LA BATAILLE DES PYRAMIDES
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bientôt enlevé les retranchements. Les Mamelouks en fuite se précipitèrent aussitôt en foule sur leur gauche. Mais un bataillon de carabiniers, sous le feu duquel ils furent obligés de passer à cinq pas, en fil une boucherie effroyable. Un très-grand nombre se jeta dans le Nil et s'y noya.
« Plus de quatre cents chameaux chargés de bagages, cinquante pièces d'artillerie, sont tombés en notre pouvoir. J'évalue la perte des Mamelouks à deux mille hommes de cavalerie d'élite. Une grande partie des beys a été blessée ou tuée. Mourad bey a été blessé à la joue. Notre perte se monte à 20 ou 30 hommes tués et à 120 blessés, etc. »
Gros ne s'est pas appliqué, cette fois, à montrer les efforts du courage récompensés par la victoire; il a voulu constater l'influence puissante de la parole du chef sur l'armée, et il a concentré tout l'intérêt de sa composition sur l'allocution préliminaire de Bonaparte, à l'instant où l'orateur guerrier prononce ces mots devenus légendaires : Soldats ! du hai t de ces monuments, quarante siècles vous contemplent !
Bonaparte est monté sur un cheval blanc, dont les formes élégantes et le riche harnachement révèlent l'origine arabe. Le généralissime s'adresse à ses officiers, rangés en cercle autour de lui. Il leur montre, de la main droite, les Pyramides placées vis-à-vis d'eux, et vers lesquelles il tourne la face palmaire de son autre main élevée. Ce geste exprime avec bonheur que, de ce point, on est en vue du sommet de ces masses indestructibles : c'est la traduction graphique de la pensée émise de la bouche du héros, f Le chapeau galonné de Bonaparte balance un panache de plumes flottantes ; les parements de son habit sont couverts de broderies et d'or; son pantalon collant disparait inférieurement sous une botte «à revers, posée à plat sur un étrier à large surface. Une ample ceinture tricolore entoure ses reins. 11 est assis sur une selle haute, accompagnée d'une housse élincelante de dorures, ainsi que l'étui des pistolets d'arçon.
Le cheval, un moment retenu, va s'élancer; sa bride n'est plus tendue ; son œil s'anime; ses naseaux soufflent ; sa bouche laisse échapper une écume blanchâtre; sa tête est coiffée selon l'usage
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des indigènes ; son pnitrail est armé d'une pointe saillante et ciselée avec luxe.
L'enthousiasme de l'état-major éclate dans l'expression des visages et dans l'agitation spontanée des sabres. Il rappelle des noms illustres. Voici, sur le premier plan, Murât, la tète nue et serrant fortement la poignée de son sabre abaissé. Il est solidement établi sur un cheval brun, présentant sa croupe en raccourci; la selle est d'un travail précieux; la housse est enrichie de sequins suspendus à son bord frangé. Le cheval de Murât se recule en arrière, afin de laisser le passage libre au fier animal placé sous Bonaparte.
Viennent ensuite, en continuant l'ordre de position, Duroc, depuis grand maître du palais impérial ; le Polonais Sulkouski, dont la vie ne devait pas se prolonger au delà de cette journée ; Alexandre Berthier, chef de l'état-major général ; Junot, sur le point de cueillir les palmes de Nazareth; enfin le jeune et incorruptible Eugène Beauharnais, simple sous-lieutenant alors et depuis vice-roi d'Italie. 11 termine le groupe du eu lé droit du tableau.
A la gauche, en partant du bord du cadre, on aperçoit Dcsaix, que l'Egypte a surnommé le Sultan juste, et dont le noble cieur a cessé de battre à Marengo ; Rampon, devenu célèbre par la défense de la redoute de Montenotte; Bertrand, dont le nom est le symbole populaire de l'amitié constante aux jours de l'infortune; Lassalle, qui. plus tard, fit capituler Stettin, malgré les ellbrts de la lVusse. Bampon, qui a survécu à ces braves, les a rejoints aujourd'hui.
Étrange destinée ! ceux d'entre eux qui portèrent ensuite une couronne, eurent la fin la plus déplorable. Mural tomba sans gloire, fusillé dans un étroit espace; Napoléon est mort à Sainte- Hélène !
Au premier plan, et à l'angle gauche de la toile, sont groupés ensemble un Arabe, un Ethiopien et un Turc. L'est un trophée d'hommes que (îros a mis aux pieds du vainqueur. L'Arabe est renversé; d'une main, il s'appuie sur son bouclier; son bras droit allongé semble implorer la clémence du chef français, conjointement avec le Turc, étendant également son bras droit, et présentant aussi la main droite ouverte; l'autre main écarte son gilet et