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LA BATAILLE DE WAGRAM

Gros a dû se plaire à reproduire les modèles de Jaffa et à'Aboukir. 11 se retrempait avec bonheur dans les études spéciales de l'atelier. II y trouvait une heureuse diversion à la confection fastidieuse des uniformes de notre nation ; et sans les chevaux dont il pouvait embellir ses compositions de batailles, il aurait pu les prendre en aversion. Ces animaux sont ici pleins de vigueur : ils vivent, ils marchent, ils prennent une part active à cette scène.

Gros a peint la Bataille des Pyramides en 1810 ; elle fut exposée cette même année, et valut à l'auteur les sincères applaudissements des artistes et du public.

Le talent dont Vallot avait fait preuve en gravant Eylau, le fit choisir par Gros pour éditer au burin les Pyramides. Vallot a exécuté, d'après celte peinture, une planche où la conscience du traducteur a conserve l'esprit et le sentiment de l'original.

De la terre des Pharaons, nous passons aux champs de Wagram (fig. ( 32).

L'affaire est engagée depuis longtemps : il s'agit d'en finir avec un adversaire opiniâtre, disputant le terrain pied à pied. L'empereur a remarqué le côté faible de notre position. Il ordonne un mouvement d'artillerie qui doit décider en sa faveur le gain de la bataille. Placé sur le second plan, l'empereur désigne de la main l'endroit où il faut se rendre; il communique directement les ordres nécessaires. 11 retient un instant l'ardeur de son cheval, dont l'élan témoigne une surexcitation belliqueuse. Ce fier animal tourne la tète du côté de la fusillade ; il pose sur trois jambes ; la quatrième se fléchit impatiemment; le raccourci déterminé par sa direction fait une opposition heureuse avec le corps de Napoléon, agissant dans un sens inverse et présentant la face au spectateur.

A la droite de la toile, est un canon, la bouche dirigée en avant ; il est escorté par deux artilleurs emportés au galop de leurs chevaux, dont on aperçoit seulement la croupe.

Chacun de ces cavaliers se retourne vers l'empereur. Le plus éloigné tient son sabre contre son épaule. L'autre fait le salut militaire en portant la main à sa coiffure ; il recueille avec respect,

et tout cri continuant sa course, les indications de Napoléon.

Derrière lui sont deux officiers supérieurs de sa suite ; l'un d'eux est le prince de Ncuchatel et de Wagram. Ils témoignent un sentiment involontaire de crainte et de douleur en apercevant Bessières blessé, entre les bras d'un grenadier et ceux du colonel Lejeune.

Le maréchal a perdu momentanément ses forces; ses genoux fléchissent; son corps s'affaisse ; il n'a pas quitté cependant son bâton, insigne de son rang. On lui dispose une couche improvisée ; un grenadier étend un vaste manteau ; d'autres entrelacent leurs fusils de manière à former un dossier.

Le bataillon ému n'a pu s'empêcher de jeter un cri en voyant tomber son chef. Le bataillon s'est arrêté spontanément; les soldats qui le composent se sont distraits un moment de la grande préoccupation du jour, pour offrir cette haute marque d'intérêt au brave qui vient d'avoir son cheval frappé sous lui par un boulet, et se débattant dans les convulsions d'une cruelle agonie.

Le quadrupède se roule sur le dos ; ses membres s'agitent, sa tête se redresse, et son col fait de vains efforts pour ramener le corps dans une position normale; ce ne sera bientôt plus qu'une masse inerte : la blessure est mortelle. Gros n'a pas reculé devant l'extrême difficulté des raccourcis et de l'expression à donner à cette dernière lutte ; il nous y intéresse ; notre éloge au peintre est accompagné d'un regret pour son modèle.

Le cheval lie les deux groupes principaux de la composition; le train d'artillerie, l'empereur et les deux suivants forment le premier; le bataillon de grenadiers, deux autres officiers supérieurs et Bessières soutenu sont les éléments du second.

Le fond est occupé par nos troupes et celles de l'ennemi. La fumée de la poudre obscurcit en partie le ciel et se confond avec les nuages. Des aides de camp traversent le terrain, où se déploient des lignes d'infanterie et de cavalerie.

L'ordonnance de cette grande esquisse est disposée avec intelligence ; la confiance du chef dans la manœuvre qu'il commande est parfaitement justifiée par le zèle et la promptitude mis à lui obéir.

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