‹ Grétry, sa vie et ses œuvresChapitre 3 sur 40 · IS · texte numérisé non relu

IS

Des grands chanteurs que Grétry entendit à Rome, un seul semble l'avoir impressionné vivement, et ce choix est aussi caractéristique : ce fut Gizziello, moins renommé pour sa virtuosité que pour son charme; « il récitait au cœur et chantait à rame, » nous dit un témoin ^. Ce chant plein de douceur et d'expression plaisait bien plus au jeune Liégeois que les brillants feux d'artifices des autres chanteurs italiens. Â l'époque où Grétry l'entendit, Gizziello avait déjà quitté le théâtre ; il s'était fixé à Rome, où il mourut à quarante-sept ans, le 2S octobre 1761. Son triomphe était un air de Vinci, dans la partition d'Artaserce : E pur sono innocente; en le chantant en 1731, au moment de ses débuts, il avait fait pleurer Rome entière 2.

A côté de l'opéra sérieux florissait l'opéra bouffe, qui s'attribuait une bonne part dans la faveur du public; Grétry retrouva avec bonheur les délicieux ouvrages qu'une troupe ambulante lui avait fait connaître à Liège et qui lui avaient donné tant de goût et d'émulation. A Rome comme à Liège, ses auteurs de prédilection furent Pergolèse, avec ses intermèdes la Serva padrontty il maestro di mnsica, Livietta e Tracollo; Galuppi, avec ses nombreuses partitions, où régnaient « une gaieté soutenue, une verve inépuisable 3 ». Grétry assista aussi au succès éblouissant de l'opéra bouffe de Piccinni, la Ceœhina, ossia la buona figluola, représenté à Rome en 1760 et bientôt devenu populaire 4-. Le plaisir que cette musique fit à Grétry fut si vif qu'il ressentit un grand désir d'en voir l'auteur; en 1762, un jeune abbé le conduisit chez Piccinni, qui, absorbé dans la composition d'un oratorio, ne fit pas grande attention aux deux visiteurs. La vivacité de son travail, le feu de l'inspiration

* Sara Goudar , Lettres à milord Pembroke; Florence, 477i.

* Idem.

' Fétis, Biographie dès musiciens, t. III, p. 593.

* ^es admirateurs de ce joli ouvrage ont un peu forcé la vraisemblance, en nous contant que la Cecchina était devenue le spectacle favori de Tempereur de la Chine. Voyez Giisguené, Notice sur la vie et les ouvrages de Piccinni, p. 11. Paris, an IX.

qui éclairait son visage firent une grande impression sur Tëtudiant liégeois; à peine rentré chez lui, Grétry, saisi d'une ardeur un peu enfantine, courut à sa table, et s'y plaça devant de vastes feuilles de papier réglé, qu'il pensait couvrir aussitôt de chants inspirés : mais il se dépita bien vite, en s'apercevant que la fièvre était factice et que la Muse, comme on disait alors, faisait la sourde oreille ^.

Malgré les leçons qu'il avait prises à Liège pendant quelques années, Grétry en arrivant à Rome ne possédait qu'un assez médiocre bagage scientifique, et, du reste, s'en rendait compte. Il ne tarda donc pas à faire choix d'un professeur de composition, et celui qu'il adopta fut l'abbé G.-B. Casali, maître de chapelle de S*-Jean de Latran ; d'après Fétis, « il avait peu » d'invention, mais son style était très pur... Ce fut un des » derniers maîtres romains qui se distinguèrent dans la »' musique d'église pour les voix, sans orgue 2. » Cela ne l'empêchait pas de sacrifier de temps en temps au goût du jour et c'est précisément à propos de son oratorio Abigdil que nous avons vu Burney réprouver l'introduction du menuet dans l'église 3. Grétry suivit pendant deux ans les leçons de Casali ; au bout de ce temps, l'abbé l'engagea à travailler seul. On pressent dans ce conseil une arrière-pensée du professeur: méconnaissant les qualités particulières du génie naissant de Grétry, il ne remarquait en son élève que le manque d'aptitudes pour les formes scientifiques de l'art. Fétis reproduit un fragment curieux de la lettre de recommandation que Casali écrivit à l'un de ses amis, lorsque Grétry quitta l'Italie, se rendant Genève : « Mon cher ami, je vous adresse un de mes élèves, )> véritable âne en musique et qui ne sait rien, mais jeune » homme aimable et de bonnes mœurs ^. » L'abbé ne se

* Grétry, Essais, 1. 1, pp. 88, 89.

' Fétis, Biographie des musiciens, t. II, p. SOC. I ' Burney , The présent stale of music in France and Italy, pp. 363, 364.

', Voyez ci-dessus, p. 13.

' * Fétis, Biographie des musiciens, t. Il, p. âOO. La lettre autographe de

Casali se trouvait entre les maïDs de M. Lampurdi, à Turin.

doutait guère que cet « âne » deviendrait un des plus célèbres compositeurs de musique de l'Europe; ne )ui jetons pourtant pas la pierre pour cette opinion et cette lettre; Grétry manqua toute sa vie de Tinstruction technique qui lui eût rendu en mainte occasion les plus grands services, et Casali, en lui faisant écrire des psaumes et des antiennes, ne pouvait guère pressentir ses inimitables qualités théâtrales. Des ouvrages que Grétry composa pendant le temps de ses études avec Casali, le plus important, sans doute, est le psaume CX, Confitebortibi, Domine^ pour quatre voix et trio instrumental, dont la partition autographe porte deux fois la date de 1762 ^. On y voit le futur auteur du Tableau parlant s'appliquant à l'étude d'un genre si éloigné de sa nature qu'il n'y revint qu'une fois après ses débuts au théâtre. Grétry conserva un bon souvenir de ses relations avec Casali et nous dit même dans ses Mémoires : « C'est le seul homme que j'avoue 2. »

Toujours faible de santé, Grétry, pour se remettre d'une de ses trop fréquentes crises maladives, passa trois mois chez un ermite du mont Millini, jouissant d'un repos complet et du spectacle de la nature, composant un peu et méditant davan* tage. Sa vive admiration pour Pergolèse et les maîtres du genre bouffe lui faisait entrevoir déjà des horizons nouveaux, et le faisait rêver à l'alliance étroite des notes et des syllabes dans la musique dramatique; observant, écoutant, réfléchissant beaucoup, il saisissait peu à peu les rapports intimes de la voix parlée et de la voix chantée et son génie s'affinait pour un grand travail. Casali l'avait engagé à composer seul et il

* Le manuscrit autographe de Grétry, que possède la bibliothèque du Conservatoire de musique de Paris, porte à la première page cette note : « Fait à Rome en 1762 par André Grétry, né à Liège le 11 février 1741, • et à la dernière page : t Par André Grétry, élève de Casali, à Rome, 1762. » L'accompagnement des quatre voix est exécuté par les deux violons et la basse; trois portées, désignées sous les titres de 1*' et ^^ cors, et hautbois, restent en blanc pendant la durée du psaume entier, qui comprend onze mouvements différents.

• Grétry, Essais, t I, p. 87.

s*essayait un peu dans tous les genres ; il nous cite un Magnificat à huit voix, écrit pendant le temps de ses leçons ; quelques petites symphonies, des scènes italiennes, qui furent exécutées à Rome; un air sur des paroles de Métastase, composé chez l'ermite; un concerto de flûte pour un amateur anglais, qui s'était intéressé à lui et lui servait une pension en échange de quelques morceaux pour son instrument favori ^.

Désireux d'obtenir le titre fort estimé de membre de l'Académie des philharmoniques de Bologne, le jeune artiste se soumit à l'épreuve exigée, qui consistait dans la composition d'une antienne dans le style rigoureux du plain-chant. Grétry dut en partie son admission aux utiles conseils du savant et excellent père Martini 2 ; il garda un bon souvenir de ces relations et, quelques années après son départ d'Italie, il écrivait encore à l'éminent professeur par l'entremise de Burney 3.

Vers la fin de son séjour à Rome, Grétry fit un heureux début dans la carrière de compositeur dramatique. Il fut chargé d'écrire pour le théâtre Aliberti, l'un des plus beaux de Rome 4, deux intermèdes intitulés les Veîidangeuses ; \e temps pressait: en huit jours le musicien eut achevé sa partition , et il lui coûtait moins de l'écrire que d'en diriger les trois premières représentations, en tenant le clavecin, suivant l'usage italien. Un vif succès le récompensa de ses peines : le premier soir, un morceau ayant été redemandé par le public, Grétry ne se fit point prier pour le recommencer. Grande fut sa surprise lorsqu'il fut appelé le lendemain chez le gouverneur pour payer une forte amende; il ne se doutait pas que, pour répéter au théâtre un morceau acclamé, il fallait une permission de l'autorité, et que le signe de cette permission était un mouchoir agité par le gouverneur sur le balcon de sa loge. Grétry, qui

« Grétry, Essais, 1. 1, pp. 90, 100, <02, 1 10, 138.

* Grétry, Essais, 1. 1, pp. 91, 92.

s Burney, The présent state ofmusic in France and Italy, p. 47.

* Il était situé près de la place d'Espagne; son nom lui venait de son fondateur, Âlibert, gentilhomme français au service de la reine Christine; on l'appelait aussi Teatro délie Dame. Voy. Lalande, Voyage, t. VI, p. 162.

n'avait pas pris garde au mouchoir, s'excusa de son méfait avec tant de bonne grâce que le gouverneur le tint quitte du châtiment ^. .

Le succès des Vendangeuses flatta et toucha le jeune compositeur ; ses camarades du Collège liégeois lui offrirent à dîner ; il fut suivi dans les rues par une troupe d'artisans qui chantaient ses chœurs; des amis se firent une fête de lui raconter que Piccinni avait fait publiquement l'éloge de sa musique.

Malgré ce succès et les charmes de la vie qu'il menait à Rome, Grétry ne songeait point à se fixer définitivement dans cette ville; sa patrie, qu'il avait depuis longtemps quittée, lui tenait au cœur et, un concours ayant été ouvert dans le pays de Liège pour une place de maître de chapelle, il y prit part en envoyant son psaume CX , composé quelques années auparavant 2. Quoiqu'il eût obtenu la place, il ne partit pas; plusieurs motifs l'en empêchèrent. Premièrement, il avait reçu des commandes : les théâtres Tordinona et délia Pace, jaloux du succès des Vendangeuses, lui avaient demande des intermèdes pour le prochain carnaval ; d'autre part, un musicien suisse, Weiss, maître de flûte du riche Anglais pour lequel notre jeune artiste composait des concertos, le poussait à le suivre à Genève. La troisième influence n'était pas la moins puissante : la partition de Rose et Colas, opéra-comique français de Sedaine et Monsigny, que venait de lui prêter un attaché de l'ambassade de France, lui avait en quelque sorte mis le doigt sur sa véritable vocation et l'avait enflammé du désir d'écrire sur des livrets analogues 3. Laissant donc ses commandes italiennes, renonçant à la place de maître de chapelle qu'il avait obtenue dans son pays natal, Grétry quitta Rome le 4«^ janvier 4767 pour se rendre à Genève, qui fut sa première étape sur la route de Paris,

* Grétry, Essais, 1. 1, pp. 105-106.

* Voyez ci-dessus p. 17*

* Grétry, Essais, Ul, p. 110.

ni.

Durant les huit années qu'il avait passées à Rome, si son talent ne s'était pas trempé par de solides études techniques, du moins son génie s'était mûri par la réflexion, par l'auditicm des chefs-d'œuvre scéniques, et il était prêt à se révéler dès qu'il rencontrerait une occasion favorable.

En arrivant en Italie, Grétry avait admiré le spectacle de la nature alpestre verdoyante et souriante sous le chaud soleil de l'été ; le voyage de retour la lui fit voir sous un nouvel aspect, sauvage et imposant, au milieu des glaces de l'hiver. Il descendit en traîneau les rampes du mont Cenis, guidé par un Savoyard qui le faisait glisser sur la neige à la manière des schlitteurs des Vosges. A peine débarqué à Genève, il fut présenté par Weiss dans les meilleures familles, et eut bientôt pour le chant une vingtaine d'élèves ; par une faveur spéciale, le Gouvernement lui permit de fixer ses honoraires à un taux plus élevé que celui que les lois de maximum avaient autorise. Il eut aussi la satisfaction de voir que son nom avait passé les Alpes avant lui, soit par suite du succès des Vendangeuses, soit grâce au zèle amical de Weiss. Le moment était favorable pour arriver à Genève ; des divisions politiques entre le parti des représentants et celui des négatifs avaient amené comme médiateurs les ambassadeurs de France, de Zurich et de Berne, et l'austère cité, dérogeant à ses habitudes puritaines, avait fait élever en leur honneur une salle de spectacle, où Ton représentait des opéras-comiques français. C'est là que Grétry se trouva pour la première fois en présence du genre qu'il devait illustrer. Il entendit les œuvres de ses devanciers Philidor et Monsigny, non sans être choqué au premier abord de l'alternative du chant et de la parole, qui a été et qui est encore si souvent reprochée au genre de l'opéra-comique. Mais il sut bientôt en distinguer les avantages et se rappela les longs et monotones récitatifs que n'écoutait jamais le public de Rome.

« Je sentais déjà, nous dit-il, qu'il est impossible de faire un » récitatif intéressant lorsque le dialogue ne l'est point. Le » poète a une exposition à faire, des scènes à filer, s'il veut » établir ou développer un caractère. Que peut alors le réci- » tatif? fatiguer par sa monotonie et nuire à la rapidité du i> dialogue ^. »

S'essayer immédiatement dans ce genre, telle fut bientôt sa pensée dominante ; dans les maisons où il était reçu, il deman* dait instamment un livret, mais nul Genevois ne se reconnaissait assez habile pour vie satisfaire, et d'ailleurs, presque tous étaient absorbés par les discussions politiques. A quelques pas de la ville vivait un grand poète, retiré du monde officiel, mais non de celui des lettres, et vers qui se tournaient à cette époque les regards d'une moitié de l'Europe. La jeunesse est audacieuse : Grétry prit hardiment le parti" de recourir à Voltaire et lui adressa une requête qu'il reproduit de mémoire dans ses Essais :

« Un jeune musicien arrivant d'Italie, et établi depuis quel- » que temps à Genève, voudrait essayer ses faibles talents sur » une langue que vous enrichissez chaque jour de vos produc- » tions immortelles; je demande en vain aux gens d'esprit de » votre voisinage de venir au secours d'un jeune homme plein » d'émulation; les Muses ont fui devant Bellone; elles sont » sans doute réfugiées chez vous, Monsieur, et j'implore votre » protection auprès d'elles, persuadé que si j'obtiens de vous » cette grâce, elles me seront favorables dans cet instant et ne » m'abandonneront jamais 2. »

On devine avec quelle impatience il attendit la réponse, avec quelle joie il apprit que Voltaire, malade à Ferney, l'invitait à venir le voir. Grétry fut présenté au célèbre vieillard par M"® Cramer, et fut immédiatement captivé par l'amabilité et l'esprit du poète. Voltaire lui serra la main : « c'était mon cœur qu'il serrait! » s'écrie-t-il. Quant au livret d'opéra-comique,

* Grétrt, Essais, 1. 1, pp. 130, 131

• Idem, p. 13i

Fauteur du Siècle de Louis XIV, sans refuser Grétry, ajourna la question, et lança quelques traits contre ce genre de spectacle, dont la vogue nuisait aux succès de Zaïre et de Mahomet. Il invita le jeune musicien à renouveler sa visite et engagea gfme Cramer à écrire quelque chose pour lui. Comme on peut le penser, Grétry ne tarda point à retourner à Ferney, où il était attiré par l'accueil bienveillant et les entretiens intéressants de Voltaire. M™® Cramer se mit en devoir de lui composer un livret, sous le titre du Savetier philosophe; mais Grétry éprouvait quelque difficulté à le mettre çn musique : la langue française l'embarrassait et il ne savait que faire des e muets si fréquents dans notre poésie. Voltaire, qui avait des idées assez fausses sur la prosodie musicale, conseillait tout bonnement à l'artiste de retrancher le plus grand nombre des syllabes muettes et de chanter un phUosof. Le fin musicien ne devait pas tarder à mieux comprendre le génie de la langue française. Tout récemment, Voltaire avait discuté la même question avec son ami d'Alembert, et l'illustre géomètre était bien plus près que lui de la vérité et de la raison lorsqu'il lui écrivait : « Croyez-vous que les gloire-eu, victoire-eu, etc., qui sont si » choquants dans notre musique, soient absolument la faute » de notre langue? Je crois que c'est, au moins pour les trois » quarts, celle de nos musiciens, et qu'on pourrait éviter cette » désinence désagréable, en mettant la note sensible, non » comme ils le font sur la pénultième, mais sur l'anté-pénul- » tième, et la dernière serait presque muette ; mais il est encore » plus sûr, comme vous le dites, pour éviter cet inconvénient, de » ne terminer jamais le chant que sur des rimes masculines ^. » Ces deux dernières lignes sont une concession faite à Voltaire. Grétry devait prouver à quelques années de là que jamais là rime féminine ne gêne un habile musicien, et il confirmait l'opinion de d'Alembert en écrivant : « Il faut une note pour

* Correspondance de Voltaire avec d'Alembert, tome LV des Œuvres complètes de Voltaire, p. 33, lettre de d*AIembert du 26 janvier 1767; édition Dupont. Paris, 1824.

» Ve muet sans élision dans tous les cas ; c'est au musicien à le » faire tomber sur un son inutile dans la phrase musicale <. » . Parmi les hôtes de Voltaire à Ferney, se trouvait alors La Harpe; Grétry s'adressa à lui aussi pour obtenir un livret^ mais il essuya un refus formel ; le futur auteur du Cours de littérature répondit qu'il ne se croyait pas le talent nécessaire, et « ce n'était, nous assure-t-il, ni fausse modestie, ni mépris » pour le genre. . . Celui de l'opéra-comique n'est nullement )) méprisable. Il a produit des ouvrages charmants. Mais très » réellement je ne m'y suis jamais cru propre 2. »

Comme le Savetier* philosophe n'avançait paç au gré de ses désirs, Grétry l'abandonna et entreprit d'écrire une nouvelle partition sur une pièce déjà jouée; c'était l'usage d'Italie et, pendant son séjour à Rome, il avait vu les musici,ens mettre et remettre en musique les poèmes de Métastase. Parmi les opéras-comiques français représentés à Genève sous ses yeux, l'un des plus jolis quant au livret et des plus faibles quant à la partition, était Isabelle et Gertrude ou les Sylphes supposés, un acte, paroles de Favart, musique de Biaise; ce petit ouvrage, représenté à Paris peu d'années auparavant, en 1765, était encore dans sa nouveauté. Ce fut celui que choisit l'artiste liégeois; en y travaillant, il se familiarisa davantage avec la langue française et sentit qu'elle était ■« aussi susceptible d'accent qu'aucune autre 3. » Représenté au théâtre de Genève avec la musique de Grétry, l'opéra d![sabelle et Gertrude obtint six représentations, nombre élevé pour une petite ville ; le premier soir, le compositeur, demandé à grands renforts d'applaudissements, dut paraître sur la scène*

Ce succès devait encourager Grétry, et Voltaire, qui pres-

< Grétry, Essais, U I, p. 134.

* La Harpe, Lycée ou Cours de littératuref t. XIII, note de la p. 356. Paris, Garnery, 1S23.

* Grétry, Essais, 1. 1, p. 140. — Après Grétry, Isabelle et Gertrude fat encore une fois mis en musiqae par Pacini el représenté à Paris, an théâtre Peydeau, en 1806. Voy. Clament et Larousse, Dictionnaire des opéras, p. 366, in-8». Paris, s. d. »

sentait pour lui une belle carrière, le pressait de se rendre à Paris. Le jeune artiste ne tarda point à suivre ce conseil ; prenant congé du vieillard de Ferney avec un cœur plein de gra* titude pour son bienveillant accueil, il quitta Genève dans l'été de 1767 et partit pour Paris.

Page 1