SCÈNE II. M
bfanc et le dos voûté. El celui à qui tu penses quand tu es loute seule, est un jeune apprenti aux cheveux bleuis qui n'a que son aunel Ce n'est pas là un obstacle. Par ma patronne! j'enrichirai si bien l'apprenti qu'il pourra festoyer son ancien maître sur une nappe peluchée, dans une bonne et solide vaisselle d'argent. Ainsi, nomme-le sans crainte.
LOYSE
Sire, je ne me soucie pas plus d'un apprenti que d'un marchand.
SIMON FOURNIKZ, avec colère.
Peut-être que tu nous trouves de trop basse lignée pour toi I
LOYSE, au Rot.
Il ne m'appartient pas de rabaisser l'état que mon père exerce avec honneur, —
SIMON FOURNIEZ.
Eh bien, alors?
LOYSE, coiitinunnt.
Mais je ne vois pas de différenre entre une boutique et une prison. Quoi! rester ainsi dans cette ombre, dans cet ennui, quand le monde est si grand, quand il y a tant de cieux, tant de terres, tant de rivières, tant d'étoiles!
LE ROI
Tu ne veux pas d'un marchand?.. Tu te tais?
LOYSE
Sire...
NICOLE
Soyez tranquille, Sire. Loyse me dit tout, et je la confesserai.
LOYSR.
Je n'ai pas de secrets, ma tante. Le Roi le sait bien, ma mère était fille d'un drapier de Tours. Toute petite enfant, comme elle jouait sur ^es bords de la Loire, elle avait été enlevée par des Bohémiens. Douzo ans plus tard on la retrouva par miracle, restée sage, vertueuse et douce, mais elle avait gardé de sa
vie errante l'amour de vivre au grand air et le désir de l'espace infini.. Mon bon père l'a épousée avec une siiicère amitié et l'a rendue heureuse, —
SIMON TOURNIEZ
Ma pauvre femme I
LOTSE.
Et cependant elle est morte jeune, quoique entourée de soins et d'amour. Elle songeait toujours aux pays bénis où les fruits et les fleurs naissent ensemble dans la lumière. J'ai dans les veines le sang de ma mère : voilà pourquoi, Sire, je ne veux pas épouser un marchand.
SIMON FOURNIEZ.
Princesse !
LE ROI
Veux-tu un soldat?
LOVSE.
Non, Sire. Rester à la maison quand mon mari subirait les hasards et les dangers de la bataille 1 Ne serait-ce pas endurer lâchement un supplice de toutes les minutes ?
LE ROI
Ainsi ton cœur ne dit rien?
NICOLE, au Bol
Rien, Sire.
LOTSE, naïvamenl.
Si fait. Mais ce qu'il me dit est bien confus. (EUe s'approche
doacement du Boi et, pensive, appuie ga tête contre la chaire dans laquelle il
est assii.) II me semble que j'aime un homme qui, sans doute, n'existe pas, puisque je le voudrais vaillant comme un capitaine et capable d'une action héroïque, mais doux comme une femme. Et voyez si mes rêveries sont folles ! quand jo songe à cet ami inconnu, je le vois parfois malade et chétif, etavcint besoin de ma protection, comme si j'étais sa mère I Vous voyei bien que je suis uœ petite fille, ne sachant pas même ce qu'elle