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LA PESTE DE JAFFA

de courage qui, parmi les héros, vous caractérisera dans l'histoire, je crois de mon devoir de vous en rendre compte. C'est le tableau de Cros représentant Votre Majesté visitant et touchant les malades à l'hôpital militaire de Jafta. Ce tableau est vraiment un chef-d'œuvre; il est tellement au-dessus de tout ce qu'avait fait Gros, que, par celte seule production, il sera compté au nombre des plus habiles artistes de l'école française.

« Vous y êtes représenté noblement, avec la sécurité d'une àmc élevée qui fait une chose par le sentiment de son utilité. Votre costume est admirable, votre ressemblance très-animée et très-historique. Tout ce qui vous environne est si ému de confiance et d'espoir, que ces sentiments éloignent déjà l'horreur que peut inspirer une scène où est représenté tout ce que la nature a de plus affreux .

« Relativement à l'art et à l'ordonnance du tableau, on ne peut donner assez de louages à l'artiste. Il y a pompe au milieu de la misère, vérité des costumes, toute l'ardeur de la transparence de l'air du climat, et une magie dans le clair-obscur qui met Gros à coté des Tintoret et des Paul Véronèse ; enfin ce jeune artiste a montré, par cet ouvrage, une telle maturité dans son talent, que, dès ce moment, je; pourrais laisser son tableau avec toutes les productions de l'école vénitienne, qu'il y figurerait avec avantage.

« Le Salon est nombreux, varié, intéressant, et occupera pendant deux mois la curieuse oisiveté des Parisiens. Je donne tous mes soins à ce qu'il ait une décoration et une dignité qu'il n'avait jamais eues.

« Je suis, Sire, avec le plus profond respect, de Votre Majesté, le plus fidèle serviteur. »

Ces citations rendent complètement les impressions de l'époque. Le temps ne les a pas affaiblies. La Peste de Jaffa n'a fait que grandir dans l'estime des amis des arts : les artistes la considèrent comme la plus haute expression du talent du maître. Ce tableau a décoré la galerie de Versailles. 11 est maintenant au musée du

iMi OliOS, SA VIE ET SES orVItACKS.

Louvre, où les «-lèves de notre école peuvent consulter chaque jour cet admirable spécimen, et profiter de l'étude des rares qualités qui le distinguent.

Notre fécond graveur Laugier a reproduit la Peste de Jaffa sur une grande planche. Si Ton ne retrouve pas toujours, dans cet important travail, la finesse et la transparence de la couleur du peintre, on reconnaît, en plus d'un endroit, que le traducteur a su comprendre le maître et taire passer sur le cuivre les beautés principales de la toile.

Gros fit aussi dans cette année (1804) un portrait en pied de la famille de Lucien Bonaparte. Nous n'avons aucun document sur cette production ; elle fut exécutée dans l'atelier que Gros occupait alors sur l'emplacement du couvent des Capucines. C'est une occasion de citer une anecdote racontée par Gros.

La mère des Bonaparte était venue voir cette toile; la conversation s'engagea sur la bataille de Marengo et ses conséquences funestes pourDesaix et d'autres généraux amis du premier consul : « Mon lils, dit-elle avec son accent italien, ce n'est pas un cœur qu'il a, c'est un boulet.»

11 faut classer vers ce temps-là les deux compositions suivantes :

Fig. 20. 11 fait nuit. Othello est dans la chambre de Dcsdemona. Il a déposé sur le parquet la lampe dont il s'est servi pour diriger ses pas inquiets; il s'est assis sur la couche de la jeune femme sans la réveiller de son sommeil ; la main droite du More interroge les palpitations du sein découvert de Desdemona; l'autre main du jaloux pèse sur sa propre poitrine, afin de comparer les deux résultats et d'en apprécier les conséquences.

Cette esquisse à la plume est d'un aspect saisissant ; Gros eut tiré, de cette disposition simple et grandiose, un elle! éminemment dramatique , en l'éclairant de la lueur mystérieuse se projetant de bas en haut.

L'épisode dTgolin, dans le vingt-troisième chant de l'Enfer du

UGULIN.

Dante, est le sujet de la seconde esquisse (fig. 27); Gros a pris pour texte cette strophe du poëte italien :

Già cieco a braucolar sopra ciascnno, E due di li chiauiai poi cbe fur inorti • Poscia più clic '1 dolor polè '1 digiuno.

Le vieillard a perdu l'usage de la vue par l'épuisement de ses forces; il se traîne péniblement, en cherchant, avec les mains étendues, à se rendre compte de l'état de ses enfants, morts depuis deux jours et qu'il n'a pas cessé d'appeler.

Le peintre a groupé seulement trois fils auprès du père. L'auteur de la poésie en montre un de plus.

LA BATAILLE D'ABODKIR

La fortune des lieutenants de Napoléon s'était considérablement accrue avec leur avancement honorifique. Murât, devenu grandduc de Berg, prenait exemple sur le souverain français. La magnificence du nouveau dignitaire reflétait celle de la cour impériale. 11 voulut faire peindre l'un de ses mémorables faits d'armes, la bâtai 11(5 d'Aboukir. tl pria l'auteur de l'esquisse de Nazareth de se charger de ce soin.

Voici le rapport officiel, que Gros a suivi :

« Au quartier général d'Alexandrie, le 9 thermidor an VU de la République.

« Bonaparte, général en chef, au directoire exécutif.

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