Fragments
lA LIBERTÉ ET LES FAUX LIBÉRAUX. 113
de la politique, le goût de la liberté n'est pas inséparable de l'ambition de gouverner, et que si c'est une vertu, cette vertu n'est pas pure de tout intérêt. De quel droit, dès lors, dédaignent-ils ceux qui, n'étant ni de condition, ni d'étoffe à prétendre au gouvernement, se montrent tièdes pour le droit de contrôler ceux qui gouvernent? Quel crime peut-on leur faire de leur peu d'empressement à venir, les jours d'élection, voter pour des mandataires qui en usent si souvent avec leurs mandants comme certains intendants avec les fils de famille?
Ayons donc la candeur de l'avouer, la nation française ne s'intéresse sérieusement qu'à l'égalité. Mais son goût n'est pas plus platonique que le goût de la liberté chez ses adorateurs. Elle aime l'égalité pour le bien qu'elle en a reçu, et plus encore pour le bien qu'elle en attend. Elle sent qu'il y a quelque chose encore a conquérir, môme après les conquêtes de 1789. Celles-ci lui ont donné la liberté de conscience, l'égale répartition de
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rimpôl. Nul n'est inquiété dans sa manière de prier Dieu, ni même pour ne pas le prier du tout, si bon lui semble*. Le faible, dans ses contestations avec le fort, sait qu'il peut <îompter sur la justice. Le petit champ n'a rien à craindre du parc auquel il confine, et la pierre qui lui sert de borne suffit pour arrêter même le souverain.
Voilà ce que la nation a gagné. N'a-t-elle rien à gagner de plus? A défaut de Tégalité parfaite, connue seulement au pays des chimères, est-il si difficile de trouver certaines inégalités qui, pour n'être pas des privilèges, n'en doivent pas moins être adoucies ou corrigées? Est-il impossible, par exemple, d'améliorer le régime du travail? Tout est-il dit sur une répartition plus équitable de ses fruits entre le capital et l'ouvrier? C'est le problème du temps. Toute la nation y est attentive, et pour le plus grand nombre qui vit du travail de chaque jour, le besoin de chaque jour l'y