‹ Greuze, sa vie et son œuvreChapitre 30 sur 45 · EDMOND & JULES DE GONCOURT · texte numérisé non relu

EDMOND & JULES DE GONCOURT

MÉMOIRE DE GREUZE

CONTRE SA FEMME

COMMUNIQUÉ PAR M. JULKS B O I L L Y*

n comprendra, en lisant l’inimaginable pièce à laquelle nous donnons ce titre, que nous ne l’aurions point publiée si les deux filles, seules héritières du nom de Greuze, n’étaient mortes depuis quelques années déjà. Mis à couvert par cette double mort du côté de la convenance de famille, il nous restait un autre scrupule. Notre recueil ne cherche ni n’aime le scandale, et nous préférerons toujours les témoignages qui élèvent le caractère des artistes à ceux qui les abaissent. Mais le document que M. Jules Boilly voulait bien nous autoriser à copier, et qui est dans ses mains depuis plus d’une dizaine d’années, était à la fois si important et si inattendu, si désespéré et si grotesque, qu’il nous a été impossible de résister à la tentation, et nous croyons fermement que pour nos lecteurs les plus délicats la comédie de la forme sauvera les inconvenances du récit. O père de Y Accordée de village! ô peintre de toutes les scènes douces et tendres que déroule la vie de famille ! dans quels songes extérieurs trouvais-tu tes modèles? Je ne connais que certaines lettres de Prud’hon et la biographie du pauvre Hyacinthe Langlois qui soient aussi grosses de douleurs et de hontes domestiques que ce mémoire. Quant au ridicule, le mémoire de Greuze contre la vertu de sa femme n’est égalé que par celui de J. -B. -P. Lebrun, imprimé en l’an II, en faveur de la vertu de la sienne.

* Dans les curieuses archives de l’Art français, éditées par Dumoulin et publiées sous la direction du marquis de Chennevières, nous trouvons ce mémoire sur la vie intime de Greuze, que nous publions avec les commentaires.

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