‹ Grétry; André-Ernest-Modeste; célèbre compositeur belgeChapitre 14 sur 17 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

Inaug-uration du cœur de Grétry à l'Ermitage, en 1816. (i)

Flamand Grétry, le factotum de son oncle le compositeur, s'est particulièrement occupé à organiser cette fête artistique, et nous extrayons de ses Mémoires (Paris, chez Delloye) :

« Voici le récit fidèle de l'auguste cérémonie de l'inauguration du cœur de Grétry à l'Ermitage. Ayant fait part de mes intentions à MM. l'abbé Rose, ancien maître de chapelle ; Berton, composiîeur ; le chevalier de Piis, homme de lettres; Potier, amateur distingué, et Chénard, artiste de l'Opéra-Comique; chacun rivalisa de zèle pour rendre cette pieuse cérémonie digne de son objet. M l'abbé Rose composa un motel, M. Berton un hommage à trois voix aux mânes de Grétry, et M. le chevallier de Piis un hymne religieux, et une ronde intitulée : L'ombre d'Anacréon à l'ombre de Grétry. Quant à M. Chénard, il fut, en quelque sorte, l'ordonnateur de cette pieuse cérémonie : son zèle fut sans exemple. Quelques jours avant, je priai M Droneau, alors curé de Montmorency, de disposer un service funèbre pour ce jour-là. et d'y mettre toute la pom|)e qui serait en son pouvoir.

» Enfin, le 15 juillet arrive ; tout était préparé pour célébrer dignement cette journée. Le matin, le ciel était pur et le soleil brillait sur

(i) Richard, Cœur-de Lion, a été joué cette année pendant l'hiver à Naples et à Turin. Le Joiirnnl des Déhats écrit : » C'est il signor Totlola. poète napolitain, qui a arranj.'é ou dérangé l'ouvrage de Sedaine ; il signor Cacclierini a refait la musique de Grétry. qui n'éioit pa.s assez lionne pour les iialieiis. A Turin on s'est borné à traduire l'opéra français. La musique estdel signor Radicati. •

l'horizon : j'avais déjà fait toutes les dispositions nécessaires ; mais à peine neuf heures sonnent, que le soleil est éclipsé par des nuages affreux qui couvrent le lirmament, et la pluie de tomber |)ar lorrens pendant toute la journée. Cependant les amis de Grétry,des compositeurs et artistes distiniîués, et la famille, tous bravant la tempête, se rendent d'abord à l'Ermitage ; chacun veut rendre un pieux hommage au cœur du grand artiste, qui élait déposé dans la chambre où il rendit le dernier soupir : elle était éclairée par une lampe sépulcrale ; le cœur était posé sur un cou>sin de velours noir, un crêpe, une couronne, et des rameaux du laurier de Grélri/, couvraient sa dépouille révérée. Les compositeurs, artistes et amateurs distingués répétaient les morceaux consacrés à Grétry, qu'ils avaient coniposés ou choisis dans ses œuvres. Outre les personnes qui j'ai déjà nommées, on distinguait WiM. Berton fils, Nicoîo, Lafont, Boucher, elc. etc., et le docteur Sonberbielle. Une foule innombrable s'était rendue, malgré l'inondation, tant à l'église qu'à l'Ermitage. Enlin, profitant d'un petit moment de calme, nous cond lisîmes la dépouille mortelle à l'église : des personnes érainentes, les autorités de la ville, les juges des tribunaux de Pontoise, et une foule considérable, tout élait réuni dans le lieu saint, qui élait transformé en tombeau. Le service fut célébré avec pompe ; M. Tabbé Bose fil exécuter son motet, qui fit un grand etfet. Pendant tout le tem|)s de la messe, le temps s'était encore calmé un instant ; le cortège nombreux, suivi de M. Gobert. maire de la ville, des autorités, et de beaucoup de personnes de distinction de l'un et l'aulre sexe, qui quittèreDl leurs voitures pour aller pieusement à pied, (noiammeiU la |)remière épouse de M. Delahaie. avoué), se mit en marche pour lErmitage ; mais à peine a-t on fait quelques pas que la pluie recommence plus que jamais Rien ne dérange la marche funèbre : le pasteur et M. le maire donnent à tous l'exemple. On arrive inondé à I Ermitage ; on parvient au monument. Le bon curé, malgré les lorrens, consacre la pierre et le marbre qui doivent nous dérober le cœur de Grétry ; M. Berton fait entendre son hommage à trois voix, et M. Chénard chante avec les autres amateurs et artistes des morceaux analogues à l'auguste cérémonie. Le bon pasteur, précédé de son clergé, retourne au temple, traversé par la pluie, malgré mes instances pour le faire rester à l'Ermitage.

» Un banquet, que j'avais eu soin de l'aire préparer, réunissait tous ceux qui étaient venus rendre un si touchant homm ige à riiommc célèbre ; la décence régnait pendant ce repas. La salle du banquet élait parsemée d'étoiles, dans le millieu desquelles était inséré le nom de chaque chef-d'œuvre de Grétry : cette idée et son exécution appartient à M.

Berton fils. Après le repas, M. Potier chanta l'hymne et la ronde de TVI. Piis, cl plusieurs auires moiceaux. iM. Grctry, neveu, chanta son Chantre d'Azor, et on lut des vers dictés par le plus pur sentiment. Quant à moi, j'dffris à tous le portrait de Grélry : cet hommage parut flatter tous les assislans.

» Le soleil reparut enlin. Alors M. le maire, en costume, suivi des autorités et de tous lesassistans, se transporia au monument pour faire sceller en leur présence la pierre qui va dérober à notre aspect ce cœur si dii>ne de notre amour. On déposa dans le petit caveau, à côté du cœur, et enveloppé dans une leuille de plomb, les procès verbaux, signés des autoriiés, de tous les assistans, et de la famille ; on y déposa aussi le portrait de Grétry, et tous les morceaux de musique composes pour célébrer en ce jour sa mémoire. M. Berton, accompagné de son fils et autres amateurs, fit entendre encore son Hommage et plusieurs autres morceaux de Grétry, enlr'autres, celui qui est consacré à peii.dre nos regrcis : Ah ! laissez-nous, laissez-nous le pleurer. Le monument fut dressé à l'instant, et le buste de Grétry, couronné de lauriers, fut offert h l'admiration de tous les spectateurs. »

Les personnes présentes à cette fête cordiale étaient, outre la famille : Casimir deGenlis, Berton née Bordy, Marcou, Michel, Regnard, Caubert, Nicnio (Lsouard), Jadin, Kgger, Gebauer, Piis (chevalier, ami très intime du défunt), G. Berton, Rose (ancien maître de chapelle), F. de Bonneau, S. M. Berton, J. Mengal (belge), le chevalier Lafillé, Boufiil, Pierre Berton, Lafoni, Boucher, Adolphe Berton, Potier, Bochsa, Mad. Prestatnie Lamy, Gobert (Maire), Balfourier (deuxième adjoint).

Le Journal des Débats résume en ces lignes (19 juillet 1816), celte fête de famille :

« Au moment où les arts pleurent en Italie Paisiello, ils viennent de rendre à Grétry un dernier hommage. La famille de ce célèbre compositeur, et un grand nombre d artistes, se sont réunis à Montmorency, où l'on a célébré un service funèbre pour le second anniversaire de sa mort. Son cœur a été porté ensuite à l'Ermitage, qu'il a longtemps habile.

» En peu d'années nous avons perdu Cimarosa, «îrétryet Paisiello ; et lorsque l'on entend la musique qui se fait aujourd'hui, on seroil tenté de croire que le terme de leur existence a marqué celui de l'ait. Un bruit confus, une suite de sons vagues et dépourvus de toute intention dramatique, ont remplacé l'aimable mélodie. Si nous entendons encore quelques chants, il est bien rare qu'ils soient neufs; mais nous en sommes réduits, à souhaiter que nos faiseurs d'opéras prennent le parti d'être plagiaires.

» Ces pédans osent cependant chercher dans une p:irtilion de Grétry deux quintes on deux octaves, parlent de la pauvreté de son orchestre et relèvent la tête avec orcfueil. Il vaudroit mieux sans doute que Grélry eut attaché plus d'importance h la partie iiarmonique de l'art; mais lorsqu'on songe à ce qu'étoit l'orchestre à l'éponue où il a composé ses premiers opéras, on reconnoît que, sous ce rapport même, il a fait une véritable révolution. Alors les premiers violons arcomp:)gnoient le chant avec une scrupuleuse exactitude, l'alto était toujours écrit à l'unisson, et l'on employoit à peine les instrumens à vent, ainsi qu'on peut s'en convaincre en consultant les partitions de Duni, de Monsigny et même de Philidor, qu'on appeloit le savant.

» Grétry a chargé les accompagnemens plus qu'on ne l'avoit jamais fait avant lui.

» Quant aux fautes contre les règles, Grétry n'en a pas tant fait qu'on voudroit le faire croire; et ces fautes, pour la plupart, sont tellement celles d'un écolier, qu'on ne peut en conscience en accuser que le défaut d'attention. Cela tient en grande partie à ce que Grétry n'écrivoit pas lui même sa partition, la foiblesse de sa poitrine ne lui permettant pas de se tenir longtemps penché sur un bureau. Lorsqu'il avoit composé son chant (ce qu'il appeloit avoir composé son opéra, tant les temps sont changés), il faisoit venir un homme dont l'intelligence étoit vraiment étonnante pour ce genre de besogne, il lui dictoit sur son piano tout son orchestre, en nommant à mesure, les différens instrumens. N'ayant jamais l'ensemble sous les yeux, on peut expliquer comment il lui échappoit des négligences qu'il auroit corrigées à première vue, s'il avoit pris le soin d'examiner le tout à tête reposée, ce qu'il faisoit rarement Cette particularité qu'on ignoroit peut-être, sans justifier entièrement Grétry d'un reproche si souvent répété, peut désarmer quelques puristes; et nous laissons à ses chants délicieux, à son expression toujours dramatique, à son inépuisable fécondité, le soin de désarmer les autres. »

C'est dans ses vieux jours, croyons-nous, que Grétry chargea un artiste de l'orchestration de ses opéras. Nous avons déjà dit, que iMomigny orchestra Delpfus et Mopsa.

Nous donnons les pièces de Grétry, jouées à Paris, en 1816 :

Zémire et Azo)\, Sylvain, (i) la Caravane, l^Epreuve villageoise, le

(j) Sylvain a été clianté à l'Opéra le 29 août au bénéfice de Mad. Gardel, et ctianté par Mesd. Brancliu, Qavaudan, Grassari, MM. Derivis et Fleury. Mad. Grassaii ne paraissait pas très famiiarisée avec la musique de Grélry.

Le 15 mars on représenta Sylvain, (Epreuve villageoise Bile Tableau parlant.

Tableau parlant, Aucassin et Nicolette, la Fausse Maqie, l'Ami de la maison, Panurge, (i) Richard, (2/ l' Amitié à l'épreuve, (3) lîacul, barbebleue, la Rosière de Salency, Anacréon chez Polycrate, (4) Colinetteà la cour, Pierre-le-Crand (le 26 mars), r Amant jaloux.

Celte année, une repiéieiUalioii cxlraordinaire eut lieu à lOpéra le :29 lévrier, au béné(ic(î de M Albert Bonnet, avec Huoul, Barbe bleue, et autres pière^, avec le concours des trois principaux lliéàlres de Paris.

xM"" Paulin et Al IJerivis, ariisles d'u:i talent hors li^fio, remplissaient les rôles d Isaure et de Kaoul dans l'opéra de Grétry.

Laisons parler IdJournil des Débats sur celle mémorable soirée :

« L'époque de sa première a|)parition est remarquable; c'est Tannée 1789. Sedaine étoil bon homme, doux et simple dans ses mœurs. Depuis loniçlemps sa pièce doruioit dans sou portefeuille; ilerut le moment favorable pour Ten tirer et il céda malcjré lui à I influence des événeniens et à la force des circonstances La tracjéJie couroit les rues; elle pouvoit donc se montrer avec ses plus éi)Ouvanlables catastrophes sur un théâtre d'Opéra-Comique. Telle lut la cause qui, avec la musique de Grétry et le jeu sublime de Mad Uu^izon, assura à /îaw// un succès que l'on n'eut pas osé tenter quelques années plus toi. Anjourdhui que, revenus h des affections plus douces et à nos antiques habitudes, nous n'allons plus chercher au spectacle, et à TOpéra-Comique moins qu'ailleurs, les émotions de la Grève. »

Nous mettons sous les yeux du lecteur l'hommage à trois voix, aux mânes de Gréfry. i)aroles et musique de M. Berton, ainsi que l'hymne suv ï inauguration du cœur de Grétry, par M. le chevalier de Piis.

Hommage aux mânes de Grétry.

Du célèbre Grctry la dépouille mortelle Fut leruiiio à la terre, et son à. ne est aux cienx ; Mais son cœur, giâce aux soins de l'amitié fidèle, Sous ce mai bie g:lacé vient ranimer ces lieux. Son génie est i)artotit, ainsi que ses ouvrages. Sa patiie est aux liinix où l'on peut, les ciianter. Enfans amis des aits, unissez vos lioinmages! Un grand homme appartient à qui sait l'admirer.

(1) Annoncé au bénéfice de M. Lays.

(2) Repris le 19 octobre. — (3) Reprise le 26 octobre. — (4) Repris le 19 avril.

Hymne sur V inauguration du cœur de Grétry,

Air : Simple, naïve etjoliette. (d'Aucassin.

Du bon Grétry nous devons tous croire Qu'à jamais le sort est heureux.

De David, de Cécile aux cieux, Sans doute il partage la gloire ; Ce jour va marquer dans l'histoire, Car son cœur passe à ses neveux ; Mais le temps, un peu jaloux d'eux.

Lègue à nos neveux Sa mémoire.

(bis.)

De sa famille réunie

O combien les embrassemens

Réparaient, dans ces lieux charmans,

Sa santé soudain rajeunie !

Les morceaux, nés de son génie,

Pourraient-ils n'être pas touchons,

Son cœur même en dictait les chants,

Et la paix des champs, / , . ,

TU • f^"-'

Lharmonie. i

Anges cachés par les nuages Aux regards de chaque mortel.

Si de Grétry le luth fut tel Qu'il a pu capter vos suffrages.

Sur cet air pris dans ses ouvrages, Sur cet air noble et naturel.

Portez dans ce jour solennel

Jusqu'à l'Eternel j

\t i ^ (bis.)

Nos hommages. i

Flamand, qui n'avait jantiais fait des vers, fit la pièce suivante pour mettre au pied d'un saule pleureur que Grétry avait planté. Le voici :

Au Rossignol,

Je t'ai consacré ce bosquet, Ce délicieux paysage, Ah ! pourquoi restes-tu muet ?

Et pourquoi fuis-tu l'Ermitage ?

Sous ce saule qui pleure, où je suis attendri. Je piête en vain l'oreille : ton amoureux ramage Cesse de rae charmer sous son épais feuillage ;

Tu te tais ! c'est qu'liélas ! tu n'entends plus Grétry !

Monument de Grétry. Son éloge.

En 1816, la société libre d'Emulation de Liège a arrêté le plan d'un monument à élèvera Grétry.

En 1821, une menlion honorable avec médaillon d'encouragement fut adressée à M. Suys, architecte à Bruxelles.

De nouveau mis au concours, le prix fut définitivement accordé en 1822, à M. Joller, architecte de Paris.

1822. La société libre d'Emulation de Liège, voulant contribuer à la gloire de Grétry. proposa pour le concours de cette année :

1° L'éloge académique de Grétry. — iMédaille en or de 400 francs.

2° Le monument à élever à Grétry dans la ville de Liège et destiné à conserver la mémoire du legs qu'il lui a fait de son cœur. — Médaille et une gratification de 200 francs.

Pour ce dernier concours le comité laisse aux concurrents le choix de l'emplacement sur lequel ils voudront supposer que ce monument doive être érigé. Seulement il les invite à faire connaître celui sur lequel leur choix sera tombé. Un mémoire semblable, renfermant le développement des idées de chacun des auteurs, devra être joint à leurs plans respectifs, et de plus, contenir un devis ou un aperçu de la dépense que l'exécution du monument occasionnerait. Gette dépense ne devra pas excéder la somme de dix mille francs.

L'échelle du monument est fi.xée à cinq centimètres par mètre. Celle du plan général aura un centimètre pour mètre.

Déjà en 1816 elle a mis au concours : L'Eloge académique de Grétry, qui est resté longtemps sans réponse.

Au concours de 1828, pour le même sujet, on accorda une mention honorable à Mad. Caroline de Montigny, et une médaille d'encouragement à M. Moreau de Jones. Ces deux mémoires ne sont pas publiés.

La rhétorique de Gand, De Fonteinisten, ouvrit également un concours en 1816 pour le meilleur discours sur Grétry. Aucun mémoire n'a été envoyé sur cette question, ce qui nous étonne.

Nous devons en partie ces renseignements à M. Jules Neef, président de la Société d'Emulation de Liège, (i)

Inauguration de la nouvelle salle de spectacle à Bruxelles, le 25 mai 1819.

Ce spectacle extraordinaire, qui avait attiré une atlluence considérable, lut encore consacré à une des principales œuvres de Grétry.

Voi( i le texte de ratTiche du jour :

« Tliéàtre royal. — Ouverture de la nouvelle salle. — Représentation extraor.linaire. — Les comédiens ordinaires dn Roi donneront aujourd'hui mardi, 2o mai 1819 (billets et entrées de faveur généralement supprimés», la Caravane du Caire, grand opéra en 3 actes et à grand spectacle, de More!, musique de (îrétry, orné d'un divertissement, dont les principales entrées seront exécutées par les premiers sujets de la danse.

» Chant : MM. Rernard, Desfossés, d'Arbnville, Chaudoir, Bousigue, Hubert, FoUille, Mesd Lemesie, Cazot, Michelot.

» Dan.^e : MM. Peiipa, Des[)Iace, Josse, Mesd. Lesueur, Adeline. Feltmann, Sarette, Oudart.

» Le spectacle commencera par Momus à la Nouvelle salle, prologue d'inauguration en un acte et en vaudeville, terminé par un divertisse-

ent nouveau, composé par M. Petipa »

L'Oracle, journal de Bruxelles, en donne la relation suivante :

« De Bruxelles, le 26 mai 1819. — L'inauguration de notre nouveau Théàtre-Royal s'est faite hier avec toute la pompe et l'éclat que commandait celle solennité theàtr ile. Dès quatre heures, les bureaux étaient assaillis par la foule empressée et impatiente de jouir de ce beau spectacle ; cependant, lorsque les plus pressés eurent trouvé place, il en restait encore pour ceux qui, n'éprouvant pas la même impaiience, sont venus plus tard. La salle était pleine sans encombrement ; sa vaste étendue offre d'ailleurs la ressource d'admettre un nombre considérable de spectateurs. Le spectacle se composait d'un pro'ogue m.\us^m;\], \u\\[[]]é : Momus à la nouvelle salle, de la composition de M. Bernard, orné de danses et de chant, et de la Caravane du Caire, opéra de Grétry. L'administration avait choisi pour cette circonstance un opéra dent la musique lût de la composition dun artiste belge.

(i) La Socicié des Beaux- A-^ts de Giind avait fait célébrer à l'ef^lise de St. Nicolas une messe soleiinelle pour le repos de lame de Grétry (16 novembre 1813).

» Le prologue, dont toules les parlios et les détails semblaient rivaliser pour exciter rerilhoiisiasiiic national, a produit le plus i^rand effet. Getie petite pièce de circonstance est semée des couplets pleins d'esprit, de sel, et quelques-uns même d'une fine i)laisanterie, qui a beaucoup égayé le public. La plupart de ces couplets ont été redemandés avec transport et ré|)élés au milieu des plus bruyants applaudisscmens ; tels sont ceux qui exi)rimenl si bien l'amour que les Beliics portent à leur auguste monarque et à la famille royale et dont les refrains se terminent par vive le roi ! vive la reine ! vivent le prince et la princesse ! vive te prince (jrand-maHre ! On -à vtim^iTqué {VA cliarmaut couplet adressé à Grélry et un autre à l'arcbitecte; ils ont éi^aleinent oblenu les honneurs dut/s. »

Dans- le prologue d'inauguration Momiis à la nouvelle salle, (i) pièce en 1 acte, mêlée de danse et. de chant, de Bernard, ancien directeur, il est queslian de Grélry en ces tej'mes :

C'est à Grétry que Polymnie Confia ses accords touclians; Et Lièg-e, d'être sa patrie, S'honorera dans tous les temps.

Père de rOpér.a-Coraique, Ici naquirent ses talens; Et cet enfant de la Belgique A droit à nos premiers accents.

iDaug-uralion de la nouvelle salle <Jc spectacle

à. JLiège, le 4 novenilDre 1820.

Anniversaire de la naissance de Gréiry.

fe&p.e.clacles de Lièg^e en 1822 et 1825.

L'ouverture de la nouvelle salle de spectacle de Liège (2) fut inaugurée par une nouvelle composition : L'Apothéose de Crétnj, paroles de Latour, musique de Jean-Hubert Ansiaux de Iluy.

(1^ Publiée en 1819 à Bruxelles, chez Gamhier, libraire.

(2) Lièt:e p jssédait depuis longtemps un théfitre qui ne jouissait pas d'une «rande vogue. Le Prince-Evéque Velbruck lui prodigua ^cs encounigemeuls. Il écrivait à Cl.estrei à Spa, en 1779 : " Il est de l'intérot de l'Elat, dans le siècle frivole où nous sommes, que nous avons une bonne comédie, surtout àSpa. -

Cette même œuvre fut chantée au grand jubilé de Malines en 1823.

Le 6 uovonibre 1823, lorsq-j'on exécula la 9""" messe d'Ansiaux à l'église St. Jacques-sur-Caudenberg, à Bruxelles, on y fit entendre en même temps l'œuvre de l'Apothéose de Grétnj.

Sur nos instances, M. Er. Mélotle, de Liège, a eu Tobligeance de nous faire parvenir les renseignements suivants sur la fête du 4 novembre 1820, extraits de la Gazette de Liège, du même jour :

« Grand théâtre de Liège. Aujourd'hui samedi 4 novembre 1820, pour rouverture de la nouvelle salle de spectacle, la première représentation de l'Apatliéuse deCrétry. opéra nouveau, suivi de Zémire etAzor, opéra en 4 actes, musique de Créiry.

» S'adresser pour location des loges et billets de bureau à la direction du théâtre, rue de la Syrène, N" 149, derrière le chœur St. Paul. »

« J. A. La;our, imprimeur-libraire, débite :

» Prologue sur l'iiiauguration de la nouvelle salle de spectacle de Liège, suivi de l'Apothéose de Grétry, terminé par des danses et des chants, par M. M...., de Liège In-8". Prix : 50 centimes.

» No:a. Celte brochure se trouve aussi chez tous les libraires de cette ville. »

Du lundi 6 et mardi 7 novembre 1820 (extrait d'un article intitulé Ouverture du Grand-Théâtre de Liège) :

« Que dirai-je de cette pièce nouvelle qui possède tout juste le mérite de l'à-propos? Conception, intrigue, intérêt, tout est nul. Malgré ma scrupuleuse attention, je n'ai compris le rôle d'anenn personnage. L'Apothéose de Grétry est sous tous les rapports si insignifiante (je me sers d'un terme honnêtei qu'il se refuse à l'analyse. Il n'a pas médiocrement contribué à lennui glacial des spectateurs. On a remarqué dans la musique de cet opéra bâtard quelques intentions heureuses et des motifs bien conçus. L'auteur mérite une mention particulière et cet essai fait concevoir de son talent d'assez hautes espérances. » (i)

En 1821, l'anniversaire de la naissance de Grétry fut fêté à Liège

En 1796 (20 mars), les artistes dramatiques de la commune de Liège représentaient Zémire et Azor, opéra féerie en 4 actes.

Desoer, iniprimeur libraire, en débita le poëmeàlO sols.

Le 30 mars de la même année, les deux Avares, repré.sentation donnée au profit des pauvi-es, a.ec début de Jl. Dejean, dans le rôle de Martin.

Mercredi. 19 octobre 17.)6, Raoul, HarOe-bleue.

On donna plusieurs aulres pièces de Gi'étry.

(i) Se trouvant à Paris en lt08, Ansiaux lut présenté à Grétry par le chanteur liégeois Adrien.

autant qu'à Bruxelles. L'Oracle, journal de Bruxelles, donne le résumé suivant :

« L'anniversaire de la naissance de Gréiry a été célébré à Liège avec solennité. Le théâtre de cette ville avait été décoré avec autant de soin que de s^oùl; il rei)résentait le temple de l'imniortalilé, au lond duquel s'élevait une pyramide où étaieiil inscrits les noms des principaux opéras de (iréiry,dont on ai)ercevail le buste entouré de i^uii landes de fleurs. Au moment où Apollon déi)ose sur ce buste une couronne de lauriers, les applaudissemens les plus vils ont éclaté de toutes les parties de la salle. La façade de la salle avait été illuminée et ornée d'un transparent sur lequel était représentée une lyre avec ces mots : A Gréiry. »

C'est le directeur Wyngaard qui organisa cette manifestation, sous la direction du chef d'orchestre Fiévez.

La musique de Grétry a eu de tous temps beaucoup de vogue à Liège.

Nous allons donner quelques programmes des .spectacles de i8:2iJ et 1823, que nous devons à l'obligeance de M. Méloite, amaleur-antiquaire à Liège.

1822. Jeudi, 31 octobre. L' Epreuve villageoise, iowéè par M.)L Florini, César, Mesd. Martin, St. Paul, la petite Gay, chœurs de villageois.

Vendredi, 8 novembre. Au bénéfice de M. César, Richard-Cœur-de- Lion. — Cet ouvrage est rerais en scène avec le plus grand soin par M. Jausserand (Directeur), tel qu'il l'a remonté au Théâtre de l'Opéra- Comique à Paris, orné des décors et costumes analogues.

Mardi, 26 novembre. L'Amant jaloux, joué par MM. Jausserand, Lavilette, Julien, Mesd. Jamet, Dorgebray, Borsary.

Vendredi, 29 novembre. La lettre de clian(je,?,m\\e de la Fausse Magie. Acteurs dans la Fausse Magie : iM.M. Lavilette, Ramond. Julien, Mesd. Jamet, Martin, Paul, chœurs de Bohémiens et Bohémiennes, toute la troupe.

1823. Jeudi, 9 janvier. La Caravane du Caire, jouée par MM. Alexandre, Lavilette, Guilleman, Julien, Florini, iNarcisse, Alphonse, Mesd. Jamet, Martin, St. Paul, chœurs, toute la troupe.

Avis. — M"* Jamet, ayant désiré jouer le rôle deZélime, dans /a Caravane, afin de ne point priver le public de cet ouvrage. M"'' Martin s'est chargée du rôle d'Almaïde qui n'est point de son emploi.

17 avril. Le Tableau parlant, joué par M3L Julien, Ramond, César, Mesd. Dorsan, Borsary.

Hoftimag-ê rendu au Théâtre Roj^'al de Br uxelîes, à. la mémoire de GréLry, le 1 1 février iS21.

C'est M. Bernard, directeur du grand théâtre de Bruxelles, nui a pris rinit.Uive d'ors^anisér une représentation en l'honneur de notre célèbre compatriote, composée exclusivement d'œuvres du maître liégeois, à l'occasion de l'anniversaire de sa naissance.

Voici le programme :

Dimanche, 11 lévrier 18-21, pour célébrer l'anniversaire de la naissance de Grélry, né Belge, spectacle extraordinaire.

Le ["'' nv[Q de Bichard-cœur-de-Lion, suivi du 1" acte de la Finisse Magie, cl du 2'"" acte de la Caravane, dit l'acte du Bazard, terminé par l'inauguration du buste de Orétry, scène ornée de couplets e't dans laquelle paraîtront tous les artistes. On commencera à 6 heures prat l'Epreuve villageoise, et entre les deux dernières pièces, l'orchestre exécutera l'ouverture d'Elisca.

C'est au directeur de la Monnaie, qu'appartient la gloire d'avoir réveillé l'un des plus beaux souvenirs de l'orgueil national ; cette attention délicate à nous mettre sur la voie de la reconnaissance, à nous rendre fiers de nos hommes célèbres mériterait ce me semble, indulgence plénière pour les forfaits administralifs de l'avenir. Jai remarqué avec plaisir que le peuple s'était porté en foule à cette réprésentation cxtraoriliuaire : quel musicien lut en effet plus po|)Hlaire que Grélry ? On le nierait en vain : le grand homme est celui qui a parle; la langue de tout le monde ; les antres classes de la société n'avaient eu garde de manquer au rendez-vous ; la composition du spectacle offrait une originalité d'autant plus i)iquante qu'elle donnait en quelque façon, l« mesure de la procligieùse flexibilité du génie musical de Crétry.

L'Epreuve villageoise ce modèle de grâce, de fraîcheur et de Malignité, ouvrait la marche; M'"'^ Rousselois, Michelot, MM. U'Arboville et Linsel ont joue de verve, et l'on a remarqué que M. Lepanc avait poussé le respect pour l'auteur jusqu'à s'abtenir même de prolonger le point d'orgue de son air du second acte ; il a chanté la note et rien de plus, et Crétry lui-même eût applaudi à ce tact judicieux des Convenances. Le bel air de IMchard a été salué par une quadruple salve de bravos ; j'ai vu le moment où si ce n'eût été la crainte de fatiguer M. Desfossés le public l'aurait redemandé, tant l'on a paru content de son

exécution. Même enthousiasme pour le premier acte de \2l Fausse Magie; h fameux duo des deux vieillards a excité des transports unanimes; il semblait qu'on entendit celte musique ravissante pour la jjremière fois ; tel est en effet le caractère des com|)osiiious de Grétry, une jeunesse éternelle, que s'est chargé de perpétuer un chant toujours pur et mélolieux sans rien perdre de sa couleur locale.

Le second acte de la Caravane préparait à la touchante cérémonie de l'inauguration du buste de son immortel auteur : on l'avait fait précéder de l'ouverture d'Elisca, où le musicien a prouvé qu'il était savant quand il le voulait.

Dans l'intermède M. Bernard chante :

Leurs chefs-d'œuvre parlent bien mieux Que nous pourrions le faire:

Ils satisferont quoique vieux Les loges comme le parterre.

Pour chanter Molière et Grétry Il faut leurs talents... soyons sages ; Contentons-nous d'avoir l'esprit, De représenter leurs ouvrages.

II assistait à la Fausse Magie, Et le public ravi de son talent A cette œuvre de son génie Applaudissait à tout moment.

Tous les acteurs dans le costume des personnages qu'ils venaient de représenter, et des palmes à la main, firent le tour de la scène, précédant le buste de (irétry placé sur un brancard que portaient Desfossés, d'iVrboville, Perceval et Linsel ; le mouvement imprimé à cette image en passant devant le public, semblait animer ses traits, exjuimer la joie d'un hommage aussi légitime et au moment où M. Bernard plaçait une couronne de lauriers sur le buste, 1 orchestre fit entendre l'air : Où peut-on être mieux qu^ou sein de sa famille. Cette touchante allusion fut saisie avec transport; les larmes qui coulaient de tous les yeux, les cris d'enthousiasme, les bravos multipliés, l'aspect de cette voûte de feuillage sous laquelle Grétry paraissait sourire à la reconnaissance de SCS concitoyens, les artistes groupés autour décelai dont ils exécutaient chaque jour les nombreux chefs-d'œuvre, et reportaient la pensée à la solennité des jeux olympiques, où les produc-

lions du génie étaient aux acclamations de tout un peuple, consacrées à l'immorlalilé.

Le baron de Reiffcnberg, littérateur, composa pour cette circonstance une pièce de vers, dont on ne permit pas la lecture sur la scène.

Faisons suivre quelques poésies composées pour cette solennité :

Grétry, je crois aux revenans

Je te vois, sous l'aimable image

De l'homme sensible et du sage.

Couronné de lauriers qui devancent les ans!

Mais loin de la terreur si folle.

De ton ombre je me fais l'idole.

Objet des plus tendres élans !

Près d'elle on ressent mille charmes,

Et ce sont nos plus douces larmes

Qui sont le vrai tribut offert à ses talens !

Matis.

Nous lisons dans le Journal de Bruxelles au sujet du monument à ériger à Grétry :

a Les ouvrages immortels de notre célèbre Grétry survivront à tous les monuments qu'on pourait élever à sa gloire. Dès son vivant, il eut le rare avantage de contempler sa propre statue érigée par la munificence dun seul particulier, juste appréciateur de ses sublimes talents. Par quelle fatalité, celte justice rendue à ce compositeur célèbre dans une contrée étrangère, n'a-l-elle pas trouvé l'initiative dans la capitale du royaume qui s'enorgueillit de l'avoir vu naître, où des preuves si récentes d une admiration des amateurs, attestent combien il leur serait doux qu'un monument public leur retraçât son image, exécuté par M. Godecliarles, le doyen de nos sculpteurs, perpétuât à jamais son souvenir parmi eux, et quel emplacement plus avantageux et plus digne en même temps pourrait convenir à un tel monument, si ce n'est le foyer même de notre nouvelle salle, et quelle décoration plus auguste pourrait l'inaugurer si ce n'est la réprésentation de l'un de nos plus graiids, des plus illustres compositeurs auxquels notre patrie se glorifie d'avoir donné le jour.

» Ce désir, que, sans aucun doute, partage un grand nombre d'artistes et d'amateurs, m a lait former le vœu, qu'une souscription ouverte à cet effet, contribuât sans délai à Térectiou d'un monument si désiré.

Siçiné RoLcouRT, Professeur et directeur à l'école de chant, rue deNamm\9QB, à Bruxelles, 15 février 1821. »

M. Roucourl souscrivit pour 120 fr.

A peine la proposition faite par M.Roucourt, d'une souscription destinée à ériger une statue à Gréiry dans la capitale, a-t-elle été connue, que M. Thomas, notaire, s'est empressé de souscrire, et a offert ses services pour l'exécution d'un projet si honorable pour nos compatriotes.

La souscription était également ouverte chez ce notaire.

Les journaux de l'époque publient le projet dû à M. Roucourt.

Voilà maintenant quelques détails sur les représentations des opéras de Grétry à Bruxelles en 1821.

1821. 1 janvier. La Caravane. — 2. Richard. — 14. Panurge. — 22. Les deux Avares. — 10 février. Pierre le Grand (reprise). — 23. L'Amant jaloux. — 1 mars. Raoul-Bar be-hl eue. — 16. La Rosière de Salency. — 24 Zémire et Azor — 7 avril. Richard. — 10. Le Tableau parlant. (Relâche pour le carême.) — 2S. La Fausse Magie, pour le début de M. Eugène. — 26. Sylvain. — 16 mai. L Amant jaloux. Le fameux Talma donne plusieurs représentations, ce qui empêche de donner des opéras. — 4, 12 et 14 juin. L'Ami de la maison. Pierre le Grand. Le Comte d' Albert.

Le Journal de Bruxelles écrit : « Grétry y trouva la matière d'une action intéressante qu'il anima des sons enchanteurs de sa lyre, et quoique la voix publique ait attribué à l'une deses (illesla suite ûuComte d'Albert, je ne vois pas qu'elle fasse disparate avec le reste : on y reconnaît au moins l'œil du maître et la main paternelle. Ce bruit d'ailleurs n'a rien de fondé ; Grétry était assez franc pour avouer cette innocente supercherie, s'il en eût été coupable »

4 juillet. Sylvain. — 13. Zémireet Azor. — 14. L'Epreuve villageoise (reprise). — 30. UAmi de la maison. — 18 août. L'Amant jaloux, en 3 actes. — 11 septembre. Anacréon chez Polycrate. — 12. La Rosière de Salency. — 5 octobre. Richard (reprise). — 24. La Fausse Magie. — 26. Pierre le Grand. — 5 novembre. Raoul- Barbe-bleue. — 18. La Caravane du Caire, ornée de ses ballets.— 22 décembre. I^s deux Avares en 2 actes.

Du 20 août 1768 jusqu'au 12 juin 1776, Grétry compo.sa douze opéras, qui forment un ensemble de vingt-sept actes.

Procès du cœur de Grétry.

Correspondances à. ce sujet avec P^laniand.

L. V. Flamand épousa en secondes noces Marie-Augiisline-Ernestine Gré'ry, nièce du compositeur, charmante p -rsonne qui avait un talent distiniïué sur le piano et dont Grétry fut le parrain.

M"'' Grétry ne comptait que 19 ans, quand elle épousa le 31 janvier 1796 Flamand, tapissier de son métier.

Un accident l'aclieux est venu jeter la brouille dans la lamille.

Lacombe, littérateur, libraire et éditeur, avait épousé la sœur du compositeur, et g:èné dans ses affaires commerciales, vint demander à Grétry de lui avancer une somme de 30,000 francs, pour sauver l'honneur de la famille, ce qui fut l'ail, mais cet argent ne fut jamais liquidé, aussi, Lacombe et sa femme n'assistèrent-ils pas au mariage de Flamand.

Sur une proposition de Lacombe, ce dernier quitta son métier pour reprendre le commerce de celui-ci.

Flamand-Grétry, l'ami intime de son oncle, assista souvent avec lui aux représentations de ses opéras. Il s'ex|)rime ainsi dans ses Mémoires :

« Grétry partageait ses billets de spectacle entre ses amis et nous. Quel ravissement c'était pour moi d'entendre les chants délicieux de cet homme immortel! comme je me gloriliais de lui appartenir ! quelles soirées lavissantes ! quels heureux délassements de nos pénibles travaux ! Je n'ai i)oint d'expression assez énergique pour décrire Tenivrement que ses accents harmoniques me faisaient éprouver. »

Grétry mettait tout sa conliance dans son nouvel allié.

Deux mois environ après la mort de Grétry, L. V. Flamand adressa la lettre suivante au préfet de police pour faire extraire lecœur de Grétry:

« Paris, le 19 novembre 1813.

» Monsieur le Baron,

« Le sou,?signé Louis-Victor Flamand, tant pour lui que pourMarie- Warguerite-Ernestine Grcuy, son épouse, et que comme fondé de pouvoir de demoiselle .Jennj Grétry, demeurant l'ue du Helder, 6 ; de MM. Alexis Grétry, ingénieur des ponts et chaussées à Melun, et Gabriel-Honoré Grétry, contrôleui; extraordinaiie des droits réunis à Bordeaux, tous neveux et nièces de Grétry, désirant faire hommage d

la ville de Liège, sa patrie, du cœur de feu leur oncle, vous demandent la permission de profiter du moment où le corps vient d'être exhumé (afin de lui faire un caveau et de lui ériger un monument), pour en faire faire l'extraction avec toutes les formalités d'usage. " Vous obligerez infiniment celui quia l'honneur d'être, etc.

" Signé Flamand. •

Il reçut celte réponse :

- Nous lo conpeiIIer-d"Etat, préfet de police.

- Vu la demande de M. Flamand, demeurant rue du Helder, 6, au nom de la famille Grétry, tendant a obtenir l'autorisation nécessaire pour faire exhumer du cimetière de l'Est le corps de M. Gréti'j, à l'eflTet d'en extraire le cœur pour le transporter à Liège (département de VOurthe), sa jKitrie.

« Autorisons M. Flamand audit nom à faire procéder à l'exhumation, au cimetière de l'Est, du corps de M. Grétry, pour en extraire le cœur et le transporter à. Liège, à la charge de prendre toutes les précautions convenables sous le double rapport de la décence et de la salubrité, et de faire dresser procès-verbal de l'exhumation, extraction et réinhuraation par le commissaire de police du quartier de Popincourt, qui nous le transmettra de suite.

" Le conseiller-d'Etat, préfet de police,

» Signé baron Pasquier, etc. -

Le même neveu a fait connaître en novembre 1813, au préfet du déparlemenl de l'Ourlhe, ainsi qu'au Maire de la ville de Lièi^e, qu'il faisait hommage à cette dernière ville du cœur de l'artiste célèbre, et les pria de faire retirer ce précieux dépôt avec les fortnes nécessaires.

Le procès-verbal de l'extraction du cœur deGrétry se fit le 23 novembre 1813, devant l'avocat commissaire de police Denis-François Bagnard, en présence de L. Flamand, et au nom de Ale.xis Grétry, Honoré Gabriel Grétry et Jeniiy Grétry, tous enfants du frère de Grétry.

Cette extraction fut autorisée et faite parM. Joseph Souberbielle, docteur en chirurgie et chirurgien-major de la gendarmerie impériale, assisté de M. Ch -Alex. Legrand, avocat en la cour impériale.

Souberbielle s'est chargé de l'embaumer et de le renfermer dans un coffret en plomb, pour être remis à Flamand, à l'ellet d'en effecluer l'envoi à la ville de Liège II a été après, sur le-champ, procédé à la réinhumation du corps dans le caveau, qui a été fermé, en présence du commissaire de police du quartier de Popincourt.

Lettre de Flamand à M. le Préfet de VOurthe.

» 28 novembre 1813.

•• Monsieur le baron,

» Au moment fatal qui nous sépare pour jamais d'un oncle cliéri, de

l'immortel Grétry , l'idée me vint de faire extraire de sa dépouille

mortelle ce qui restait de plus précieux à conserver, le cœur ce

cœur si sensible et si pur qui brûla avec tant d'ardeur pour sa chère patrie, ses bons amis et sa famille, afin d'en faire hommage à la ville de Liège. Des obstacles m'en erapèchèi-ent ; il y fallut renoncer. Cependant, comme nous lui faisions ériger un monument et qu'il fallait l'exhumer, cette idée me revint plus que jamais, son génie me l'inspira, je profitai de l'occasion et je fus heureux —

X II ne me reste plus, M. le baron, qu'à savoir de vous comment je ferai parvenir à la ville de Liège ce dépôt précieux dotît nous lui faisons hommage. Je remettrai, aux personnes qui en seront chargées, Vexpédition du procèsverhal dûment légalisé.

»• Je vous prie, M. le préfet, de daigner me faire \\t\q prompte réponse, et d'agréer les sen'timens respectueux avec lesquels je suis, etc. »

Ces administrateurs n'attachèrent aucune importance à l'empressement de P'iamand, et sa lettre resta sans réponse.

C'est seulement le 3 janvier 1814 que le Maire de Liège, répondant à une seconde missive de la part de M. Flamand, lui manda de lui adresser le cœur du célèbre artiste liégeois, ajoutant qu'on lui en donnerait un accusé de réception. Blessé par ce procédé peu galant, M. Flamand résolut d'abandonner ce projet et de l'aire élèvera ses frais un petit monument dans le jardin de l'Ermitage à iMontmorency, pour y déposer le cœur de son oncle.

Voici la lettre du Maire Desoer :

« Liège, le 3 janvier 1814.

» Monsieur,

n Je vous prie de m'adresser la boite renfermant la précieuse dépouille, par le premier courrier, en prenant les précautions nécessaires et faisant les recommandations convenables. Je lui donnerai décharge de la remise et f aurai Vhonneur de vous en accuser réception, etc. » Signé Désoer. »

Toute la famille fut scandalisée de tant d'inconvenance de la part de

ce haut Magistrat, aussi on s'opposa formellement et par écrit h ce que le cœur de riiluslre liégeois l'ut envoyé à la ville de Liège, attendu que celte ville n'appartenait !)lus à la France.

Voulant conserver ce précieux cœur, il fut déposé à l'Ermitage. Selon Flamand, Grétry n'a jamais émis le vœu que son cœur tut envoyé à sa ville natale, et la famille n'a pas entendu exprimer ce vœu par l'artiste.

Si c'était son désir, il l'aur.iit inscrit dans son testament fait en 1809.

Dans une conversation entre Flamand et Nisten, liégeois, un des médecins de Grétry, quant au cœur de Grétry. Nisten lui répondit : Vous faites bien de faire cet hommage aux liégeois; ça aura été le vœu (le Grétry, s'il y eut songé.

Du petit ouvrage [)ublié par Grétry aîné en 1814, Grétry en famille, il résulte (p. 11 et 3o\ que le vœu de Grétry aurait été d'être inhumé à Enghien-Montmorency et non dans la ville de Liège.

Enfin, Flamand dit dans ses Mémoires :

« Grétry s'adresse à M. Berlon : « Mon petit, l'institut va vouloir » m'élever un tombeau, c'est ici, à VErmitage, que je voudrais être » déposé ; » et de la lettre écrite à ma femme par M. le Joyand, le 8 mai 1823, et de celle qu'il adressa à M. le premier président de la cour royale, le 12 du même mois, de laquelle je donnerai copie.

» Grétry, en présence de sa famille, fit un vœ i ; il est rapporté dans mon livre de VErmitage, p. 266, note l""®, publié bien antérieurement au procès ; le voici : « .le ne veux i)as être enterré à l'Ermitage, per- » sonne de vous ne l'achètera, on pourrait profaner mon tombeau ; je » veux être enterré au Père-Lachaise. »

» M*^ Hennequin a dit que la modestie de Grétry l'a empêché d'émettre son vœu dans son testament ou par écrit. Mais qui l'empêchait de le manifester <à plusieurs membres de sa tamille, à ses amis, à cet ex-jugede-paix (M. Regnard) qu'il avait choisi pour être le dépositaire de son testament olographe ? Ce juge-de-paix ne l'aurait-ll pas proclamé ce vœu au pied du lit mortuaire de Grétry, en présence de sa famille en pleurs ? Ne se serait-on pas empressé d'en faire part à la ville de Liège? se serait-on opposé à l'extraction 'r Fort de ma conscience, je puis attester, sans crainte, à la face du ciel et au pied du trône, que jamais Grétry n'a émis à ma connaissance le vœu que son cœur fût envoyé à sa ville natale. »

Flamand ajoute :

« Grétry était français par un juste sentiment de reconnaissance. La place de son cœur est et doit être dans cette France qu'il charma si longtemps par ses œuvres ; elle est surtout dans celte vallée de Mont-

morency dont les souvenirs de tout genre plaisaient à sa féconde et brillante imagination. »

C'est le lo juillet, et après bien des difficultés, qu'on en fit Tinauguration en présence de plusieurs compositeurs, hommes de lettres et amis de feu Grélry, qui en ont constaié le souvenir en dressant et en signant un procès verbal, qui fut déposé dans une urne à côté de celle qui renfermait le cœur de Grétry.

La ville de Liège, instruite de ce grand événement par les journaux, demanda de nouveau le cœur de leur compatriote. Ce n'est que le 15 juillet 1821 que Flamand reçut une lettre dune personne autorisée à retirer le dépôt, mais l'indifférence qu'avaient montrée les Magistrats de la ville de Liège pour une des gloires musicales de la Belgique, révolta à tel point M. Flamand qu'il refusa nettement cette demande.

Le 6 juillet 18:2ïi, six ans après linauguration du monument. Flamand fut assigné à comparaître au tribunal de Pontoise, et un jugement déclara que la ville de Liège restait non recevable dans sa demande du dépôt du cœur de Grétry et fut condamnée aux dépens. Voici le résumé de celte grave affaire :

« Attendu que, de tout ce que dessus, il résulte que le sieur Flamand n'a jamais été dépositaire du cœur de Grétry pour la ville de Liège, au nom de laquelle l'offre irrégulière et caduque du sieur Flamand et de trois de ses cohéritiers sealemcnl n'a jamais été aceptée jusqu'à ce joui", et que, l'eiît-elle acceptée en nom collectif, ce qui n'est pas, n'a jamais €lé autorisée légalement à cet effet ;

» Qu'au contraire, par l'acte du quinze juillet mil huit cent seize, il e§t intervenu entre lui et sa famille entière un contrat solennel qui le constitue, au profit exclusif de celle-ci, dépositaire du cœur de Grétry, et, comme tel, l'oblige de défendre ce dépôt de toutes atteintes qui pourraient lui être portées par des étrangers ; » Le Tribunal, jugeant en premier ressort,

» Déclare la ville de Liège purementet simplement non-rec eyable en sa demande,

» Et la condamne en tous les dépens de l'instance, etc. » Un procès s'ensuivit, qui fut gagné alternativement par les deux parties; il dura pendant plusieurs années, et finalement un arrêt de la cour royale de Paris ordonna que la ville de Liège serait mise en possession du dépôt qu'elle avait réclamé tant d'années. L'extradition de la boite qui renfermait le cœur du maître fut faite au mois de septembre 1828, et le 7 de ce mois les commissaires ofiicicis chargés d'en Cadre.le transport ont, fait lepr entrée.dans la vilje de Liège. aux acpjama-

lions (l'une foule sympathique, désireuse de posséder le cœur d'un compatriote cher à tous et qui avait par son talent charmé le monde musical pendant un demi-siècle.

Dans son brillant plaidoyer, iM. Cauhert, avocat de Flamand-Grétry, fait valoir :

« Pendant sa vie, cet illustre compositeur ne manifesta jamais le vœu que son cœur fui dé|)Osé à Lièice, et cette ville n'est pas même nommée dans son testament, sous la date de 1809.

» Nous avons fait la lïloire de Grétry, dit en terminant M. Caubert; si sa gloire est Européenne, c'est à nous qu"il la doit. Grétry vécut et mourut français; que cet homme célèbre conserve sa dernière demeure dans sa patrie adopiive. C'est en France que son cœur doil rester. »

Nous renvoyons le lecteur au livre préciié de Flaniand-Grétry.

C'est Flamai.d-Grétry qui fit ai)rès la mort de Grétry l'acquisition de i'Ermiiaii^e, le 18 septembre 1814. (i)

11 écrit à ce sujet dans ses Mémoires :

« S'il s'était présenié, à l'adjudicalion de l'Ermitage, un homme de lettres, ou un ariiste digne de succéiler à Grétry, je n'aurais sûrement pas couvert son enchère ; mais on ne vit que des personnes qui voulaient en faire un vil objet de spéculation Ce seul motif m'ayant paru un outrage à la mémoire de mon oncle, me détermina à user de tous mes moyens pour parvenir à en être adjudicataire.

» Pendant le temps que Grétry fut propriétaire de l'Ermitage, il n'y fit aucune réparation essentielle ; mais il fil construire, tout à côté, pour se procurer un voisinage, un petit chalet. Il y posa la première pierre,

(i) Dans une lettre de M. le Joyand à M. le baron Séguier, qui a été lié intimement avec Grétry depuis 177P jiisqua sa mort, celui-ci déclare qu'il n'a jamais témoigné le désir qu'une partie de sa dépouille mortelle fut déposée à Liège. Nous en extrayons :

" L'Europe est l'écho de sa mélodie, et si l'atmosphère de la terre n'était pas •bornée, le ciel redirait ses accens Le? Liégeois peuvent jouir, comme nous, des fruits d'un génie qui ne se serait peut-être pas connu lui-même ailleurs qu'en France; ils doivent se glorifier d'avoir vu naître, parmi eux. Grétry ; mais leurs soins, leurs sollicitudes, pour lui, n'ont jamais été jusrjuà deviner qu'ils devaient assez efficacement secourir son enfance et sa jeunesse, pour acquérir sur lui le droit qu'ont acquis les Français, de conserver le symbole et l'organe île ses plus douces affections.

.. Mais, s'il est possible aux Liégeois, comme à tout autre peuple, de se justifier de cette imprévoyance, voici un défaut d'intérêt dont ils ne peuvent se justifîei-.

<• Mais, aussitôt que le gouvernement eut permis de rendre ses chefs-d'œuvre au public inipaiieiil, le bon Grétry fit venir sa bonne mère ; elle mourut chez lui, en n99,àgee de quatre-vingt-cinq ans ; c'est moi qui lui ai fermé les yeux, tandis que la faible santé de Grétry faisait craindre qu'il ne succombât à la douleur. -

sur laquelle il fit graver son nom, celui de sa femme et de Joséphine, une de ses nièces. Il lit encore bâtir une petite chaumière, où logea une pauvre femme, qui y mourut huit jours avant lui.

» Lorsque j'acquis l'Ermitage, il était dans un étal de ruine complète ; je le fis relever presque entièrement, mais sans rien déranger à l'ordre extérieur, désirant qu'on le reconnut tel qu'il était tandis que Grélry l'habitait. »

Lettre des états députés de Liège à Flamand, et réponse de ce dernier :

« Liège, le 22 décembre 1821.

>• Monsieur,

n Par une lettre écrite au maire de Liège, le 28 novembre 1813, vous avez exprimé l'intention et le plaisir que vous auriez à remettre à cette ville le cœur de feu le célèbre Grétry, votre oncle. Mais il nous a paru résulter des pièces que les bourgmestres de Liège viennent de nous communiquer que certains procédés vous en auraient détourné.

y> L'hommage que veut rendre à Grétry une ville de cinquante mille habitans, par l'érection d'un monument, se rattache trop à la mémoire de cet homme célèbre, pour que nous puissions supposer que vous ayez eu jamais l'intention d'y porter obstacle.

n Nous vous plions, Monsieur, d'oublier un procédé qui ne peut être que le fait d'un individu.

w Si, comme nous t'espérons, vous nous doymez une réponse satisfaisante, on s empressera de prendre de suite les mesures nécessaires pour que le précieux objet soit remis à une députation et transporté à Liège avec la décence et les honneurs dûs au célèbre défunt.

n Par la députation, le greffier des Etats, - Signé Brand. "

Voici quelle fut la réponse

Messieurs .

" L'Ermitage, 6 janvier 1822.

» Je ne pourrais mieux faire, pour répondre à votre demande, datée du 22 décembre, que de vous prier de prendre communication de la lettre que j'ai eu l'honneur d'adresser à MM. les bourgmestres de la ville de Liège, le 12 août dernier, en leur faisant hommage d'un exemplaire de mon ouvrage sur J.-J. Rousseau et sur Grétry, duquel hommage, bien faible à la vérité, ces messieurs n'ont pas daigné seulement m'accuser réception. Mai.is je veux bien entrer ici dans quelques détails succincts.

• Sans moi, Messieurs, le cœur de Grétry serait devenu la pâture des vers ; il n'y a point de cU fficuU c^i que je n'aie sic vaincre pour 'parvenir à l'en préserver et à en faire l'offre à la ville de L'èrje. La postérité me le devra, et nul doute qu'un jour L'éje pourra lu posséder dans son enceinte lors du décès de mon épouse et le mien, et dans le cas où r Ermitage passerait en des mains étrangères à Grétry, à moins, cependant, gui ta France ne s'y oppose.

n II est certain, Messieurs, que si les repré^enfans de Liège eussent répondu et agi sur ma proposition d'une manière solennelle, et, j'ose le dire, décente, j'aurais employé toute mon inflieuce (quoique no foi-ninnt qu'une unité et un septième dans la famille-) pour que leur ville possédât dès-lors le noble olijet de leur dora imle. Il n'y avait alors que peu d'obstacles, presque toute la famille ignorait que la précieuse extraction était faite ; mais la lettre inconvenante du maii-e les lit- lever, et alors je ne fus plus le maître de faire ce que je désirais le plus. Ensuite un long silence de la part de la ville de Liè^e, l'adhésion et le vœu formel et écrit de la fimille, le pouvoir de l'autorité franc vise, in'autorisèi-ent moi-même à faire l'inauguration sacrée du cœur de mon illustre allié dans le lieu où il exhala le dernier soupir. »»

Faisons suivre l'arrêté officiel concernant le cœur de Grétry :

« Vu l'arrêlé du conflit pris pir le p.'éfet de police, le 20 juin 1823 ;

» Vu Tarrrt rendu, le 17 mai 1823, par la Cour royale de Paris, sur l'appel interjeté par les bouriç nestres de la ville de Lièiije, et par lequel la Cour, considérant que l'extraction du cœur de Gréiry n'a été demandée au nom de la famille et accordée pnr l'autorité publique que pour en faire hommage à Liège, sa ville natale, qui l'a accep'.é et fait préparer un monumer.l pour le recevoir, ordonne que le cœur de Créiry sera retiré du jardin de l'Ermitage, en présence du maire de la commune de Montmorency, et des commissaires de la ville de Liège, pour être remis àceu.\-ci sur décharge qui serait insérée au procès-verbal. »

Le 19 juin 1823, S A. R. la duchesse de Berri, daigna visiter l'humble Ermitage, et prendre sous sa protection généreuse le cœur de Grétry, que les Liégeois voulaient ravir à la France.

• Flamand composa pour celte occasion une cantale, que M"® Herminie Daubonne mil en musique et qu il eut l'honneur de présenter à la duchesse. En voici quelques extraits qui ont rapport à Gréiry :

Je suis sai.^i d'épouvante....

Grétry ! quelle peine accablante !

Demain, mon Ernestine ; il faut livrer son cœur

Si (\e Cr(!try la divine harmonie A su cliarmcr votre esprit, votre cœur, Si sur vus sens les accords du génie Rognent encore par un pouvoir vainqueur; Laissez en paix celui qui poiii- la gloire Long-temps, chez nous, d^-s i)lus I)oaux feux brûla; Tachez d'aller au tciuple de ruéiuuire.

Vous le trouverez lu.

riamand fit vers 18:16 \\\ Tarquisilion d"un tableau peint à la cçloire des artistes célèbres ei jiar;iciilièremonl de (iréry, tableau de 4 pieds 3 pouces de liant sur 5 pieds 6 pouces de lari,n\ dû au |)inceau de M. Berlot, cl qui fui exposé au salon de Paris en 1814, sous le litre: Monument à la gloire des (Viisles célèbres. En voici la description :

« i-ur le premier plan, à drol.c du spectateur, ! artiste a peint un arc de triomphe ; on lit sur la frise de ce monument rinscription ci-dessus qui fait le tiîrc du tableau. Dans toute sa largeur, sont rassemblés un grand nombre de tombeaux des poètes cl ar.istes célèbres, parmi lesquels en distingue, toujours sur le p:'emier plan, ceux de Rubens, ^licliel-Ange, Raphaël, J. Cousin, .1. Veriu>i, Boileau, Molière, Lafontaine, Voltaire, J.-.I Rousseau, Jacques Delille, Ciluck, Pergolèse, Lulli, Haydn, Dalayrac, etc , etc. Au milieu de tous ces tombeaux, dont la plupart sont peints d'après nature et les originaux que l'artiste a pu se procure, a la bibliothèque du Roi, s'élève majestueusement celui de Grétry, tel qu'il est an cime'.icrc de l'Est, mais surmonté d'un très haut obélisque, sur lequel rar,i.>le a inscrit les litres de tous les ouvrages dramatiques et autres du célèbre compositeur ('et obélisque est surmonté d'une lyre et d'un génie qui couronne toutes les œuvres du grand ariiste ; sur le tombeau, qui sert de base h l'obélisque, on lit ce vers de M. Bouilly :

« Il sut chanter coranne écrivait Molière. »

» MéhuI en extase tient une palme de laurier qu'il va déposer au pied du monumcni érigé à son illustre confrère, que bientôt il va rejoindre

(i) Flamand dit rjuc M"*" Mai ie-Marpueriie K'^nveiipr. qui fut imriée au frère du comiiosileur dés i';"ige de 13 ans (?i. (|iii allaita ((uiiize eiilams, termina sa respectable carrière, le l5 janvier 1827. t'ij^ée de '-l à 75 ans. .Sa dépouille inorielle. ajoute-i-il, fut déposée dans le caveau de Grétry. Sur onze personnes dont se comiiosait alors la famille Grétry, (juatre seulement souscrivii'eut favorablemeiit aux désirs de la ville de Liège.

au toniheaii. Sur la base du monument on lit une infinité de noms, parmi lesquels on disiingiie ceux de Mchiil, Boiiilly, Berton, BoieIJieu, Nicolo, elc, etc., et de nombreux artistes célchres de cette époque.

» Sur le second et dernier plan de celte vaste composition, on voit divers temples et autres monumcns d'architecture romaine, ainsi qu'une infinité de tombeaux.

» M. lierîot, qui composa ce t;ible;ui h l'époquî où tous les noTl)reux admirateurs deGrétry et tous les liabitans de la ca|)itale répaiulaient des torrens de larmes sur la tombe de riiomme célèhre, a eu pour objet principal de transmettre à la postérité tous les tiircs que Grélry avait à limmortalité, et de justifier l'admiration de la patrie qa il avait adoptée, et dont il l'ut comblé d'honneur et dei^loire.

» Voici comment le i)lus heureux hasard m3 fit connaître ce tableau monumental que M. Berlot avait vendu à iM. Roger, agent de change. »

C'est le samedi 5 juillet 18^8, |)ar un soleil qui éclairait la route céleste de ses rayons majestueux, qu'eut lieu la remise du cœur de Grétry aux commissaires de la ville de Liège.

A peine les formalités laites, le sieur Higaud, après avoir lu la phrase ci-après gravée depuis plus de douze ans sur le monument :

Ton génie est partout, Mais ton cœur n'est qu'ici.

s'écrie : J'espère bien que Flamand lera changer cette inscription ainsi :

Mon cœur est à Liège.

Les ouvriers qui refusent de participer à sa destruction, ménageant une nouvelle surprise aux adversaires de Flamand-Grétry, placent soudainement une plaque de tôle qui est gravée sur le marbre au bas de la première inscription qu'on vient de lire :

Les Liégeois n'en ont enlevé que h poussière.

Selon Flamand, les Liégeois partirent de l'Ermitage emportant avec eux la malédiction des habitants de Montmorency, qui se conduisirent très sagement dans celte fatale circonstance.

Flamand composa en suite ces vers :

Grétry ! je voulais que ton cœur Restât dans ce séjour, témoin de ma douleur. Consolc2-vous, paisible et luodestc Ermitage! Son ombre se plaia-a toujours sous votre ombrage.

Sur une pierre se trouvait :

Malgré les plus augustes protections et les recommandations de l'Académie, de tous les corps savans, des )iond)reux admirateurs de Grétry, et de la ville a'Enghieu-Mvntmorenvij, l'expatriation forcée de ce reste vénéré eut lieu le o juillet 1828.

Et plus bns on lit :

Jamais Grétrij n'a légué son cœur à la ville de Liège.

C'est M. Bertoii q;ii lut à 1 Académie un discours contre l'extradition du cœur de Grétry. Dans son enthousiasme il s'écrie :

« Je viens la déposer dans votre sein, et demander à l'Académie si elle pense qu'il soit inconvenant de témoiii;ncr à l'autorité le désir de voir eiiij)loyer sa méiiiatinn pniir obtenir qne le cœur de l'artiste célèbre, dont une rue de la eapiiale por:e le nom, à qui l'on a éri.iïé une statue, dont le même cœ:ir fut dépasé, en 1815, dans le monument élevé à cet efiel par les soins de sa famille, ne soit pas, ai)rès une rédexion de sept année.^, enlevé au sol du pays où respirent encore les parens, les amis, les confrères et les nombreux admirateurs du 3Iolière de la musique française. »

Chose élran?;e, tous les journaux de la capitale, excepté celui des Débats, ont témnii^^né leurs regrets de voir expatrier, loin de la France, le cœur du musicien célèbre.

La Gazette de France (29-30 juillet 1828) critique vivement la ville de Liège, car « Grétry. dit-elle, n'a jamais composé une note de musique pour son inp;rate patrie. »

Le Journal des Débats, ou 10 septembre 1828, réfute cet article et ajoute que dans une lettre adressée au notaire Dumont, à Liège, Grétry disait qu'il voudrait que son cœur fut un jour transporté dans sa ville natale.

Nous avons publié, pnge 244, la lettre de Grétry au notaire Dumont.

Flamand, au nom de la famille, adressa la lettre suivante à iM. Bertin fils, éiWicm (\[\Jour)ial des Débats, qui refusa dinsérer mais qui fut publiée par quelqacs journaux :

" Paris. 11 septembre 1828.

» Permettez nous, M, le Rédacteur, de lépondi-c en peu de mots aux réclamations des Liégeois, insérées dans votre feuille du 10 coui'ant, l'une lelative avx eacoiiroffcmens rjne, suivant eux, Giétiy reçut dans son enfance; l'aiitic lolalive ù un éci'it qui aurait été adressé par riiomtne célùbi'e à un M. dumont, ci dans Icqucd lo premier aiii'ait dit : Qu'il voudrait que Sun cœur' fût transporté à Liûge. Mille endroits.

disent-ils, sans en indiquer un seul, dans les Mémoires de Grétry, prouvent ces faits.

•> Contre la première l'Cflaination il nous suffit d'extraire de ces Mémoires cette pluase que j'ai déjà transcrite dans ce volume, p 541 à 542 : Si, pendant ces uiiséraMes années, dit le j:raiid coniposiieui', je n'ai pas tout-;\-fait jieidu mon tt'miis; si j'ai /ait quelques jn^ogrés, ce n'est pas ai(X leçons qve f ai reçues dans mon enfance J'ose affirmer que, si quelque chose avait été capable de détruire en moi cet instinct cjui m'entraînait vers la iiaisique, cétait la manière dont on me l'enseignait.

" Il est vrai que Grétrv a dédié un de ses ouvrages, V Embarras des richesses, à sa ville natale, mais c'est en 1782, sept ans avant la ré\olutioii ; mais depuis qu'ont-ils fait pour lui, ces Liéiîcois qui s'efforcent aujoui'd'liui de piouver tant d'anjour à Grétrv? Non-seulement ifs ne l'ont j)as secouru dans le temps de la terreur, mnis ils ont souffert que sa mère, toml>ée dans le Iiosoin, vendit sa muison, celle où était né Grétry, et qu'ils viennent de couvrir de fleurs.

n Contre la seconde léclamation, {loiirquoi le sieui- Dumont n'a t-il pas communiqué cet écrit important de Gréiiy, et qui aurait été si favoralile à nos adversaires? Pourquoi?... C'est qu'il n'existe [)as; c'est une nouvelle assertion mensongère, inventée pour induire en erreur! Qu'ils rendent cet écrit puMic, comme notre beau-frère. M. Flaraand- Grétry, l'a fait du testament olograplio de notre illustre parent, qui prouve ce qu'il a répété cent f.iis, que jamais le célcbie com[)Ositeur n'a légué son cœur à la ville de Liège. "

Dans une concliisioiî de son ouvrage, Flamand se plaint amèrement de ses advcrsaiies Bigaud, de Rocliefurd et Atisj;ui.\, les commiss:iires de Liège, et pariiriilièrement de rodieiisc iraliison d'un des membres de la l'amille, Alexis Grèli'v, (ils du frère du compositeur, qui assista aux fêtes données à Liège en 184:2 pour la statue de Grétry.

Représentation solennelle donnée en l'honneur de Giétry, nu théâtre Feydeou. le 1 1 févjicr 1824, à loceasion du jour de naissance du célèbre maître.

Le théâtre Feydeau a dignement fêté ce jour, en représentant deux de ses opéras, savoir : l'Amcutt jaloux et l'.imi delà maison, chantes par les meilleurs sujets de la troupe de ce ihéùlre.

Une foule de monde de tous les ran^rs de la société' parisienne s'était rendue à ce théâtre de bonne heure, et le Journal d'Anvers s'exprime ainsi au sujet de cette n)émor.»i)le journée :

« S'il reçut le sur;iom glorieux de MMière de la musique, c'est qu'il sut trouver l'expression vraie ; c'est qu'il se montra |)oëte autant que l'auleur des paroles, c'est qu'il était peintre et que tous ses ouvrages réunissent au suprême le degré, le mériie de la couleur locale. Voilà ce qui met ses ouvrages au-dessus des caprices du goût et des variations de la mode. Quelle admirable et féconde variété de tons et de couleurs ! Voyez dans L'Amant jaloux, un modèle de l'union de la musique à la bonne comédie ; dans Hicliard (^l dans Aucassin, le chiirme des mœurs chevaleresques ; dans Elisca, la jdus ch-irmante naïveté unie à la vigueur et à l'énergie. Dans le Tableau parlant et la Fausse Magie, la manière vive et piquante de l'opera-boufTon italien Et où trouvera t-on un style plus élégant et plus élevé que dans Zémire, dans Sylvain et dans tant de chefs d'œuvre qui seront encore le plus bel ornement de la scène, lorsque le goût et la raison en auront banni le clinquant et l'exatçération de la nouvelle école ? »

Le théâtre de l'Odéon, i\ Paris, en 1824, et la musique

de Grétry.(i)

Une nouvelle troupe se forma à ce théâtre pour jouer la tragédie, la comédie et l'opéra.

Les artistes de lopéra se composent de Mesd. Montano, Florigny,

(i) En 1825, ses pièces restent au répertoire, malgré l'apparition des opéras nouveaux. On re[)résente : La Cararane, Le Tableau parlant, Bicharcl, VEpreuve villageoise, la Fausse Magie, l'Amant jaloux, Sylvain, Anacréon.

On c jiiiinua à l'Odéoii : Ramil. Zémire et Azoi\ Richard, ei dix autres.

En 1826, malj,M-é le j^'rand attrait de la D'ime blanche, Marie, le Barbier de Séville, et le Mariage 'le Figaro, de Mozart, (dmiiié le 22 juillet), Richard,l' Amant jalour, l'Epreuve villageoise, la Caravane, Zémire et Azor, etc., font toujours de bonnes recettes.

E 1 1827, année qu'on représenta à Paris, Don Juan, de Mozart (24 décembre), qni fut un nouvel atiniit pour le tlié.itre de rOdéoii.on donnait encore Richard. l'Amant jaloux, le Taiileau parlant, la Fausse Magie, Si/lvain, Zémire et Azor, la Caravane, l'Epi'euve villageoise.

Ainsi, d-ipuis l768 jusqu'en 1827, pendant cinquante-neuf ans, Grétry a constamment joui de la faveur du puMic par sa musiq le naïve, naturelle et expressive.

Eu 1828, on représente aux trois theùires d'opéras, la Caravane, (4 janvier),

prcmicTos artistes ; Mesl. LetoUiiT, Janard, Camoin, secondes cantatrices ; MM. .kiiîiion ibaryton ; Valère (basse eliantanîci ; Camoir, basse comique ; Locomte et CampeMaut (Van Camj)Oiiliout), preii.i.r.i ténors; Léon, Ani:^astc cl Pnid liomme. seconds ténors.

L'orchestre nombreux et digne de rivaliser sou-; tous les rapports avec celui de Louvois, est coiiluii par M l*. (^rém ):it, i compositeur, doat les talents so:it co:inus et qui dii'iL!,e les orches'.ros d^ plusieurs cai)ita!es.

Les chœurs ont été fournis de manière à satisfaire les amateurs habitués aux belles masses.

La trou|)e a pour directeur M. Bernard.

L'ouverture eut lieu le 3 mai par différentes pièces sans musique.

Il y eut donc cette année trois scènes pour les représentations dramatiques avec musique en français.

C'est le 6 mai iSiîi que le début eut lieu pour les artistes chantants par le Barbier de Séville, de Rossini.

Gel oi)éra avait déjà été exécuté à Paris en italien.

Le directeur, se voyant dans la nécessité de mettre au répertoire la musique i)his ou moins abandonnée de Grélry. a mante le même mois riipreiive villaf-ecise, avec début princijial de 31"'" Letellier, qu'on a vue quelque temps à rcydeau. Elle était médiocre.

Malgré la faiblesse de l'exécution, la musique de Gréîry a fait le plus grand plaisir. Que serait-ce donc si elle avait été chantée comme elle a été conçue, dit Castil-Blaze ?

Cet artiste fat à cette époque le chroniqueur théâtral du Journal des Débats.

Le Barbier de Séville lient toujours raffiche.

iSm-Ai. L'Epreuve villageoise. — 2^. La Fausse Magie. — 23. /.e Tableau parlaiit — 27. Uichard-Cœur-de-Lion:

Le Journal des Débats ilonuQ ce jugement sur le début de M"® Letellier :

« L'Epreuve villageoise, par le charme d'une musique chantante, vive, ingénue et naturelle, a terminé fort gaiement celte soirée ora-

V Amant jaloiiT, le Tableau parlant, Richard, la Fausse Magie (21 raai\ Gidllrinwe Tell (28 mai. avecgraivl s^iccès où le l)uste de Grétry a été cour >iiné). Zémireet. Azor.

Plusieurs opéras de Ilossiiii, de .Mozart, d'Aulier, de S|ioiniiii, de lioieldieu, de Krouhé, de W'elier. de Meyerlie< r, de Carafa. de Méliul, il'llalévy, furent représentés. La Muette de Portici, fut doiiiiee lo 29 lévrier lS2f',ei se couiinua toute l'année.

(1) Cet Jirtiste peu coiii.u puMia eu lS2i trois marches funèbres à grand orchestre militaire. Paris, chez Cauibaxo.

geuse; M"^LeteIlier, qu'on a vue quelque temps à Feydeau, est médiocre dans son jeu comme dans la partie du chant. Malgré la faiblesse de J'exccntion, la musique de Grélry a fait le plus grand plai.>ir. »

18 et 21 juin Zémire et Azor. — 'îl^. Le 2\ihleau parlant. — 25. Rkhard-Cœur-de-lion. — 26. Sylvain.

Le théâtre royal de 1 Opéra-Coniique avait en partie abandonné ce répertoire, vu le grand nombre de nouvelles pièces On donnait encore le Tableau jiarlant, l'Ami de la maison. Richard, TAmant jaloux, et par rare intervalle. M. Bernard, voulant donner un témoignage de reconnaissance au talent de Grétry, a repris plusieurs de ses opéras.

Mailienreusement, la bonne tradition d'interprétalion s'était plus ou moins iierdue

Le 3 juillet, il reprit le 2'' acte de Raonl-Barbe-Bleue et on continua à chanter Piichard, le Tableau parlant, Zémire et Azor (20 juillet), l'Epreuve villageoise, l'Amant jaloux (10 septembre), la Rosière de Salennj (29 octobre), etc.

Honneur à M. Bernard, qui a fait revivre la musique de Grétry en un temps où des opéras avec des éléments nouveaux de chœurs, d'orchestration et de décors, faisaient les délices du public parisien.

Grélry est incontestablement le musicien le plu:, populaire connu jusqu ici.

Peut on trouver un génie plus fécond, une activité plus ardente et une sensibiliié plus touchante que celle dont a fait preuve le grand compositeur Grélry traite en général avec un égal succès le pathétique et le comique. Sa musique est pleine d'esprit et de finesse, toujours mélûdieu.se.

Cette année (i) l'Opéra et le théâtre royal de lOpéra-Comique donnent les opéras suivants de (irétry : la Caravane, Zémir et Azor (donné aussi à \'QÀ(iQ\\),le Comte d'Albert. l'Ami de la maison (donné aussi à l'OJéon), l'Amant jaloux, le Tableau parlant, Richard (donné également à rOJéon), le Magnifmue, Anacréon chez Poh/crate, Sylvain (joué à l'Odéon), l'Amant jaloux, la Fausse Magie (à lOdéon), l'Epreuve villageoise là rOdéon), la Rosière de Salency.

On eut cette année trois scènes qui retentirent des belles mélodies de Grélry.

(i) Cette même année M"*Léontiie Fay. excellente actrice, chantait au thèitre de Nantes le rôle d'iSabelle du Tableau i.arlunt.

Couronnement du buste deG rétry au théâtre Feydeau,

le 28 mai 1828, à la repiésentation de la reprise

de » Guillaume Tell ». (i)

Cet opéra n'a plus été joué depuis bien longtemps.

Les paroles de Sedalne ont été revues p:ir M. Pélissier, et la musique dont quelques parties avaient vieilli, a été retouchée par Henri Berlon, professeur d'harmonie au Conservatoire, qui y a intercallé des morceaux d'autres 0|)éras de G rétry.

Le final du second acte a excité un véritable enthousiasme, et le public nombreux a demandé le busie de Grétry.

M. Berton avait eu soin d'élaguer de la partition les morceaux les moins remarquables et les a remplacés par des airs ou des duos pris dans Cépliale et Procris, EUsca, Aucassin et Nicolette, Callias, etc.

Cette pièce avait besoin de ce renfort, aussi le travail des deux arrangeurs, soutenu par la musique puissante de Grétry, a obtenu un succès

complet.

La scène de la pomme est excellente, le duo des deux factionnaires est d'un effet pittoresque ; celui que Guillaume Tell et sa femme chantent est d'un beau caractère ; l'andanie a paru long ;

On peut faire le même reproche à l'air de Meictal. Le chœur en action a été fort applaudi et le même mouvement des personnages a prêté son appui au compositeur, les ensembles multueux bien exécutés sont d'un effet certain.

On trouve dans le nouveau Guillaume Tell, un morceau à la manière de Rossiiii par Grétry lui-mèm^, c'est la marche d' EUsca.

J'ai déjà fait l'éloge de la chanson de Uoland que le vieux Meictal chante ; elle est d'une grande franchise. Le caractère ruslique et vigoureux que le compositeur lui a donné, justifie lunisson du refrain.

Le succès a été complet, et c'est un triomphe pour le nouveau système, les airs à roulades, et la finale avec tromboni, grosse cassa, piatti, qui ont réuni tous les suffrages.

L'acteur Lafeuillade a proclamé les noms des auteurs et des arrangeurs, et le buste de Grétry a été couronné au bruit des applaudissements.

Cette pièce faisait concurrence à l'Opéra, qui donnait à cette époque,

(i) Cet opéra fut joué le 9 avril 1791.

la Muette de Portici, Othello, la Vestale, la Somuabule, toutes pièces à grand spectacle. [Journal des Débats.)

Enfin Guillaume Tell, eut une vingtaine de représentations très suivies jusqu'au mois d'août IJepuis le 14 aoùl, l'ernielure du tliéàlre Feydeau, on abuidonna Guillaume Tell, p;)iii"repi'en Ire le :24 sepienibre \e 7\d)leau parlant ci \(i '^21 0(![oh[\', Zémire et .4-;o/' deux cliaraiants opér.is de Grétry Le 30 octobre suivant, journée glorieuse pour notre compatriote ; Zémire et Az-or, et le Tableau parlant. Le 5 décembre on reprit à l'Opéra, la Caravane.

Fêtes données à l'occasion de la remise à la ville de Liège du cœur de Grétry en l.si>S. (i)

La population Liégeoise attendait avec impatience l'arrivée des commissaires officiels.

Le dimanche 7 septembre i8:î8, à o heures précises, une députation de la régence et des députalions des sociélés d'Emulation et Grétry, etc , se rendaient au Quai d'Avroy, pour former le coriège. Une salve d'artillerie annonça l'cnlrée dans la commune des commissaires nommés pour recevoir à Paris le cœur de Grétry.

Une barque pavoisée de verdure et surmontée de drapeaux aux couleurs nationales les avait reçus à Huy, et les membres de la régence et de la Société dllarmonie de celle ville les accomjjagnaient. Même un grand nombre d'amateurs de musique et de notables de lluy ont pris part à la léte. Plusieurs aulres barques ornées de baiiderolles, de drapeaux voguaient sur la Meuse très calme ce jour, et bordée des deux rives de milliers de personnes.

(i) Le 15 février 18?8, la Société Grétry, île Liège, a célébré l'anniversaire de la naissance de Gréiry, dans une soirée musicale qui t.ur[)assait par l'éclat, de la réunion tout ce (ju'il y avait eu juscju'à ce jour déplus liiillant. Ap;è.s l'exéLaiiion de l'air national, M. l'avocat Gillet, l'un des membres de la commission, a fait connaître le nom des artistes que la société a jugés tligiies d'une disiinclion iiarticulière.

La manière brillante dont M"M. Henclionne, J. Massart, Decortis, Wanson, Reidlicti, \l. Massart et Loxhay ont exécuté divers solos, leur a mérité une mention particulière.

La société a fait en outre présent d'un cor à lM;issart et d'une tronipptte à Loxhiy.

La société a aussi accordé un archet an jeune Vieuxtenips. qui n'a piini paru, et 288 florins à Malniédy, actuellement à Naples, sur kHjuel on a reçu les ténioijj'uages les plus satisfaisaul^.

Au débarquement des commissnires, qui arrivent de Huy, ils sont complimentL's pnr réctieviu de la \ille de Lièi^e, et les conimissairos déposent ensuite l'urne contenant le cœur du célèbre compositeur sur le cliar desiiné à le recevoir.

L'n cortège nombreux se forme et un discours est prononcé sur la place Gréiry au nom de la Société Giéirij, par un de ses membres.

Les harmonies exécutent des morceaux extraits des œuvres du célèbre maître.

M. Rouveroy a prononcé un discours auquel M. de Sauvage a répondu.

Un arc de triomphe est dressé dans la rue des RécoUels, et la façade de la maison où naquit Grétry était pavoisée.

Après, le cortège se rend à l'hôtel de ville, et les commissaires portant le cœur de Grétry en font solennellement la remise au premier magistrat de la ville, entouré des autorités civiles et militaires.

Il y eut des discours des commissaires, de M. le Bourgmestre et de M. Renard-Collardin.

Après la signature du procès-verbal les élèves de l'école royale de musique exécutent différents morceaux.

Toutes les maisons où passait le cortège furent décorées, et le soir il y eut illumination générale.

Le lundi 8 septembre, à 5 heures et demie, spectacle gala avec la pièce de circonstance : Macédoine, en quatre changements à vue.

Illumination du théâtre et de l'hôtel de ville.

Le soir l'eu d'artifice Le troisième coup de feu représentait: Le temple de la gloire, dédié au souvenir de Grétry.

Mardi 9 septembre, à 6 heures, grand concert avec cantate de circonstance donné au théâtre et suivi de bal.

Le produit brut de ce concert est destiné à contribuer à l'érection du monument à Grétry Meyerbeer a souscrit pour 160 fr.

Les frais seront supportés par la ville C'est dans la séance du 22 août du Conseil Communal, présidée par leBourgmestre, chevalier de Mélottcd'Eiivoz, que ce programme a été voté.

La société Grétry informa la régence qu'elle donnerait également une fête musicale sur la place de spectacle, le dimanche 7 septembre.

Des morceaux de Weber. de Rossini, de Méluil et de Gréiry, y ont été exécutés par un orchestre de plus de 300 musiciens.

Une estrade immense avait été dressée. Il y avait un énorme transparent en forme de carré long Chaque face représentait une grande lyre de l'eu. Plus bas des deux cOtés étaient deux globes de feu, chacun de

six pieds de haut. Entre ces deux globes un transparent représentant des amours couronnant le l)uste de Grétry.

Sur le haut de l'estrade on avait placé le buste du compositeur.

En dehors de l'enceinte, occupée par plusieurs milliers de spectateurs, brillaient six pyramides de l'eu.

L'ensemble de cette vue était vraiment féerique.

Toute cette fête avait vraiment un caractère de jçrandeur et quelque chose de profondément senti.

Pendant la solennité, une harmonie composée de musiciens Liégeois et placée dans un bateau illuminé, faisait entendre des airs de Grétry, à ceux qui visitaient le quartier d'Outre-Meuse.

M. Frémolle, publia un opuscule en vers et en prose, intitulé : Hommage aux Mânes de Grétry, au moment de la restitution du cœur de ce grand homme, orné de son portrait, saisi à Vépoque où il fut décoré par l'empereur (1804). Liège, chez Versé. Le portrait sortait des presses de la cour.

Programme du concert donné au théâtre, le 9 septembre : 1. Ouverture de laCaravane. 2. Concertino pour clarinette par Kommer, exécuté par J. P. iMassart, i)roresseur à lécole royale. 3. Duo de Guillaume Tell, de Grétry, chanté par M"^ ***, amateur, et Henrard, professeur à l'école royale. 4. Air varié de De Bériol, exécuté par le jeune F. Prume. o. Cantate en l'honneur de Grétry, musique de Daussoignc-Méhul, directeur de l'école royale, paroles de Lafontaine, directeur du théâtre. — 2'''^ partie : 1. Ouverture nouvelle de Jaspar. 2 Trio de r Amant jaloux, chanté par M"'''***, amateurs. 3. Concerto de flûte, composé et exécuté par Henchenne, professeur à l'école royale. 4. Air du Siège de Corinthe, de Rossini, chanté par M"" *", amateur. 5. Marche d'.4//«(?, varice pour le violon par Mayseder, exécutée par Delaveux, amateur. 6. Prière de Moïse, de Rossini.

Le même jour la société Sainte-Cécile et l'harmonie de Huy, ont exécuté divers morceaux sur la Meuse, avec le talent qui les distingue.

Le concert était dirigé par 3L Ferdinand, chef-d'orchestre du théâtre.

Pendant les fêtes des listes de souscription ont circulé i)Our le monument que l'on se proposait d'élever à Grétry. En un instant elles ont été couvertes de signatures.

La Société Grétry vota à l'unanimité la somme de 600 florins, et dans la même séance du 24 septembre elle nomma Meyerbeer membre honoraire.

Une médaille, destinée à perpétuer cet événement mémorable, a été frappée.

Voici plusieurs fragments des discours prononcés' à ces fêtes, pa MM. de Gei'lache, Cli. Koi^icr el Rciiard-Collanliii, do la Sociélé Grétry.

« En vous laisant la remise du cœur de (irétry(i), nous accomplissons le dernier acte de Tlionorahle mission que vous nous aviez conliée, et le dernier vœu de noire illustre compatriote. Au milieu des sentiments profonds et unanimes qu'inspire à tout un peuple une cérémonie si grave et si touchante, tandis que le nom, la musique de Grétry et les souvenirs de sa vie retentissent au fond de tous les cœurs, il nous conviendrait peut-être de garder le silence pour ne point affaiblir de semblables émotions

» En effet, on regrette un homme de génie, et on ne l'admire jamais tant que lorsqu'il n'est pins; mais il est bien difficile d'en parler dignement. Toutefois il se môle aux regrets de sa perte, je ne sais quoi de consolant et d'élevé; nous sentons qu il n'est point mort tout entier et que son àme respire toujours dans ses ouvrages. Combien ce sentiment à la lois triste et doux, n'a-t-il pas plus de charme encore, quand nous croyons avoir en quelque sorte droit de nous associer à sa gloire !

» Grétry n'a guère travaillé que pour la scène, il est vrai, mais quel autre le devança dans cette carrière? Souvent, il enfonça la parole plus avant dans les cœurs par ses accents, que n'aurait pu le faire la plus sublime poésie! Quel artiste eut un cachet de vérité et de simplicité plus spirituel et i)lus original?

» En est-il dont les ouvrages tiennent tant de place dans l'histoire de la musique! Grétry fut enfin Thomme de son siècle autant qu'un musicien peut l'être? »

Après ce discours, M. le Bourgmestre applaudit de voir sous sa magistrature les droits de la ville de Liège triompher de l'arbitraire ministriel, et a présenté les honneurs publics rendus à la mémoire de Grétry.

Les élèves de l'école royale, vêtues de blanc, sont venues déposer au pied du socle destiné à recevoir Furne funéraire, des couronnes de lauriers.

Voici le discours adressé, au nom de la Société d'Emulation, par M. Ch. Rogier, son secrétaire adjoint, à MM. de Gerlache et de Sauvage, commissaires députés, au moment de leur arrivée sur le territoire de la commune, le 7 septembre.

« Quand tout ce qui porte une àme sensible à la puissance des arts,

(I) Il résulre des procès-verbnux aull\entiques réunis sons les yeux de la régence, que le cœur de Grétry, déposé dans cette urne, est identiquement le même qui a été «xtrait, embaumé et renfermé dans une boîte en plomb par le docteur Souberbielle.

à la gloire de la patrie, se réunit pour célébrer la présence an milieu de nous des restes du grand artiste qui lut notre compatriote, les membres de la Société dEmulation n'ont pu demeurer spectateurs muets de si éclatants et unanimes hommages.

» Nous aussi, Messieurs, nous avons éprouvé le besoin de venir exprimer publiquement et ces sentiments d'une pieuse admiraiion que commande la présence d'une grande gloire, et ces joies viriles dont pénètre les âmes la réparation d'une longue et puissante iniquité.

» Ce sont de tels sentiments. Messieurs, vous n'en pouvez douter, qui dominent cette immensité de citoyens accourus de toutes parts sur vos pas, pour assister à ce triomphe du Génie et de la Justice.

» A mesure que vous poursuivrez votre route, promenez les regards autour de vous, et vous verrez de quels hommages, libre enlin des entraves qu'une main jalouse et flétrissante avait imposées à sa reconnaissance, de quels transports d'admir;ition Liège sait entourer les talents édos dans son sein. Vous verrez et vous direz à ces calomniateurs avec quel empressement, par quelles marques éclatantes de respect et d'allégresse elle a répondu au vœu de celui, qui, tout comblé de gloire, conserva toujours pour elle, jusqu'à son dernier soupir, un souvenir d'amour et de regret. »

C'est M. Renard-Collardin nui, au nom de la Société Gréfry, prononça un discours, dans lequel il a félicité la ville, et il a heureusement rappelé plusieurs traits et plusieurs mots touchants de Grétry, qui peignent la vive affection et le tendre respect que ce grand artiste portait à sa ville natale.

Discours prononcé sur la place Grétry, par M. Renard-Collardin.

« Le grand homme qui naquit parmi vous eût voulu y mourir, mais la mort le surprit sur une terre étrangère.

» Sa dernière pensée l'ut de rendre à sa patrie, un cœur qui, de tous temps I.J devait appartenir. Le legs précieu.\ d'une si haute conscience devait commander, sans doute, le respect et l'obéissance à des collatérau.x devenus par les bontés de leur bienfaiteur ses enfants adoptifs et qui, jusque là. s'étaient lait un titre de leur soumission et de leur fidélité.

» Quinze ans ont sulli à |)eine pour vaincre leur aveugle opposition, et la postérité ne croira pas tout ce que dans cette lutte déplorable, ils imiginèrent d'impostures et ourdirent d'intrigues pour paralyser l'élan national, pour repousser nos patriotiques efforts.

» Aussi des arrêts solennels, en proclamant nos droits, ont-ils à jamais (Ic'tri ces inliiïires manœuvres.

» Tous les obsiacles ont été applanis, tontes les diiricultés vaincues et la patrie n'a plus à gémir sur une tombe vide et muette; le cœur du plus cher de ses enfants lui est rendu.

» Mais, Messieurs, la mort ne lâche point sa proie. Ce que la tombe nous rcslilue, nous allons être oblit,^é de le lui rendre !

» Nos annales ont perpétué le souvenir de l'accueil enivrant que retrouva Grélry dans sa ville nutale. Ce n'était pins un faible entant dont elle avait encourai^é les heureuses disfiositions, protéi!:é les i)remiers pas; qu'elle avait acconipaii,iié de ses vœux et de sa sollicitude sur la terr;^ classique des beaux-arts.

» Celait le fondateur dune nouvelle ère musicale, le créateur d'une école nouvelle dont les universels succès assuraient la durée. C était un homme que l'Iùimpe saluait du nom de Grand et dont vingt-dcu.x triomi)hes avait déjà révélé le génie.

» Ecou'ez les paroles de la reconnaissance qui échappèrent h Grétry, après la solennité de la place Grétry en 1811 : « La place qui porte mon nom rend ma mémoire impérissable dans la ville oiijesiiis né. Je voudrais qu'u}i jour mon cœur ij fut porté »

» Ses vœux sont accomplis Vous revoyez. Messieurs, ce cœurce qu'il y eu! de plus noble, de plus digne, que dis-je, vous revoyez Grétry luimême, car chez lui le cœur était tout rhomme et son génie puisa ses inspirations <à cette source pnre.

» Chantre heureux de Lî/c//t% de Richard, da Sylvain! accueille dans ton immnrtililé les acclamations, les vœux, dont tout un peuple accompagne tes restes; que ton ombre, sensible encore aux accents de la patrie, planant sur ce berceau modeste, où tu rêvais la gloire avant qu'elle devint ta compagne inséparable, reconnaisse dans les soins pieux que nous donnons à ta cendre, la tendre sollicitude qui environne ta jeunesse. »

Vers composés pour les fêtes du cœur de Grétry.

Cantate de M. Lafontaine.

Quel est donc co héros, co mortel adoré, Qui liaiiic sur si's j)a.s tout un peuple enivré? Grctrij n'est plus, liéla.s ! .aais son âme attendrie Renaît pour respirer l'encens de la patrie ;

Nos cris ont retenti dans son cœur consolé. Du génie et du temps l'ouvrage se consomme Tous les cœurs sont heureux des Iionneurs d'un grand homme, Saluons par nos chants ses mânes radieux Que la nature entière à sa perte attentive Lui consacrent de longs adieux.

Du Danube et des bords du Tage,

Qui se partageaient la faveur,

Euterpe, un jour désertant le rivage

Tourne vers nous son vol consolateur.

Et couvrit son front jeune encore

D'un laurier qui manquait à tes lauriers nombreux.

Des palmes qu'il a moissonnées, L'ombrage est descendu sur nous.

Bientôt de la Fausse Magie Développant tous les secrets, Delà poétique énergie, Il sut animer ses portraits.

Voici l'opinion du journal : Mathieu Laensbergh, sur la musique de cette cantate :

« M. Daussoigne s'est relevé hier avec éclat h ses nouveaux compatriotes, et chacun a pu juger de quelle précieuse acqui>ition Liège s'est enrichi. De la grâce sans afféterie, de la force sans fracas, de loriginalité, de la chaleur, des chants délicieusement nuancés, d'heureu.x contrastes, produit de savantes combinaisons adroitement déguisées, enfin des effets d'orchestre pleins de vie et d'originalité, telles sont les qualités que nous ont lait ressorlir nos premières impressions dans ce beau travail auquel le public n'a cru pouvoir dans son propre intérêt, faire un meilleur accueil, qu'en le demandant une seconde fois. »

Un hasard avait amené à cette fête musicale le célèbre Meyerbeer. Aussitôt que sa présence dans la salle eût été connue, on s'empressa de rendre à l'éminent artiste l'hommnge que comportait la circonstance, et l'orchestre exécuta d'une manière magistrale l'ouverture si vive et si chantante de la Fausse Agnès.

RIeyorbeer, très sensible à cette marque d'attention, chargea l'un des commissaires d'adresser aux musiciens ses félicitations, et s'empressa un des premiers à souscrire pour le monument à ériger à Grélry.

Stances sur Vinavguratwn triomphale du cœur de Grétry dans sa patrie, par M....e, musique de M. Lefebore, de Liage.

Du grand homme qui nous honore Arrive, ô gage pt-écieux!

Cœur cliéi-i, sois pour nous raurore De ce jour à jamais gloi-ieux.

Du legs touchant de la tendresse On se croyait deshérité ; Mais tu parais et l'allégresse Retentit dans notre cité.

Pour ton pays, ta noble flamme Grétry brilla jusqu'au tombeau, Le dernier élan de ton âme A ton amour a mis le sceau.

Au sein d'une terre étrangère, Dans tout l'éclat de sa splendeur, Liège, tu lui fus toujours chère, Tu ne quittas jamais son cœur.

Liégeois apportez vos offrandes De lauriers parez son autel, Venez entourer de guirlandes, Les restes d'un fils immortel.

Auprès de son urne chérie Inspirez-vous de ses accens, Et comme lui de la patrie Devenez d'illustres enfants, (i)

Le conseil de régence de la ville de Liège, en date du 13 novembre 1828, voulant récompen.ser M. Daussoigne pour sa belle cantate justement applaudie, et pour rintérèt qu'il porie à la ville qui l'a appelé à la direction de son école de musique, arrête ce qui suit :

« Il sera ofTert à M. Daussoigne, au nom de la ville de Liège, une tabatière d'oraux armes de la ville avec une légende, comme souvenir de la cantate qu'il a composée à l'occasion des l'êtes données h Liège, lors de l'arrivée du cœur de Grétry »

Le 24 janvier 1829, celte labaiière a été remise à M. Daussoigne en séance du collège des Bourgmestre et Eclievins de la ville.

(i) Nous devons toutes ces pièces A l'obligeance de M. Ern. Melotte, de liège.

M. Heinieqiiin, avocat à la cour royal de Paris, qui plaida avec taiil de lalenl la cause de la ville, reçut un vase magnifique, chet-d'œuvre de l'art.

Dans une lettre ailressée aux Magisîrats de la ville, et datée du 4 janvier 18^9, l'avocat distingué remercie la ville de cette marque si flateuse.

P'ête populaire en Inonnenr de Grétry, à Liège.

Le 11 février 1841, jour de l'aniversaire de la nnis.sance de Grétry, à défaut d hommage oflkiel de la ville, les liabiiants du quartier d'Outre- Meuse s'é'aient réunis jiour lèter la mémoire de l'illustre maître Liégeois. La maison natale de Gréiry était illuminée, un transparent représentant une Ivre rmaU la façade.

Au dessus de cette lyre on lisait le nom de Gréiry, entouré d'une couronne de laur:ers, plus ba.? :

j\é le 11 jéviier 1741 Au dessus on avait tracé ces mots :

Ton nom se transmettra de sièle en siècle.

YcTs 10 heures du soir, la Société û^Orphée, que dirigeait iM. Brassine i\\ a chanté différents chœurs de Grétry en face de cette modeste habitation

L orciiestre du théâtre royal s'est spontanément réuni à cette manifestation populaire, el exécuta soigneusement plusieurs morceaux du compositeur.

L'harmonie militaire, dirigée par Loxhay, fit entendre quelques morceaux choisis de son répertoire

Un bal pour finir a été organisé au Calé Gréiry, où un transparent ornait également la façade.

Cette fête avait mis tout le quartier sur pied et tout le monde a gardé un agréable souvenir de cette solennité populaire.

Il; Îùigèni^-Isiilore Biv.ssioe. professeui- au Conservatoire, né à Liège, le 31 mai 1>1J. y (Jécé.lo. au mois de juin 1857.

Opinion du conventionnel Barèrc sur le célèbre compositeur liégeois, (i)

C'est un des plus aimables et des plus spirituels compositeurs dont la France slioiiore; il est parvenu à déguiser par une musique pleine de mélodie, de grâce et de vérité, la négligence des vers de Selaine et la sécheresse des vers de Marmontel. Quelques mauvais poètes en ont conclu que les bons vers n'étaient pas favorables à la musi(|ue et qu'un composiieur devait préférer la prose rimée de Richard Cœuv-de-Lwn et de Zémire et Azov à la sublime harmonie qu'on admire dans les chœurs d'Est/ier et d'Athalie. Pleins de cette idée favorable à la médiocrité, plusieurs de nos auteurs d'opéra l'ont exploitée à leur profit, et leurs ouvrages sont exclusivement écrits d'apiès cette maxime du satirique Figaro : Ce qui ne vaut la peine d'être dit on le chante.. Mais plusieurs grands exemples détruisent cette erreur trop ridicule pour se soutenir. Grélry dit à ce sujet dans ses Efisais sur la musique : Je voudrais, pour que le musicien obtint une pleine satisfaction de ses travaux, que les paroles destinées à la musique fussent toujours soignées; si les paroles sont mauvaises, dit-on, faites-les mettre en musique, on les trouvera bonnes; je dis le contraire, on les trouvera détestables. Le langage musical a un accent plus fort qne celui de la déclamation ordinaire. 11 est donc clair que plus vous déclamez, plus vous accentuez, plus vous faites sentir la platitude des vers. Est-ce que tous les compositeurs de ritalie ne se sont pas exercés sur les poèmes de Métastasio, qui tient avec raison chez les Italiens le premier rang parmi les lyriques dramatiques, et tous n'ont ils pas dii aux charmes de sa poésie leurs succès et leurs plus heureuses inspirations? Sans l'influence de la cour orgueilleuse de Louis XIV, où tout devenait froid et guindé à force de vouloir paraître grand, sans les conseils et même les ordres de l'Italien Lully, Quinault, tont courtisan qu'il était, se fût livré davantage aux inspirations de son génie, et n'eût point traité l'amour en madrigaux, ni débité les froides maximes qui ont échauffé la bile et l'injustice de Boileau. iMais, quoi qu'en ait dit le sévère et humoriste législateur du Parnasse français, le poète qui a fait Athys et Arniide n'en est pas moins resté un de nos premiers lyriques, et plusieurs morceaux de ses opéras

(i) Mémoires du co7iventio)inel B. Barére, par H, Caruot et David d'Angers. Paris, J. Labitte, 1842.

sont cités par l'exclusif La Harpe comme des modèles h suivre. Gluck et Piccini adrairaieni certainement les vers de Quinault ; mais heureusement ils ne les ont pas trouvés trop beaux pour leur musique. Parmi les partitions que nos deux théâtres lyriques peuvent opposer aux compositions étrangères, on placera toujours en première ligne celles de Didon^ ô'OEilipe à Colonne, ùlpliigénie eu Tauride, de la Vestale, de Stmtonise et ù'Euphrosine. Ainsi les bons vers de Marmontel, de Guillard, d'Hoffmann, de Jouy. n'ont pas empêché Piccini, Sacchini, Gluck, Grétry et Méhul de produire des chants admirés et admirables.... L'élévation des pensées, l'harmonie du style, des vers élégants et corrects, loin (le gêner le musicien, l'inspirent ; tandis que des pensées communes, des vers prosaïques, refroidissent son génie II n'y a que les mauvais poêles que soient partisans des mauvais vers.

En perfectionnant l'opéra comique, Grétry a crée ce genre. L'Ami de la maison, Sylvain, l'Amant jaloux, le Tableau parlant. Zémire et Azor, sont des chefs-d'œuvre ; les novateurs n'ont rien fait de mieux, et ceux qui veulent du perfectionnement aujourd'hui auront raison d'imiter Grétry dans tout ce qu'il y a d'admirable dans ses compositions, c'est àdire la grâce, le naturel et l'expression dramatique. Grétry n'a pas sans doute tout fait ; mais en cherchant à faire mieux que lui sous certains rapports, il ne faut pas défaire ce qu'il a fait de bien sous plusieurs autres. On peut améliorer ses accompagnements et le surpasser quant à l'harmonie, mais dans la mélodie on sera toujours très-heureux de s'en rapprocher. H ne faut pas surtout mettre, comme le disait Grétry, la statue dans l'orchestre et le piédestal sur le théâtre, il n*:' faut pas oublier de laire chanter sur la scène, ni transformer la voix en serinette... Il est possible, d'après l'exemple donné par Rossini, qu'il s'opère une sorte de révolution dans les formes de la musique, dans les ornements de luxe, qui sont toujours soumis aux caprices de la mode : la gamme descendante pourra remplacer la cadence parlée, mais ce qui est naturel, expressif, ne changera jamais ; les spectateurs de tous les temi)s. quelle que soit la différence des accompagnements et de la partie harmonique, seront toujours charmés par des accents purs et vrais, par une méloJie locale et naturelle. Grétry a des chants ravissants que l'on redit partout et qui servent de paroles poétiques dans plusieurs ballets d'action.

Grétry. comme compositeur, doit autant à son esprit philosophique qu'à son talent musical. Si le musicien le plus parfait est celui qui dessine le mieux ses personnages; qui, dans le dialogue, est le plus naturel et le plus comique; qui, dans le récit, a le plus de finesse et de retenue ou

démesure; qui déclame comme les passions selon leurs nuances et leurs pensées; enfin, si la musique est un calcul in^çénieux, une composition spirituelle, Gréiry est le premier des musiciens.

Popularité de la musique de Grétry.

Aucun biographe n'a fait un travail sur la popularité de la musique de notre compatriote. Il n'y a pas d'exemples dans les annales du théâtre de cette vogue soutenue depuis 1708 jusqu'en 1823, malgré l'apparition des opéras de Nicolo (Isouard), de Piccinni, de Cherubini, de Méhul, de Monsigny, de Boieldieu et autres, qui opérèrent une révolution radicale dans la musique.

Pour donner une idée exacte de cette popularité, nous avons fait des recherches minutieuses et d'après des documents officiels nous sommes en mesure de dresser la nomenclature des opéras joués pendant une partie de la glorieuse carrière de notre compatriote.

1784. — 3 janvier. La Rosière de Saleiicy et V Amant jaloux. — 4. Les deux Avares — 5. La Fausse Magie. — 14 Le Huron.

C'est le premier opéra de Grétry, représenté à Paris, le 20 août 1768.

18 janvier. 2'"^ représentation de : ta Caravane, en 3 actes, à l'Académie de musique.

La première eut lieu le 30 octobre 1783.

La seconde représentation n'eut pas moins de succès que la première. Cette j)ièce, où Grétry a donné des preuves si multiples du plus grand talent, présente les tableaux les plus variés et les fêtes les plus agréables. L'air: Ah! si pour la patrie ! est regardé conmie le meilleur air de basse taille qui soit sorti de la plume de Grétry.

(i) La popularité de sa musique n'existait pas seulement à Paris ou en province, mais dans d'autres pays, autant pour la représentation de ses œuvres que pour la publication de ses compositions.

Richard- Cœur-de- Lion fut publié à Berlin. J. A. Hitler publia la musique de Zémire et Azor.

Dans de centaines de recueils et de Journaux périodiques de musique à Paris, â La Haye, à Bruxelles, à Amsterdam, etc.. nous voyons figurer des airs déiacliés des opéras de Grétry, et dans les salons et les cercles particuliers, la musique de notre compatriote eut partout un immense succès. Dans notre jeunesse encore sa musique se chantait dans nos réunions musicales et dans les concerts.

Bignon, à Paris, (à l'accord parfait), S. Markordt et sa veuve, à Amsterdam, publièrent des recueils à petit format et à bon marché, qui se repaudirent dans toutes les familles jusqu'au fond de la campiae.

M. Larrivée s'y fit applaudir.

22 janvier. La Fausse Magie. — 23. S""^ représ, de la Caravane. Foule et £?rand surcès. — 27. 4'"" représentation de la Caravane.

Ce jour on donne au Théâtre Italien :

1'"'^ représentation du Marchand d'Esclaves, en 2 actes, parodie de la Caravane.

31 janvier. Lucile, en 4 acte.

1 février, o"'" représentation de : la Caravane. — 3. 6"® représentation de cet opéra. — 6. 7"'^ représentation de cette pièce et 4'"'' représ, de la parodie : le Marchand d'Esclaves. — 8. Le Tableau parlant. — 9. Les Evénements imprévus. — 12. 8'"" représentation de la Caravane elles deux .ivares. Deux opéras la même soirée — 17 9'"^ représ, de la Caravane. Toujours cjrande afïliience. — 18. La Rosière de Salency.

— 19. 10'"" représentation de : la Caravane. — 22. li"'« représ de cette pièce. — 23 La Fausse Magie et rAmant jaloux. Deux opéras le même soir — 24. 12""' représentation de : la Caravane.

On annonce dans les journau.v pour le 10 mars, la publication de la partition.

L'autenr est assommé de demandes.

25 février. Sylvain. — 27. Le Jugement de Midas. — 29. 13'"« représentation de : la Caravane.

M'"' Casteinau a débuté dans le rôle de Zelmire de cette opéra. Sa voi.x paraît sonore, fle.xible et étendue.

3 mars. Les deux Avares — 4. 14'"® représentation de : la Caravane.

— 5 et 6. Les Evénements imprévus. — 9. lo'"® représentation de : la Caravane. — 11. Le Tableau parlant. — 14. IQ'"'' représentation de : la Caravane. — 15. V Amant jaloux. — 17. Zémire et Azor. — 18. 17'"^ représentation de : la Caravane.

Le 18 mars on représenta pour la première fois à la Comédie-Italienne: Théodore et Paulin, en 3 actes, paroles de Desforges.

Comme cet opéra fut reçu avec une grande froideur, Grétry s'opposa à une seconde représentation. Il fut remis au théâtre sous le titre de VEpreuve villageoise, et fortement acclamé.

On remarqua princi[)alement l'ouverture élégante de forme, les couplets Bon Dieu, bon Dien ! et un quatuor très entraînant.

19 mars. 18"'^ représentation de : la Caravane. ■ - 20. La Rosière de Salency. — 21. Il"-® représentation de la parodie de la Caravane, au Th. Ital. — 22 La Fausse Magie. = 23. 20™® rep. de : la Caravane.

— 24. Les Evénements imprévus. — 37. 21'"® représentation de : la Caravane.

Relâche à l'occasion de la fête de Pâques. Il y a beaucoup de Concerts Spirituels à celte époque.

'2[ -dw-'û La Bosière de Saleucy. —^îl. (jeudi). 22"'^ représentation de : la Caravane. —25 (dimanche). 23'"^ représentation de : la Caravane et la Fausse Magie. — 26. Sylvain et V Amant jaloux. —29. 24"* représentât ion de : la Caravane.

3 mai Les Evénements imprévus. — o. Le Magnifique. — 6. 20""" représentation de : la Caravane. - 9. 26'"« représentation de cette pièce. La Fausse Magie et l'Amant jaloux Trois opéras la même soirée. — iO. Le lluron. — 43. 27'"« représentation de : la Caravane. — 15. Sylvain — 17 La Fausse Magie. — 19. La Rosière de Salency. — 23. luclle, opéra où se trouve la fameux quatuor. — 26. Le Tableau parlant. — 29. Aucassin et ISicolette.

2 juin. Aucassin et ISicolette Lucile. — 5. La Fausse Magie et les Evénements imprévus. - 6. Zémire et Azor. — 13. 28""' représentation de la Caravane du Caire (par ordre). — 19. Le Tableau parlant et l'Amant jaloux. — 22. Lucile et l'Ami de la maison. — 24. 12'"'' représentation de VEpreuve villageoise.

Le public avait demandé les auteurs. La mu.^que est très belle et la foule fait répéter le morceau : Mon cher André l

25 juin. 29""^ représentation de la Caravane. — 26, 27 et 30. L'Epreuve villageoise.

^]m\\e\. L'Epreuve villageoise eW Ami de la 7naison. — 1. Id. et la Fausse Magie. — 10 Id. — 14. Id. et la Rosière de Salency. — 18, 25 et 29. L'Epreuve villageoise. — 19. Les Evénements imprévus. — '^l. Lucile. — 22. Le jugement de M idas. — 24. Sylvain. — 26. L'Amant jaloux. — 28 Aucassin et ISicolette.

\^' août. La Fausse Mxgie. Cet opéra avec ses mélodies fraîches et abondantes, attire toujours beaucoup de monde. — 2 et 12. L'Epreuve villageoise. — 8. Le Tableau partant. — 18. Le jugement de Midas et l'Epreuve villageoise. 11 est arrivé souvent qu'on représente le n ème jour trois opéras de Grétry. — 19. Aucassin et ISicolette et Sylvain. — 21. Les deux Avares et les Evénenwds imprévus — 22 et 28. L'Epreuve villageoise. —23. Le Tableau parlant. — 24. Par ordre : La Caravane du Caire, à l'Opéra. — 25. La Rosière de Salency. — 29. La Caravane. Cette pièce à grand spectacle, offre beaucoup de variété, et fut toujours bien reçu à l'Opéra ; il y a eu des reprises nombreuses et cet opéra fut représenté à la Cour, le 30 octobre 1783. 11 y a des ballets d'une grande originalité.

l*"" septembre. L'Epreuve villageoise.

Cet opéra a été publié par Colombier, et arrangé par Vauthrot, en partition pour chant et piano.

2 septembre. L'/l7ua»ija/oua;. — ^. Zémire et Azov et la Fausse Magie — 6 et 13 LEpreuve villageoise. — 9. Aucassin et Nicolette.

— 14 et 23. La Caravane. — 16. L'Epreuve villageoise et la Rosière de Salency. — 18. [d. et le Magnifique — 20. Les Evénements imprévus. — 23. VEpreuve villageoise et Sylvain. -- 26. Les deux Avares et le jugement de Midas. — 29. Lucile et Zémire et Azor.

Cette représentation si intéressante, attire la foule. Le célèbre quatuor, où peut-on être mieux, est bissé. Tout Paris fredonne cet air si naïf et si touchant.

2 octobre. VAmi de la maison. — 4, 6 et 13. U Epreuve villageoise.

— 5, 10 et 17. La Caravane. — 14. Les deux Avares et le jugement de Midas. — 16. Le jugement de Midas. — 18. Aucassin et JSicolette.

— 20. La Rosière de Salency et l'Epreuve villageoise. — 21. 1'"'= représentation-gala de Richard-Cœur-de-Lion, comédie nouvelle avec ariettes en 3 actes.

C'est un des grands succès de rOpéra-Comique. Applaudissements frénétiques. Un journal de Paris publie la romance chantée par M"® Rosalie : La danse n'est pas ce que j'aime.

26 et 31 octobre. La Caravane. — 27. L'Epreuve villageoise.

La 2""' représentation de Richard était annoncée pour le 23, mais elle n'a lieu que le 30 octobre.

Cet opéra à grand spectacle, danses et évolutions militaires, fait les délices des habitués de l'Opéra. On l'annonce dans le programme avec beaucoup de décorum.

3 et 6 novembre. 3""' et 4"^^ représentations de Richard. — 8. L'Epreuve villageoise et 5™^ représentation de Richard. — 9. La Caravane.

— 10. 6'^" représentation de Richard. — 11. Le Tableau parlant et VEpreuve villageoise. — 13. 7""^ représentation de Richard. — 14. La Caravane et l'Epreuve villageoise. — 15. 8'"'' représentation de Richard.

— 17. VEpreuve villageoise. — 18 L'Amont jaloux.

Mad Trial, après une longue et douloureuse maladie, a paru dans le rôle d'Eléonore de cet opéra, et y est très acclamée.

20 novembre. 9"'« représentation de Richard — 23. La Caravane et \Qme représentation de Richard. — 25. Sylvain. — 27. La Fausse Magie et V Amant jaloux.

\' décembre. 13"'« représentation de Richard.

Le jour des 1 1™^ et 12'"^ représentations manque.

2 décembre. VEpreuve villageoise. — 6. 14'"® représentation de

Richard. — 9- Spcclacle dcinandc. Liirile — 12. L'Epreuve villageoise.

Cet opéra, avec ses formes mélodiques si po!)ijlaircs, soutient sa vogue pendant tout l'hiver.

13 décembre. 15=''" représentation de Richard. — 19. Sylvain.

1785. 2 janvier. L'Epreuve villageoise. — 3. 16'"° représentation de Richard. — ï). L'Amant jaloux. — 6, 7 et 16. La Caravane. — 10. Les deux Aoares. — 13. Le jugement de Midas. — 15. L'Eireuve villageoise. — 19 Sgloain et le jugement de Midas.

M"^ Renaldi, obtient du succès dans le rôle de Lise de cette pièce. Sa voix est jolie, et elle montre de très bonnes dispositions pour le chant.

22 janvier. L' Epreuve villageoise. — 23. Le Tableau parlant. — 25. Panurge dans l'ile des Lanternes, Qn ^ ixciQs el en vers, l""^ représentation et un des grands succès du chanteur Laïs.

Cet opéra, plutôt bouffon, eut 24 représentations. La 24'"'^ a eut lieu le 12 juin 1785.

Saint-Huberti, la célèbre cantatrice, y lut tiès applaudie. Un ballet en assura le succès. iM"^^ Langlois et Saulnier s'y firent remarquer.

27 janvier. Aiicassin et Nicolette et l'Amant jaloux. — 28. 2"^" rep. de Panurge. — 29. L'Epreuve villageoise. — 30. 3'"*' rep de Panurge.

l"" février. 4™« représentation de Panurge — 4. 5'"^^ Id. et l'Ami de la maison. — 6. 6"'« Id. et le Magnifique. — 7. Sylvain et te jugement de Midas. — 8. 7'""^ représentation de Panurge. — 9. L'Epreuve villageoise. — 10. Aucassin et Mcolette. — 11. 8'"" représent de Panurge.

— 13. L'Epreuve villageoise. — 15. 9'^° représentation de Panurge.

— 16. 17"-^ représentation de : Richard. — 17. La Caravane. — 19. Le Magnifique ai le jugement de Midas. — 20, 22 et 25. 10""', ll"'«et j2me représentations de : Panurge. — 21 et 26 18'"° et 19""^ représentations de : Richard. — 23. La Rosière de Salency. — 24. La Caravane, l'Epreuve villageoise et l'Amant jaloux. Trois opéras de Grétry ce jour. — 27. 13'"^ représentation de : Panurge ei l'Ami de la maison. — 28. Aucassin et Nicolette.

2 et 7 mars. 20'"'' et 21'"" représentations de : liichanl. — 3. La Caravane. — 5. L'Ami de la maison — 6 et 8. 14'"" et 15'"® représentations de : Panurge. — 9. Les Evénements imprévus. ■ - 10. 16""' représ. de : Panurge. 22'"" représentation de : liichanl.

Journée glorieuse pour notre compatriote. Le public se porte e.i foule à l'Opéra et à l'Opéra-Comique, pour admirer la belle iiiu.>i(|ue de (irétry.

11 y a toujours grand enthousiasme dans les deu.K théâtres.

12 mars. 23'"" rcpréseutation de : liichard,

o, 8 et 13 avril. 17'"". IS"'" 19'"'-' représentations de : Panurge. — 7 et 9. 24"'^ el !2o""" représentulions de : Richard. — 10. Les Evénements imprévus. — 13. Sylvain. — 14. Zémire et Azor et VEpreuve villageoise. — 17. 20'"® représentation de : Panurge et la Rosière de Saleney.

— 18. Zémire et Azor et les deux Avares. — 23. L'ami de la maison et la Fausse }Jagie. — 24. Lucile. — 26. 21'"'" rerprés. de : Panurge. — 28. La Caravane.

L'airiche l'annonce pour la dernière fois.

!'■ mai Le Tableau parlant. — 2. 26'"« représentation de : Richard.

— 7. Sijlvain - 9. La Fausse Magie. Début de M"<= Renaut dans le rôle de Lucelte — 10. 21""' représentation de : Panurge. — 11. La Fausse Magie el l'Amant jaloux — 1-2. L\i mi de la maison. — 16. L'Amant Jaloux, avec début de M"'^ Renaut. — 22 Id. — 23. Le Tableau partant, avec M"® Renaut. — 24 22"'® représentation de : Panurge. Celte pièce à grand spectacle attire beaucouj) de monde. — 2o. 27"'® représentation de : Panurge et Lucile. — 28. L'Epreuve villageoise.

'[" juin. La Fausse Magie. — 2. 28'"® représctation de : Richard. — 5. Aucassin et Nicolette. — 7. 23'"® représentation de : Panurge. — 8. Zémire et Azor. — 12. 24'"® représ, de : Panurge 29'"® rep. de: liichard.

Belle soirée pour Grétry, qui assistait ordinairement dans une loge dérobée au.\ représentations.

13 juin. Zémire et Azor. — 15. Sylvain et la Fausse Magie. — 18. Les deux Avares. — 20. Les Evénements imprévus. — 22 et 29. L'Epreuve villageoise. — 23. Lucile. — 26. L'Amant jaloux. — 30. Sylvain et la Fausse Magie.

2 juillet. Sylvain et Aucassin et Aicolette. — 3 Le Huron. en 1 acte.

Cette repiise fut très favorable. Gréîry avait commencé sa brillante renommée par celte pièce. Josepb Caillot, cbanteur célèbre, y lit briller sa belle voi.K. C'est lui aussi qui créa les rôles dans Lucile et Sylvain.

î) juillet. Coiinette à la Cour, l""' représentation à TOpéra. — 6. Zémire et Azor. — 8. 2'"" représentation de : Coiinette à la Cour et le Huron. — 9. 30'"® représentation de: Richard — 10. 3'"® représ de: Coiinette à la Cour el l'Epreuve villageoise. — 14 et 21. La Fausse Magie. — 15 el 24. 4'"® el 5"'® représentations de : Culinette à la Cour.

Cet opéra est très goiiié du public.

!'■ août 31""' rcpréseutalion de : Richard.— 4. 4""'® représentation de : Coiinette à la Cour. — 6. VEpreuve villageoise. — 8. Lucile.

10 et 20 août. Les Evénements imprévus. — 11 el 24. Zémire et Azor.

— 13. La Rosière de Salency. — 14, 21 et 28 7'"® 8"® et 9"'® représentation de : Cijli}u-Ue à la Cour — 21. L'Ami delà maison. — 22.

— oov —

Aucas^iiu et iS'icoh'Itc. — 23. La /w///,s.s<' Mdijie. — 27. o3'"" ropréscntalion de : Richard et le Tableau parlant. — 29 L'Epreuve villugeoise.

— 31 Si/lvaiii.

Cet opéra est resté longtemps au répertoire.

1'' septembre 33'"^ représenlalion de : Richard.

Cet opéra e>t un cliel' d'œuvrc et provoque toujours grand enthousiasme.

4 septembre. 10""* représentation de : Culinette à la Cuur.

Malgré la musique gaie et naturelle, cet oi)éra n'est pas un des meilleurs ouvrages de C.réiry, et il n'v a rien de saillant.

b septembre. Les Eréiiements impréims. — 7. La Fausse Magie. — 10 Sylv((iii et l'Amant jaloux. — il. Le Tableau pailant lit rAmi de la juaison. — 14. La Rosière de Salencii. — 18. il ""^ représentation de : Colinette à la Cour. — 19. Le MfKjnifuiue. — 21. Le Tableau parlant et /'.4m/ de la maison. — 24. 34""' représentation de : llichard.

— 2o. 12""* représentation de : Colinette à la Cour et l'Epreuve villageoise. — 26. Par ordre : Lucile. — 29. U Amant jaloux.

i" octobre. Le Tableau parlant. — 3. Sylvain et Zémire et Azor. — 6. L'Epreuve villageoise. — 8. La Fausse Magie. — 10. Spectacle demandé. Lucile.

Ce charmant opéra est très apjilaudi. Le quatuor si célèbre est l'objet de vives acclamations. Lucile fui toujours accueilli avec transport, parce que le poème oITre des ressources au compositeur et que l'auteur s'est principalement attaché à pn-ndre la déclamation pour type de l'expression musicale.

11, 18 et 28. 13™% 14'"« et 15"'« représentations de : Colinette à la Cour. — 12. L'Epreuve villageoise. — 13. Le Lluron. — 17 L'Amant jaloux. — 19. Aucassin et Micolette. — 22. La Uosière de Salency. — 27. Sylvain. — 29. Le Tableau parlant.

2 novembre. Les Evénements imprévus. — 5. Le lluron. — 9. Zémire et Azor. — 10. Lucile. — 12. Sylvain. — 13. 16""= représ, de : Colinette à la Cour. — 17. Lji Caravane. — 20 La Caravane el la Fausse Magie. — 'il?). Le Tableau parlant- — 24 La Rosière de Salency. — 28. EEpreuve villageoise el l'. Amant jaloux.

i" décembre. La Caravane, la Fausse Magie et le jugement de Midas.

Trois opéras dans la môme soirée.

4 décembre. La Caravane et Zémire et Azor. — o. VEpreuve villageoise q\ l'Anunit jaloux. — [0. La Rosière de Salency. — 11. L'Epveuve villageoise. — 12. Les deux Avares. — 14. Les Evénements imprévus. — lo. La Caravane. — 22. 35"'^ représ, de : Richard et V Amant jaloux. — 29. 36"^^ représentation de : Richard.

Vers adressés àGrétry dans différentes circonstances.

1773. Impromptu sur un faux bruit de la mort de Grétry. (i)

Arrivé près des sombres bords,

Déjà Grétry touchoit à la barque fatale ;

Quand soudain la troupe infernale

Accourt au bruit de ses accords,

Mais Caron s'écria, dans sa fureur brutale :

Que viens-tu faire chez les morts ?

Rival d'Orphée, il devroit te suffire

De soumettre la terre à tes enchantemens ;

Retire-toi ; s'ils entendoient ta Ijre,

Ces malheureux oublieroient leurs tourraens.

Augustin-Benoit Régnier.

A M. Grétry, sur sa maladie.

Ta lyre a produit des merveilles, Qui des ans braverait le cours ; Cher Grétry, tu vivrais toujours, Si la Parque avait des oreilles !

Pierre Lamontagne.

Vers adressés à d'Hèle et Grétry après la représentation du Jugement de Midas, en 1778 :

Honneur aux deux auteurs charmans, Qui, par une heureuse harmonie.

Ont uni leurs raies talens Et fout triompher leur génie.

Du mauvais goût de l'ancien temps.

De l'excellent comique d'Hèle Tu viens nous donner le tableau, Malgré l'arrêt et le faux zèle

',i) Le biuit se répandit à Paris avec une rapidité éioiinante que Grétrv venait de décéder. On publia à cette occasion ces vers.

I)e plus d'un lourd Midas nouveau Qui se proposoit pour modèle.

Et toi, Grétry, des passions Interprête et cliantre fidèle, Que tu sais bien saisir les tons De cette langue universelle, Dont tu charmes les nations Attentives à tous les sons Qu'enfante ta lyre immortelle.

On a longtemps appelé les auteurs ; Grétry a paru seul et a été reçu avec enthousiasme.

A Grétry, après la première représentation des Evénements imprévus, le 13 novembre 1779 :

Lorsque d'Hèle et Grétry, par un accord si beau,

Raniment la gaité de l'aimable Thalic,

Et dans leur chef-d'œuvre nouveau

Font briller à la fois, goût, esprit et génie,

Leur succès bien certain, leurs talens bien connus

Ne font pas même pour l'envie

Des Evénements imprévus. J. L. A.

Grétry reçoit dans ses remparts Les honneurs immortels que lui rend sa patrie ; Son image placée au temple de Thalie Où retentit l'écho de son divin génie, Semble encore animer du feu de ses regards L'action même qui l'estropie.

1780. Saint-Peravi.

Fabre d'Eglamine (Philippe-François-Nazaire), né h Limoux, le :28 décembre 1755, décédé à Paris (sur l'échalaud révolutionnaire), le 15 avril 1794, prononça l'éloge suivant de Grétry au théâtre de Liège, où il était comédien.

Filles de Mnémosyne ! ô vous, divines sœurs.

Dont le souffle enfanta les arts consolateurs !

Vous qui, du haut du Pinde, avez vu l'Ionie

Dans les murs de Milet célébrer le génie !

Alors que Timothée, en ces murs glorieux.

Mêla ses doux accords à la langue des dieux ;

Vous, dont les chastes mains tressèrent les guirlandes

Que la Grè^e à sa lyre appomlit eu offrandes, Aiijourcriiui sur ma tête agitez vos flambeaux, Et prêtez à mes vers quelques charmes nouveaux ; Je chante en vos parvis un autre Timoihée.

Cette antique cité que la Meuse argentée, Dans son plus beau vallon arrose avec plaisir ; Dont l'heureux citoyen alentour voit fleurir Et l'épi de Céi'ôs, et les fruits de Poraone, Le pampre verdoyant de l'amant d'Érigone Et trouve en ses foyers, où règne la gaîté, Le premier de nos biens, la douce liberté ; Liège, enfin, de Milet aujourd'hui la rivale. Prépare de Grétry la pompe triomphale.

Grétry, son digne fils comme il l'est d'Apollon, De ses premiers accents réjouit ce vallon ; Par le talent bientôt guidé vers l'Etrurie, De ce goût délicat qui germe en sa patrie, Il sent développer en lui tous les trésors : Déjà le cœur s'émeut à ces tendres accords ; Et la France, soudain, partageant son délire. Applaudit chaque fois aux accents de sa lyre. Que de tableaux divers ! quelle fécondité ! Couiiiie il a su toujours avec variété. Do inille passions expi'imer le génie.

Donner ii chaque objet une nouvelle vie !

Du sauvage Huron veut-il peindre les mœurs ?

La noble liberté lui prête ses couleurs ;

Du joug des lois sa lyre avec fureur murmure ;

Et le comble de l'art, piîint la simple nature.

Plus tranquille, plus doux dans un charmant réduit.

Par dos chemins de fleurs ensuite il nous conduit :

C'est là qu'est, lo tableau d'un fortuné ménage.

Ilélas ! du bon vieux temps aimable et sainte image,

Liœile, nos regcets naissent de tes vertus,

Et Grétry peint en toi des mœurs qui ne sont plus.

En 178:2, Crétry s'était rendu à Liège, et à celle occasion on y jouait V.Xmaut jaloux. Se trouvant dans la loi^'e réservée aux Magistrats de la

ville, le public lui lit une brillante ovation, et on plaça à la fin de la pièce un transparent où était écrit : Vive Grélry !

A Grëtry.

Quels sons mélodieux viennent sur nos lùvages,

Des oiseaux d'alentour suspendie les ramages,

Et remplissant au loin les airs ?

Qui peut, comme Apollon, toucher ainsi la lyre ?

Quel mortel !... c'est un Dieu, c'est un Dieu qui l'inspire,

Le Dieu qui dicte nos concerts.

Par un citoyen de Liège.

A Grétry, lors de son passage à Lille en décembre 1782.

Heureux amant de Polymnie,

Que tu nous laisses de regrets.

Nos 3'eux à peine ont vu tes traits,

Tu pars... le Dieu de l'harmonie.

T'appelle en son brillant palais.

De tels talens enorgueillie,

La France a droit à tes succès.

Un Dieu que tout Flamand révère,

Comus, à l'enfant d'Apollon,

En vain porte un coup téméraire.

Tu le traites comme Python,

Et poursuis gaiment ta carrière.

En bravant l'indigestion,

La nature en créant ta vie,

Sur un point fixant ses efforts,

Se plut à mettre en ton génie,

Tout le feu qui manque à ton corps,

Mais l'auteur de ton origine.

Des beaux vers et de la clarté,

Dont tu tiens la lyre divine.

Ce Dieu de ton art enchanté.

Est père de la médecine

Et nous répond de ta santé. De Croix.

Sur Vimmortel Grétry.

Grétry sait ai-ranger les mots comme les sons ; Composer un discours comme une symphonie,

Et par l'heureux emploi de ces précicmx dons Rehausser doublement son illustre patrie.

De cet autre Arion, de ce nouvel Orphée,

Liège fut le berceau

Naples fut le lycée, Paris est le théâtre et sera son tombeau.

Vers prononcés à une séance publique de laSociétéd'Emulation en 1782. A Grétry, de retour chez les siens.

Tel Voltaire, en sa patrie,

Revint, en triomphateur.

Cueillir les fruits du génie

Chez un peuple admirateur,

Et, dans sa longue carrière.

Du laurier verd et sacré

Vit son front octogénaire

Parles grâces entourés.

Tel, des rives de la France,

De retour parmi les siens,

Grétry vient, par sa présence.

Charmer ses concitoyens.

Vous l'entendez, il vient celui dont la magie, Unissant, avec art, les tons de l'harmonie, Frappe, entraine, ravit nos esprits et nos coeurs, lia nature, sans voile, est offerte à sa vue; Protée ingénieux, sous diverses couleurs. Il sait changer de forme, et, tantôt, dans la nue, Il plane et fend des airs la fluide étendue ; Sur son aigle appuyé, tantôt, c'est Jupiter, Dont la foudre, écrasant l'orgueilleux saloraée, De sa vengeance emplit les campagnes de l'air. Et montre son vrai maitre à la terre étonnée; C'est Neptune, tantôt, qui, d'un trident armé, En imj ose, d'un mot, à la mer mutinée. Tranquillise Téthys craintive et consternée, Et, flattant d'un air pur, le pilote alarmé. Fait légner Zépliir seul sur l'océan calmé. Tantôt, faisant briller ses ailes rayonnantes, Papillon, il promène un hommage incertain

De la rose au muguet, et du lilas au thym ; Ici, comme un torrent à vagues bouillantes. Il bondit, tombe et fuit en nappes écumantes ; Là, comme un ruisseau pur, il erre en murmurant, Et roule, sur l'émail, un crystal transparent; Ici, de la nature, éloquent interprète.

Il sépare les rangs du sceptre à la houlette. Rend un tendre berger vainqueur de ses rivaux, Ou brave, sur leurs chars, les farouches héros ; Et tel que l'aigle altier, en déployant ses ailes. Il vole au double Mont par des routes nouvelles.

Henkart (Pierre-Joseph).

Au même.

Fière de nos trésors, ô généreuse France,

Rends Grétry, quelque jour, à ses libres foyers !

Qu'au sein de sa patrie et de l'indépendance.

Il vienne reposer sous ses nombreux lauriers!

Son prince, protecteur de cet heureux Lycée,

Par qui, sur ces lambris, son image est placée,

Voulut, par ce présent offert à nos regards,

Fixer leur Favori dans le centre des arts ;

Son Prince, qui leur sert de bienfaiteur, de père.

Dans son Palais auguste accueillera leur frère :

L'avenir bénira le siècle fortuné

Du règne glorieux où cet Artiste est né,

Et son nom volera, consacré par l'histoire

Près du nom de Velbruck, au Temple de Mémoire.

P. J. Henkart,

A Grétry, à l'occasion de son retour à Liège, en 1782.

Tandis qu'au sein de sa patrie,

Un prince, l'amour des humains.

Se plait à cultiver les palmes d'Ionie, (i) Et dans un Temple auguste, élevé par ses maina, D'un peuple libre et fier couronne le génie, Ta lyre fait entendre au françois enchanté

(i) L'avènement du Prince régnant au siège Episcopal, et la Société d'Emulation qu'il a établie, sont pour Liège l'époque de la renaissance des arts dans son sein.

Les accords ravissans de la riche Ansonie, Et jaloux de ta voix, le Dieu de riiarmonie T'appelle en t'adrairant à Timmortalité.

Tel, lorsqu'on sa marche féconde, L'astre majestueux qui conduit les saisons, Animant nos climats, que sa luraiôre inonde, Les coui'onne de fleurs, de fruits et de moissons ;

Sous le frais et brillant ombrage De nos bosquets rajeunis par ses feux, Le tendre rossignol anime le feuillage

Par ses concerts harmonieux.

Dans ces raoraens heureux, où l'amitié s'apprête

A t'offrir les vœux de son cœur.

Ma main jeune et timide osera, sur ta tête.

Aux lauriers mêler une fleur.

Pardonne, si ma voix tremblante

Narre à tes divins accords Les sons demi-formés d'une Muse naissante : 0 Grétry ! vois mon cœur plein des plus doux transports ! A peine d'Apollon bégayant le langage, Joindrois-je dans mon vers, à la brillante image, De mots harmonieux le pompeux ornement?

La voix du cœur est simple et c'est le sentiment.

Au génie oflrant son hommage.

J'ai vu le jour sur ce rivage heureux. Où la Meuse argentée, en son canal tranquille, Promène avec fierté ses flots majestueux.

Et de la liberté fertilise l'asyle.

Le Dieu de l'Hélicon obtint mes premiers vœux, Des arts, mon œil naissant dévorait les merveilles ; Fier de t'avoir vu naître, un Peuple ingénieux, De ton nom, le premier, a frappé mes oreilles. J'ai vu ce jour de gloire et de félicité, (i) Où du Dieu des Beaux-Arts entonnant les cantiques, Des plus nobles transports tout ce Peuple agité, Du temple de Tlialie inondoit les portiques. Là, le marbre respire et te rend à nos yeux : Des Nymphes d'Hélicon la troupe t'environne,

(i) Tout ceci .se rapporte au couronuement du buste que la patrie lui a élevé.

El de ton nom chéri fait retentir les cieux.

Mais conduit tout-i\-coup vers des lits de verdure,

Sur des rivages fortunés,

Où les flots transparens d'une eau limpide et pure

De toufïes d'arbrisseaux roulent environnés.

J'entends les sons légers des chalumeaux champêtres

Des guirlandes de fleurs serpentent sur les hêtres;

Des feuillages épars, un drapeau suspendu,

Embellissent le seuil qu'habite la vertu.

Ceinte d'un nœud brillant, de roses couronnée.

L'œil baissé, le front peint d'une vive rougeur,

Cécile à son Amant unit sa destinée,

Et je vois, en riant, fuir un vieillard grondeur.

Je m'égare avec toi de bocage en bocage ;

J'habite de Sj'lvuin le paisible hermitage ;

Hélène, dans mon sein, soupire son malheur.

Plus loin dans l'aimable retraite.

Où l'Amour à Julien réunit Colinette,

Je vois avec plaisir, un Grand près du bonheur.

De tes accords touchans la tendre mélodie

Entre, comme un jour doux, dans mon âme attendrie

Et ton Prince pourroit me faire aimer les Grands!

Mais non, je resterai dans le champêtre asjle :

Colinette, Julien, Justine, heureux amans?

Oui, je partagerai votre bonheur tranquille

Et la fête des bonnes Gens.

Loin d'un monde perfide, au sein de la nature,

Ses goûts vrais, ses vifs sentimens

Inondèrent mon aveu d'une volupté pure.

Abandonnant mon âme aux doux épanchomens.

Dans les bras du plus tendre père,

Je lui piésenterai celle qui m'est si chère!

Il nous réunira dans ses embrassemens;

Et quand, assis sous la charmille,

Partageant de mes flls les doux amusemens,

Ce vieillard attendri la nommera sa fille.

Avec toi je dirai, dans ces heureux momens :

Où i:)euton être mieux qu'au sein de sa Famille?

D'autres tableaux, dans cette enceinte épars,

Du peuple dont l'œil les dévore.

Fixoient encore et charmoient les regards.

La sensible Zéraire, au lever de l'aurore,

Y deraandoit Azor aux échos d'alentour :

Et d'un Père adoré qu'afflige son retour,

Le sombre désespoir la déchiroit encore.

Clémentine, cédant au trouble de son cœur,

Laissoit tomber la rose aux pieds de son vainqueur.

Dans les transports plaisans d'une folle colère.

Deux barbons goguenards, avec un ris moqueur.

Se regardant, disoient : Cest vous qu'elle préfère !

Et Momus, feignant la fureur,

Répétoit sur le ton d'une ironie amère :

Serviteur à Monsieur La Fleur.

Par ses charmans tableaux, que tu nous intéresses!

Dans ton génie ardent quelle fécondité!

Le Dieu du goût a dit au Peuple transporté :

Mes amis vous aurez V Embarras des Richesses.

Cependant mille voix répètent tes concerts ;

Un cri soudain s'élève dans les airs ;

A pas majestueux vers le Peuple s'avance

Un vieillard.... à sa voix règne un profond silence.

Il se montre, il s'écrie : « Objets de notre amour,

" Dieu des arts. Filles de Mémoire,

» Il soutient vos autels, vous partagez sa gloire :

» 0 Liège! applaudis-toi, tu lui donnas le jour.

» Ainsi chantoient d'une voix enflammée

" Le grand Orphée et l'illustre Amphion;

» Ainsi jadis Amphitrite charmée

" S'attendrissoit à la voix d'Arion.

" Mortels sacrés, que le Dieu du Génie

" Embrasa de ses feux,

» Du beau jour où. réunis aux Dieux,

•' Vous savourez l'immortelle ambroisie,

« Accourez dans ces lieux.

• Et couronnez au sein de ma Patrie,

•• L'heureux rival qui vous rend à nos vœux.

" Telle Minerve, aux yeux de la Grèce enchantée,

» Dans Milet, triomphant couronna Tiraothée.

" Heureux et grand celui qui, charmant les mortels,

« D'une vie orageuse embellit le passage !

» Mais quand le inonde entier lui dresse des autels,

" La voix d'un peuple libre est son plus beau suffrage.

» Meuse ! à jamais sur son rivage

n Ce monument chéri frappera nos regards;

» Et nos derniers neveux rediront d'âge en âge :

>• Ainsi la liberté sait honorer les arts. •»

Jean-Nicolas Bassenoe.

Par des plaisirs réels et de fausses alarmes Ce puissant enchanteur calme ou trouble nos sens ; Mais de son amitié peut on goûter les charmes Sans égaler au moins son cœur et ses talens?

Ceux-ci font bien, ceux-là font vite ; Le plus grand nombre ne font rien ;

Mais Grétry seul a le mérite De faire beaucoup, vite et bien.

21 octobre 1784. De la Croix.

Ces vers furent adressés à Grclry lors de la représentation de Richard- Cœur-de-Lion.

Après la première représentation d'EHsca, le l"" janvier 1799, Mad. Saint-Aubin mit sur la tête de Grétry une couronne accompagnée de ces vers — et quels vers! — qu'un jeune auteur dramatique, Emmanuel Dupaly, avait improvisés sur place :

Qu'ils sont doux, les lauriers que tu viens de cueillir !

Au génie offerts par les grâces, Des hivers sur ton front nous dérobent les traces,

Chacun les arrosait des laimes du plaisir. Et pour doubler le prix que la gloire leur donne On couronnait dans tous les cœurs De roses, de mjrte et de fleurs, L'heureux talent qui plaçait ta couronne.

Autre :

Dans la ville de bruit, d'industrie et d'orage,

0 Grétry, ta musique est comme un frais bocage.

Qu'un autre dans son art porte, fier conquérant,

Les délires du beau, les tempêtes du grand ;

Toi, c'est comme l'oiseau que ta chanson s'épanche : —

L'orchestre printanier des doux nids sous la branche.

De l'alouette an ciel, le vol mélodieux,

Du soleil et des fleurs le réveil radieux,

Le soui'is qui s'échange, à l'aurore éphémère,

De la nature aux cieux, de l'enfant à sa mère,

De l'abeille aux parfams, et des cœurs à l'espoir ;

Et puis, dominant tout, dans la paix d'un beau soir,

Le rossignol ému dont la mâle éloquence

Jette ses perles d'or dans l'urne du silence.

Lui qui ne veut chanter, sublime troubadour,

Que l'astre du printemps et rheiu'c de l'amour :

Quel concert ! — c'est le tien ! L'hymne de la nature

Jamais ne s'éleva plus douce, ni plus pure :

La gaité, la jeunsse, anges aux cheveux bruns,

Dansent ; la grâce éclôt dans son nid de parfums ;

L'amitié ti'inque et rit ; sous l'émoi qui l'entraîne.

Comme un ruisseau de miel, coule la voix humaine ;

L'ai'chet devient une âme, et le cœur a chanté

L'amour, dans sa candeur et dans sa vérité !

Alors, ô maestro, la voix intérieure

S'éveille et te lépond, et la vie est meilleure ;

On croit au dévouement, à l'amour, à la foi ;

Avec toi l'on s'émeut, et l'on chante avec toi :

« Où peut-on être mieux qu'au sein de sa famille ? »

Mais, au feu du génie, un vaste horizon brille.

Les sentiments n'ont rien d'éiroit : à ce doux chœur,

L'amour de la patrie exalte notre cœur.

On sent mieux le lien des êtres sur la terre,

La famille s'étend et tout homme est un frère,

Et par ta mélodie, on se sent transporté

Au sein de la nature et de l'humanité !

Charles Potvin.

Et loi, Grêtry, dont l'art a paré mon courage, Qui va prouver, bientôt par cinquante succès, Que l'envie avec toi doit perdre son procès,

Et que le talent n'a point d'âge, Je laisse à l'avenir le soin de te louer ;

Ta carrière n'est pas finie.

Pour ton poète encore daignes-tu m'avouer ? Je veux faire un ouvrage à ton mâle génie Je m'adresse pour le créer.

Ecrit à l'occasion de l'opéra lyrique Lisbelli, paroles de Favières, musique de Grélry. 10 janvier 1797.

V Amphitryon nouveau vient enfin de paraître, La docte Académie à Tauteur tend les bras ; Sedaine à coup sur doit en être Puisque Molière n'en fut pas.

L'J7n/;/(///'i/o», fl^rand opéra, donné à l'Académie de musique le lo juillet 1788, fut silllé outrageusement.

Grétry, écrivent les critiques du temps, n'a guère réussi dans le grand opéra.

De ce chantre célèbre orgueil de l'harmonie, La lyre offi'it à l'art des chefs d'œuvre divers ; Et Thémi.?, disputant son cœur à sa Patrie Voulait qu'un si grand legs fut à tout l'Univers. [Sons son portrait.)

Avec raison à Grétry

Vous accordez la couronne ;

Mais à présent je soupçonne

D'où vient votre amour pour lui.

Le public, qui l'encourage,

Sait lui rendre un juste hommage ;

Mais votre muse, je gage,

Lui doit plus d'une k'çon :

On voit bien, sur ma parole.

Que vous suivez son école ;

Car vous jouez bien le rôle

De VAmi de la maison.

Extrait de la pièce : M""® Favart, de Moreau et Dumolard. Jouée à Paris, au Vaudeville, le 22 décembre 1806

Impromptu laissé sur le secrétaire de Grétry à V Ermitage :

11 aima les humains, illustra sa patrie : A de. si doux bienfaits que d'hommages sont dûs ! Et Lucilc et Sylvain, attestent son génie : Son existence entière atteste ses vertus. ISll. Pii. L.

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