‹ Greuze, sa vie et son œuvreChapitre 17 sur 45 · LA MORT DE GREUZE · texte numérisé non relu

LA MORT DE GREUZE

e croiriez-vons ? Ce peintre charmant, dont le pinceau fut tout or, qui vit s’asseoir sur un escabeau de son atelier le grand-duc de Russie et la grande-duchesse, le roi de Suède, un empereur d’Allemagne, le roi de France Louis XVI, Bonaparte le roi du monde, je ne sais combien de princes de tous les pays, Greuze qui, le dernier, a gardé sur son pinceau le sourire perdu de son siècle, ce peintre tout français, dont les œuvres feraient aujourd’hui encore la fortune de dix peintres, il est mort pauvre et seul, au beau temps des gloires de la France. David, qui l'avait fait oublier, l’avait oublié lui-même. Après 1789, le dix-huitième siècle n’avait plus rien à dire ni rien à faire; la France venait de se réveiller dans un nouveau monde; il s’agissait bien de Cruche cassée ou d'Accordée de village; on ne se mariait plus, on ne cassait plus de cruches à la fontaine. Les trois grandes images alors, c’étaient la guerre, la tribune, la guillotine. « Cela n’est plus de mon domaine, » disait Greuze avec effroi. Le pauvre peintre aurait dû prendre son parti , mourir de terreur comme son ami Florian; mais Greuze avait une fille : cette fille semblait ne vivre que pour lui, il voulut vivre pour elle. Il traversa donc avec résignation tous les drames bruyants de la Révolution, se reposant du bruit dans le travail, et se moquant bien un peu des gloires de la tribune. « Le citoyen Homère et le citoyen Raphaël, disaitil, vivront bien aussi longtemps que ces citoyens célèbres dont je ne sais pas le nom. » Il habitait toujours un coin du Louvre, son logement de peintre du roi. On l’avait oublié. On ne savait plus son nom, ou plutôt on le croyait mort. Ce voisinage des Tuileries lui faisait dire tous les matins : a Ma fille, qui est-ce qui est donc roi aujourd’hui ? »

Greuze finissait mal son siècle. En 1800, il écrivait au ministre de l’intérieur cette lettre navrante :

* Ces pages, comme celles de la Jeunesse de Greuze sont prises dans l 'Histoire de l'art français au XVIII 0 siècle. C. C.

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