ESQUISSE DE LA COUPULE
Au centre d'une composition circulaire, trois anges, dans l'attitude d'une vénération profonde, élèvent aux cicux la châsse d'or de sainte Geneviève. Ces enfants, aériens par l'élégance de leurs formes et le ton transparent des chairs, se détachent sur un fond lumineux, où l'on aperçoit des têtes de chérubins composant une couronne au-dessus de la sainte relique.
A la droite de cette Gloire est un ange portant la houlette, modeste attribut de la patronne du monument.
A gauche, une autre créature angélique tient dans ses mains une couronne de roses blanches, symbole virginal de l'innocence et de la pureté de l'âme de la simple bergère.
Quatre groupes principaux remplissent l'espace inférieur le plus rapproché de la circonférence. Les souverains français dont le nom commence une ère monarchique en sont les données poétiques. Clovis, Charlemagne, saint Louis et Napoléon se suivent dans l'ordre chronologique de leur règne. Tous sont agenouillés sur des nuages, dont l'ensemble indique une apothéose commune, et rattache ainsi l'un à l'autre chaque épisode d'un seul poëme national .
Vêtu de la tunique bleue des Francs, et les épaules recouvertes d'un manteau de pourpre, Clovis a la couronne en tète et le front incliné. Il tient de sa main droite le signe distinctif de la royauté ; son bras gauche est soutenu par la main de Clotilde, qui l'attire à une foi nouvelle. La main de Clovis marque, par son extension, l'adhésion de l'idolâtre converti. Sa femme semble achever de convaincre le royal néophyte; elle occupe sur la toile une place analogue à son rôle dans cette circonstance ; son corps, noble et souple, se développe avec fierté près de son époux.
Derrière eux, un ange fait remarquer leur union ; un second s'est emparé du globe, emblème de la nationalité française; il repousse un troisième enfant chargé d'une enseigne des Romains : leur pouvoir a cessé.
Grand dans son geste excentrique, Charlemagne étale les plis d'un large manteau; son front médite; il est orné d'un brillant diadème. Sa longue épée est fixée à son ceinturon. L'index de sa main droite puissante parcourt des caractères tracés sur un livre,
m r.iios, sa vie et ses ouvrages
supporté par deux anges d'un mouvement gracieux. Sa main gauche ne fléchit pas sous le poids de la boule surmontée d'une croix, et elle la maintient avec fermeté. Hildegarde s'elîacc presque entièrement près du colosse de la royauté. Un beau profil abaissé, des mains jointes et deux genoux suppliants sont tout ce que l'on distingue de la reine.
Plus humble dans sa pose que son prédécesseur, saint Louis est enveloppé d'un manteau bleu, fleurdelisé et doublé d'hermine; ses yeux sont levés vers le ciel : il lui fait hommage de son titre de gloire chrétienne; ses mains montrent avec onction la couronne d'épines, due à son épée victorieuse, et rapportée de Palestine comme un trophée de son pieux pèlerinage. Sa chaste épouse se tient, avec recueillement et respect, à distance du prince religieux.
Sur un plan secondaire, des anges balancent l'étendard flottant des croisés.
Voici maintenant le siècle de Napoléon le Grand. L'attitude du guerrier-législateur est grandiose; le sceptre sur lequel il s'appuie touche à sa formidable épée; des lauriers ombragent son front. Le costume impérial se déploie avec dignité sur sa personne auguste ; la main qui a renversé tant d'empires se porte vers le monument qu'il rend au culte de la divine protectrice de Paris.
A la droite du héros, est l'impératrice des Français; elle enlace de ses bras maternels le fils qui resserre encore ses liens d'épouse.
Cet enfant porte déjà la couronne de fer; il est debout entre ceux dont il a reçu le jour; son regard se dirige vers l'empereur, dont il doit plus lard occuper le trône; sa petite main joue avec le grand cordon de la Légion d'honneur, couvrant en partie sa poitrine; son bras droit prend un appui solide sur le bras droit de son père ; une légère tunique blanche laisse à nu ses jambes délicates. Le royal enfant se rejette en arrière, impressionné par la crainte de tomber de si haut.
Comme accessoire de ce magnifique groupe, un ange, soutenant le code des lois napoléoniennes, tend son autre main vers une mappemonde confiée aux soins d'un habitant des cieux, du même Age : pensée ingénieuse exprimant l'influence de cet immortel recueil sur les destinées de l'univers entier.