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de sa femme étaient complètement rétablies, le bonheur et la paix de son ménage étaient assurés, son enfant, d'abord si frêle, grandissait en se fortifiant, sa mère ne le quittait plus : il était donc, physiquement et moralement, dans les dispositions les plus favorables, et le livret de Marmontel, qui lui plaisait beaucoup, surexcitait sa verve. Il sentait en composant sa partition qu'elle serait un de ses chefs-d'œuvre et le travail lui devenait une jouissance l.
Là première représentation de Zémire et Azor à la cour, à Fontainebleau, eut lieu le samedi 9 novembre 1771. Quelques jours auparavant, le 20 octobre, on y avait donné une autre comédie de Marmontel et Grétry, l'Ami de la maison, dont nous nous occuperons plus loin. Le sort de ces deux ouvrages fut bien différent : tandis que VAmi de la mahon était reçu avec la plus grande froideur, Zémire et Azor obtenait un succès presque sans précédent, sur le théâtre de la cour. Des circonstances futiles en apparence et de simples détails de mise en scène avaient failli pourtant, si l'on en croit Marmontel, faire tomber au milieu des rires ce charmant ouvrage. Il nous raconte longuement les tribulations qui l'assaillirent pendant les répétitions. Malgré son désir de faire croire à tout le monde que Zémire et Azor était une création de son cerveau, on s'obstinait à y reconnaître le conte de la Belle et la béte, et depuis le duc d'Aumont jusqu'au costumier du théâtre, chacun prenait ses mesures en conséquence. Partant de ce raisonnement que l'Azor de l'opéra n'était autre que la bête du conte de fées, le tailleur s'évertuait à composer pour Clairval l'accoutrement le plus effrayant, le plus analogue au pelage d'un animal farouche, avec une énorme queue de singe, de longues griffes aux pattes et un masque à grandes dents et à grandes cornes. Le pauvre Clairval avait regret d'enfermer sa jolie tournure et son visage agréable dans un costume si rébarbatif: il confia son ennui à Marmontel. Bien vite, l'académicien courut au magasin, escorté du duc de Duras, se fit montrer l'habit,
» Grétry, £.ssais, t. 1, p. 222.
et la queue, et le masque, jeta les hauts cris, tança vertement le tailleur qui se retranchait derrière le conte, puis fabriqua (le ses propres mains un nouveau masque, « efïrayant, mais » point dilîorme, ni ressemblant à un museau, « après avoir donné les ordres les plus précis pour la confection d'un vêtement qui devait comprendre « un pantalon tigré, la chaussure » et les gants de même, un dolman de satin pourpre, une cri- » nière noire ondée et pittoresquement éparse. » De l'atelier du tailleur Marmontel dut courir à celui du décorateur, pour ui apprendre son métier, en disposant lui-même sous ses yeux les deux aunes de moire d'argent et les deux aunes de !gaze claire qui devaient produire l'illusion du tableau magique i.
Ayant sauvé du naufrage son poème, son musicien, ses acteurs, ses costumes, ses décors, 3Iarmontel n'avait plus qu'à se reposer et à se féliciter de son succès : il ne s'en fit pas faute. Placé dans un coin de l'orchestre, il savourait les applaudissements et s'en attribuait généreusement la meilleure part. Pendant qu'Azor chantait, avec la jolie voix de Clairval et sur le délicieux thème de Grétrv '.
Du moment qu'on aime On devient si doux !
l'académicien écoutait des dames de la cour, assises derrière lui et qui disaient : « Il n'est déjà plus laid », et un peu après : « 11 est beau ». Marmontel admirait de bonne foi le costume de son invention et il le trouvait « imposant et noble »; l'estime qu'il se vouait à lui-même ne lui faisait cependant pas oublier tout à fait le compositeur et il termine son récit en ces termes : « Je ne dois pas dissimuler que le » charme de la musique contribuait merveilleusement à pro-
* Marmontel, Mémoires, t. III, pp. 129 et suiv. Le poêle n'empêcha point qu'on ap|)eiàl de temps en temps sa pièce la Belle et la bête : c'est ainsi qu'elle est nommée dans l'almanacJi les Spectacles de Paris, année 177-2, p. 160.
» duiro do tels oftets. Celle de Grétry était alors ce qu'elle n"a » été que bien rarement après moi, et il ne sentait pas assez » avec quel soin je m'occupais à lui tracer \v caractère, la » forme et le dessin d'un chant agréable et facile. En général, » la fatuité des musiciens est de croire ne rien devoir à leur » poète; et Grétry, avec de l'esprit, a eu cette sottise au » suprême degré ' »,
Hélas! dès le lendemain de la première représentation de Zémire et Azor, la fatuité de Marmontel reçut une leçon fort sensible : c'était un dimanche, jour de réceptions et de présentations à la cour; la jeune Dauphine, Marie-Antoim-tte, en allant à la messe, traversait la galerie du château de P'ontainebleau, et tous les courtisans s'échelonnaient sur son passage. Marmontel et Grétry lui furent présentés ensendjle, et la princesse, encore ravie du spectacle de la veille, adressa au musicien les éloges les plus tlatteurs, lui disant que « dans la nuit » elle avait songé à l'etiét enchanteur du trio du père et des » sœurs de Zémire, derrière le miroir magique, et poursuivit « son chemin après ce compliment. Grétry, transporté de joie, » prend dans ses bras Marmontel : « Ah! mon ami, s'écrie-t- » il, voilà de quoi faire d'excellente nmsi([ue ! — Et de détesta- » blés paroles, » répondit le pauvre Marmontel, àipii la Dau- » phine n'avait pas adressé un seul mot '^. »
Le même jour, un hommage parti de moins haut avait aussi touché Grétry : comme il passait dans une des galeries du palais, un garde-du-corps qui était en faction lui présenta les armes, et quand l'artiste, qui ne se connaissait aucun droit au salut militaire, voulut détromper le garde, il en reçut cette réponse flatteuse : « J'étais hier à Zémire et Azor '^ ».
Grétry s'intitule pensionnaire du roi sur le titre de cette partition : en effet, une pension lui fut accordée par le roi,
' Marmontel, Mémoires, loc. cit.
' M"" Campa.n, Mémoires sur la vie prvce de Marie Auloiuetlp, i' éd., 1. I, p. 155. Paris, Baudoin, 18-23.
' Grétry neveu, Crélry eti famiVt, aneci'otes littéraires et musicales relatives à ce célèbre compositeur, p. 11. Paris, (Uiaiimerot, 181 i.
en date du 10 novembre 1771; elle se montait à douze cents livres i ; nous le voyons toucher en plus cette année , à l'époque du voyage de Fontainebleau, une gratification de mille livres ^.
C'est à M"'« du Barry qu'est dédiée la partition de Zémire et Azor :
« 3Iadame, quand on possède si bien l'art de plaire l'on ne » peut manquer d'être sensible à tous les arts d'agrément ; et » puisque ce dernier ouvrage m'a mérité vos bontés, il devait » vous être offert par ma reconnaissance. Daignez l'agréer » ainsi que le profond respect avec lequel je suis. Madame, » votre très humble et obéissant serviteur, Grétry. »
Tous les exemplaires de la partition ne portent point cette dédicace, presque forcée en 1771, mais qui devait répugner à Grétry; dans un tirage postérieur du même ouvrage, l'artiste fit disparaître l'épître et graver un nouveau titre, où ne figure plus le nom de la comtesse.
La première représentation à Paris de Zémire et Azor, « comédie-ballet en vers et en quatre actes «, eut lieu sur le Théâtre italien le lundi 16 décembre 1771 ; les interprètes étaient les mêmes qu'à Fontainebleau et le compositeur n'avait qu'à se louer de leur zèle et de leur talent :
Azor Clairvai,.
Sander Caillot.
Ali Laruette.
Zémire M^e labuette.
Fatmé M"i« Trial.
Lisbé M"« Beaupré.
Une fée M"« Desgi.ands '.
Le succès de Zémire et Azor à Fontainebleau avait vivement excité la curiosité du public parisien, qui se pressa en foule à
' Archives nationales, 0'677.
« Ibidem, 0'-2937.
^ Mercure de France, janvier 1772, p. 157.
la Comédie-Italienne; le duc et la duchesse de Chartres assistèrent à la première représentation, à la suite de laquelle les spectateurs demandèrent à grands cris le musicien et le poète; (irétry parut après s'être fait un peu prier; Marmontel, qui se tenait renfermé dans sa dignité d'académicien, ne voulut point se montrer, et pour calmer le tumulte qui continuait dans la salle, un acteur en habit d'arlequin vint débiter quelques lazzis qui suffirent à ramener le silence i.
Le Mercure, dans un compte rendu élogieux, se fit l'interprète des sentiments du public; on put lire les lignes suivantes dans son volume de janvier 1771:2 :
« Ce spectacle charmant et dans un nouveau genre plaît à » l'imagination ainsi qu'aux yeux et intéresse le cœur : la )) musique en est délicieuse; et toujours vraie, sentie et rai- » sonnée, elle rend toutes les affections de l'âme. Il faudrait » citer tous les morceaux pour en faire le juste éloge; mais » on ne pourra jamais assez louer le trio en sourdine du père » et de ses deux filles qui paraissent dans le tableau magique ; r> il est d'un pathétique attendrissant qui fait verser des » larmes. Les rôles ont été supérieurement joués et chantés. » Les auteurs de la musique et des paroles ont été demandés » par le public, toujours empressé d'applaudir à des talents si )) heureusement assortis 2 ».
Peu de temps après son apparition à Paris, cet opéra fut traduit et représenté à l'étranger. Grétry se plaît à répéter, d'après La Borde, qu'il fut joué en même temps sur trois théâtres et dans trois langues, en français, en flamand, en allemand, dans la même foire d'Allemagne 3. Burney le vit en 1772 successivement à Bruxelles, en français, et àMannheim, en allemand ; la pièce lui plut et la partition encore davantage ; voici comment il juge cette dernière après l'audition de Bruxelles :
' Mémoires sécréta, t. V], |)p. 72, 75. 2 Mercure de France, janvier 1772, p. 162.
' La Borde, Essai sur la musique ancienne et moderne, t. III, p. 455. Paris, 1780.
(< La musique de cet opéra est en général admirable ; l'ouverture est animée, pleine d'effets; les ritournelles et les autres morceaux de symphonie abondent en idées neuves et en images. De temps en temps, à la vérité, les airs chantés approchent trop du vieux style de la musique française; cependant la mélodie est plus souvent italienne que française et les accompagnements sont riches, ingénieux et transparents, si je puis employer cette expression, par laquelle je veux dire que l'air n'est point étouffé, mais qu'il peut être distinctement entendu à travers les accompagnements i ». Zémire et Azor est une des partitions les plus célèbres et les plus exquises de Grétry. Le premier air est excellent : c'est ?oIui de l'esclave Ali cherchant à faire croire à son maître Sander que l'orage est apaisé, afin de l'entraîner hors du mysérieux palais d'Azor ; un grand effet comique réside dans le contraste établi entre le chant et l'accompagnement, qui edouble dé bruit et de fureur dans l'instant même où Ali k'pète « Déjà les vents s'apaisent », ou bien « Ce n'est plus nen ». — Un instant après, en présence du souper qui vient le sortir de terre, Ali revenu de sa frayeur chante sur le ton éger de la satisfaction la spirituelle ariette : « Les esprits dont )n nous fait peur », dans laquelle Grétry a finement souligné |es intentions du poète; qu'on se rappelle, par exemple, le .lessin frondeur du violon, placé sous les mots : « 3Ioquonslous de ces contes vains - ». — Le duo qui suit est un chefjl'o'uvre de musique scénique. L'allure uniforme, le dessin lié
Iît peu sonore de la ritournelle annoncent déjà que le sommeil jagne l'esclave au sortir de table ; Sander chante : « Le temps 3st beau », Ali répond : « J'en suis bien aise », et ses paupières alourdies se ferment à demi ; il dort déjà plus qu'à
BuRNEY, The présent stale ofmusic in Germany, Netherlands and uniled irovinces, 1. 1, p. 24; London,1775; après l'audition de Mannheim, le célèbre iocleur arrive à cette singulière conclusion que la langue allemande est mieux ippropriée à la musique de Grétry que la langue française (même tome, )p. 82, 85).
'■^ Partition d'orchestre de Zémire et Azor, édition primitive, p. 55.
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moitié en répétant ces mots si spirituellement traduits par le compositeur : « Partez sans moi, je vous suivrai i »; quelques phrases plus loin on rencontre un passage connu, et que Grétry s'applaudissait d'avoir imaginé, c'est celui du bâillement d'Ali-: « L'idée de faire bâiller Ali dans le duo m'était venue, dit » l'artiste, en faisant la première ritournelle, où le bâillement » est indiqué par les notes tenues du basson. Le bâillement » d'un esclave qui s'endort dans les fumées du vin a son carac- » tère, comme un oui ou un non articulé dans différentes » situations et par dilîérents personnages a le sien. En cher- » chant le bâillement convenable, je m'aperçus que je faisais » bâiller réellement toute ma famille qui m'environnait. Je lui » fis entendre mon duo pour la rassurer sur l'ennui qu'elle me « supposait. J'ai souvent vu bâiller au théâtre pendant l'exé- » cution de ce morceau, et j'ai osé espérer que ce n'était pas » d'ennui 3. »
Ceci est un raffinement bien subtil de vérité dramatique : faire passer dans l'esprit des spectateurs les émotions des personnages du drame, tel est le but du théâtre, et Grétry le comprenait à merveille ; mais c'est pousser trop loin la recherche, que de vouloir imposer aux spectateurs la contagion d'un phénomène nerveux. Ce passage fut blâmé avec rigueur, mais avec un grand fond de vérité, dans un ouvrage d'esthétique musicale qui parut en i78o :
« Parlerai-je de ces imitations bouffones que la déclamation » joint quelquefois à la nmsique, comme de rire, ou de bâiller » en chantant, ou de contrefaire le ton cassé et le babil ridi- » cule d'un vieillard? C'est faire grimacer la nmsique, de la » mettre à de telles épreuves : c'est enlaidir la mélodie, c'est » la dépraver pour le bien de l'imitation : c'est vouloir qu'un » beau visage ressemble à ce qu'il y a di' plus laid... On i)eut » faire, en passant, de si cruels sacrifices à la vraisemblance^
' Paitiiion d'orchestre, p. 43.
* Ibidem, pp. 44, 45.
' Grétry, Essais, t. I, pp. 224, 225.
) théâtrale; les répéter trop souvent, ce serait les faire dégénérer i) en abus ^ . »
La Correspondance littéraire"^ accuse Marmontel et Grétry l'avoir calqué les paroles et la musique de l'air suivant, « La pauvre enfant ne savait pas », chanté par Sander, sur un sélèbre morceau de Léo, « Misero pargoletto », qui avait été composé en 1741 pour l'opéra de Demofoonte, dont Métastase ivait écrit le poème. Une certaine analogie de situations et de paroles 3 avait conduit en effet les deux musiciens à employer le même mouvement, la même mesure et à commencer tous deux leur chant dans le ton fa mineur; l'air de Grétry pouvait faire penser à celui de Léo sans que la ressemblance allât jusqu'à la copie ^.
Le deuxième acte s'ouvre par un morceau resté classique, et dont un siècle n'a pu altérer la fraîcheur et la grâce ; c'est la scène où les trois filles de Sander chantent en attendant le retour de leur père : « Veillons, mes sœurs ». Si l'on s'en tenait à la disposition des voix dans les ensembles, ce délicieux morceau devrait porter le titre de duo; mais les petits solos que chantent tour à tour les trois sœurs, et dont les nuances
' De Charanon, De la musique considérée en elle-même et dans ses rapports avec les langues, Va poésie et le théâtre, in-S", p. 179. Paris, 1783. ■ Correspondance littéraire de Grimm, Diderot, etc., t. IX, p. 439. 3 Voici les lextt's comparés de ces deux morceaux :
Misero pargoletto La pauvre enfant ne savait pas
11 tuo destin non sai ! Qu'elle demandait mon trépas !
Ah ! non gli dire mai Cachez-lui bien que cette rose
Quai' era il genitor. Est la cause de mou malheur.
Corne in punto, oh Dio! Sa tendresse
Tulto canibio d'aspetlo, Qui me presse
Voi foste il mio diletto, De revenir dans ses bras
Voi siete il mio terror ! Me rappelle ma promesse.
Misero pargoletto, etc. Ah ! pauvre enfant, tu ne sais pas, etc.
^ Malgré son mérite réel, l'air de Grétry produisait si peu d'efTel au théâtre qu'on prit l'habitude de le supprimer (Martike, De la musique dramatique en France, note de la p;ige 16-t.)
délicates s'adaptent à leurs différents sentiments, en font bien un trio.
Nous craignons de fatiguer le lecteur en nous laissant aller au plaisir d'admirer les pages variées de cette belle partition; pour arriver plus vite au célèbre morceau du tableau magique, nous passerons, à regret, les deux excellents duos de Zémire avec Ali ^, et l'air d'Azor « Du moment qu'on aime ». Nous voici au troisième acte, dans le palais de « la bête », quoi qu'en dise Marmontel ; Azor cède à la prière de Zémire, qui lui demande de revoir son père : la toile du fond s'éclaire et laisse voir, à travers une gaze brillante qui semble un miroir, Sander et ses deux filles désolés de l'absence de Zémire; le père chante (c Ah ! laissez-moi, laissez-moi la pleurer! » et les voix des deux sœurs se mêlent à la sienne, pendant que deux cors, deux clarinettes et deux bassons, placés derrière la scène, achèvent de donner au morceau un coloris voilé, mystérieux, magique. Le thème est simple, le trio est court, — il n'a pas plus de cinquante-sept mesures, en comprenant les ritournelles. L'effet produit est un des plus pénétrants qui soient au théâtre ; tient-il plus au poème qu'à la musique, ou la musique a-t-elle doublé l'émotion de la scène, peu importe. En 1771, la sensation fut immense; à défaut des écrits et des gazettes du temps, une estampe en ferait foi; des ouvrages modernes ont reproduit cette planche 2, gravée par Voyez le jeune, d'après le dessin de Touzé, et qui, en représentant la scène du tableau magique, nous montre le fameux habit d'Azor, « imposant et noble », que Marmontel avait inventé. Grétry et Diderot nous ont donné des détails curieux sur la manière dont fut composé ce célèbre trio : « J'avais fait ce morceau deux fois, dit Tartiste, lorsque
' Burney trouve inconvenant d'avoir fait chantera Zémire, lilio d'un gros marchand persan, deux duos avec Ali, l'eschive de son père; Martine, soit par rencontre fortuite d'opinions, soit qu'il eût copié le jugement du critique anglais, fait la même observation. (BLn>EY, The présent stale of music in Germamj, etc., 1. 1, p. 23; Martine, De la musique dramatique, etc., p. 16.3.)
* P.viL Lacroix, XVIII' siècle, lettres, sciences et arts, in-4», p. 433. Paris, Didot, 1878.
» Diderot vint chez moi; il ne fut pas content sans doute, car, » sans approuver ni blâmer, il se mit à déclamer : Ah ! laissez- » moi, laissez-moi la pleurer! Je substituai des sons au bruit » déclamé de ce début, et le reste du morceau alla de suite i. » Dès le lendemain, Grétry fit entendre sa nouvelle version à son ami le philosophe; Diderot, ravi, lui sauta au cou en s'écriant : « Ne touchez plus à ce diamant, il fera la fortune de •>■> votre ouvrage "^ ». — « Il ne fallait pas toujours, ajoute » Grétry, écouter ni Diderot, ni l'abbé Arnaud, lorsqu'ils don- » naient carrière à leur imagination ; mais le premier élan de » ces deux hommes brûlants était d'inspiration divine 3. »
' Grétry, Essais, 1. 1, p. 225.
* Correspondance littéraire de Grimm, Diderot, elc, t. IX, p. 441.
3 On nous permettra encore quelques notes sur d'autres morceaux du même ouvrage. L'air de Zémire « Rose chérie » fut remanié et raccourci par Grétry à la demande de l'aclrice, M"« Laruette. [Correspondance littéraire, t. IX, p. 440.)— L'air d'Azor au 4"^ acte, « Toi, Zémire, que j'adore », était tiré des Mariages samnites; Marmontel y adapta de nouvelles paroles. (Grétry, Essais, l. 1, p 211.) — Dans le dernier air de Zémire : « Azor, Azor, en vain ma voix t'appelle », le musicien avait disposé des eifels d'écho, exécutés par des cors et des flûtes placés dans les coulisses et répondant à ceux de l'orchestre. Ce procédé avait été employé déjà par d'autres compositeurs, et la Correspondance littéraire cite un morceau analogue dans l'opéra de Sofouisbe, de Traetla.