CHAPITRE DEUXIExME
Arrivée à Paris. — Le lliiro».
En approchant de la grande ville où il venait chercher la gloire et la fortune, Grétry sentait croître son émotion, et le cœur lui battait bien fort lorsqu'il franchit les barrières de Paris. Sans doute il avait le sentiment de sa force, la conscience de son talent, l'ardeur du jeune soldat qui ne demande qu'à faire ses preuves. Mais il savait que le pas était décisif, et il interrogeait l'avenir, se demandant si ses rêves se réaliseraient ou s'ils s'évanouiraient en funu-e, si les chefs-d'œuvre qui hantaient son cerveau connue des fantômes charmants verraient le jour, et quel sort les attendait : seraient-ils acclamés par un public ravi, ou siffles par une foule cruelle et railleuse? Débuter dans une ville étrangère, inconnue, ne pouvoir compter que sur soi-même, jouer en une soirée sa réputation, tout son avenir, quelle «'motion, quelle angoisse! Et conniient produire ce premier ouvrage? Gn'ti'y allait ap{)ren«lre qu'en France il n'est point facile de se faire connaître et, en attendant l'occasion favorable, il eut tout le temps d'observer et d'étudier le milieu nouveau dans le(iuel il setrouvait transporté.
Il était venu à Paris pour prendre rang parmi les compositeurs dramatiques ; les spectacles turent donc, tout naturellement, le but de ses premières investigations, et il est assez facile de compléter le récit qu'il nous fait de ses impressions, en jetant un coup d'oeil rapide sur la situation de la musique française à cette époque.
Le premier théâtre de Paris était l'Académie royale de musique, où se perpétuait un ensemble d'oeuvres et de traditions absolument différent de ce que Grétry avait vu jusque-là.
La tragédie lyrique de Lully et de Rameau n'était pas sortie sans blessures de la querelle des bouffons, engagée une quinzaine d'années auparavant, et qui, après avoir échauffé beaucoup de têtes, s'était résumée en chansons, en bons mots, en brochures échangées sans grand profit pour l'art ni pour l'instruction du public. Nul maître ne s'était présenté qui fût capable de continuer Piameau, et comme le public se lassait visiblement de la monotonie du répertoire, l'administration croyait réveiller sa curiosité en lui servant le vieux fonds par débris, en fragments coupés par tranches et agrémentés de ballets. L'interprétation était à peu près telle qu'au commencement du siècle, et les éclats de voix, les ornements surannés, qui constituaient le « goût du chant, » la « propreté du chant français, » n'avaient guère changé en cinquante ans chez la nation la plus capricieuse et pourtant la plus routinière du monde. 11 était toujours de bon ton, dans la haute société, d'assister à certains jours aux représentations de l'Opéra; elles se terminaient à huit heures et demie, et dans la belle saison le monde élégant sortait avant la fin du spectacle pour se promener dans les jardins du Palais-Koyal •, qui avoisinaient la salle de l'Académie de musique.
Pour (irétry, la tragédie lyrique française fut une déception ; il n'éprouva qu'un sentiment d'étonnement en présence d'habitudes musicales si différentes de celles auxquelles il s'était accoutumé en Italie, et h's défauts choquants de l'exécution
' M""" Vigëe-Lebrun, Souvenirs, t. I, p. 2;). Paris, Fournicr, 18ô5.
vocale l'empêchèrent de distinguer les mérites d'un genre où les formules et la routine n'entravaient cependant pas toujours la beauté de la pensée et la sincérité de l'accent tragique. Grétry ne comprit que longtemps après, et peut-être encore incomplètement, la valeur de Rameau i ; ce furent probablement les chefsd'œuvre de Gluck qui lui firent apprécier ceux de l'ancienne école française, dont ils étaient la suite et le couronnement.
Pour se délasser des pompeuses représentations de l'Académie royale de musique, les Parisiens n'avaient eu longtemps que les théâtres de la foire, où l'on jouait, sous le nom de parodies et d'opéras-comiques, des pièces fortement assaisonnées de sel gaulois, dont les couplets se chantaient sur des refrains populaires appelés vaudevilles. Entre ces deux genres extrêmes, le solennel porté jusqu'à l'emphase, l'amusant poussé jusqu'à l'indécence, s'était enfin placée la comédie à ariettes, fille de l'opéra-bouffe italien, et qui, en 17G7, vivait depuis plusieurs années en bonne intelligence avec le vieil opéra-comique, sur le théâtre de la Comédie-Italienne. Grâce au tempérament naïf et délicat de Monsigny, au talent mâle et réfléchi de Philidor, à l'inspiration bourgeoise de Duni, la vogue de la comédie à ariettes s'établit en peu de temps sur des bases solides. Ces trois maîtres eurent bientôt pour escorte un certain nombre de musiciens moins bien doués, mais qui trouvaient encore le moyen de se tailler de jolis succès dans les restes de la bienveillance du public; tels étaient Friedzeri, lîlaise, Laruette, etc.
Grétry, qui ne s'était rendu ((u'unc ou deux fois à l'Opéra, ne fréquenta guère plus la Comédie-Italienne; il avait entendu à Genève les principales pièces du répertoire, et il mettait un certain amour-propre à sauvegarder son originalité en n'écoutant que fort peu de musique : « Je ne voulais faire la musique « de personne; aussi me gardai-je bien d'cHudier aucun des » compositeurs-.» C^e qu'il tenait uni([U(Mnent à voir à ce
' Grétky, Essais, t. 1, |). 1 tri.
* hiem, p. 146.
théâtre, c'étaient les acteurs : il voulait passer la revue du rt^giment, avant d'engager la bataille, et trois ou quatre soirées lui suffirent. Sous beaucoup de rapports, il dut être content des ressources que la Comédie-Italienne mettait alors à la disposition des auteurs. En tête de la troupe se plaçait M"^« Favart, a type aimable, enchanteur et séduisant, artiste sans seconde » et sans héritière, qui était simultanément danseuse, comé- » dienne , chanteuse, virtuose, auteur et compositeur, et qui » excellait dans toutes les choses auxquelles il lui plaisait de » toucher 1. » — Auprès d'elle, on voyait M"'*' Laruette, qui « jouait avec un charme, une finesse, chantait avec un goût » et une expression indicibles "^ ; » M'"^ Trial, encore jeune tille, et qui venait de débuter sous le nom de W" Mandeville, avec une voix souple, légère et faite pour le chant brillant; Caillot, célèbre baryton, soigneux de toutes les parties de ses rôles, et qui fut l'un des premiers à tenter une réforme du costume; Clairval , doué à la fois d'une voix expressive et d'une figure charmante, jouant « avec un égal talent le drame, la comédie » et l'opéra - comique , » et que l'on surnomma « le Mole » de la Comédie-Italienne ^ »; Nainville, qui avait débuté le 3 mai 4767, et dont la voix de basse-taille, franche, sonore et d'un timbre agréable, avait été immédiatement appréciée; pour les rôles comiques, Laruette, qui excellait à jouer les tuteurs, si abondants dans le répertoire de ce temps, et Trial, bon musicien, meilleur acteur, qui savait dissimuler les défauts de son organe et qui créa, « aux applaudissements du public, » l'emploi de chanteurs sans voix auquel il a donné son » nom "*. »
La vue de cette troupe remarquable fut sans doute pour le musicien liégeois un nouvel aiguillon et dut exciter son désir
* A. PouGiK, Duni et les commencements de l' opéra-comique; dans le Ménestrel, l. XLVl, p. 148, année 1879-1880.
•i Mme Vigée-Lebuun, Souvetiirs, 1. I, p. 157.
5 Au. JuLLiEN, Aiis variés, pp. 249-^51, iii-18, au chapilie II des l'oriraits d'artistes au XVII h siècle. Paris, 1877.
* Fétis, Biographie des musiciens, l. VIll, p. :2o5.
d'écrire pour ce théâtre ; mais avant de trouver des interprètes, il fallait à (irétry un poète, et c'était chose difficile à rencontrer, dans ce Paris où pourtant les gens de lettres fourmillaient. Se présentant jeune, pauvre, inconnu, il recevait probablement cette réponse désolante : « Monsieur, quand » vous aurez débuté, quand vous vous serez fait connaître, on » verra ce qu'il y a pour votre service. » Quelque rimailleur lui avait-il promis un livret, vite il le lui retirait si dans l'intervalle un musicien moins obscur avait bien voulu s'en charger, Grétry attendait et voyait avec angoisse le temps s'enfuir et sa bourse se vider. S'entr'aider n'est pas aussi rare chez les artistes que le monde l'imagine; Philidor s'entremit pour faire obtenir à son jeune confrère un poème; Pleinchcsne, en lui remettant celui du Jardinier de Sidon, posa cette condition que la musique serait de Grétry et Philidor : le nom de l'auteur de To7u Jones pouvant seul attirer l'attention du public et ses applaudissements. Fort de son propre mérite , l'artiste liégeois n'acc(^pta point !cet arrangement : si l'opéra réussit, dit-il à Philidor, on vous en attribuera le succès; s'il tombe, on m'en rejettera la faute i. C'était un raisonnement fort juste, mais qui condamnait Grétry à de nouveaux délais. Il avait fini par obtenir une promesse formelle d'un certain Légier, homme du monde, joueur, désœuvré, poète à ses heures "i; il le poursuivait avec opiniâtreté, et finit par lui arracher, entre deux nuits de jeu et de plaisir, le livret des Mariages samnites, arrangé à la hâte d'après un conte de Marmontel.
Grétry n'eut pas autant de peine à composer sa partition qu'il avait eu d'ennui , d'impatience et d'anxiété dans sa chasse au poème. A mesure qu'il en écrivait les morceaux, il les faisait entendre à deux littérateurs bien capables de les juger, et qui
' GhKTRY, Essais, t I, p. 148. Le Jardinier de Sidon, mis en musique par Philidor seul, fut représenté à la Comédie-Italienne le 18 juillet 1768.
* Ce Légier est probablement le môme qui fournil à Duni le livret du Bendez-vous, comédie à ariettes en un acte, représentée le 22 novembre 1765. (Voyez A. Pougin, Duni, dans le Ménestrel, t. XLVl, p. 220, et le Dictionnaire des opéras, p. 571 , de Clément.)
dès les premiers jours avaient deviné en lui quelque chose de plus qu'un musicien ordinaire : c'étaient Suard et l'abbé Arnaud, dont le goût prononcé pour la musique était connu, et qui allaient bientôt se distinguer au premier rang des Gluckistes dans la fameuse querelle. De ces deux écrivains, l'abbé Arnaud était le plus impressionnable, le plus ardent ; « c'était, nous « dit M"« Vigée- Lebrun, un homme plein d'imagination, » passionné de la haute littérature et des arts, dont la conver- » sation m'enrichissait d'idées, si l'on peut s'exprimer ainsi. » Il parlait peinture et musique avec le plus vif enthou- » siasme l. »
Il ne suffisait pas d'encourager Grétry et d'approuver ses essais, il fallait l'aider à les produire. C'est ici que l'artiste put apprécier le zèle et la puissance de ses amis ; les gens de lettres et surtout ceux qu'on appelait les philosophes, avaient acquis depuis le milieu du siècle, dans la société française, une grande iniluence ; reçus et fêtés dans les salons aristocratiques, chacun d'eux avait en quelque sorte une maison attitrée, où il faisait autorité. « En beaucoup d'occasions, les titres littéraires avaient » la préférence sur les titres de noblesse. Les courtisans, ser- » viteurs de la mode, venaient faire la cour à Marmontel, à » (FAlembert, à Raynal. On voyait fréquemment dans le monde » des hommes de lettres du deuxième et troisième rang être » accueillis et traités avec des égards que n'obtenaient pas les » nobles de province -. » On devine de quel secours pouvaient être pour Grétry deux littérateurs bien posés, comme Suard et ral)bé Arnaud ; un de leurs premiers soins fut de présenter le jeu'.u' compositeur au comte de Creutz, amlxissadeur de Suède, aniul(;ur passionné de nmsique, et qui joignait à un cœur bienfaisant une vive intelligence. Il s'empressa d'inviter à dîner l'artiste, et lui fit exécuter au clavt'cin sa partition ilvi> Mariages samiiitcs, devant un auditoire restreint, mais éclairé et sym-
' M""' Viciiii-LEBiiu.N, SoMfc'e«/rA-, 1. 1, [). 17.
- ...émoires de Ségl'r, cites par Taine, Les origines de lu France cuntem^ poraine. L'ancien réyinie, ô'ed., p. 590. Pari>, IlacheUe, 187(5.
pathiquc, et dont Suard, l'abbé Arnaud, le peintre Joseph Vernet étaient les membres les plus marquants. Vernet parlait de la musique avec goût et enthousiasme ; il ne pouvait se rappeler sans émotion la vive amitié qui l'avait uni jadis à Pergolèse i, et il crut distinguer dans les traits de Grétry une vague ressemblance avec le grand maître italien; du moins il fut lieureux de trouver dans sa conversation et dans sa partition les preuves d'une sincère admiration pour Pergolèse, et de ce jour il fut l'ami du jeune musicien.
On convint de présenter l'opéra aux comédiens italiens ; mais ils trouvèrent la pièce d'un genre « trop noble » pour leur spectacle, et il fallut la modifier pour l'otfrir à l'Académie royale de musique. Ce fut un travail d'un mois, après lequel Grétry, dont les ressources pécunaires étaient excessivement modestes, se mit à copier lui-même les parties, en vue d'une exécution préalable que ses amis s'efforçaient d'organiser avant toute répétition au théâtre. Ils gagnèrent enfin à sa cause un des plus hauts seigneurs du temps, le prince de Conti, « le » seul des princes du sang qui eût le goût des sciences et de » la littérature "^ «, et une audition des Mariages samnites fut préparée chez lui, sous la direction de Trial, chef de sa musique. La mauvaise volonté des musiciens fit des répétitions une suite d'angoisses pour Grétry; son émotion redoubla, le jour de l'exécution, en voyant une nombreuse et imposante assemblée réunie pour le juger. De tous les interprètes, un seul montra du feu et du cœur, ce fut le vieux Jéliotte, célèbre chanteur de l'Opéra , retiré du théâtre depuis une dizaine d'années; tout le reste fut terne et froid, et, « depuis l'ouver- » turc jusqu'à la fin de l'opéra, rien ne produisit le moindre » effet », dit Grétry, qui ajoute : « L'ennui fut si universel, que » je voulus fuir après le premier acte ; un ami me retint ; l'abbé » Arnaud me serra la main, il avait l'air furieux 3. » J^e prince
' L. Lacrangf., Vospp/i Vernel, p. 40.
- M""" DK GE^Lls, Mémoires, p. 4i5, édition Uidol.
^ Grétry, Essais, l. 1, pp. loO, 157.
de Conti, qui excellait à dire des» choses obligeantes » ^, fit au compositeur une sorte de compliment de condoléance, et lui exprima ses regrets de n'avoir pas vu applaudir une marche qui lui avait plu 2.
Au sortir de cette pénible séance, le jeune musicien reçut à la fois deux lettres, l'une anonyme et contenant les plus méprisables attaques contre son talent, l'autre signée de l'amateur anglais pour lequel il avait écrit à Rome des morceaux de flûte; ce seigneur lui annonçait la suppression de sa modeste pension, (irétry, voyant ses espérances s'écrouler et ses revenus diminuer en même temps, tomba dans un profond découragement. Ses amis, l'abbé Arnaud, le comte de Creutz, ne savaient comment lui venir en aide ; enfin , l'ambassadeur de Suède eut une I inspiration, et courut chez Marmontel, pour le supplier, au nom de l'amitié qui les unissait, « de tendre la main à un » jeune homme qui était au désespoir et sur le point de se » noyer, » et auquel il ne manquait qu'un joli poème d'opéracomique pour faire fortune. L'auteur de Bélisaire, qui avait écrit pour le théâtre quelques tragédies et quelques opéras, représentés jadis avec assez peu de succès, fut sur le point de répondre comme La Harpe qu'il ne se croyait point ce genre de talent. Mais, nous dit-il, « pour plaire au comte de Creutz, » j'aurais entrepris l'impossible. J'avais sur ma table, dans ce » moment, un conte de Voltaire {l'Ingénu); je pensai qu'il » pouvait me fournir le canevas d'un petit opéra-comique. » Je vais, dis-je au comte de Creutz, voir si je puis le mettre » en scène et en tirer des sentiments et des peintures qui
' « Personne ne sut dire de s choses oliHyi anli s avec (lus de finesse el de yiàce. » M""' ni'. (iEM.is, Mémoires, p. 444.
2 Gielry inlioduisil celle m.irclie dans le Huron el une partie de l'ouverlure danscdie de S;/t;a//i. Gkétuy, Essais^ l. 1, pp. 156, 158.
» soient favorables au chant. Revenez dans huit jours, et )) amenez-moi ce jeune homme *. »
On devine la joie de Grétry ; elle se traduisit par Tardeur qu'il apporta au travail, et la partition fut achevée presque aussi tôt que le livret. Le comte de Creutz invita pour Tentendre l'acteur le plus influent de la Comédie-Italienne, Caillot, qui ne vint pas sans métiance; selon le désir de Marmontel, le poème du lluron ne portait pas de nom d'auteur, et celui du compositeur n'était guère connu à Paris que par l'échec des Mariages samnites. Cependant, après le dîner. Caillot, en écoutant (irétry, se laissa charmer par les airs qui lui étaient destinés, et se déclarant satisfait, annonça qu'il se chargeait de l'affaire. Plus tard, il aimait à raconter comment il avait décidé ses camarades de la Comédie-italienne à recevoir et à représenter le lluron ; ce fut aussi après dîner qu'il leur chanta, à l'improviste et sans nommer l'auteur, le fameux air : « Dans quel canton est l'Huronie ? » Étonnés, les acteurs s'informent de qui est ce morceau charmant, et Caillot, leur présentant Grétry, s'écrie : « Voilà l'homme que vous repoussez depuis deux ans ! » Il ajoutait, en contant cette anecdote : « La pièce fut reçue, » montée sur-le-champ, et obtint un immense succès-. »
Il y a ici une observation à faire : Grétry n'attendit pas deux années, mais une au plus, avant d'avoir un ouvrage représenté à la Comédie-Italienne. Parti de Kome le 1*^'^ janvier 1767, arrivé à Genève après un voyage assez long sans doute, il était resté plusieurs mois dans cette ville, et n'avait pu se trouver à Paris avant le printemps, ou plus vraisemblablement l'été de cette môme année 1767. Le Uuron fut joué le 20 août 1768. Quelque pénible qu'ait été pour lui cette attente, elle n'est rien si on la compare aux mœurs actuelles. Aujourd'hui, quel jeune nmsicien, français ou étranger, arrivant à Paris sans être
' Marmo.ntel, Méinuircs d'un père pour servir à l'instruction de ses enfants, l. III, pp. 103, 104. Paris, an Xlll. ,
' Biographie universelle Michaud, 2«éJ., l. VI, p. 560, arl. Caillot, note siiinée Villeuave.
précédé d'une grande réputation, ne s'estimerait heureux de n'attendre qu'un an à la porte de notre deuxième scène lyrique, et d'y débuter après ce laps de temps par un ouvrage en deux actes, dont le livret serait d'un membre de l'Académie française et qui aurait pour interprètes les premiers artistes de la troupe?
La première représentation du Ifuron fut donnée, nous l'avons dit, le 20 août 1708. Les rôles étaient distribués de la manière suivante :
Le Hui'on Caillot.
M. de Kerkabon . . . Nainville.
M. de S'-Yves .... Deshayf.s.
Le baiili Chamville.
Gillotin Lakit.tte.
Un officier Clairval.
M"< de S'-Yves. . . . M""' I.aruette.
M""" de Kerkabon . . . M''« Desglands.
Tous les artistes avaient pris à cœur leur tâche, et les craintes de Grétry au sujet de l'exécution furent dissipées lorsqu'il vit l'ardeur du chef d'orchestre Le Bel. Le Iliiron obtint un plein succès, dont le bruit fut bien doux aux oreilles du jeune compositeur, la veille encore si anxieux et si profondément découragé. On reconnaît avec plaisir son cœur atiectueux dans les regrets qu'il exprime en pensant à son père, mort depuis peu et pour qui la réussite du Huron eût été une vive joie •.
Les sufirages du public furent unanimement favorables à cette jolie musique, où Grétry révélait déjà en grande partie les qualités originales de son génie; la foule se porta avec empressement à la Comédie-Italienne, et comme en ce temps-là les succès de théâtre se traduisaient de plus d'une manière, une boutique de tabac prit pour enseigne : Au grand lluron ; un
' Gr.ÉTiiY, Essais, 1. 1, p 1G3.