LA MORT DE GREIJZE
aux saisons. Sommes-nous en ventôse ou en germinal ? est-ce aujourd’hu saint Pissenlit ou sainte Asperge?
— Qu’importe ? Voyez comme le soleil est beau !
— J’en suis bien aise pour mon voyage. Adieu, Berthélemy ; je t’attends à mon enterrement ; tu seras tout seul, comme le chien du pauvre.»
Greuze mourut sur le soir, après avoir un peu divagué; pourtant son dernier mot fut une prière pour sa fille. M1,R Greuze, après avoir passé la nuit à veiller encore, alla tout en larmes trouver les amis de son père. « On l’enterre demain, » dit-elle partout. Mais le lendemain on ne vit au convoi que Berthélemy : le chien du pauvre , comme avait dit le défunt; ce mot vaut un bon tableau pour Berthélemy.
Mais selon le Moniteur :
« La simplicité de ses obsèques a été animée par une scène aussi tou- « chante qu’inattendue : au moment où le corps allait être enlevé de « l’église pour être placé sur le char funèbre, une jeune personne, dont « on pouvait remarquer l’émotion et les larmes à travers le voile dont « son visage était couvert, s’approchant du cercueil, y a placé un bou- « quet d’immortelles et s’est retirée au fond de l’église, pour y continuer « les prières qu’elle avait interrompues. »
C’était M1,e Mayer, — hier son élève, — demain élève de Prudhon.
Une des filles de Greuze était morte avant lui, l’autre le pleura. Elle prit tout à la fois l’aiguille et le pinceau ; elle vécut seule sans autre secours, avec l’amitié de Mme de Valori. Toute pauvre qu’elle était elle trouva assez de temps et d’argent pour cultiver la tombe de son père. Depuis 1 aube printanière jusqu’aux premières gelées de l’automne, c’était un petit jardin égayé par les roses : « Tant que je vivrai, disaitelle, les roses refleuriront. » Je suis allé à cette tombe, que j’ai découverte à grand’peine : il n’y a plus de rosiers ni de couronnes; c’est la mort sans le souvenir de la vie. Un peu d'herbe amère, un amas de feuilles sèches, l’ombre des cyprès voisins, voilà ce que j’ai vu. Où êtesvous, noble fille de Greuze?
Août 1842.
ARSÈNE HOUSSAYE
GREUZE & CHARDIN
î Diderot était enthousiaste de Chardin, il n’admirait pas moins Greuze, mais par des raisons différentes. L'un flattait ses goûts d’artiste, l’autre son système philosophique. Chez le premier, il ne voyait que l’imitation de la nature, la franchise de la couleur, la puissance magistrale du faire; chez le second, il trouvait réalisée la poétique bourgeoise que lui -même appliquait au drame. Quoiqu’il ne fût pas insensible aux qualités purement pittoresques, Diderot, comme la plupart des gens de lettres, se préoccupait beaucoup du sujet dans un tableau. — Il y cherchait avant tout une idée morale, une intention pathétique, un thème instructif à dévèlopper. En face d’une toile, il analyse d’abord la composition, avec un merveilleux instinct de metteur en scène; s’il n’en est pas content, il déplace les groupes, les distribue autrement et d’une manière plus logique ; il relègue au second plan telle ligure qui, selon lui, se prélasse indûment au premier ; il change les foyers lumineux, glace ou sacrifie des détails d’une ambition trop grande, modifie les expressions, redresse les gestes, corrige le costume, et, en quelques lignes de son style tumultueux, ardent, coloré, refait de fond en comble un tableau bien souvent supérieur à celui de l’artiste. — La toile pâlit à côté de la page. Mais Diderot, malgré son esprit, sa fougue, son éloquence et son imagination, se méprenait sur le véritable but de la peinture. Il en méconnaissait l’autonomie, comme beaucoup de gens aujourd’hui le font encore, confondant la philosophie avec l’art; choses parfaitement dissemblables. La peinture, non plus que la poésie et la musique, n’est faite pour démontrer tel ou tel système, ou prouver une vérité morale; car, à ce compte, le plus grand maître serait Hogarth au lieu d’être Michel-Ange ou Raphaël, et les Inconvénients de l'intempérance primeraient les fresques de la Farnésine, qui ne contiennent aucune leçon. Les arts enseignent et moralisent par le beau seulement et non par la traduction d’une formule philosophique ou sociale. Pour
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l’homme vraiment artiste, la peinture n’a de but qu’elle-même, et c’est bien assez.
Certes, Diderot a dû être content de V Ivrogne dans sa famille : — un tableau pour fait inspirer l’horreur des boissons fermentées et que la société des Teatotallers devrait acheter et placer au-dessus du bureau de son président. Un homme du peuple rentre chez lui, les habits en désordre, les jarretières dénouées, les jambes vacillantes ; la fl. ur bleue du vin décolore sa bouche à la lèvre tombante ; ses yeux hébétés nagent, regardant les vagues hallucinations de l’ivresse : — le misérable a dépensé au cabaret l’argent qui devait servir à la subsistance de l'humble famille. Courroucée à bon droit, la ménagère accueille l’ivrogne avec d’âcres quérimonies, et les enfants affamés tendent vers lui leurs petites mains vides. Dans leurs yeux chargés de reproches muets, on sent un mépris précoce : ils jugent leur père et le condamnent : dure punition du vice. Le fond est formé par une muraille nue. et les accessoires ne consistent qu’en quelques meubles grossièrement indispensables; ce qui avait quelque prix a disparu. — Tout ce qui peut donner de la portée à la leçon est fortement indiqué; — rien n’est plus moral qu’une semblable peinture, et cependant, qui ne lui préférerait une taverne d’Adrien Brauwer, encombrée d’incorrigibles ivrognes se livrant à leur passion favorite, sans punition apparente, mais chaudement colorés, doués d’une vie intense et réjouissant l’œil, sur un fond de fumée de pipe et de muraille brune ! — Ce n’est pas cependant qu’il n’y ait beaucoup de mérite dans ce tableau de Greuze. Les enfants, malgré leur petite mine refrognée et moralisatrice qu’ils essaient de prendre, sont encore très jolis, et le seraient davantage s’ils ne voulaient exprimer une intention au-dessus de leur intelligence.
La Pelotonneuse , qui n’a pas la prétention de corriger, est de tout point charmante, et rarement Greuze a produit un morceau plus achevé. Le sujet, comme le titre l’indique, ne sort pas de la réalité la plus ordinaire, mais il fait partie de ceux qui offrent à la peinture un thème plein de ressources. Sur une grossière chaise de bois, une fillette d’une douzaine d’années dévide un peloton de fil à côté d’une table, d’où un chat guette ses mouvements et tâche avec ses griffes d’embrouiller ce que démêle sa maîtresse : — jeune chat, jeune fou, — dit Sainte- Beuve. Au dossier de la chaise pend une paire de ciseaux attachés à un ruban.
On imaginerait difficilement quelque chose de plus jeune, de plus délicat, de plus mignon que la tête de cette gentille enfant. Les tons en sont d’une suavité, d’une transparence et d’une finesse rares. Les yeux,
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qui n’ont pas besoin de suivre un travail purement manuel, regardent devant eux avec une naïveté rêveuse, un virginal étonnement de puberté que Greuze excelle à rendre et qu’il n’a jamais si bien rendu. Les contours du front baignent dans l’ombre légère projetée par une cornette de toile à bande de mousseline. Les joues, doucement arrondies, ne sont pas martelées de ces vergetures roses dont l’artiste trop fréquemment avive ses carnations féminines, et le modelé n’affecte pas ce travail à facettes et à méplats auquel on reconnaît Greuze sur-le-champ. Il est plus souple, plus enveloppé, plus fondu et se laisse moins voir. Un soin exquis a présidé à l’exécution des mains, et le costume est traité avec une simplicité précieuse, sans plis cassés et sans chiffonnage.
Il est curieux de comparer ce morceau au sujet identique pris par Chardin dans un sentiment plus réaliste, comme on dirait aujourd’hui, — plus vrai, comme on a dit dans tous les temps. La Pelotonneuse a plus de charme, de grâce et de séduction que la Petite Paysanne. Les belles dames la préféreront sans doute. Elle n’a plus sur les joues le fard de la santé rustique ; l’élégance de la ville a posé son petit bonnet blanc et taillé son fourreau à rayures, et dans quelques années elle sera pour madame la marquise la plus accorte soubrette, à moins que l’Opéra ne l’enlève après les fils d’archal de ses gloires. La petite paysanne de Chardin ne sera que la femme d’un laboureur ou la servante d’un honnête ménage bourgeois. Se décider pour l’une ou pour l’autre serait difficile; aussi les deux chefs-d’œuvre appartiennent-ils au même amateur. — Homme heureux qui tranche ainsi les questions !
La Veuve inconsolable représente une jeune femme assise devant un cippe supportant un buste de marbre enguirlandé de fleurs : autour d’elle sont éparpillées des lettres ouvertes qu’elle vient sans doute de relire avec une volupté douloureuse. Ses beaux yeux baignés de larmes se tournent tendrement vers l’effigie du défunt qu’elle ne peut oublier, quoique le temps du deuil légitime soit passé. Elle a déposé ses crêpes de veuve, mais non son chagrin noir, et sa jupe de satin blanc a beau faire miroiter ses brillantes cassures, elle songe toujours à l’époux perdu et pourrait dire comme Valentine de Milan ; « Plus ne m’est rien, rien ne m’est plus! » — En dépit de cette sentimentalité bourgeoise, à laquelle Greuze fait trop de concessions, et quelquefois aux dépens de l’art, cette toile est un des bons morceaux du maître; elle a son cachet et sa signification au milieu des nudités mythologiques et des esquisses libertines alors à la mode. Une veuve inconsolable! Il fallait être Greuze, Sedaine ou Diderot pour y croire en plein dix-huitième siècle. Une telle idée dut faire sourire tous les petits abbés de cour.
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Une chose extraordinaire et tout à fait imprévue, c’est le portrait de madame la marquise de Champccnetz. On sait que chaque époque a son type de tête, parfaitement reconnaissable à quelques légères variantes près; cette conformité vient-elle de la prédominance d’une race ou d’un tempérament à une certaine période, d’un goût commun d’ajustement, de la recherche d’un idéal particulier, d’un style prédominant chez les artistes? Nous ne saurions le dire précisément; mais les grands nez, d’uniforme sous Louis XIV, ont disparu sous Louis XV, et il serait impossible de confondre un portrait fait pendant le règne du premier avec un portrait fait pendant le règne du second. Le grand roi mort, plus de nez aquilins, plus de longs visages majestueusement busqués, plus de doubles mentons, plus de sourcils épais, plus de grosses lèvres rouges. Les nez se retroussent à la Roxelane, les figures deviennent rondes, les yeux sourient à fleur de tête, et les bouches roses font le cœur. Mais ni chez les uns ni chez les autres on ne trouve trace de mélancolie : l’expression est toujours emphatique ou frivole. Ceux-ci se rengorgent, ceux-là rient.
— La marquise de Champcenetz ne rit pas. Sa beauté n’est pas de son temps, et la rêverie moderne ÿ projette son ombre poétique. — C’est une jeune femme brune, aux sourcils veloutés, aux yeux doux et tristes comme la nuit, aux lèvres aimablement sérieuses, dont les cheveux noirs, à peine nuagés d’un œil de poudre, descendent en boucles alanguies sur des épaules qu’enveloppent les plis d’un peignoir de mousseline blanche.
— Aucune touche de rouge ne déshonore la pâleur olivâtre des joues; la bouche n’emprunte pas sa couleur à la boîte au carmin ; il n’y a même pas au corsage la petite rose de rigueur. Une vraie mélancolie donne un charme de plus à ce charmant visage dont la transparence laisse voir l'âme. — Modifiez un peu l’ajustement, ce serait Gulnare ou Médora.
— Les autres portraits de la même époque, quelque bien peints qu’ils soient, ressemblent à des masques fardés, et à travers la découpure de leurs paupières pétille toujours l’esprit moqueur et libertin.
Plaçons ici l'Heureuse Mère , une des plus gracieuses inspirations de Greuze. — Une jeune mère est renversée sur un grand fauteuil, sans force contre l’escalade de caresses dont l’assaillent ses enfants. Il y en a bien sept ou huit. Les uns grimpent derrière le fauteuil pour se hausser jusqu’aux lèvres bien-aimées ; les autres montent sur les genoux; ceuxlà s’mparent d’une main qu’ils baisent, ceux-ci s’accrochent à un pan de jupe; tous se poussent en tumulte, et le dernier lui-même, tiré de son berceau et un peu aidé par la grand’mère, tâche d’attraper sa part. Il l’aura, soyez-en sûr : les petits sont toujours favorisés. Rien n’est plus joli, plus frais, plus vermeil, plus joyeux que toutes ces petites
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têtes enfantines qui rappellent les salades de chérubins de Rubens et de
Murillo.
Au fond apparaît, son fusil à la main, le père qui revient de la chasse et contemple d’un air ravi ce délicieux tableau de bonheur familial. La mère est peut-être bien jeune pour une si nombreuse couvée, mais nous acceptons bien volontiers cette légère invraisemblance qui nous vaut une tête charmante, un col et une gorge que ne dépare aucune fatigue. D’ailleurs, quand en fait si bien la marmaille, on n’en saurait trop mettre.
Greuze a peint beaucoup de têtes de femmes, d’étude ou de pratique, dont la grâce un peu maniérée et sentimentale ne manque jamais de produire son effet. Elles abondent au boulevard Italien, et, quoique nombreuses, elles sont toujours très recherchées. On en connaît le type, qui varie peu et qu’on aime à retrouver, comme le peintre aimait à le reproduire : une tête blonde à la bouche entr’ouverte, aux yeux d'azur noyés dans une lumière fluide, au teint rose et diaphane : l’innocence animée par un premier rêve de volupté, — avec cela, une boucle de cheveux qui se défait, un bout de linge qui se déplace et trahit une gorge naissante, une main appuyée sur le menton, une larme roulant sur la joue, comme une goutte de rosée sur une fleur; et le tableau est complet. — Un ruban de couleur différente, un regard levé ou baissé, un pli plus ou moins entr’ouvert suffisent à varier ce thème, uniforme en apparence, mais éternel comme la jeunesse et la grâce. Nous citerons donc sans les décrire l’étude de petite fille en robe bleue ; l’étude d’enfant blond; la tête de jeune fille vêtue de blanc ; la tête de jeune fille aux yeux levés vers le ciel; la petite fille blonde le bras posé sur un livre ; la jeune femme aux cheveux relevés; l’étude aux cheveux épars, pour une figure de Madeleine. Le peintre n’est jamais plus lui-même que dans ces esquisses où, insouciant du sujet et presque sans pensée, il laisse courir sa brosse reproduisant le type qui est en lui et dont il est charmé à son insu.
Mais le temps passe, l’époque devient sérieuse; le petit souper du dix-huitième siècle est fini, et la grande représentation révolutionnaire commence. Voici le portrait de Gensonné le girondin, gilet blanc, cravate blanche, habit noir fermé par un bouton; et celui de Fabre d’Églantine, l’auteur du Philinte , en cheveux blonds poudrés, cravate blanche, gilet jaune, habit noir à boutons de métal. Regardez aussi, elle en vaut la peine, mademoiselle Olivier, du théâtre de la Nation. Les corsets à échelle et les robes à paniers ont émigré déjà, et le costume a changé. L’actrice, en robe blanche à taille haute et ceinte d’une
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ccharpe bleue, appuie sur son bras gauche sa tête aux cheveux blonds, retenus par des perles et une toque à plume blanche et rouge. Arrêtezvous aussi devant ce masque pâle, au regard fixe, au nez aquilin, aux lèvres serrées, car elles savent le mot de l'avenir : c’est le portrait de Buonaparte en uniforme de général, avec le haut collet brodé, la cravate noire et les faces collées aux tempes. Greuze n’a peut-être pas le sérieux et la fermeté nécessaires pour rendre absolument une telle effigie, mais ce portrait a une valeur historique, et l’artiste semble avoir pressenti les destinées futures du jeune général; lui, le peintre des blondes fillettes et des accordées de village, il a cherché sur sa riante palette des tons plus austères et choisi sa brosse la plus ferme.
Si Chardin représente avec une intimité flamande l’honnête vie bourgeoise du dix-huitième siècle, avec ses intérieurs sobres et tranquilles de ton, ses cuisines aux ustensiles bien récurés, ses servantes à demi rustiques, petites-filles des servantes de Molière, Greuze apporte dans ses compositions d’un goût théâtral et déclamatoire, une sensiblerie d’opéra comique, bien faite pour séduire la foule. Ses tableaux contiennent toujours un petit roman. Il rêve la vie patriarcale à la façon de Jean-Jacques Rousseau, et se plaît à reproduire les scènes de famille avec une intention de contraste bien marquée au milieu d’une époque frivole et de moeurs relâchées. Les vieillards vénérables dans des fauteuils d’ancêtres, entourés de petits enfants, sont un thème auquel il aime à revenir. Autant qu’il est en lui, il les rend augustes et presque bibliques, — ce qui ne l’empêche pas de faire casser bien des cruches aux jeunes filles et d’entr’ouvrir toujours un peu leur corsage, car il se glisse de la sensualité jusque dans la morale du dix-huitième siècle. Sa vertu ne peut s’empêcher de prendre le menton aux jeunes ouailles qu’elle prêche. — Par ce soin tout littéraire du sujet, Greuze est un peintre éminemment français, et il a une originalité incontestable. Comme peintre, il agence heureusement ses compositions; la mimique de ses figures est juste, et sa couleur, d’une localité grise réchauffée de tons sanguins, a de l’harmonie et plaît à l’œil. Sa touche a une certaine maestria ; elle procède par plans et par méplats dans le sens des formes; mais la principale qualité de Greuze, c’est la grâce, — un don qui a manqué à de plus grands et plus illustres. — Greuze possède l'éternel féminin, et ses moindres ébauches le contiennent; en quelques coups de pinceau, il sait faire une femme qui Vit, qui palpite, qui respire, qui aime et qui charme; la laideur lui est impossible ; s’il s’avisait de la peindre, il lui prêterait des séductions; — ce n’est pas la beauté classique, le pur idéal grec, la sérénité céleste des Madones de Raphaël, mais
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la jolie fille française, fraîche, chiffonnée et piquante sous ses airs d'innocence, — une certaine grâce rustique et mignonne à la fois, un mélange de grisette et de paysanne, un type charmant qui s’est perdu et qu’il avait créé peut-être. — Son talent n’a pas été moindre pour peindre les enfants; il modèle à ravir leurs bonnes grosses joues rebondies, il satine leur peau délicate, fait nager leurs yeux dans un fluide lumineux, carminé leurs lèvres de cerise et leur donne cette surprise de la vie, caractère si remarquable de leur âge ; on voit bien que pour lui l’enfant est la fleur de la femme, le bouton de la rose. — C’est dommage que quelquefois il leur fasse jouer un rôle dans ses drames bourgeois et rustiques; mais c’était son travers d’être pathétique et moralisateur; et qu’aurait dit l’ami Diderot d’une peinture qui n’eût rien signifié?
A Greuze finit cette école qui n’empruntait rien à l’étude de l’antiquité, école vraiment française, prenant ses sujets dans la vie réelle ou la fantaisie, et formant la période la plus originale de notre art.
Avec David, qui d’abord imita Boucher, et se convertit à Rome, la peinture se fit classique. — Avec Prudhon elle devint antique.