‹ Grétry; André-Ernest-Modeste; célèbre compositeur belgeChapitre 15 sur 17 · EPITRE · texte numérisé non relu

EPITRE

A Grétry, membre de t Institut de la Société de Littérature de

Bruxelles :

Depuis longtemps, Grétry, ma Muse, avec constance,

Médite ce tribut, que ma reconnaissance

Ose aujourd'hui payer à mes rares talens.

A peine avait fleuri mon dixième printemps,

Et déjà de tes sons la pure mélodie

Enivrant de plaisir mon oreille ravie.

Du divin Pergolèse, heureux émulateur

Tu sus, en imitant ce modèle enchanteur

Penser, malgré l'arrêt d'un écrivain caustique,

Que les Français pouvaient s'exprimer en musique ;

Tel le jeune Voltaire, en ses premiers écrits.

Repoussant les conseils des timides esprits,

Transporta l'Epopée aux rives de la Seine,

Et de notre Parnasse enrichit le domaine.

Ton début à Paris fut triste et malheureux,

(Quel génie a paru sans faire d'envieux !)

Mais, pour notre bonheur, tu sus avec courage.

Mépriser le sottise et repousser l'outrage ;

Et d'un brave Eburon montrant la fermeté.

Marcher d'un pas rapide à la célébrité.

Ton aimable Huron annonça le génie

Créé pour assortir le chant et l'harmonie.

Tu vis alors chez toi cette foule d'auteurs,

Naguère de ton art insensés détracteurs,

Te prier humblement de joindre ta musique

Aux couplets rocailleux de leur verve Ij-rique.

Mais des Contes moraux le peintre ingénieux

Partagea le premier tes succès glorieux :

Mariant tes accords à sa rime facile.

Un triomphe nouveau couronna ta Liicile.

Quel ange t'inspira ce charmmt quatuor

Qu'on chanta mille fois et qu'on répète encor ?

Bientôt donnant l'essor à ta fécondité

Ta muse fit éclore, avec rapidité.

Vingt ouvrages charmants où ton pinceau magique

Répandant les trésors de ta verve énei'gique,

Etonne, émeut, ravit, charme les spectateurs

A jamais captivés par tes sons enchanteurs.

Où les prends-tu ces traits, ces couleurs naturelles.

De la vérité-méme interprètes fidèles ?

Puissance du génie ! il n'appartient qu'à toi

De dire à la nature : obéis à ma loi.

Non d'un zèle impuissant reprenons la chaleur Je n'ai voulu, Grétry, te montrer que mon cœur, Te dire les plaisirs dont tu sèmes ma vie, Et rendre un faible hommage à ton divin génie.

1817. J. H. HuBiN.

Epitre à Grétrj/, par son neveu, qui était aveugle.

Grétry ce nom sans tache, est venu jusqu'à moi.

Je le porte et je veux en faire un noble emploi ; Te consacrer mes vers c'est m'en rendre plus digne. Je suis depuis longtemps fier de t'appartenir. De ton dernier succès, monumens de ta gloire. Je disais : pour mon cœur quelle douce victoire !

Oui; ton nom doit passer à la postéi'ité,

Les arts sont un brevet pour l'iniraortalité !

Mais double, s'il se peut, notre reconnaissance

Et ne condamne plus ton génie au silence.

On l'a vu solitaire et fuyant les travaux.

Te bercer dans ta gloire au sein d'un doux repos.

L'Amour ne chantait plus, il n'avait plus son maitre :

Tout à coup nos regrets parviennent jusqu'à toi ;

Tu ressaisis ton luth, ta main lui rend son être;

Tout un peuple s'émeut et te crie avec moi :

Tu joins au charme heureux de la douce harmonie Les morales leçons de la philosophie.

Ta plume, m'a t'on dit, travaille en ce moment A nous donner dos mœurs le miroir éloquent : Que la nature encore anime cet ouvrage ! Visite tes bosquets, parcours ton hermitage,

Regarde autour de toi, respire cet air pur Qui d(3scend embaumé de la voûte d'azur.

Un printemps éternel couronne la sagesse Et riramortalité n'eut jamais de vieillesse. Regarde le soleil, au déclin d'un beau jour, De feux étincclants il rougit l'atmosphère Et semble se nourrir au foyer du tonnei-re De toute la chaleur qu'il porte à son retour.

Les Enfants de l'Harmonie au tombeau de Grétry. (i)

Coupleis chaulés par M. G. dan.s une des soirées iiuisicales qu'il a données à son passage à Lièc^e dans la salle de la Société d'Emulation. 12)

Air de t Amant jcdouœ : Tandis que tout sommeille.

Sur la tombe où sommeille

L'Ami de notre cœur.

Entier à la douleur I/Arai qui toujours voille

Par des accens

Reconnaissants Vient réclianif'er son zèle.

Fuyant d'inutiles apprêts.

Il vient soupirer des regrets Il plante l'immortelle.

A son ombre, fidèles, Rappelions nous le jour ()ù couvi'i't par l'amour De palmes solennelles,

he bon Grctr])

L'œil attendri

(1) Une lilimgrîiplile l'épl-éseiitG cette cérémonie. Le seul exemplaire connu à Lièfre appartient à M. Léon Bétliune. Ayant été lavé, il est impossible de lire le nom fie TéHiieur.

(2) CVsi il la Société (l'Emulation que Grétry reçut l'hommage public de «es compatriotes

Nous «levons cette pièce à l'obligeance de AL Al. Dupont de Liège.

Versait de douces larmes.

Dans ce temple ouvert au plaisir, Nous ne le verrons plus venir, Mais du moins de son souvenir Liégeois, gardez les charmes.

Honneur de la patrie,

ô, Grétry, tu n'es plus

Tes talents, tes vertus

N'ont pu sauver ta vie.

La France en pleurs

Couvre de fleurs

Les mânes qu'elle honore.

De tes accords mélodieux

Quant le charme embellit ces lieux

Viens, notre ami, du haut des cieux,

Viens, les entendre encore.

Poésies du baron F. de Reiffenberg, composées pour l'inauguration du buste de Grétry, en 1819, au théâtre de Bruxelles.

Dans ces vastes forêts, palais mystérieux

Que peuplaient nos exploits, nos amours et nos dieux.

Où Rome vainement crut trouver un esclave.

Et qui voyaient unis le Belge et le Batave,

Quand un Barde aux humains par le ciel envié,

Aux banquets de Tidscon (i) par la mort convié,

S'élançait dans les airs sur un char de nuages,

Et retrouvait la vie au milieu des orages,

Sa harpe dévouée à de nobles plaisirs,

Écho mélodieux d'antiques souvenirs,

Sous un chêne sacré sa harpe détendue

Aux rameaux protecteurs demeurait suspendue.

Mais de Tuiscon parfois abandonnant la cour,

Il revenait encor dans son premier séjour.

Et son âme, pareille à la brise embaumée.

Caressant mollement la harpe ranimée,

Faisait frémir la corde, ou d'un son itrolongé,

(l) Divinité des anciens Belge?.

Surprenait le héros dans l'ivresse plongé.

Telle chantre divin que TEburon vit naitre,

A nos legai (is heiii'eux daigne encor apparaître ;

Et subjuguant la mort par les plus tendres airs,

Rapporte à son pays sa gloire et ses concerts.

Mais le Teras, ô Grétnj, ne peut briser ta Ivre :

Oui, si l'homme voulait, dans un triste délire,

De ton luth immortel étouffer les accords,

Ton luth victorieux de ces faibles effoi'ts

Par des accens plus doux couvrirait les blasphènaes,

Et dans les cieux irait charmer les Dieux eux-mêmes.

Hélas ! de ton pays tu vécus éloigné,

Et la France a conquis ton mérite indigné.

Va, de ce tort cruel, va, de cette injustice,

Le Belge, ami des arts, ne fut jamais complice ;

Ah ! si tu renaissais, content de nos autels,

Tu ne quitterais point tes foyers paternels :

Gicillav.me parmi nous saurait fixer ta gloire.

Et Grétry des Nassau chanterait la mémoire,

Les beaux-arts de nos champs ne sont plus exilés :

A décorer le irone ils sont tous appelés.

[Montrant la statue au public.) Venez, ralliez-vous au Dieu de Tharraonie : Les Belges sont aussi les enfans du gc'-nie !

1821. Alexis Lacot publia celle année : ,1// lurique, poëme en quatre chaiib . 11 iil à propos de Grétry :

Un jour, c'était celui que de nos tabernacles Pour la première fois l'admettait aux miracles, II quitte saintement les marches de Tautt'l Et ne retourne point vers son maici'e cruel. Mais, bientôt entouré d'espiègles de son âge,

]| s'en va voir sonneries cloches du village

Tout à coup une poutre avec bruit s'affaissant. Le frappe, le renverse; il succombe expirant! On accourt : mille soins le rendent i'i la vie; Grétry, car c'étoit lui, se ranime, s'écrie : Quoi j'existe! et le ciel exaucerait mes vœux! J'aurai donc en mon art quelques succès heureux !

Mon Dieu, jo te rends grâce ! Il dit, et sa souffrance

S'allé,j:o en caressant cette douce espérance.

Or, le vœu de son cœur était que, dans ce jour,

Où le ciel avec nous fait un pacte d'anaour,

La main de l'Etei'uel tranchât son existence.

Ou que plus tard son no;u l'ut connu dans la France,

Et c'est à ce vœu noble, ù ce coup violent, Que le fameux Grétry crut devoir son talent.

De Grétry mon âme est éprise ; Je veux en vantant ses accords, Honorer par mon entreprise

Cet liabitant des sombres bords.

Mais puis-je, en mon audace extrême,

Du favori d'un dieu suprême

Oser toucher aux chants divers.

Sans blesser cette souveraine

Qui tout captive et tout entraine,

Et plane sur notre univers.

Muse, dis par quelle magie

De Grétry la savante main,

Cette source de l'harmonie.

Nous offre, en Hélène et Sylvain,

De veitus l'image divine,

Et fait tomber de ChMuentine

La rose au pieti de son amant.

1828. Frk.molle.

Couplet clianlé le 7 septembre 18i28, pour le vaudeville représenté à Liège en l'honneur de Grélrv, pnr M. Philippe, acteur à Bruxelles :

Dieux des beaux-arts, sublime intelligence, A'iens urécliaulî'er d'un regard protecteur, Inspire-moi, ta divine éloquence, I.>'un de tes fils je chante la grandeur. Grétry n'est [ilus ; mais ({iiand de son génie L'n peuple entier se montre enorgueilli. Au ])ur encens offert par sa patrie, Du haut des cieux, son art a tressailli. Grétry n'est plus ! mais grand comme le monde.

Son souvenir le remplit tout entier Ah ! des accents de sa lyre féconde Qi e n'a-t-il pu laisser un héritier ! Comme il savait sur son luth qui m'enflamme. Chanter l'honneur, l'amour et les exploits ! Les sentiments qui remplissaient son âme En traits de feu s'échappaient de ses doigts ! Comme il chantait d'une grâce touchante, Lisbeth nous offre un modèle charmant Dans Aucassin sa musique est piquante Parlante elle est dans le Tableau parlant . D" Anacréon la douce poésie Dans ses accords revit sans perdre rien, Vif et léger dans la Fausse Magie Son luth savant est un vrai magicien.

Quand de Midas il nous peint la sottise N'entend-on pas la lyre d'Apollon ?

Quand de Zémire il montre la surprise, Ses chants divins charmeraient un Huron. Notre cœur bat et notre âme s'élève Au dévouement du généreux Blondel, Et dans l'extase, on croit tenir un glaive En écoutant les fiers accents de Tell, Ah ! s'il fallait, parmi toutes ses pièces Qu'on fit un choix, le pourrait-on jamais ? C'est bien ici Y Embarras des richesses. Sans préférence, amis, admirons les, Enivrons-nous des fruits de son génie.

Jusqu'aux cieux proclamons tous son nom. Dans l'univers comme dans sa patrie.

Qu'il soit partout VAmi de la maison.

Offrande à Gréfry, à l'occasion de tinauguration de sa statue. La ville de Liège (montrant la statue).

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