III. - Formes filtrantes du Bacille de Pfeifter
En 1920, Carl Prausnitz soumet une hypothèse nouvelle sur la nature du virus filtrant de la grippe. Reprenant une notion ancienne, depuis longtemps signalée par Pfeiffer lui-même, Carl Prausnitz soutient que les « granules » observés par Pfeiffer, et dont la culture donne du bacille de Pfeiffer, peuvent tra- . verser les filtres et qu'ils constituent donc une forme filtrante de ce bacille.
En 1922, H. Happe met en valeur le bien-fondé de cette affirmation en ensemençcant sur bouillon Levinthal le filtrat obtenu par passage de cultures de Pfeiffer à travers des bougies Berkefeld. L'expérience fut assez heureuse, puisque Happe obtint 8 cultures postérieures sur 51 filtrations.
Reprenant cette même expérience, Dujarric de la Rivière avoue n'avoir obtenu aucune culture sur 40 filtrations.
Cependant, ce dernier auteur a obtenu un certain nombre de résultats positifs en filtrant du liquide péritonéal de cobayes dans le péritoine desquels il avait préalablement injecté du bacille de Pfeiffer.
De cette étude succincte sur la recherche de l'agent spécifique de la grippe, que conclure?
Bacille de Pfeiffer? Formes filtrantes du bacille de Pfeiffer ?
Virus filtrant, Bacterium Pneumosintes?
Nous avonons notre indécision.
Le bacille de Pfeiffer conserve ses partisans. Certes, le bacille de Pfeiffer est agglutiné par le sérum des grippés convalescents dans la majorité des cas, On ne peut pas plus nier que le bacille de Pleilfer se trouve au début de la maladie, chez les grippés, ant qu'elle ne se complique pas. Il est, d'autre part, indéniaplé que l’inoculation du bacille de Pfeiffer provoque des phénomênes morbides assez nettement semblables à ceux de la grippe. |
Mais, d'autre part, que penser de la spécificité d’un microbe,
prétendu agent pathogène de la grippe, qui est agglutiné par le sérum de malades atteints de rougeole, ou de coqueluche? Que penser de la spécificité du bacille de Pfeiffer, lorsqu'on voit le sérum de grippés agglutiner avec autant d’aisance le preumocoque que le bacille de Pfeiffer lui-même? Que penser d'un microbe spécifique d'une maladie qui n’est grave que par ses complications, lorsqu'il faut constater que le bacille de Pleilfer se trouve très rarement au niveau des complications graves?
Admettre l'existence d’une forme filtrante du bacille de Pieifler sur les résultats isolés et peu probants (8 réussites sur 51 tentatives) d'un auteur dont les expériences n’ont même pas pu être renouvelées ?
Suivre la mode, adopter l'opinion du jour et admettre, avec Olitsky et Gates, que le Bacterium Pneumosintes est l'agent spécifique de la grippe? Certes, les expériences sont sérieuses. Elles nous mettent en présence de faits positifs et donnent une impression incontestable d’irréfutabilité. L'inoculation, le microscope, l’agglutination apportent des témoignages de poids.
Mais nous devons formuler deux objections
D'abord, il manque aux expériences d’Olitsky et Gates des observations d'infections en série provoquées par le Bacterium Pneumosintes. Ensuite, après les belles expériences faites par Olitsky et Gates, l'expérience cruciale indispensable était d’inoculer la maladie à un animal neuf, avec un virus ayant préalablement contaminé un autre animal. Rien ne prouve, en effet, que le premier animal ne succombe pas à une action toxique du filtrat.
Enfin, malgré les grandes précautions prises par les expérimentateurs, les bougies servant au filtrage peuvent être une source d'erreurs, même lorsque les bougies ont été sérieusement éprouvées.
Nous. terminerons cette discussion sur les recherches de l'agent spécifique de la grippe par l'exposé des idées d& J. Teissier à ce sujet (Paris Médical, 1920) :