LA COMTESSE DE LASSALLK
place, dans la série historique de la coupole ; d'autres travaux forcèrent le peintre à la laisser inachevée longtemps encore.
Reprenons l'ordre chronologique des travaux du maître.
Le portrait équestre de la reine de Westphalie , exécuté sur une grande toile, en 181 1 , est l'un des plus importants de Gros. La reine est assise sur un cheval ardent. Une longue robe dessine la taille et laisse voir, sous des plis ondoyants, les extrémités inférieures, disposées avec une convenance et une grâce parfaites. Une toque, ornée d'une aigrette, accompagne le visage et la chevelure, et complète le costume d'amazone. Un collet monté sort du haut de son vêtement, serré par une ceinture et fermé par des brandebourgs ; les manches, bouffantes sur l'épaule, sont collées sur le bras; elles se terminent par une fourrure.
La main droite de la reine tient une cravache dirigée mollement vers la croupe du cheval. Celui-ci déploie avec élégance et vigueur ses jarrets nerveux ; sa longue crinière et sa queue flottante ajoutent à l'aspect général et rendent le mouvement plus sensible.
Le fond du tableau représente le jardin du palais de Cassel, élevé dans le lointain. On a pu blâmer le ton grisâtre un peu trop prodigué dans cette composition, mais on y reconnaît partout une main savante et consciencieuse.
La réputation de Gros se répandait en Europe. L'Italie, témoin des premiers efforts du peintre, ne resta pas indifférente à cet entraînement général. L'Académie de Saint-Luc fit remettre à Gros un diplôme de membre; il lui fut décerné dans la séance du 1 7 novembre 1811, sous la présidence du célèbre Canova.
Une femme va servir de modèle au nouvel académicien.
Le portrait en pied de la comtesse de Lassalle est une œuvre capitale, où l'on voit que le pinceau du portraitiste a été tenu par un peintre d'histoire.
M"' de Lassalle est vêtue d'une robe de velours noir et d'une toque de môme étoffe, ornée d'une plume blanche retombant sur l'épaule.
Cette dame est sous l'impression d'une perte irréparable. Elle ne peut détacher ses douloureux regards du buste en marbre où revivent les traits du général, son illustre époux, mort à trentequatre ans, frappé d'une balle au front, au moment où la bataille de Wagram venait d'être gagnée.
Les yeux de la jeune veuve sont humides de larmes ; sa main droite tient un mouchoir ut le presse avec un sentiment profond d'amertumu.
On est ému devant cette expression si vraie et si digne. On partage, on respecte, cette expansion de l'âme oppressée, et l'on repose sa vue avec bonheur sur cette gracieuse petite fille, cherchant ingénument à tirer sa mère d'une préoccupation pénible. Idée heureuse et touchante! Elle oppose le riant avenir de l'enfance aux souvenirs d'un passé sans retour. Elle voile une tombe sous un berceau, et convie aux douceurs consolantes de la maternité la femme que la mort a privée de son époux. La fille de M™ 1 de Lassalle est coiffée à la Titus ; elle porte une robe blanche entourée de dentelles, et laissant voir des épaules fraîches et rondes, d'une grande naïveté d'exécution. Des bottines rouges, garnies d'astrakan, forment la chaussure. L'enfant a saisi la main et le bras gauches de sa mère, avec ses deux mains potelées et roses, et s'efforce d'attirer une attention trop longtemps détournée. Un regard affectueux fait également un tendre appel à l'auteur de ses jours ; il semble lui demander une caresse, avec ce dépit charmant et câlin, si naturel à cet âge, sans parvenir encore àl'enlramer hors de cette enceinte, où l'aimable petite fille n'occupe pas exclusivement le cœur endolori de l'affligée.
Cette scène est palpitante d'intérêt; Gros a mis un soin tout particulier à la peindre. Le visage de M" e de Lassalle est plein de noblesse et d'animation ; ses bras nus et ses mains sont dessinés avec pureté. Sa fille est le type de cette candeur enfantine, ayant besoin d'amour et de protection. Il y a dans son ensemble une grâce admirablement sentie : elle contraste habilement avec la dignité