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ESQUISSE DE LA. COUPOLE

Napoléon avait atteint le faîto de la puissance. L'individualité du chef de l'empire se manifestait partout. Au dehors, l'empreinte de son pas était, en quelque sorte, l'estampille de la France. Au dedans, l'empereur était l'âme et le cœur de l'État ; son épée était le blason de la grande armée; son sceptre tenait lieu du sceptre de la loi. Le temps était venu de consolider le berceau de sa dynastie, afin d'assurer l'avenir de la nouvelle monarchie élevée sur le pavois militaire. Chaque monument public offrit une inscription pour l'histoire du héros législateur, un écho pour sa gloire.

Ce fut dans le temple consacré aux grands hommes par la patrie reconnaissante que Napoléon l" voulut dresser l'acte de baptême et de consécration de sa race. 11 désigna Gros pour en rédiger la formule dans la langue universelle de la peinture.

Pour préserver cet acte authentique des atteintes du temps, les précautions préparatoires les plus convenables furent prises par une commission spéciale nommée à cet effet, et composée des plus savants chimistes d'alors. MM. Thenard et Darcet confectionnèrent un enduit solide et durable pour recouvrir la cnlottc interne de la coupole supérieure du Panthéon, où le peintre allait retracer les quatre origines des diverses dynasties, ayant successivement régné sur la France.

Le sous seing privé relatant les obligations respectives des parties contractantes, l'artiste et le ministre de l'intérieur, établit dans sa teneur un fait historique curieux : l'intention formelle de

Napoléon de rendre le Panthéon à l'exercice du culte catholique ; nous en transcrivons ici le texte entier, d'après l'original même.

« Je soussigné, Antoine-Jean Gros, peintre d'histoire, membre de la Légion d'honneur, m'engage envers Son Excellence le ministre de l'intérieur à peindre la calotte du dôme du Panthéon, et à y représenter, dans la proportion de figures de quatre mètres, une gloire d'anges emportant au ciel la châsse de sainte Geneviève ; au bas, Clovis et Clotilde, son épouse, fondateurs de la première église ; plus loin Charlemagne, saint Louis ; et, à la partie opposée, Sa Majesté l'Empereur et Sa Majesté l'Impératrice consacrant la nouvelle église au culte de cette sainte.

« Je demande pour cet ouvrage la somme de trente-six mille francs, qui me seront payés en trois termes, savoir : douze mille francs lorsque ma composition sera terminée et arrêtée par Son Excellence, et que je pourrai me mettre à peindre; douze mille francs lorsque mon ouvrage sera avancé aux trois quarts; et les derniers douze mille francs lorsque, l'échafaud retiré, on pourra jouir de la vue du plafond.

« 11 ne me sera fourni, pour m'en faciliter l'exécution, que le plancher actuel, qui ferme l'ouverture de la première calotte. Tous autres ustensiles , tels qu'échelles doubles , marchepieds , tréteaux, etc., etc., seront à ma charge, et je ne pourrai rien revendiquer pour leur payement ou loyer.

« Je m'engage à terminer cet ouvrage dans l'espace de dix-huit mois, si la calotte est fermée au 1" janvier prochain, et de deux ans si elle ne l'est qu'au mois de juin 1812.

« Paris, le 1" août 1 SI 1 .

« Signe : Gros. »

Et au-dessous :

« Approuvé, Paris, le 9 août 1811.

« Le ministre de l'intérieur, comte de l'empire, « Sitjnc : Montalivet. »

En vertu de ce contrat, Gros soumit à l'approbation ministérielle le projet dont nous allons donner la description (fig. Xi).

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