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LA PRISE DE MADRID

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trouver, dans des relations avec une famille nouvelle, ce bonheur intime dont son cœur avait besoin. Il fit demander la main de M" e Augustine Dufresne. Cette jeune personne, douée des qualités les plus heureuses, appartenait à des parents justement estimés pour leurs vertus, et occupant dans le monde une position trèshonorable.

M. Denon, ami de M. Dufresne et de Gros, se chargea des démarches officielles à faire en cette circonstance ; son intervention eut le succès désiré : le mariage fut célébré le 31 juillet 1800. Il n'est point résulté d'enfant de cette union.

Les conquêtes de l'armée française, sur diverses parties du continent, ouvraient un vaste champ d'exploitation aux beaux-arts, au point de vue de l'étude des mœurs et des coutumes. Gros pouvait choisir. Il vit dans la prise de Madrid l'occasion d'empreindre une toile de la nature passionnée de l'Espagne, et d'exécuter des vêtements plus appropriés aux effets de la peinture que nos habits nationaux. Il se mit à la besogne avec sa fougue ordinaire.

Napoléon va décider du sort de Madrid placée sous le feu d'une artillerie formidable; les artilleurs sont à leurs pièces, mèche allumée, attendant le signal du bombardement. Le chef de l'armée française est debout, à l'entrée de sa tente; il a près de lui le prince de Ncuchàtel et un autre officier général ; deux grenadiers de la garde présentent les armes. Napoléon n'a pas encore exprimé sa volonté suprême ; il parle aux Espagnols, dont l'anxiété se manifeste en raison de la position sociale de chacun des membres de cette dépu talion.

Cette scène est d'un effet saisissant.

L'officier espagnol qui vient de porter la parole montre, par sa pose modeste, à quel point il désire une réponse favorable; néanmoins, on retrouve dans l'ensemble de ses mouvements corporels une fierté native, perçant à travers la réserve commandée au faible auprès du plus fort.

Deux moines se distinguent par la vivacité de leur pantomime : l'un a le front appuyé sur ses mains croisées et touchant la terre;

l'autre, assis sur se9 talons et le9 mains suppliantes, fait intervenir la religion au secours de ses concitoyens malheureux.

Près d'eux, on aperçoit des têtes où viennent se peindre des sensations diverses. Là le patriotisme espagnol se révèle sous l'expression de la haine, contrainte de céder à la force.

Le désir de la vengeance brille dans le geste de celui qui se mord les doigts et rêve une revanche éclatante.

Le premier plan est occupé par un Espagnol dont l'œil semble lire sur le visage de Napoléon la possibilité d'un accommodement : dans cet espoir, il étend les bras vers les artilleurs, en . réclamant une suspension au moins provisoire. Cette prière est répétée et transmise par deux autres; leur main insiste avec conviction, pour empêcher de mettre le feu aux amorces.

La résignation absolue apparaît dans l'attitude d'un ecclésiastique baissant son visage vers la terre, où il appuie les mains.

Derrière ce prêtre, un Espagnol, les mains fortement pressées sur sa poitrine, promet à la clémence la reconnaissance du cœur. Il forme un heureux contraste avec celui dont les mains jointes se contentent de supplier, 9ans faire un aussi généreux appel au vainqueur.

Gros a procédé dans l'arrangement de ses personnages, en laissant à sa narration toute sa fougue, sans se préoccuper, comme on le remarque dans les tableaux de David, de la disposition méthodique des lignes. Elles sont ici le résultat de l'expression de la pensée et n'en restreignent pas la limite.

Le peintre de la Prise de Madrid a voulu d'abord caractériser la nationalité espagnole. 11 en a réuni les traits principaux : il les a fait ressortir par d'habiles contrastes, et les a produits sous leur apparence particulière.

On peut reprocher à cette toile une lumière un peu trop également répandue. Le mouvement de l'Espagnol, sur le premier plan, est forcé. Gros a été sans doute au delà de son intention, en donnant à Napoléon trop de calme et de modération. Son héros est un peu froid et moins bien réussi que dans liylau.

L'historien n'a pas oublié la juste défiance des Franniis en présence d'un implacable ennemi, maniant le poignard avec un»- ex-

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