‹ GrosChapitre 21 sur 66 · LA BATAILLE DES PYHAMIDKS · texte numérisé non relu

LA BATAILLE DES PYHAMIDKS

. montre une large blessure béante à la poitrine ; un turban orne sa téte ; elle a un caractère grandiose et fortement écrit.

L'Éthiopien est couché sans vie sur les deux. II n'a pas quitté son bouclier, et sa main est encore passée dans la courroie de son casse-tétc. Ses pieds sont entre les sabots du cheval de Murât ; son col repose sur la hanche droite de l'Arabe, dont le corps est aussi dans un état complet de nudité ; son burnous est rejeté sur le dos et retenu seulement par le haut ; on n'en voit que l'attache et la partie couvrant le front. Le Noir n'a qu'un petit caleçon, et rien ne cache ses formes lisses et immobilisées par la mort .

Le fond du tableau est rempli par les Pyramides, la masse des Mamelouks dont lavant-garde vient d'engager le feu, et, plus en avant, par les lignes françaises.

L'action, dans la Bataille des Pyramides, ne pouvait pas offrir autant de chaleur que dans les compositions précédentes. L'éloquence des faits l'emporte sur l'éloquence de la parole. Cette dernière est seulement figurée ici. Puis, nous n'entendons qu'une phrase de la harangue militaire. L'attitude de Bonaparte la rend bien aux yeux de ceux qui la connaissent dans le texte ; mais pour tout autre elle serait, il faut le dire, inintelligible.

11 en est, du reste, ainsi, de tout fait historique reposant sur une pareille base. Si l'on pouvait jamais oublier l'inspiration du général en chef, on lirait toujours sur la toile de (Jros : Allocution du commandant avant la bataille. Sous ce rapport, la composition est parfaitement comprise et compréhensible. Les acteurs écoutent bien. Les plus Agés suivent le discours en gens habitués à ces exhortations. Les plus jeunes se laissent emporter à l'exaltation produite en eux. La présence, en cet endroit, des trois Orientaux abattus ne serait pas justifiée, si l'auteur n'avait voulu nous donner une idée rétrospective des succès déjà remportés par l'armée française, et nous faire préjuger le résultat de la bataille imminente, par celui des combats précédents.

Gros désirait aussi montrer à quels hommes on s'attaquait. Le système musculaire de l'Éthiopien, la force herculéenne du musulman, la structure nerveuse et sèche de l'Arabe, sont traitées de main de maître dans ces figures, formant entre elles de vives oppo-

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sitions de dessin et de couleur. Un modelé soutenu, savant et vrai, des types bien écrits, sont les qualités principales de ce groupe, où l'auteur a pu se mettre plus à l'aise que dans les figures des nôtres, vêtus avec la parcimonie et l'étroitesse des habits français.

Le caractère distinctif de nos officiers n'est pas moins saillant. Celui qui parait intrépide dans sa pose et aimer la représentation, c'est Murât; voici l'enthousiaste Sulkouski, le candide Beauharnais, le brave Rampon et l'ardent Duroc.

L'expression mélancolique de Desaix tient plus aux regrets du peintre qu'à la physionomie ordinaire du modèle : cette tète a été peinte de mémoire et sous l'impression d'un douloureux souvenir.

Le cheval blanc est d'une hardiesse étonnante. Le cheval de Mural est moins heureusement exécuté.

Le ciel chaud, le terrain sablonneux, les monuments disent assez que la scène se passe en Égypte. La ressemblance des traits • popularisés de Bonaparte ne laisse aucun doute sur l'époque et le moment du fait historique fournissant le sujet du tableau.

La Bataille des Pyramides est sagement conçue. Elle ne comportait pas ces moyens énergiques, ces puissants ressorts mis en œuvre dans les grandes machines de Jaffa, à'Aboukir cl d'Eylau. Ce n'est pas, à proprement parler, une bataille, mais sa préface. Les têtes s'échauffent et se préparent à la lutte.

Si I on compare le travail de (îros aux allocutions représentées dans les bas-reliefs de Rome, on verra combien il l'emporte sur ses devanciers. Il a répandu de l'animation et de l'intérêt sur une donnée ingrate et difficile. Cros a taché d'en racheter le peu d'éléments par une exécution soignée.

Le nu des trois ligures orientales lui a fourni l'occasion de rappeler le peintre à'Aboukir et le savant dessinateur. L'Arabe est d'un modelé ferme et vigoureux. Les muscles sont accusés par des plans justement placés. Le raccourci de la jambe gauche est admirablement bien senti. Le nègre est étudié de même : les lumières déterminant les saillies sont posées hardiment et rendent parfaitement le luisant d'une peau huileuse et fine. La tête du Turc est construite à la façon de Michel-Ange.

L'opposition de ces trois natures entre elles est très-pittoresque.

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