ÉGLISE SAINTE-MARIE
A ndreas-Ernestus-Modestus, filius legitimus Francisci Grétry et Mariœ Joannœ Defossez, baptisutus est in ecclesia nostra parochiali B. V. Mariœ ad fontes Leodii, anno Domini 1741, inensis februarii die undecima; puer natus die octava ejusdem mensis; patrinus Andreas-Ernestus Faite, vexiUator in copiis S. C. Leodiensis, matrina Maria-Catharina Bodeur.
« Un érudit que l'on peut toujours consulter avec fruit sur l'histoire de son pays natal, M. Albin Body, de Spa, a bien voulu s'occuper de la question, et voici l'opinion qu'il nous en donne dans la lettre trèsintéressante qu'on va lire :
« Je reviens de Liège où j'ai procédé aux recherches concernant la naissance de Grétry.
» J'ai exposé le cas h. quelques-uns des hommes les plus compétents, notamment au Conservateur des Archives, à M. Henrotte, etc., et je suis en mesure de vous renseigner sur la difiiculté que vous m'aviez soumise. Non pas que nous soyons plus avancés qu'avant, sur la date exacte de la naissance du célèbre Liégeois, mais du moins complètement édifiés sur l'assertion de M. Jal. Jusqu'à preuve irréfutable du contraire, il faut considérer l'acte de baptême qu'il cite, comme un faux, ou, pour être parlementaire, comme étant une pièce apocryphe. Cet extrait de l'acte de baptême n'est pas libellé dans la forme ordinaire, habituelle, traditionnelle des actes de baptême, employée dans toutes les paroisses et par les curés de l'ancien pays de Liège,
» Si l'enfant n'est pas né le 11 (onze), ce qui est presque certain, il n'a pu naître en tout cas que la veille, mais non trois jours auparavant comme l'affirme M. Jal. En effet, il était d'habitude dans le peuple, à Liège, de faire baptiser l'enfant le jour même où il était né. On ne faisait exception à cette règle que pour les enfants des grandes familles, et encore, rarement. Or, les parents deGrétry étaient d'une condition plus que modeste, quoiqu'ils aient eu pour parrain de leur enfant, un porteétendard {vexillariusj. En outre on regardait comme devant porter bonheur au nouveau-né, la particularité de le faire baptiser le jour même de sa naissance. Ce bonheur était assuré si la naissance avait lieu un dimanche. Or, le 11 février 1741 était un samedi.
» Aucune des personnes que j'ai interrogées à Liège n'a pu m'indiquer la source où M. Jal aurait pu puiser l'acte de baptême qu'il produit. Il ne dit pas lui-même où il se l'est procuré. Ce qui me le rend encore suspect, ce sont ces expressions : « Tels sont les termes de l'ac- » te... inscrit au registre de l'église de Sainte-Marie de Liège. » Jamais on n'a désigné cette paroisse de cette façon. Un Liégeois connaissant quelque peu son Liège ancien, sait bien qu'on appelait cette paroisse : Notre-Dame-aux-Fonts. Bien que ce soit à peu près la même chose, il y a là une nuance qui n'échappera pas à un homme s'occupant de l'histoire de notre pays. Disons encore que lorsque la date du baptême était autre que celle de la naissance. MM. les curés avaient pour habitude d'en faire mention, ce qui n'est pas le cas pour le baptistaire de Grétry. J'ajouterai, pour terminer cette longue épître, que MM. les archivistes de Liège attachent peu d'importance à cette différence de deux ou de trois jours, mais que l'un d'eux porte plutôt son attention sur l'endroit où est né le grand compositeur. Or, à l'en croire, on aurait fait erreur
jusqu'ici et ce n'est pas Outre-Meuse qu'il aurait ouvert pour la première fois les yeux à la lumière. La contestation actuelle ne portant pas sur ce point, je n'ai pas insisté moi-même pour en savoir davantage.
» Albin Body. »
Voici maintenant l'acte de baptême qui nous a été adressé : Paroisse Notre-Dame aux Fonts ou église de Sainte-Marie.
« Anno 1741, 11=» februarij baptisatus fuit Andréas Ernestus Modestus filins Francisci Gretrij et Mariœ Joannœ Defossez con. Susc. D"° Andréa Ernesto Faite vexillario in copiis S. C Leod. et d'^^ Maria Catharina Bodeur. »
Extrait de la paroisse de Notre-Dame aux Fonts (archives de iTiôtel de ville), année 1741, folio 423, de l'acte de baptême de Grétry, que M. le capitaine L. De Saegher nous a communiqué :
« Registrum prolium legitimarum baptizatarum in Ecclesià parochiali Nostrce Dominœ ad fontes Leodii.
Undecima Februarii 1741 — 5'' Nicolai ultra Mosam — Andréas Ernestus Modestus, filius Francissi Gretry et Mariœ Joannœ Defossez : Conjugum suscipientibus /)"", Andréa Ernesto Fallœ, vexillario in copiis siiœ celsitudinis Leodiensis et domicilia Maria Catharina Bodeur.»
Ainsi il est certain que Grétry a été baptisé le 11 février 1741, un samedi, et selon toute probabilité, il vit le jour la veille, lelO février.
En tout cas, il sera désormais difficile de donner la date exacte du jour de sa naissance, et l'acte délivré par M.Aug. Jal, dans son excellent Dictionnaire critique, est en tous points une pièce fausse qui lui a été, nous supposons, communiquée.
Voici maintenant l'acte de baptême de Grétry, extrait des archives de la paroisse Saint-Roch à Paris :
« Anno Domini millesimo septuagentesimo quadragesimo primo, mensis februarii die undecima, baptisatus est in ecclesià nostra parochiali B. M. Virginis ad fontes Leodii Andréas Ernestus Modestus, filius legitimus Francisci Gretry et Mariœ Joannœ Desfossez conjugum ; suscipientibus Andréa, Ernesto Falle, Vexillario in copiis J. B. Leodiensis et Maria Catharina Bodeur.
Signé L. Sonnet.
Cet acte a été demandé à Liège lors du mariage de Grétry avec Jeanne- Marie Grandon, célébré à l'église Saint-Uoch, le 3 juillet 1771, alors que le compositeur avait 30 ans.
La maison soi-disant habitée par les parents de Grétry et où il naquit (Outre-Meuse), a été léguée à la ville de Liège par la famille Dubois, et le loyer, environ 1,200 francs, est distribué chaque année comme encouragement auxélèves du Conservatoire royal qui se sont distingués ouquimontrent des dispositions pour la musique et dont la fortune laisse à désirer.
La jeunesse et l'enfance de Grétry.
Les parents de cet enfant dont la Belgique est si fière, se nommaient donc François-Pascal Grétry et Marie-Jeanne Defossez ou Desfossez.
Grétry a reçu le jour dans une maison fort modeste et de simple apparence, située comme on le dit généralement dans un quartier d'0utre-3Ieuse. A la porte d'entrée de cette maison de la rue des Récollets, N'^ 28, se trouve i)lacée pour honorer la mémoire du célèbre Maestro, une pierre sur laquelle est gravée l'inscription suivante :
Ici est né
André-Ernest-Modeste Grétry,
le ii février 1741.
Il résulte de tous les renseignements, que Grétry dès l'âge de 16 ans avait des hémorrhagies, comme il l'écrit lui-même dans une lettre adressée au notaire B.T. Dûment de Liège, lettre qui est entre les mains M. Terme, riche amateur d'antiquités de cette ville.
En voici le contenu :
« Paris, 14 septembre 1811.
" Point de nouvelles du courrier, mon cher ami. Je vous envoj'e un mot pour M. de Fossoul. Je vous remercie d'avoir si bien réussi dans l'affaire de mon neveu ; il est en campagne, il vous remerciera lui-même à son retour. Vous voulez des nouvelles de ma santé : He bien ! j'ai vomi de sang fort joliment il y a un mois; je suis encore faible ; mais je ne puis mourir de cette maladie, qui est aussi vieille que moi ; elle a commencé à Liège, sur le pont des arches et j'avois alors 15ou 16 ans: elle date de bien loin comme vous voyez.
» Je vous embrasse mille fois.
Du reste, Grétry a toujours eu des hémorrhagies et son état de santé était très faible.
En voici la preuve dans un fragment de lettre, communiqué par M. Ern.Mélotte, amateur-antiquaire à Liège :
« Je déclare que le 12, 13 et 14 Vendémiaire, j'étois chez moi dans mon lit malade d'un crachement de sang auquel je suis suger depuis plusieurs années.
X Paris, ce 9 Vendémiaire l'an 4 de la R°.
« Paris. Pjuin 1812.
" Le vomissement de sang a cessé Madame, mais je suis bien foible : j'espère que la semaine prochaine je pourrai me présenter chez vous.
Déjà à l'âge de 4 ans, le jeune André était sensible à la musique, et il a failli être victime d'une imprudence à la suite de l'explosion d'un pot en fer qu'il renversa pour en connaître l'effet.
Dans l'Album autographe publié par le journal le Figaro, à Paris, nous lisons :
Né à Liège en 1741,
mort à Paris en 1813.
» Il n'avait que quatre ans lorsqu'au bruit de l'eau en ébullition qui était renfermée dans un vase de fer, il se mit à danser en mesure.
» Curieux de savoir comment s'opérait ce murmure singulier, il renversa le vase sur le feu de charbon de terre très-ardent; l'explosion fut si forte qu'elle le suffoqua et le brûla par tout le corps. »
Le père de Grétry, voyant les dispositions heureuses de son fils pour la musique, tant sous le rapport de la voix que sous celui de l'aptitude, le fit admettre comme enfant de chœur à l'église de St. Denis, où il fit son épreuve par un motet adapté à ce texte d'un air italien :Non semper super prata casta floi-esclt rosa. Il chanta si bien que l'oftice terminé, le chapîlre tout entier l'entoura pour le féliciter sur la qualité de sa voix et sa facilité d'interprétation,
Grétry aimait déjà fort jeune les promenades champêtres aux environs si pittoresques et si accidentés de Liège.
Il s'est toujours souvenu de cette circonstance, et en 1810 il adressa cette lettre (dont M. Strauss à Liège est le propriétaire et que M. Mélotle a eu l'obligeance de nous communiquer), à M. Frédéric Rouveroy, (i) auteur de : Promenade à la Boverie :
(i) Né à Liège le 19 novembre 1771.
u J'ai reçu, Monsieur et cher compatriote, le procès-verbal de votre séance publique et votre charmante piùce de vers intitulée : Promenade à la Boverie. Je me rappelle cet endroit délicieux, c'est un de ceux qui dans ma jeunesse m'a frappé et à laissé des traces dans mon imagination. Si je retournais dans ma patrie, j'oserais, Monsieur, vous prier de faire, avec moi, une autre promenade dans le même lieu. N'oubliez pas, je vous prie, dans vos réunions amicales, n'oubliez pas celui qui vous porteen son cœur et qui le reste de sa vie, conserverale même sentiment.
» J'ai l'honneur de vous saluer fraternellement.
" Paris, 12 mai 1810. » Grétry. »»
Le premier maître de Grétry fut un musicien obscur, qui, plus absurde qu'instruit, ne donna aucune instruction solide et progressive au jeune élève.
Grétry, encore enfant, espiègle et peu stimulé par le goût de l'étude, comme le sont du reste presque tous les enfants à cet âge, ne profita guère de cette instruction du maître, maltraitant ses élèves à coup de bâton.
Cette manière de traiter les enfants existait généralement encore il y a cinquante ans, et nous même nous avons encore le triste souvenir de cet usage barbare.
Le mauvais traitement et la nonchalance du professeur et de l'élève, décidèrent le père de Grétry à congédier définitivement celui qui causa tant de mécontentement à sa famille.
Un journal de Liège, la Feuille d'annonces, en rendant compte des fêtes de la place Grétry en 1811, cite la présence du premier maître de Grétry, un certain Toskinet, musicien obscur. C'est de ce maître, que Grétry dit dans ses Mémoires :
« Il inventait des tortures dont lui seul pouvoit s'amuser; tantôt il nous mettoit à genoux sur un gros bâton court et rond, et au plus léger mouvement nous faisions la culbutte.
» Et lorsqu'il n'entendoit plus que soupirs et sanglots, il croyoit avoir bien rempli ses devoirs.
» Que l'on juge de ce que j'ai dû souffrir pendant quatre ans que j'ai passés dans cette horrible inquisition. »
Aucun biographe n'en fait mention, et môme Grétry par convenance, ne le nomme pas dans ses Mémoires.
II y est question du maître fort dur, dont l'élève eut beaucoup à souffrir, mais le temps fait tout oublier.
L'artiste Tosquinet n'a pas survécu à son élève, et voici son acte de décès :
« Le 20 octobre 1812, acte de décès à Liège de Pierre-Joseph Toskinet, 83 ans, organiste, né à Liège (en 1729), y domicilié rue derrière le Palais, iV° 76, célibataire, fils de Joseph Toskinet et de Hélène Médard.y>
M. Simon Leclerc, (i) musicien médiocre mais très dévoué à ses élèves, fut choisi par le père Grétry comme second professeur, mais malgré sa grande sévérité, qui devait nécessairement décourager ses jeunes gens, Grétry faisait de grands progrès, principalement dans la lecture musicale sur différentes clefs.
Grétry n'avait jamais appris à jouer sérieusement d'un instrument, pas même du clavecin, et à ce propos on rapporte dans l'introduction de ses Mémoires, publiés en 1829, par J. H. Mees, à Bruxelles, membre de l'Académie de musique :
« Il ne voulait point qu'on accordât son clavecin et sur la demande qu'on lui fit un jour de transposer un air, il dit : Je ne le pourrais pas, car je ne me suis jamais ennuyé à étudier le piano. »
Son goût pour le noble art musical fut surtout imprimé par les représentations d'une troupe italienne qui jouait à Liège des opéras de J. B. Pergolèse, Buranello, et autres maîtres Tan 1755.
Grétry, malgré son jeune âge, fut admis à assister gratuitement à ce spectacle, parmi les musiciens de l'orchestre, où son père jouait le 1^' violon. Celui-ci , soucieux de l'avenir de son enfant chéri, chargea Nicolas Rennekin,(2) musicien médiocre mais bon organiste de la collégiale, de lui enseigner les principes élémentaires de l'harmonie, et Moreau, (s) maître de chant à l'église Saint-Paul, lui apprit le contrepoint.
Le jeune artiste travailla avec ardeur, mais le désir trop précoce de vouloir produire le résultat de ses connaissances incomplètes, arrêta momentanément ses études sérieuses.
Ainsi, déjà le jeune Grétry écrit un motet à quatre voix et une fugue instrumentale dont la famille et les amis disaient des merveilles, mais
(i) Né à Liège en 1736, y décédé en 1806, élève de Hamal. Il se rendit à Rome et revint à Liège en 1770. Il composa beaucoup de morceaux de musique religieuse.
(2) Rennekin décéda peu de temps après le départ de Grétry pour Rome.
(3) Henri Moreau, né à Liège, le 15 juillet 1728, directeur de la musique à la collégiale de Saint- Paul, et auteur d'un ouvrage sur l'harmonie. Il décéda dans sa ville natale, le 3 novembre 1803,
Grétry fit un rapport favorable sur un de ses ouvrages ;' "Institut de Franco, dont Moreau fut nommé correspondant, ;V la suite de cet examen.