RÉPONSE A VICTOR HUGO
Tel qu'un juge siégeant en sa cour de justice,
D'où la loi d'un trait sûr atteint toute malice,
Ayant à faire droit à l'acheteur dupé
Qu'un marchand déloyal sur le poids a trompé,
Et voulant rendre à tous bonne et juste sentence,
Fait à son tribunal apporter la balance.
Pour voir par quel métal au vrai poids incrusté
Le félon la faisait pencher de son côté,
Ainsi, maître, le temps assisté de l'histoire.
Dans sa tranquille main pèsera votre gloire,
Et verra d'un regard aussi prompt que subtil.
Ce qu'à l'or de vos vers ont môle de plomb vil
La vendeuse à faux poids, qu'on nomme Politique,
La Popularité, devant qui l'homme abdique
Sa face d'homme, et prend le masque d'un acteur,
La Mode qui de tout grimaud fait un auteur.
Et ce qu'au nom de l'art, aux modernes Orphées
Soufflent de malfaisant ces dangereuses fées.
11 approche le jour de ce discernement, 11 vient du pas pressé dont s'en vont les années Pour qui voit décliner ses dernières journées, Lorsque Tan n'est qu'un jour, et le jour qu'un moment. Or, vous nous l'avez dit, quand vous vîntes au monde, c Ce siècle avait deux ans > ; et si vous êtes né Mortel, au sort de tous comme moi condamné.
Avant qu'il ait cent ans, ou la terre profonde Nous aura vu dormir notre dernier sommeil, Ou nous aurons connu par la mort le réveil.
!2CG .€GRI SOMNIÂ.
Maître, ce jour venu, dans sa raison sereine A nos petits-enfants en Tàge mûr entrés, La critique dira, d'une voix souveraine, Oui, de vos vers méchants et de fiel pénétrés. Où, suppléant Tesprit qui fait défaut, l'injure Par la rime aiguisée aggrave la blessure, Ou du cri que pour Part et pour la vérité J'osai pousser jadis*, le plus loin a porté, Et qui parla plus vrai, de la clameur scrvile Qui du triomphateur assourdissait le char, Ou des libres propos dont Tesclave indocile Importunait tout bas l'oreille de César.
Décembre 1880.