. Celui qui sut si bien émouvoir les cœur.-; pendant sa
(i) Chanté par Mesd. IBrancliii, Granier, Paulin, Jannard, MM. Nourrit, All>ert, Berlin, Alexandre, BonpI.
(2) .Joué par Mesd. Gavaudan, Duret, Boulanger, MM. Chénard, Paul, Darancourt, Gontliier.
(3) On pu'dieà 1 mains l'ouverture de Richard, arrangée par Beauvarlel-Charpentier. Pari.s, chez l'auieur.
(4) Chanté par Mad. P. Michu. MM. Chénard, St. Aubin, Moreau, Dareucourt, Rulland, Ponchard, Peroeval, Alaire.
(5; Joué par Mesd. Gavaudan, Regnault, Mictiu, MM. Cliénard, Batiste, Ponchard.
vie, devait les nffli,G:er profondi^nent ;i sa mo"t. Aussi vit-on à ses funérailles tontes le-; pissions se taire, les o|)inions se confoiidro, et lotit ce qu'il y avait à Paris de nnsi.iei)s o;i d'Iionrnis sen-;i!)!(\s au rli inne de la musique, s'euii)ivsser de lui rendre les derniers devoirs : ce mouvement spontané, rélofjuenee de tant de larmes, ce mc'lan?:e de regrets et d'Iionneurs, qui proclamaient son imniorlalilé, donnaient à sa pompe funèbre loiii le caractère d'une apothéose.
» Orétry avait composé plus de cinquante opé"as : le premier, donré à Paris, en 1768, fat le lliiivn ; le dernier, représenté en 1799, fut Elisca. Ses Mémoires ou I<]ssais sur In Musique, sont connis de tons les amis des arts : les personne^ qui ne les conn lissent point encore lrou\eront trop de plaisir à remonter à la sour -e, poir q:ie no:is cherchions à diminuer leurs empressement, en répétant ce qu'il a dil: avec tant de naiurel, desprit et de juoement.
» Payons un tribut de reconnaissance à celui qui, des premiers, sut dérober le feu sacré aux compositeurs d'Italie, et, à l'exemp'e de Fauteur de lluse et Colas, la vérité de la déclamation, et toutes les convenances dramatiques. »
Vente du mobilier de Grctry.
C'est le 23 octobre 1813, en présence d'une foule d'artistes, amateurs et curieux, qu'eut lieu au domicile du (omposileur, la vente de ses meu!)ies, objets d art, etc.
Le Journal des Débats l'aimonce en ces termes :
« La vente faite hier (23 octobrei au domi( ile de feu Grétry avoit attiré un grand concours d'am iteurs de ar.isiqiie Les partirions manuscrites, les tabatières et tout ce qui avoit été à lusage personnel du célèbre compositeur, se sont vendus à en jjfix fou. I.e piano sur lequel il a composé quarante opéras, et la canne avec laqmd'e il b.ittoit la mesure aux répétitions générales de ses ouvrages, ont été adjugés à M. Nicolo. Il a gardé le piano, et a lait hommage de la canne a son estimable confrère M Berlon, qui a ré.'emment prouvé, par une démarclie pleine de noblesse, qid la m jijsJe esl tojj jars la coin^)a;^iîe du vrai mérite, (i)
(i) Par lettre (talée du I"" octobre 1813. M. Berton déclinait en faveur de M)nsigny la place de membre de riiistiiut en remplacement de ("îréiry. Nous extrayons de cette lettre : » Mon admiration pour son grand laleni, mon respect pour son c^iracière et pour ^on ùge, iii'iin[;<jseut la loi de cesser dans ca moment de prétendre à l'iioaueur dd siéf'er à l'Iustitut. ■
» La vente du mobilier de Grétry s'est continuée hier et aujourd'hui. Le carnet sur lequel il avoit jadis travaillé à Rome, et qui valoil à peine six francs, a été adjui^é moyennant cent dix francs, à Boieldieu, l'un de nos i)lus charmans compositeurs. Il a acheté à cette même vente louvraire de Lal)orde, sur la musique, dont chaque marge est remplie de noies on ne peut plus intéressantes pour fart, écrites par Grétry, comme il le dit lui-même dans ces notes, à mesure qu'il lisoit l'ouvrage. Il y réfute avec beaucoup d'esprit quelques argumens de Laborde, avec lequel il ne paroît pas d"accord sur plusieurs points. »
1813. Le Journal des Débats annonce en même temps :
« M'"^ Jenny (irélry, nièce du célèbre compasileur, lui succède dans son fonds de partitions et planches d'étain. Elle demeure rue du Helder, N"6. » (13 novembre).
Ainsi la canne avec laquelle il battait la mesure aux répétitions a été adjugé à M. Mcolo. Il garda le piano, et il fit hommage de la canne à son confrère Berton.
M. Van der Slraeten a publié dans le Guide musical -du 18 octobre 1877, une note concernant l'instrument de Grétry, intitulée : L'Epinette de J. J. Rousseau et de Grétry.
Il est probable que Grétry fut en possession de 1 epinette de Rousseau à la mort de ce sa\ant en 1778, et ce n'est pas le même instrument qui lut acquis par Mcolo Isouard à la vente des meubles de Grétry en 1813.
On écrit de Paris, le 23 octobre :
« La vente des meubles et de la bibliothèque de Grétry est terminée depuis hier. Tout ce qui a appartenu à ce célèbre compositeur, a été recherché avec le plus grand empressement par tous les musiciens les plus fameux de la capitale. Son piano, adjugé pour 400 fr à M. Nicolo, était recherché par M. Boieldieu. qui ne s'élant pas trouvé à la vente, a pioposé de laiie de grands saciilices pour l'oblenir. M. Mcolo, fier de la possession de cet illustre instiunient. a généreusement rejeté toutes les offres qui lui ont clé faites, et M. Boieldieu a été obligé de se rabattre sur une cartelle sur laquelle Grélry avait fait ses premières études musicales à Rome Ces espèces de tablettes ont été adjugées pour 104 fr., somme dix ou douze fois au-dessus de leur valeur inirinsèque.
» Il n'est sorte d'hommages que les arts ne se plaisent à rendre aux mânes de Grétry ; la peinture, la sculpture et la gravure s'empressent à lenvi de reproJuire ses traits Déjà deux statuaires, M.M. Rutxhiel et Flatt(M's 0!it exécuté le buste de ce musicien célèbre : et bientôt le beau portrait qu'on doit au pincean lacile et vigoureux de M. Robert Lefev e, va se multiplier sous le précieux burin de M. Berwic. Jlais voici un
nouvel artis e qui s'occupe en ce moment de retracer d'une autre manière l'imaiçe de l'auteur de Zémireet Azov. M. Gayrard, quoique jeune encore, avantageusement connu dans les arts par plusieurs médailles qui font partie de riiisloire numismatique de l'Empereur ; M. Gayrard, disons-nous, doit faire paraître, d'ici à peu de jours, un portrait de Grétry, gravé en relief, et destiné à taire des dessus de tabatières en bronze doré. Ce médaillon, qui a 22 lignes de proportion, joint au mérite d'une parfaite ressemblance, celui d'être traité avec toute la sévérité que comporte le style numismatique Sans doute il sera favorablement accueilli et recherché par un grand nombre de personnes. Quel est l'homme de lettres, l'artiste, le musicien qui ne veuille posséder le portrait de Grétry sur la boîte compagne de ses travaux, et quelquefois la source de ses plus heureuses inspirations ? » Voici le résultat de la vente du fonds de musique de Grétry : .1" La première enchère fut de 15,000 francs, adjugée à Nicolo(Isouard). 2" La seconde de 16,000 fr. et la troisième à Flamand pour 17,000 Ir.
Premier anniversaire de la mort de Grétry, célébié à Paris le G octobre 1814.
Nous empruntons au Moniteur universel :
« Le service solennel pour lèu Grétry, que l'on devoit célébrer au mois de mai dernier, aura lieu à l'église Saint-Roch, le jeudi 6 octobre pour l'anniversaire de la mort du célèbre compositeur.
» Les plus habiles musiciens et chanteurs de la capitale concoureront à cette cérémonie. iM. Gossec, dont toute rEuro()e connaît le talent, apporte en hommage aux mânes de son ami, la messe qui fut nombre de fois exécutée il y a plus de 20 ans, et dont les beautés religieuses et touchantes sont encore gravées dans la mémoire des artistes et des amateurs. »
L'aflUuence était si grande que ce n'est qu'avec les plus pénibles efforts que les artistes même qui devaient contribuer à l'exécution parvenaient à entrer La vaste enceinte n'a pu contenir la moitié des fidèles ou des curieux amenés à Saint-Roch par des motifs pieux ou mondains. Cette messe, dans laquelle on chercherait en vain un morceau faible, a produit sur tous les auditeurs l'impression la plus profonde La partie vocale était confiée à MM. Lays, Eloy, Levasseur, Théodore, Ducrot, Begrez et Lecomte ; l'idée du pieux et douloureux tribut qu'ils payaient à un des plus grands maîtres qui aient jamais honoré l'art musical,
semblait doubler leur talent, et l'ex^'cntion instrum?n!a1e dont s'étaient charités le< prr'miers m isiciens des orcliîsires le l'Op in, de Foy le;m et de l'Opéra BuiFa, n'a pas été au-dessius de ce qu'on avail droit d'altendre de pareils arlisies ; l'ensemble a été partait. I.a superbe composiion musicale, inspirée à .M. Gossee |)ar l'amilié en larmes fait également honneur à son cœur et à son talent. {Journal de Paris, 7 octobre 1814.)
De son cô é le Guide musical, N" 41, 1872, publie ces réflexions sur cet anniversaire :
« Un an après, sous la première restauration des Bourbons, on célébra le |»reniier anniversaire du comiiosiieur liéiicoi-;, non pas au théâtre, mais bien dans une église. On ne choisit pas précisément la date du 24 sep'cmbre,qui est celle du décès de (irétry,on prit la date du 6 oclobre, parce que le parti royaliste y vit une occasion dec .nsiiuer la Révolution française dans une de ses journées les plus significatives.
» La cérémonie religieuse consacrée à Grétry eut lieu à l'église de St.- Roch, et ce fut à Gossec que la partie musicale lut contiée. Grétry et Gossec ! deux noms cliers à la Belgique tous deux partisans de 1789 — et quelque peu de 1793, — et que parcela Ton est étonné de retrouver au milieu d'une manifestation bourhonnienne ! Politique ou non, on aime à connaître tout ce qui se rapporte de loin ou de près à nos grands artistes ; c'est pourquoi l'arlirle ci-dessous, einpi'un.é à la Gazette de France û\\ 8 octobre 1814, nous a paru de nature à piquer la curiosité de nos lecteurs :
« Bien n'est plus digne, assurément, d'un pauple civilisé que d'honorer la mémoire des hommes qui, pir des talents ex'.raordinaires, ont honoré eux-mêmes lépoque où ils ont vécu. Plus heureux qu'aucun autre artiste, i)!us heureux même que ces génies transcendants qui feront la gloire éternelle de la France ou qui lui ont consacré leurs chefs-d œuvre, (irétry, api)lau.li et fèîé pendant sa longue vie. a reçu, dans son cercueil, des hommages jusque-là sans exemple parmi nous. Fixerons-nous seulement nos regards sur la carrière où il s'est illustré, nous demanderons qui songe à jeter une fleur sur la tombe de Gluck de Piccinni, de S'icchini, créateurs et modèles de notre scène lyrique ? Parlerons nous de ces hommes au-dessus de l'homme même, dont les écrits ont répandu la langue française sur tous les points du globe, et la feront revivre encore quaiul on aura cessé de la |)arler ? Bossuet, Pascal. Fénélon, Cornei'le, Racine, .Molière, Voltr.ire, BufTon, sont ils honorés dans leurs tombeaux i)ar des anniversaires ou des apothéoses ? Si une nation voisine célèbre la Commémoration du fameux musicien
Hàndel, du moins ne n^glige-t-elle pas de rendre annuellement encore, après plus de deux siècles, un hommage non moins éclalanl à son vieux Sliakes|)eare.
» Ces réflexions, plus d'une personne peut les avoir faites pendant la cérémonie funèbre qui avait rassemblé, jeudi 6 de ce mois, à Saint-Rocii, tous les curieux de la capitale. Elles n'empèclient pas, d'ailleurs, que l'on n'ait trouvé extrêmement convenable et touchant que le Ne>tor de nos musiciens, le bon M. Gossec, ail voulu déposer ce nouveau tribut de ses regrets sur la tombe de lillustre compositeur dont il a vu commencer et tinir la brillante existence, il en était particulièrement estimé ; Grétry ne lui a consacré qu'un mot dans ses écrits, mais ce mot est un éloge complet. »