‹ Ægri somnia; pensées et caractèresChapitre 41 sur 46 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

J'ai écrit les pages qui suivent pendant la guerre de i 870, au plus fort des épreuves de mon pays, quand mes rêveries n'étaient plus que d'horribles cauchemars. La douleur que je ressentais en ces jours-là n'est pas tellement émoussée a cette heure, que j'en trouve

1. Si met ^Etjri Soinnia ne sont publiés qu'après ma mort, ma famillo appréciera ce qui doit ûtre publié de cette partie inspirée par les désolations de la guerre de 1870, et de ce qui doit rester en manuscrit. Je souhaite qu'il y ait un temps où tout lecteur français, qui a l'amour de son pays, demande det lectures de ce genre. {i± novembre 1877.)

après dix ans l'expression exagérée. Sur les talents politiques de ceux qui ont préparé, organisé, conduit l'invasion, je ne me refuse pas aux apaisements du temps. Sur la cause môme de ce duel immoral entre un sabre longuement fourbi et affilé et une épée à demi forgée, je n'ai rien abandonné de mes premiers sentiments, et je ne les ai pas distingués un seul jour de mon honneur.

Si l'ambition et les haines de certains Français ont trouvé leur compte à rejeter tous les torts de la guerre sur le provoqué et le vaincu, et s'il a plu h une partie de la nation de faire écho à leurs voix pour s'étourdir sur ce qui a manqué à l'énergie de la défense, ils savent bien qu'ils ne feront pas illusion à riiistoire. En attendant qu'elle donne son jugement, que peuvent faire ceux qui ont su, dès le premier jour, de quel côté étaient les agresseurs, sinon garder leur opinion? Le moment venu d'instruire le procès, nul doute qu'elle n'y pèse d'un grand poids. Voilà pourquoi je reproduis, telles qu'elles ont jailli de

mon cœur navré, mes premières indignations contre ceux qui ont attiré la France dans ce guet-apens. Peut-être aurais-je dû en effacer quelques mots violents. Mais ces mots-là même en marquent la date, et cette date les absout. Je donne donc le tout sans changement.

i/amour de la patrie et la haine de l'envahisseur

Arrivé au seuil de la vieillesse, alors que je me croyais libre de toute passion, voici que je suis en proie à deux passions à la fois, qui consument mes derniers jours et qui en rapprocheront la fin : Tamour de la patrie et la haine de Tenvahisseur.

Avais-je donc attendu, pour aimer ma patrie, qu'elle fût vaincue et démembrée ?

Dieu merci, je l'ai aimée dès le jour où ma faible raison a pu concevoir l'idée de patrie. Jeune homme, quelque chose se troublait en

no .EGRI SOMNIA.

nioî quand un bon et vénéré maître com* mentait devant nous ce beau vers d'Horace :

Dulce et décorum est pro patrià mori !

C'était l'étincelle cachée de ce qui est aujourd'hui une flamme dévorante.

Mais, dans la jeunesse, aime-t-on autre chose que la jeunesse^ N'est-ce pas moi que j'aimais, en aimant mon pays ? Nos frères venaient de promener à travers le monde son dra[)eau victorieux; j'aimais sa gloire, j'aimais l'honneur de compter parmi ses enfants.

Plus tard, je le vis, sous le coup des vicissitudes politiques, tomber, puis se relever, et jusiiue dans ses chutes, rester respectable et redoutable. Je l'aimais encore, mais sans ardeur, comme on aime un malade dont on <;ait que la vie n'est pas en péril.

Aujourd'hui, vieux, languissant, incapable de le détendre ni du bras, ni de la parole, ni de la plume, il faut que je le voie ravagé par la pinî espèce de barbares, de^ barbares savants et niéthodi(iues, qui ont inventé l'art

de tuer les armées au jugé, et de vaincre sans voir ni être vus; et je cherche, parmi tous les amours d'où nous viennent les suprêmes douleurs, lequel comparer à l'amour que je ressens pour mon infortuné pays. Que le père qui a craint pour la vie d'un enfant se remette en mémoire les nuits passées au chevet du malade, l'agitation sans trêve des journées, les heures longues comme des jours, et certaines minutes éternelles; qu'il se souvienne, s'il l'ose, de ses craintes insensées, de ses attentes insupportables, de l'impuissance de sa raison dans les angoisses de sa chair; voilà l'image de mon douloureux amour pour mon pays.

Je suis à cette heure au milieu des miens, et tous sont debout. Eh bien ! s'il plaisait à Dieu d'envoyer demain la maladie sous le toit qui abrite mon exil, si les enfants qui m'y ont reçu dans leurs tendres bras, si les petitsenfants qui sourient à travers nos pleurs, étaient tous frappés à la fois, et tous en danger, ce que j'éprouverais alors, je le connais

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par ce que j'éprouve ; car la patrie eavahie, c'est la mère, c'est la femme, ce sont les enfants, c'est tout ce qu'on aime malade à la mort dans la maison désolée.

mon pays, est-ce que je pourrais aimer les miens plus que toi ? Est-ce que j'ai rien en moi qui ne me vienne de la France ? Je pense, je sens par son àme, dont une parcelle forme la mienne; je parle, j'écris dans son admirable langue. Que j'essaye donc d'ôter de mon être moral tout ce que la France y a mis; que me restcra-t-il en propre?

J'aime tout en elle nvec idolâtrie, ses qualités dont elle est si libérale envers la société humaine, ses défauts (jui ne nuisent qu'à ellc-môme ; j'aime jusqu'à cette légèreté d'humeur dont nous raillent les barbares, du ton de gens ([ui nous Tenvient. Hélas, c'est tout cela qui fait son péril ! C'est par tous ces attraits qu'elle a tenté cette race qui a de tout temps rôvé le ciel des autres, et les pays de liiinièro, de beauté et d'art.

Et uiainlenant, à mon amour mesurez ma

haine. Cherchez, parmi toutes les haines honnêtes, la plus implacable.

Voilà une maison où les envahisseurs ont frappé la femme, souillé la fille. Si le mari, si le père a survécu, imaginez ce qu'il doit avoir de haine au cœur. Cette haine, c'est la mienne. Et comme cette misérable maison, toutes les maisons françaises ont été violées ; pour l'outrage comme pour la haine, toutes sont solidaires.

Cultivons cette haine, comme on cultive une vertu. Enfants de la France, chères générations qui avez à venger les injures de votre pays, laissez les études qui ont formé vos pères aux douceurs de la vie civile et aux plaisirs délicats de Tesprit. Qu'avons-nous besoin de poésie, d'art, d'esprit, d'œuvres fortes ou charmantes ? Le passé ne nous en a-t-il pas laissé de quoi rendre éternellement jaloux nos vainqueurs ? Il sera temps d'y revenir, le jour où la gloire de nos aïeux aura cessé d'être un opprobre pour leur descendants. Donc, Il l'exemple des Allemands,

hérissons-nous de fer, transportons nos laboratoires dans les arsenaux, rendons aux armos le rang qu'elles avaient dès le temps du vieux Caton, dans ce qui fut la Gaule avant d'être la France. Ce rang, c'était le premier ! Le Dieu des armées nous avait mis au front l'auréole militaire; nous l'en avons effacée sur la foi de cette science du bienêtre, qui sous le nom décevant de science du progrès, nous a enflé l'esprit et énervé le cœur. Remettons sur l'enclume l'épée qui n'a pas su nous défendre, et fortifions le bras qui doit la pousser au cœur de l'Allemagne.

Nos docteurs politiques nous invitent à nous reconstituer, à nous régénérer ; au nom de qui? Pas au leur, j'imagine ; car ces affirmatifs ne savent rien et ces négatifs ne peuvent rien. Au nom de la liberté? Allons donc ! la liberté n'est que le masque dont se couvrent toutes les convoitises. Pour l'autorité, il n'y a personne parmi nous, ni pour l'exercer ni pour y obéir. Cependant un pays ne se reconstitue que sous l'empire d'une foi corn-

mune. En attendant cette foi, ayons du moins une passion. Unissons-nous dans une haine que rhypocrisie de l'agression a faite vertueuse. Si notre nation n'en est pas capable, c'est que l'heure de sa fin a sonné. Mais non. J'entends dire que dans notre décomposition politique, tandis que la France agonise entre les Allemands qui la dépouillent elles faiseurs de révolutions quila gouvernent, les enfants de nos écoles se recueillent, et qu'on les voit tout pensifs, se courber sur les cartes d'Allemagne. Serait-il vrai, ô mon Dieu ! faut-il donc se reprendre à vivre ? Et après avoir dit tant de fois : Heureux ceux qui sont morts avant cette guerre ! vais -je donc avoir peur de mourir ?

Un homme ! un homme ! crie notre pauvre France, sur laquelle s'est ruée toute l'Allemagne armée. Quoi! sur trente-huit millions d'âmes ; quoi ! dans cette terre si féconde en

hommes. Voilà des semaines, voilà des mois que l'étranger campe sur notre sol, qu'il le dépouille et le met à nu, comme ces sauterelles d'Afrique qui ne laissent pas deviner que la végétation croissait là où se sont abattues leurs nuées affamées; il tue, il brûle, il pille avec l'impunité du nombre, et tant de désastres ne suscitent pas un réparateur !

Ah ! c'est qu'un tel homme, peu s'en faut que ce ne soit un Dieu, « n'y ayant aucune chose au monde », dit admirablement Cicéron, « où la vertu de l'homme se rapproche plus de la divinité, que lorsqu'il fonde des sociétés nouvelles, ou qu'il conserve les sociétés établies ».

13 septembre 1870.

De toutes les misères de l'invasion, je n'en sais pas de plus dure que l'inaction d'un homme impotent et languissant, à qui sont interdites les mâles souffrances du sacrifice.

Novembre 1870.

France de saint Louis, de Henri IV, de Louis XIV, de Napoléon T, toi, le seul pays qui travaille pour les autres, qui ne gardes pour toi de toutes les productions de ton heureux génie, que la plus petite part; terre hospitalière et généreuse, où si loin que l'injustice et l'oppression fassent leur œuvre, on en ressent le contre-coup, et Ton en demande le redressement ; est-ce bien toi que foule en ce moment le pied de ces barbares savants, dressés depuis un demi-siècle à l'art de détruire, qui veulent éteindre ta lumière, pour le punir de faire [ressortir leurs ténèbres ? Versailles, ville des arts aimables et des arts sévères, ou Louis XIV a eu pour hôtes Racine, Molière, Bossuet, Fénelon, est-ce bien toi qui sers d'hôtellerie à ce vieux reître allemand, victorieux par la vaillance de ses canons et par le génie du nombre, qui aura eu la fortune de vaincre la France et qui ne laissera

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pas même un nom ?Tout cela est-il une réalité ou un rêve ? Est-ce que nous vivons ?

Est-ce bien moi qui écris ceci, et comment la main qui l'écrit n'est-elle pas séchée ?

Décembre 1870.

Si la marque véritable du génie est de créer, le comte de Bismarck-Schœnhausen est un homme de génie ; car il a créé des haines inconnues du monde civilisé d'où sortiront des guerres inconnues du monde sauvage.

Les nations étrangères nous raillent agréablement de notre amour pour la gloire, comme si chez un peuple qui, depuis plus de dix siècles, a donné tant à faire àThistoire, aimer la gloire n'était pas tout simplement se respecter soi-même ! Mais le comble de la disgrâce, c'est de voir tels de nos lettrés en

faire publiquement pénitence pour nous comme d'un vieux travers gaulois, dont nous sommes, disent-ils, en train de nous corriger. Parlez pour vous, messieurs les beaux esprits, qui travaillez sans doute pour un objet moins chimérique. Si la France a failli en cette guerre par amour de la gloire, il suffit que cet amour lui reste au cœur pour qu'elle se relève; si c'est, au contraire, pour n'avoir pas assez aimé la gloire, son malheur n'est .pas une trop dure expiation de sa faute.

C'est un trait de génie des gouvernements étrangers et de ce qu'on appelle le gouvernement de l'Hôtel-de- Ville , d'accorder à la Prusse que nous lui avons fait une guerre injuste. La chose a servi aux uns de couverture pour leur abstention, sinon pour les secrètes joies de leur jalousie; aux autres de couleur pour leur usurpation bâtarde. La ;guerre a été imprudente, prématurée, plus

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chevaleresque que sensée; soit; injuste, je ne l'avouerai pas, eussé-je la gorge sous le pied d'un uhlan prussien. Nous avons été provoqués, insultés, jusque dans l'apparente satisfaction qui nous fut donnée; et de même qu'un homme de cœur, souffleté par un duelliste de profession, ne demande pas à Tinsolent un répit pour aller s'exercer dans une salle d'armes, nous nous sommes portés bravement sur le terrain ; et là, nous avons trouvé, en face de nous, au lieu d'une armée, trois armées; au lieu d'un homme, trois hommes; au lieu d'un canon, trois canons.

Nous avons été vaincus. Qui ne l'eût été môme avec toutes les chances de la bonne conduite et de la fortune, dans une lutte aussi prodigieusement inégale contre toute une race armée, où l'homme naît, j^^randit, se marie, engendre pour tuer, et où, depuis un demisiècle, s'organisait savamment, mathématiquement, l'embuscade où devait tomber la nation généreuse qui avait eu pour hôtes honorés et fêlés ceux qui l'ont dressée !

Une guerre injuste ! Allez le dire à Berlin où les honnêtes gens sont assez en peine de trouver des raisons pour justifier l'effronterie de cette conquête préméditée. De notre côté, plus la guerre a été malheureuse, plus elle a été juste, plus elle témoigne qu'en s'y jetant, fût-ce à l'étourdie, la pauvre France a été le champion de l'indépendance européenne, et que, cette fois encore, on y meurt pour les autres ! Donc, n'ayons désormais pour toute politique que de faire des soldats ; réduisons toute science à perfectionner nos armes, et, à la place de tous les serments abolis, que tout Français fasse jurer à son fils le serment d'Ânnibal !

Septembre 1870»

Dans la crise suprême où se débat la France, ce qui me rend inconsolable, c'est qu'il n'existe pas de tribunal sur la terre pour juger entre les envahisseurs et les envahis, et que de cet

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épouvantable drame il n'y a même pas une morale à tirer.

On dit les Allemands fort marris de ce que, d'un bout du monde à l'autre, on n'entonne pas le pœan en l'honneur de leurs victoires, lis ont vaincu presque aussi souvent que l'ont dit leurs bulletins; ils ont arraché à la France deux de ses plus belles provinces ; ils nous ont pris toutes nos armes de guerre, tout notre argent, et essayé de nous prendre jusqu'à notre crédit; ils ont emporté, dans nos propres wagons, nos meubles pour en décorer leurs demeures, et jusqu'aux bardes de nos femmes pour en faire des toilettes de bal h leurs filles ; et voici qu'additionnant tous ces gains, ils demandent, de l'air naïf qu'ont leurs poupées de Nuremberg, si tout cela ne s'appelle pas la gloire !

Vraiment non; et je m'étonne qu'ils s'y

méprennent. Est-ce donc qu'on ne leur enseigne pas, dans leurs écoles si vantées, ce <iue c'est que la gloire? Eh bien, qu'ils l'apprennent d'un des vaincus de cette pauvre nation française, qui le sait depuis plus de mille ans. La gloire, c'est l'immortel souvenir que laissent au genre humain des victoires où le courage a plus fait que le nombre, les poitrines que les armes, et qui sont glorifiées même du vaincu. Quel rapport y a-t-il, je vous prie, entre cette chose et les égorgements victorieux du roi Guillaume ? Que les Allemands en prennent donc leur parti. Qu'ils chantent entre eux leur pœan, avec l'accompagnement lointain des chœurs de certains neutres, complices secrets de leur guet-apens ! La gloire n'est pas pour eux cette fois encore ; 'elle appartient à cette poignée de soldats, à moitié nus et sans pain, que leur million d'hommes, emmitouflés et gorgés de notre substance, ont mis près d'une demi-année k vaincre !

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Que me parle-t-on de la Commune? On me distrait de ma haine contre l'étranger qui Pa déchaînée sur mon pays.

On raconte qu'arrivé sur les bords de THellespont, Xerxès se fit porter par quatre de ses satrapes au sommet d'une colline d'où il pouvait voir, blanchissant à l'horizon, les rivages de l'Europe, et, sur la côte opposée, les plaines de l'Asie, s'enfonçant dans un lointain sans limite. Là, comparant la largeur du détroit avec l'immense espace que couvraient ses armées, il délibéra lequel le mènerait plus vite à l'aulre rive, ou de jeter un pont sur la mer, ou de la faire boire par ses soldats. On racontera de même-à nos enfants qu'après cinq mois de carnage, le roi Guillaume, joyeux de se voir encore à la tète

d'un débris d'armée réduit à un million d'hommes, consulta ses vassaux couronnés pour savoir lequel profilerait le plus à la Prusse, ou de la transplanter tout entière en France, ou de faire emportef à dos d'hommes par ses soldats toute la terre française pour en fertiliser les sables de la Prusse.

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Si les lettrés allemands ont approuvé leur roi Guillaume pointant ses obusiers sur nos écoles, nos hôpitaux et nos églises, quels sauvages !

Ou si, ne l'approuvant pas, ils se sont tus, quels valets !

Le proverbe populaire dit vrai : a: On ne meurt pas de chagrin. y> Comme une flamme qui brûle lentement au fond d'un caveau funéraire, où nul souffle du dehors ne vient

l'aviver, la vie fermée par le chagrin à toutes les passions où elle a coutume de se dépenser, recueillie et repliée sur elle-même, cesse de s'écouler, et reste comme suspendue; en sorte que, si l'on ne meurt pas, c'est qu'on ne vit plus.

Mars 1871. *

Je lis avec larmes dans un ordre du jour du général Ducrot aux troupes du champ d'Avor, ces belles paroles :

« Le courage qui, dans un élan généreux^ fait allronter la mitraille et la baïonnette, n'est que la seconde vertu du soldat. La première des vertus militaires est la discipline. y>

Ainsi, tenir sa vie prête à donner au premier ordre, et, cet ordre reçu, marcher audevant de la mort, ce n'est pas assez! Il faut faire cela avec régularité et méthode, mettre du sang-froid dans le dévouement, de la discipline dans le sacrifice, ne pas mourir en

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tumulte. Celte vertu-lîi est la première du soldat; l'autre n'est que la seconde.

Et un général peut le dire, comme la chose la plus simple du monde, à la fleur de nos jeunes gens, dans un pays où la vie et la jeunesse ont tant de prix ; et, parmi cette foule qui l'écoute, nul ne pense que le général ne dit vrai, et qu'il exhorte à des vertus impossibles.

Je voudrais savoir quelle œuvre de paix peut élever l'homme à une telle hauteur.

Supprimez la guerre, il n'y a plus personne pour confesser en mourant la vérité de ces paroles. Le niveau de l'humanité a baissé.

Guerre et paix sont deux choses d'ordre divin. La corrélation en est si intime qu'elle équivaut à Tidentité. Sachons donc, en gardant la paix, entretenir pour les guerres justes les vertus de la guerre, et acceptons virilement cette loi de l'histoire, par laquelle les peuples qui ne croient pas au Dieu des batailles, deviennent la proie de ceux qui continuent d'y croire.

1" octobre 1875.

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* Post'Scriptum. — Je ne cherche pas volontiers les occasions d'être de Tavis des Allemands ; mais quand l'avis est bon et que, de plus, il nous vient d'un Allemand dont nous ne savons que trop la compétence dans les choses de la guerre, je ne sache pas de scrupule de patriotisme qui me défende d'y souscrire et d'en faire mon profit.

C'est pour cela que j'ai reculé, pour le consigner ici à la suite, et comme une confirmation imposante de ce qu'on vient de lire, cet extrait d'une lettre écrite par le maréchal de Moltke à un professeur de Berlin, le 2 février 1881 •

« La paix perpétuelle est un beau rêve ; ce n'est même pas un rêve. La guerre fait partie de l'ordre établi par Dieu ; elle développe les plus nobles vertus de l'homme. Sans elle le monde tomberait dans la pourriture et le matérialisme, d

Quoique le maréchal de Moltke ne veuille guère de bien à la France, il lui en fait malgré lui, en proclamant une vérité qu'il nous faut

croire de foi, si nous voulons nous relever de notre déchéance et reprendre notre rang.

Février 1881.

Second Post-Scriptum. — Voici un autre témoignage qui me vient de bien loin. C'est du XII' siècJe, où un troubadour du nom de Blacassel, dans une sirvente en langue romane et en vers monorimes, a tracé ce tableau expressif de l'influence de la guerre sur les caractères et les mœurs :

Guerre me plaît, quand je la vois commencer; Car par guerre je vois les preux s'illustrer, Et par guerre je vois maints destriers dresser, Et par guerre je vois l'avare généreux devenir. Et par guerre je vois prendre et donner.

Et par guerre je vois les nuits veiller ; Donc guerre est droiturière, ce me semble, Et guerre me plaît sans avoir jamais trêve ^.

Ne poussons pas l'amour de la guerre

1. Le savant Renouard en a donné une version. Le passage cité est extrait d'une notice sur la langue niçoise publiée par M. Sardou^ père de l'auteur dramatique.

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jusqu'à la vouloir, comme le vieuxpoète, sanstrêve; mais sans ce trait, pensons commelui!

Février 1883.

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