LES IDEES DE GRETRY ET CE QU'IL VOULUT FAIRE
« La musique est un contre-sens, si, par le bruit de son orchestre, elle empêche les paroles d'arriver intelligiblement à l'oreille de l'auditeur ; elle est un contresens, si elle étale une vaine science ; elle est un contre-
PORTRAIT DE LA Y S, DANS Aïiacréon (1797 Dessin de Cœuvé, gravure de Prud'hon.
GRÉTRY sa
sens, si, en répétant des vers, elle prolonge un sentiment, une situation de l'àme au delà de ses bornes ; elle est un contre-sens, si elle ne donne pas à chaque personnage du drame le langage qui lui convient; elle est enoore un contre-sens, si elle réussit à briller plus qu'elle ne doit selon le personnage et sa position ; elle est un contre-sens enfin, quand elle n'est pas tellement d'accord avec la poésie qu'on ne sache pour ainsi dire distinguer le musicien, — Oui, j'ose prédire encore une révolution en musique, et elle n'est pas éloignée... Qu'on ne croie pas être arrivé au vrai terme que nous cherchons tous. Tant qu'on dira, en sortant d'un opéra * '. C'est la musique qui en a fait le succès », on fera la censure du musicien plus que du poète, ou le succès dont on parle n'est pas un succès dramatique, c'est celui que le musicien obtient dans un concert... »
« La musique vocale ne sera jamais bon-ne si elle ne copie les vrais accents de la parole ; sans cette qualité, elle n'est qu'une pure symphonie... »
« Les secrets de l'art ne se trouvent que dans la juste déclamation... »
« L'artiste ne peut parvenir à l'expression vraie qu'en étudiant l'homme, ses mœurs et ses passions, en ne les confondant point, et en saisissant les traits caractéristiques qui les distinguent. »
« Soyons forts de vérité, l'orchestre fournira toujours au gré de nos désirs. »
Toute la pensée de Grétry est là, dans ces passages véritablement topiques de ses Mémoires, celle de ses
œuvres où peut-être il se révèle le mieux à nous, toul entier, et qui, en liant les autres ensemble, contribue le plus efficacement à lui assurer, dans le mouvement évolutif de l'histoire de la musique, une place à part, une place de maître et de créateur. — Toute son originalité féconde de musicien de théâtre est ainsi résumée, toute sa ligne de conduite tracée d'un môme trait.
Oui, Grétry est un musicien dont le génie essentiellement inventif et indépendant n'a vu la musique qu'a travers la nature active, comme expression de la vie, par conséquent sous la forme dramatique ; et qui, dans cette voie qu'il s'est tracée à l'avance, est resté constamment d'accord avec ses principes. Ses préceptes sont bien le résultat de longues années de réflexions et d'études, le fruit d'une expérience acquise à travers succès et insuccès, réussites et méprises, victoires sûres et vaines tentatives. Mais ses ouvrages, les mauvais comme les bons, justifient ces instructions, expliquent ces principes.
Aussi la portée des Mémoires dépasse-t-elle celle des partitions, parce que les idées de Grétry dépassent ses forces, et que sa claire vue de l'idéal auquel devait tendre la musique dramatique dépasse les facultés qu'il possédait en lui pour y atteindre. Les réflexions, les principes qu'il a tenu à mettre par écrit, dénotent à chaque page une conviction obstinée de la justesse de son point de vue, une confiance absolue dans la valeur de ses idées, mais, en même temps que la juste satisfaction de SCS efforts, un très simple aveu des bornes do