‹ GrosChapitre 17 sur 66 · LA BATAILLE D EYLAU · texte numérisé non relu

LA BATAILLE D EYLAU

L'art agrandissait son domaine en s 'emparant des éléments de notre gloire militaire ; il enregistrait, palpitants encore, li s laits dignes d'être transmis «à la postérité. Un concours fut ouvert pour peindre Napoléon visitant le champ de bataille d'Flylmi. Le plus capable de traiter ce sujet ne se présentait pas dans la lice. Denon, admirateur du talent de l'auteur de Jaffa, s'empressa de stimuler le grand artisle. Gros parut enfin et réunit tous les sucrages sur son esquisse.

L'empereur souscrivit avec satisfaction au vœu de l'Institut, sanctionné par l'opinion publique, et il fit remettre, entre les mains de Gros, la pelisse et le chapeau qu'il portait à cette sanglante journée. L'année suivante, on put juger de l'étendue des ressources de la riche et brillante palette de Ja/Ja et d'Aboukir.

Ici, ce n'est plus une atmosphère échauffée aux rayons ardents du soleil d'Égypte, c'est le ciel glacial et brumeux du nord, couvrant de neige et de frimas un sol aride. Dans cette nouvelle scène, les prodiges de la valeur, l'opiniâtreté de la lutte, le cliquetis des armes ne surexcitent pas notre Ame en lui voilant le côté toujours désastreux du combat.

Le lendemain de sa victoire, et regardant avec horreur l'un de ses funestes résultats, Napoléon s'était écrié : « Si tous les rois de la terre pouvaient contempler un pareil spectacle, ils seraient moins avides de guerres et de conquêtes ! » Telles sont les paroles historiques que Gros avait à redire au monde, dans un énergique et touchant langage.

«;IU>S, SA VIK KT SES orVKAf.KS.

C'est avec du sang et des cadavres qu'il a du marquer la position occupée par les différents corps de troupes, qui, la veille, y combattaient avec acharnement. Dans certains endroits, des lignes entières de soldats sont tombées criblées par la mitraille ; aucune interruption dans leur lugubre tracé n'indique une seule proie arrachée au feu de l'artillerie. L'image de la destruction est partout; on n'a pas enterré les mort*; ils sont encore sous la neige, qui leur sert de linceul.

Il fait froid dans celte vaste toile, et le frisson nous gagne : cette sensation resserre le cœur ému de compassion à la vue des groupes du premier plan : là sont entassés pèlo-mèle les blessés, les mourants et ceux en qui la vie est éteinte.

A notre droite, des chirurgiens français soignent avec empressement des soldats russes, dont l'un rejette avec effroi le secours offert. (Test une lutte figurée de l'ignorance barbare repoussant les bienfaits de la civilisation. C'est l'expression d'un caractère inculte, ne comprenant pas le désintéressement et doutant des intentions les plus bienveillantes, quoique manifestées généreusement. Cette ténacité du Russe ne cède pas même aux observations de son camarade, abandonnant sa jambe malade à des soins intelligents et donnant l'exemple d'une sécurité complète.

Cette pantomime, claire et concise, ne laisse rien h désirer. Cependant le blessé plein de confiance ne nous montre pas son visage; ses reins, en raccourci, s'appuient sur un sac de cuir; sa tète ne présente «à nos yeux que sa chevelure touffue. Mais cet homme secoue la poitrine du récalcitrant d'une main, et de l'autre il appelle ses regards effarés sur le pansement exécuté parle Français : il lui démontre, en réalité, le peu de fondement de ses soupçons injurieux.

Au-dessus d'eux, et formant la sommité de ce fragment épiso- dique, un Cosaque suit attentivement l'opération dont il est l'objet. Ses mains sont élevées et tournent vers nous leur face palmaire ouverte. Elles paraissent prêtes à tressaillir à la moindre secousse douloureuse. Rien ne le distrait de sa préoccupation. Il personnifie legoïsme et sert à faire ressortir le dévouement des autres acteurs de ce drame imposant.

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Parmi ceux qui sont confondus vers la partie moyenne de la ligne antérieure, un seul est vivant. Il vient de dégager péniblement sa poitrine de dessous les cadavres amoncelés sur elle, et il étend son bras droit vers l'empereur : c'est un signe de détresse et d'espoir. La voix de Napoléon a fait sortir ce Russe de sa torpeur. Ses jambes restent engagées sous celles d'un autre soldat de sa nation ; ce dernier est renversé lui-même sur le corps de l'un de ses compatriotes, recouvrant, à son tour, un dragon français. Ce courageux combattant est écrasé sous le poids de ses victimes. Sa tète et son bras droit apparaissent seuls sous ce monceau de débris humains.

Le premier de ces trois morts a la face libre ; elle regarde le ciel, et l'empreinte de la menace y subsiste encore. Le bras droit a conservé sa roideur cadavérique ; il a suivi le mouvement d'ascension de l'épaule du blessé, dont il entrave les efforts. Ce corps inanimé se dessine en un savant raccourci ; un fusil, armé de la baïonnette, repose entre ses genoux, terminant ce que la perspective permet de voir des extrémités inférieures.

Le second a la portion supérieure du torse dégagée ; sa tète se tourne de trois quarts ; sa joue gauche est collée sur le sol ; son bras gauche e9t enfoui sous la neige ; son bras droit passe au devant de celui du dragon, et cache la partie inférieure du masque, disposé en sens inverse et composant, avec celui du précédent, les deux angles de la base d'un triangle, dont la face du Russe couché sur le dos serait le sommet.

Le dragon a fait une rude besogne avant de succomber sous les forces réunies de ses trois adversaires. 11 leur a enlevé ce drapeau que sa main crispée et sans vie n'a pas encore abandonné, et pour la défense duquel trois hommes courageux ont sacrifié leurs jours. Cet insigne n'est plus pour lui qu'un linceul, mais il reste au pouvoir du maître du champ de bataille. Le dragon a payé de sa vie le droit de la France à la possession de ce glorieux trophée.

Tout à fait à notre gauche et à l'angle du cadre, un de nos aidesmajors retire les flocons neigeux sous lesquels respire un ennemi fixé sous un cadavre dont on ne voit que les extrémités inférieures. Ce malheureux survit à st s blessures ; il n'est pas en position de s'assurer si cet acte est bienveillant ou hostile; ses traits endo-

m GROS, SA VIE ET SES OUVRAGES.

loris expriment une vive anxiété. Ce n'est pas un lâche pourtant, car sa main contractée n'a pas voulu quitter une médaille accordée à son courage. Dans un instant, la liqueur réconfortante que lui tend un aide chargé de provisions lui prouvera qu'un Français voit toujours un frère dans un adversaire abattu.

Au-dessus de cet épisode, est un jeune Lithuanien, objet d'une sollicitude particulière. 11 est soutenu par un aide ; un autre praticien panse la jambe de l'étranger, sous la direction de Percy.

Le célèbre chirurgien en chef signale à l'empereur ce zèle et ce dévouement.

La main droite du Lithuanien est posée sur son cœur. La gauche est dans la pronation et se dirige avec enthousiasme vers celui qui se montre aussi grand par sa philanthropie que par ses rares talents militaires. Le regard du Lithuanien s'attendrit et brille du feu de la reconnaissance; c'est une conquête plus sûre et plus durable que celles acquises par la force et la contrainte.

dette puissance d'attraction amène les vaincus auprès du héros à la voix miséricordieuse; l'un intercède vivement; l'autre admire ; un troisième presse contre ses lèvres respectueuses les genoux de celui qui s'émeut devant tant d'infortunes.

Elle est, en effet, sublime, cette physionomie impériale, où se reflètent une compassion profonde, une sincère abnégation personnelle de toute idée de triomphe au mépris des lois saintes de la confraternité parmi les hommes.

Qu'il est simple et vrai ce geste pesant à sa juste valeur la gloire des conquérants de la terre !

Que de grandeur et de noblesse dans cette attitude, reudant un solennel hommage aux principes éternels de la justice et de l'humanité ! Peintre inimitable, cette conception se forma dans ton cœur, et ton divin pinceau l'anima.

La vie et le mouvement répandus dans la ligure principale et le cheval isabelle qu'elle monte, font illusion. Il semble voir défiler le cortège arrivant à la suite. Parmi l'état-major, on distingue «Ma droite de l'Empereur, et de plus en plus écartés, Soull, Davoust, et .Murât caracolant sur un cheval magnifiquement harnaché ; à la

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gauche et dans Je mémo ordre d'examen, viennent successivement Berthior, Bessièros et Caulaincourt.

Sur un terrain plus reculé, un canonnier est resté frappé sur sa pièce; au delà, deux chasseurs de la garde à cheval placent sur un de leurs chevaux un grenadier russe, incapable de se rendre à pied à l'ambulance commune : l'un des chasseurs est monté sur un caisson, et il a pris le blessé sous les aisselles, pour le hisser sur la selle, tandis que son camarade seconde ses efforts pour asseoir, d'une manière convenable, leur protégé reconnaissant. En avançant toujours, on aperçoit deux soldats français' emportant un Husse affaibli parle sang qu'il a perdu. Le'lointain offre les ligues de nos troupes, devant lesquelles défilent des prisonniers de guerre en grand nombre. La flamme dévore une partie du village d'Eylau, dont l'aspect est d'une grande exactitude. Au-dessus des habitations, s'élève le clocher, du haut duquel l'Empereur suivait et commandait les opérations stratégiques. Ce que Je fond laisse apparaître de terrain et de ciel rend admirablement 1 apreté de ce climat rigoureux. Du reste, l'action du froid sur le visage et le membres engourdis de la plupart des personnages suffirait pou donner une idée exacte de son intensité. Cet effet se produit menu sur les officiers de l'état-major, à peine garautis par d'épaisses fourrures et de chauds vêtements. Le parti que Gros a tiré de cet état de la température concourt à faire pénétrer plus vivement en nous l'horreur de cette boucherie humaine ; mais il n'a pas dépassé le but : il a réservé la part d'admiration due à ceux qui sacrifient leur existence pour soutenir dignement l'honneur de leur pays.

Ça et là on distingue les particularités du lendemain d'une grande bataille. Voici un cheval abandonné qui fait de vains efforts pour se soulever. Ces rangs de cadavres désignent la place des combattants; la cavalerie était là, et plus loin l'infanterie. Des flots de sang ont rougi cette neige.

Deux chasseurs de la garde à cheval sont en vedette; ils stationnent le fusil en main.

Un aide de camp traverse au galop ce champ, où le bruit du canon a fait place aux plaintes des mourants; il s'avance vers les colonnes reformées pour être passées en revue par Napoléon.

éme

131 GHOS, SA VIE ET SES UUVHAGES.

La Bataille d' Eylau fut livrée aux regards du public à l'exposition de I80H; celle exhibition était brillante. Prudbon avait fait preuve de vigueur dans la Justice divine poursuivant le crime; il avait montré toute la suavité de son pinceau dans la Psyché enlevée par les zéphyrs. Les autres grands artistes avaient envoyé des ouvrages capitaux, et, tout en donnant de beaux échantillons de leur spécialité particulière, ils avaient, ainsi que Gros, payé le tribut à César, en représentant également Napoléon dans l'un des actes officiels de sa vie.

Guérin avait au salon Amyntas et Bonaparte ordonnant aux révoltés du Caire, Girodet avait peint Alala au tombeau et l'Empereur recevant les clefs de Vienne. Lu grand nombre de portraits, les Trois Ages et la Bataille a" Austerlitz étaient le contingent de Gérard. David ajoutait à sa réputation le succès des Sabines et du Couronnement. Il avait mis, en outre, un portrait en pied de l'empereur revêtu de ses habits impériaux. Si l'on apprécia diversement la valeur de ces productions rivales, on n'hésita pas à reconnaître la supériorité de Gros dans la manière dont il avait poétisé la ressemblance du chef de l'Etat.

Les émules de Gros se trouvaient à la gène dans leurs compositions d'histoire contemporaine : Gros était sur son propre terrain. Sa mise en scène frappa surtout l'attention. Tout en restant dans le vrai, sa peinture avait une apparence grandiose. Sa touche large et puissante, le ressort de sa couleur, le sentiment de l'expression des passious représentées, lui valurent un avantage mérité.

L'on blâma cependant la proportion gigantesque des figures du premier plan. C'était, dans l'esprit de Gros, et pour nous servir d'un terme usité, le repoussoir de cette grande machine. Cette critique était principalement motivée sur ce que celte disposition extra-naturelle devrait inévitablement amoindrir l'effet des autres toiles, au milieu desquelles Eylau pourrait être un jour en concurrence. Comme si l'on pouvait forcer un géant à marcher au pas ordinaire et à baisser son front sous un niveau commun !

(luand on examine aujourd'hui la Bataille d' Eylau, sur la paroi du salon carré, en face de la grande galerie du Louvre, d'où l'on voit cette admirable peinture à une distance convenable, tous les

DISTRIBUTION DKS CROIX AUX ARTISTKS.

groupes prennent une harmonie relative, et justifient la disposition et l'économie de l'ouvrage.

L'exécution d'Eylau répond à l'élévation de la pensée. La touche est judicieusement variée en raison de la nature des objets. Les plans largement et fortement accentués des figures du premier rang reproduisent habilement les descendants des Scythes et l'âpreté de la saison; le type des têtes répond aux actes de chacun des personnages. Les draperies sont heureusement agencées, malgré l'exiguïté des uniformes; il est vrai que Gros les a, autant que possible, enrichis par des fourrures ; mais les vêtements des chefs seuls en portent; les habits étroits des soldats en sont dépourvus.

Les chevaux sont peints comme Gros savait les peindre : le cheval de l'Empereur et celui de Murât sont d'une étonnante vérité : ces animaux vivent et se meuvent.

Le coloris de la Bataille d'Eylau ae soutient, par la vigueur et l'opposition de teintes solides et transparentes avec la difficulté résultant de l'effet de la neige. La chaleur et la hardiesse de la brosse ont pu neutraliser les exigences de cette condition expresse.

La Bataille d'Eylau rendit plus saillante encore l'originalité du talent de Gros et le constitua l'historien officiel de nos fastes militaires. Elle restera comme l'une des productions les plus populaires de notre école.

11 existe une belle et grande planche d'Eylau. Nous la devons au burin intelligent de Vallot, dont la manière de graver était la plus propre à bien rendre le sentiment de l'original. Gros fut satisfait de la traduction ; c'est en faire assez l'éloge.

A la suite de l'exposition de 1808, l'Empereur Ht une distribution de croix de la Légion d'honneur à plusieurs artistes. Gros n'avait pas encore été porté sur le travail du ministre; à deux reprises, l'Empereur avait inscrit de sa main le nom de son peintre en téte de la liste. Le jour solennel arriva. Déjà l'on avait appelé les élus : il ne restait plus de cordons à remettre; l'auteur de la bataille d'Eylau n'avait pas été cité; son anxiété devenait de plus en plus vive : avait-il été oublié par erreur, ou sciemment exclu?

Aucune de ces hypothèses n'était la véritable. Le tout-puissant rémunérateur avait voulu jouir malicieusement du naïf embarras de Gros, et lorsque ce dernier, croyant tout fini, s'apprêtait à se retirer avec un sentiment d'amertume au cœur, l'Empereur détacha de sa poitrine sa propre décoration, et la remit aux mains de son protégé, doublement agité par l'effusion de son bonheur et de sa reconnaissance.

Ce haut encouragement, donné par le chef de l'État aux beauxarts, vint exciter l'émulation générale. On voulut consacrer le souvenir de cette cérémonie. Les peintres et les sculpteurs se réunirent pour charger l'un d'eux, à l'aide d'une souscription, du soin d'en retracer l'effet sur une grande toile. Gros fut unanimement choisi pour remplir cette intention commune.

Voici comment Gros avait disposé cctte-scènc (fig. 30). Au milieu du salon carré du Louvre, en face du tableau du Sacre de David, l'Empereur, la tète uue, est debout au centre des officiers et des princesses de sa suite. A sa gauche est Duroc, portant la boite contenant les insignes. A coté, se trouve la reine Hortense donnant la main à son enfant ; Joséphine est en avant de ce groupe ; elle est suivie de sa dame d'honneur. Derrière elle, on voit le public empressé de regarder le souverain, et s'avançant autant que le permettent les lois de l'étiquette. On reconnaît Denon sur un plan plus reculé : il est à la droite de Napoléon, remettant à David la croix d'officier. Le chef de l'école française s'incline respectueusement en recevant cette nouvelle faveur.

Sur le premier plan, et formant un demi-cercle autour du maître, on distingue successivement Girodet, Gros, Prudhon, Carie Vernet, Cartellier, Gérard etGuérin. Ces deux derniers ont le ruban attaché à leur boutonnière : ils ont été faits chevaliers à une précédente promotion, ainsi que Carie. Les autres sont de la création de ce jour ; leur geste l'indique : ils portent la croix à leur habit, pour l'y suspendre.

Une foule immense est entre eux et l'issue donnant entrée dans la grande galerie, dont la perspective agrandit l'espace.

Les officiers de la maison impériale occupent l'angle gauche de la composition que nous avons sous les yeux. Elle est dessinée

LE PRINCE Jul'SOtTOFF.

à la plume, sur papier blanc, et touchée avec assez d'esprit pour conserver aux télés leur ressemblance. De larges bacbures , à l'encre ou au crayon de mine de plomb, suffisent pour en faire pressentir l'effet, iiros en avait commencé l'ébauche sur une toile de grande dimension : elle est restée inachevée.

iiros aimait surtout les sujets où le cœur et l'imagination avaient une large part. Il no put se résoudre à terminer un travail de longue haleine, iutéressant pour les personnages représentés, mais sans importance réelle aux yeux du public, (iros n'était pas homme à se contenter de faire un simple appel nominal. Il préféra rendre les fonds remis entre ses mains pour prix de l'exécution de cette toile, et personne, après lui, n'osa donner suite à ce projet.

(iros a l'ait, en 1809, un portrait du prince Jousoupolf en costume tartare. 11 monte un coursier fringant, dressé sur ses pieds de derrière, et il en modère l'ardeur, en serrant la bride de manière à ne pas entraver la souplesse de ses mouvements (tig. 31).

Le visage du prince s'encadre dans les fourrures de son habit, à manches étroites, et de son bonnet surmonté d'une aigrette. Il porte le pantalon large; un manteau court est placé sur ses épaules, et se soulève au balancement imprimé par l'élan du cheval ; un carquois garni de flèches est suspendu près de son sabre à lame recourbée : sa main droite élève un arc.

11 y a beaucoup de grâce dans ce groupe. Le prince se tient en selle avec une aisance parfaite, indiquant une adresse toute particulière et une connaissance exacte de l'art de l'équitation.

Le dessin est pur et correct; le coloris est frais et harmonieux. Les détails sont traités avec goût et d'un manière savante et facile.

La jeunesse et la vie répandues dans le visage et les gestes de Jousoupoff charment et attirent. L'allure du cheval est saisissante de vérité. Le laisser-aller des jambes antérieures fait une heureuse opposition avec la contraction musculaire de celles qui supportent le poids du corps de l'animal et celui du cavalier. La queue

fillOS, SA VIE ET SES OUVRAGES.

se redresse et se joue avec l'air, circulant dans la toile et contribuant à donner un relief puissant h l'ensemble.

Le fond est un paysage où la végétation est rare.

Le cheval est copié, ligne pour ligne, d'après celui de Jérôme Bonaparte, dont nous avons parlé déjà. Certes, Gros n'était pas réduit à se reproduire ; la fécondité de son talent pourrait le mettre à l'abri de tout reproche à cet égard, si l'on croyait devoir lui en faire un à cette occasion. Voici, du reste, l'histoire de cette répétition.

Le père du prince Jousoupolf avait été vivement frappé de la beauté du cheval peint dans le portrait du roi de Westphalie. Il mit pour condition expresse, en commandant le portrait de son fils, que Gros le représenterait monté sur un animal semblable, en tous points, à celui dont la peinture l'avait si fortement impressionné.

Gros respecta ce désir honorable pour l'auteur : il ne fit que les changements indispensables pour mettre l'harnachement du cheval en accord avec le costume différent des personnages.

Ce portrait est l'un de ceux que les artistes ont le plus appréciés sous le double rapport de la forme et du coloris.

Nous indiquerons ici, pour mémoire seulement, un portrait en pied que Gros fit de Joséphine, cette même année 1809 ; il nous a été impossible de le découvrir. Nous savons que l'impératrice était représentée au milieu de son magnifique jardin de la Malmaison. Cette image fidèle de la bonne Joséphine était, nous assurc-t-on, une œuvre extrêmement distinguée. Cetle opinion nous paraît présumablé : on sait tout ce que Gros avait voué de reconnaissance à celle dont il avait éprouvé les bontés touchantes, et Gros était si heureux quand il pouvait trouver une occasion de témoigner sa vive gratitude envers son excellente protectrice !

Gros, lancé par ses succès sur la route de la fortune, avait depuis quelque temps l'intention de se choisir une compagne, afin de re-

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