A QUEL SIGNE RECONNAIT-ON LE BONHEUB
Bon nombre d'hommes trouvent en eux- -mêmes un certain bonheur sans émotion, semblable à flc l'indolence » où les stoïciens faisaient consister le souverain bien. Ce bonheur n'est pas le vrai; à peine en est-il l'ombre. Le vrai, celui dont nous sommes avertis par une
<louceur secrète qui se coule en notre cœur, nous ne pouvons nous le donner tout seuls; il faut que les autres nous y aident, en en prenant leur part.
C'est, dit-on, une loi de la physique, qu'une lumière allumée la nuit, dans une solitude fiue, où nul objet alentour ne la réverbère, se consume inaperçue et n'éclaire qu'elleinême. Pareillement, si à la faculté d'être heureux, l'homme ne joint pas le désir de faire du bien, loin de jouir de son privilège, il n'en a môme pas le sentiment. Mais qu'il vienne une occasion qui le tire tout à coup de son inertie, qu'une souffrance le trouve compatissant, un malheur secourable, la chaleur qui couvait en lui s'éveille, éclate, et, 'dans le moment qu'un autre en ressent l'effet, il en est échauffé lui-même. Ainsi, par une admirable harmonie du monde physique et du monde moral, de même que la lumière n'existe que par le rayonnement, ni le rayonnement que par la présence d'objets qui la réfléchissent, de même le bonheur véritable n'est
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qu'un reflet et comme un rejaillissement du bien sur le bienfaiteur.
Pourquoi cette dépense efïrénée de vos talents, Calliphon, et cette exposition perpépétuelle de votre personne? 'On ne voit, on n'entend que vous. Vous ne descendez d'une estrade que pour montersur un tréteau. Politique, religion, éducation, morale, à quoi ne touchez-vous pas? Nous savons bien qu'en battant tous ces chemins, ce n'est ni la gloire, ni le pouvoir que vous courez, deux choses hors de vos prises. Que cherchez-vous donc, Calliphon? Serait-ce un nom dans les lettres? En ce cas, il est grand temps; déjà vos cheveux tirent du gris au blanc, et votre voix chevrotte aux fins des phrases. Faitesnous quelques bonnes pages, non en français de scénario, mais enfrançais d'écrivain : moins que cela, une page, une seule, Calliphon; si-
non j'ai grand'peur, qu'après tout ce bruit, avec votre forte voix ne s'éteigne votre nom,
Dans le mal qui se dit de nous, derrière nous, il y a des vérités qu'on n'ose pas nous dire en face. Sachons les démêler, et si désagréable qu'en soit la découverte, faisons-en notre profit. Nous avons tant d'intérêt à ne pas nous tromper sur nous-mêmes, qu'il nous faut y employer bravement jusqu'aux propos des médisants.
Vous croyez que deux et deux font quatre?
Erreur. C'est seulement pour ceux qui y ont intérêt.
Celui qui, le jour où s'ouvre une souscription patriotique ou de bienfaisance, y ap-
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porte un sou, donne plus que celui qui, lejour de la clôture, souscrit pour un louis.
LE SCEPTiaUE AFFinMATIF
Parmi nos sceptiques en crédit, j'en sais uhj dont les (Joutes orgueilleux impliquent l'interdiction à autrui de soulever les questions qu'il n'a pas résolues, et de regarder où il. n'a pas vu clair. C'est B*** R***. Ses points d'interrogation sont comme les drapeaux que plantent, au nom du roi, les découvreurs de terres sans maître. Ils ne signifient pas l'occupation, mais la défensed'occuper.
Pour mille qui jugent, il en est un qui sait. Par malheur, celui qui sait croit n'avoir plusrien à apprendre, en sorte qu'il ne se trompe^ guère moins que les mille qui jugent sans, savoir.
Par une contradiction de nos mœurs, tandis que la médecine est de plus en plus en discrédit, le crédit des médecins augmente^ J'en crois voir la raison. Si la médecine est discréditée, c'est que tout le monde connaît plus de cas où elle a laissé mourir le malade,, que de cas où elle l'a guéri, et si le médecin est en crédit, c'est que chacun se persuade^ que le sien est le bon.
Chroanthe serait un écrivain, s'il ne vou^ lait pas l'être trop. Ce n'est pas assez pour lui que chaque mot parle, il faut qu'il crie. Il ne croit être entendu que s'il vous assour-» dit, ni vous remuer qu'en vous bousculant.
Mais il y a tant de dons naturels dans son.
talent, et tant d'industrie dans son travers,.
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que je ne serais pas loin de l'admirer, si je pouvais seulement le supporter.
Je lis, dans un éloge que fait Litlré d'un savant professeur, « qu'après avoir traversé, comme Jouffroy, la terrible nuit où se consomma le naufrage de nos plus chères croyances, il avait mis, à la place de la religion de sa mère, une foi formée d'études, d'histoire, de physiologie et de morale, dont le seul dogme peut se résumer en ces trois mots : raison, liberté, démocratie ». Comme chacun de ces mots porte en soi son évidence! Comme la raison est bon juge des choses qui la contrarient ou qui la dépassent ! Comme il est aisé de définir la liberté et de démontrer la démocratie! Et que le compte est long à faire de ceux qui, marchant à ces trois vacillantes lumières, n'ont pas donné contre un écueil ! Les croyances perdues sont comme les années envolées;
PENSÉES ET CARACTÈRES. tS
on ne se refait pas plus une foi qu'on ne se redonne une jeunesse.
S. B. ne donne pas de poignées de mains; il tend ses doigts, écartés, froids et mous.
Vrai disciple de Diogène, il en pratique la maxime, « qu'il faut donner la main à ses amis, mais sans fermer les doigts* .>
Dans les grands écrivains du xvii" siècle, et dans ceux du xviif qui ont gardé la tradition, l'image n'est que la pensée elle-même jaillissant d'un cerveau pour qui penser et imaginer n'est qu'un seul et même acte. Chez les écrivains de cette fin du xix* siècle, l'image vient après la pensée, pour en dégui-