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LA BATAILLE DE WAGHAM

11 semble voir défiler le train d'artillerie, sur l'effet duquel repose le succès de la journée. Le mouvement de ressaut des cavaliers éperonnant leurs chevaux ou les frappant du fouet, l'agitation causée par la présence de l'empereur, ne laissent aucun doute sur l'enthousiasme et la réussite des efforts de ce corps d'élite.

Gros a mis en usage un artifice ingénieux pour faire comprendre la rapidité de la course de cette colonne : elle se présente en raccourci et se détourne de la voie directe, seulement à une distance assez reculée. Le passage presque subit de la proportion géométrique des figures en avant, à la diminution perspective de celles qui s'enfoncent dans la toile, nous fait croire que nous avons eu très-peu de temps pour regarder passer les premières, et qu'elles sont déjà bien loin.

On s'explique donc aisément cette illusion ; l'auteur a trouvé le moyen de fixer d'abord nos regards sur la partie antérieure, en la rendant brillante, et il les fait arriver de suite, par la dégradation instantanée des teintes successives, à un plan fort écarté du point de départ.

Cependant la figure de l'empereur attire, la première, l'attention, par le jeu de la lumière et la vérité du geste. 11 est posé de façon à ne pas voir Bessières recevant, de la troupe placée à sa gauche, une grande marque d'attachement el d'estime.

Ce sont deux faits qui se passent en même temps ; mais ils sont racontés, en quelque sorte, l'un après l'autre, par la manière dont Gros a disposé sa narration, en distribuant ses teintes et ses lignes, en raison de l'importance des différents chapitres.

L'esquisse de Wagram occupe une surface de huit pieds six pouces sur cinq pieds huit pouces; elle a été commandée parle prince Alexandre Berthier de Ncuchatel, et fait partie de la galerie de Grosbois.

Cette peinture était au salon de 1810. Les comptes rendus d'alors la mentionnent avec éloge. On signala surtout l'entente habile de la composition et le mouvement de la portion remplie par l'artillerie, mouvement d'autant plus sensible que, par opposition, Gros a suspendu pour un instant l'ardeur des soldats, vivement impressionnés par la blessure de leur chef. Ce contraste contribue

puissamment à montrer cet élan admirable des artilleurs, chargés de faire pencher la bu lance du côté des Français.

Les détails sont exécutés avec soin : la pièce de canon, enlevée au galop, est d'un ton et d'un relief irréprochables. Les chevaux sont étudiés et peints avec une connaissance exacte de leur structure et de leurs habitudes ; le cheval de Bessières oll're une immense difficulté vaincue ; l'artiste ne peut que saisir à la hâte de pareils raccourcis, et, pour les rendre avec ce sentiment, il faut un pinceau savant et preste.

La couleur générale est vigoureuse. Les tons grisâtres du ciel et de la poussière amènent d'heureux repos ; ils font valoir et avancer les objets et les personnages du premier plan. L'esquisse de Wa- (jram a été lithographiéc.

Le pinceau de Gros va se reposer maintenant sur des sujets de moindre importance.

Il existe un portrait en pied du roi de Westplmlie, faisant pendant avec celui de sa femme ; tous deux ont été peints par Gros : ils présentent assez d'intérêt pour en faire une mention toute particulière.

Jérôme a le costume officiel des princes de l'empire, entièrement blanc, à l'exception seulement de la toque en velours noir, ornée d'un brillant et entourée d'ornements d'or simulant une couronne. Sa pose est simple : le corps repose sur la jambe droite ; la main de ce côté tient un sceptre ; elle s'appuie sur l'arèle d'une table, recouverte d'un drap de velours rouge, avec franges d'or, décoré de l'écusson westphalien. Ce meuble est chargé de deux in-folio dorés sur tranche, reliés également en velours rouge et portant pour inscription : celui de dessous, le mot Weslphalic, et celui de dessus : Code Napoléon. Ce dernier volume sert de base à la couronne du royaume de Weslphalie.

Une tenture verte cl parsemée d'abeilles est au fond ; le lapis de pied est de la même couleur. Ces tons vigoureux ajoutent au relief des étoffes de soie et donnent de l'éclat au visage, seule partie des chairs à découvert. Les plumes de la coiffure, la collerette à

LA KKINE l>E WESTPHALIE.

tuyaux, le manteau court jeté sur l'épaule gauche, l'habit serré par une ceinture en tissu d'or, et fermé sur la poitrine, les jambes et les pieds dessinés sous le satin qui les couvre, communiquent un peu de froideur à l'ensemble.

On peut blâmer le mouvement de la main gauche, tenant l'épée avec une certaine affectation excluant la grâce.

La tète est ressemblante ; les détails, et surtout les décorations, sont touchés avec une grande facilité ; c'est une toile d'apparat, dans laquelle Gros était trop restreint : il fallait suivre méticuleusement une coupe d'ajustements mesquins, tout en cherchant le faste. La vie du frère de l'empereur n'offrait rien qui pût fournir un motif caractéristique, permettant de répandre quelque poésie sur une stricte représentation des exigences de l'étiquette observée à la cour impériale.

Le portrait de la reine de Westphalic est supérieur au précédent, sous le double rapport de l'agencement de la composition et du dessin des nus. La fille du roi de Wurtemberg est une femme de forte complexion ; elle est blonde et en a toute la fraîcheur; elle se tient debout ; son visage est tourné de trois quarts ; ses yeux regardent le spectateur avec bienveillance. Un riche diadème de pierreries étincelantes orne son front, sur lequel se jouent de légères boucles de cheveux ; des diamants sont suspendus à ses oreilles ; un collier de perles s'étale en double rang sur sa poitrine ; un corsage élevé, selon la mode du temps, se termine immédiatement au-dessous du sein.

Deux bouffants de satin, relevés d'or et surmontés d'un feston ogival, couvrent le haut d'un bras ferme, potelé, terminé gracieusement par une main modelée avec amour et d'un dessin pur et coulant; trois rangs de perles forment un bracelet au-dessus du poignet.

A la ceinture se rattache une grande robe ouverte sur le devant: elle est d'un beau velours nacarat, portant des abeilles d'or et doublé de satin et d'hermine ; elle se déroule en larges plis, et se continue par une queue allongée.

154 f.HOS, SA VIE ET SES OUVRAGES.

Une robe d'un tissu transparent et brodé de fils d'or est passée sur un dessous de satin, ne laissant apercevoir que le bout du pied droit; la main droite est posée sur des gants placés à l'angle d'une table, recouverte d'un velours bleu, et supportant un coussin de velours rouge, sur lequel on voit une couronne semblable à celle qui se trouve dans le portrait du roi de Westphalie.

Derrière la reine, est un trône en or, dont l'étoffe est assortie à la couleur du tapis, frangé d'or, cachant la table. Une draperie, verte comme celle du parquet, est relevée : elle permet ainsi de voir une grande porte cintrée, ouvrant sur un palier borné par une balustrade. Ce palier sert d'issue pour descendre dans le parc, dont on découvre les hautes charmilles sur une petite portion de ciel.

Cette disposition architecturale donne une grande profondeur à cette toile, où l'air circule et dégrade habilement les plans divers.

La tète, remarquable par sa ressemblance, est peinte avec simplicité; des ombres transparentes, et cependant vigoureuses, la modèlent en lumière, sur un fond obscur et vaporeux. Le bras et la main gauches sont, sans contredit, les parties les mieux traitées. La fossette formée au coude par l'extension naturelle de l'extrémité supérieure, le pli résultant de la flexion vers l'articulation du bras et de l'avant-bras, sont rendus avec une finesse étonnante. Ciros aimait à reproduire ces gracieux détails, accusant l'étude vraie de la nature et répandant un charme particulier sur l'exécution par leur naïveté.

(Jros a tiré tout le parti possible d'une mode outrageant la structure humaine, en déterminant la taille au-dessus de la place assignée par le rétrécissement du tronc, vers le haut des hanches. Néanmoins, on est frappé de la noblesse du maintien et de l'art avec lequel le peintre a déguisé les imperfections de son modèle.

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