‹ Greuze, sa vie et son œuvreChapitre 34 sur 45 · J.-B. GREUZE · texte numérisé non relu

J.-B. GREUZE

UN ROMAN DE GREUZE'

es romans des peintres sont rares; — j'entends les romans de l’imagination, — qu’ils ont écrits du bout de leur pinceau; car, pour les autres, il en est assez qui aient griffonné leurs propres rêves en même temps qu’ils dessinaient ceux des autres.

Ch. Coypel faisait imprimer Nabotine et peignait les Don Quichotte. Gavarni a composé Madame Acker et a illustré les Contes de Schmidt. Mais le roman que j’ai sous la main devait être exécuté en peinture par son créateur, Greuze, et déjà il en avait arrangé quelques dessins.

« Dans ses papiers, disait Mme de Yalori racontant la vie de Greuze, se trouve une espèce de roman moral, dont il voulait faire une suite de tableaux, et qu’il nommait Basile et Thibaut , ou les deux Éducations. Plusieurs des dessins de ce roman sont dans la collection que possède MIle Greuze, qui a eu pour unique héritage le nom de son père et beaucoup de ses ouvrages. »

C’est M. Jules Boilly qui voulut bien m’autoriser, il y a déjà quelques années, à prendre copie de ce curieux canevas, en tête duquel il avait écrit lui-même la note suivante :

* Il y a un autre roman de Greuze sur le même sujet : celui qu’il lisait chez la duchesse de Bourbon. Sans doute il avait écrit celui-là avec son sentiment à la Diderot. Se rappelait-il ces paroles de Diderot : « Greuze s’est fait peintre-prédicateur de bonnes mœurs; Baudoin, peintre-prédicateur des mauvaises. Greuze, peintre de famille et d’honnêtes gens: Baudoin, peintre de petites maisons et de libertins, mais heureusement il n’a ni dessin, ni génie, ni couleur, et nous avons du génie, du dessin, de la couleur, et nous serons les plus forts? » Greuze voulait-il moraliser par la plume comme par le pinceau?

Théophile Thoré n’a pas trouvé ce roman chez M!le Greuze. L’avait-elle conservé ? L’avait-il donné à sa filleule Mm0 deValori?

Ces pages, que le peintre avait dictées pour la série de tableaux qu’il devait faire sur ce sujet, donnent d’ailleurs l’idée du roman.

UN ROMAN DE GREUZE

« M. Destouches, peintre, tenait de M1,e Greuze le manuscrit dont il m’a permis de prendre copie. Ce manuscrit n'est pas de la main de Greuze, mais M. Destouches possède encore quelques feuillets autographes que la fille de Greuze lui avait aussi donnés, et qui témoignent de l’exactitude avec laquelle ils ont été transcrits. »

M. de Montaiglon a vu, lui aussi, chez M. Laperlier, un petit carré de papier sur lequel Greuze avait écrit de sa propre main la description du 6e tableau : « Le jeune Thibaut commence à montrer son mauvais naturel... » Si donc l’ensemble du roman a été dicté par le peintre (on lui pardonnera les négligences du style), ce n'a pas été l’improvisation d’un jour.

Greuze, comme Hogarth, comme tous les peintres de mœurs, devait être entraîné à combiner des séries de sujets moraux, tout à fait dans le goût, d’ailleurs, de son époque et de son ami Diderot. Nul doute que si Greuze eût exécuté les vingt-six compositions dont il avait si minutieusement prévu les détails, l’imagerie populaire ne s’en fût emparée et ne les eût répandues à foison dans le monde, — au grand avantage de l’art des rues et des campagnes.

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