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LA PUISE DE CAPRÉE

de la veuve du général de Lassalle ; c'est le sourire qui renaît après la douleur.

Cette pensée, comme toutes colles qui sont grandes, vient du cœur. Celui de Gros se ressouvenait de lu bienveillance de la femme de Léopohl Berthier : elle lui prêtait à Gênes, et dans le palais Doria, son salon pour atelier. Elle profitait de sa haute influence, en faisant obtenir à son protégé des travaux lucratifs et propres à suffire aux exigences d'une position précaire.

Le maître dut jouir doublement du bonheur de pouvoir immortaliser, dans ce chef-d'œuvre, le souvenir de la vive gratitude du jeune artiste, obligé de travailler pour vivre, et de trouver ainsi le moyen de progresser dans sa carrière.

Gros fut comblé d'éloges au salon de 1812. On admira la composition, le dessin et la brillante couleur de cette toile, digne en tout point de faire le pendant de celle du général de Lassalle.

Le fond est d'une élégante simplicité : M"" de Lassalle est dans un petit salon au rez-de-chaussée ; un tapis à rosaces couvre le parquet ; un canapé s'adosse à la paroi faisant face au spectateur.

A la gauche du cadre, est un piédestal, supportant le buste du général, vu de profil.

A l'opposite, et dans le fond, une porte, garnie de rideaux entrecroisés supérieurement, est ouverte. Cette disposition permet d'apercevoir les planB éloignés d'un jardin, dans lequel des enfants s amusent à jouer.

La lumière, disposée avec art et dégradée avec ménagement, éclaire d'une teinte mélancolique les accessoires, et laisse briller convenablement les carnations; il en résulte une harmonie attachante; elle conduit doucement notre vue de la mère à l'enfant, et lie intimement ensemble la mémoire de celui qui n'est plus, aux regrets de sa veuve, en nous associant à ce témoignage d'une noble et constante affection.

La prise de Caprée, par Lamarque, avait eu un retentissement immense; Gros voulut écrire, pour la glorification de nos armes, une page aussi belle. Elle méritait un semblable historien.

Joseph avait cédé le trône de Naples à Joacliim Murât. Le nouveau roi prit la résolution de se rendre maître de Caprée, alors occupée par les Anglais, sous le commandement de sir Hudson Lowe, d'exécrable mémoire. Lamarque fut désigné pour cette périlleuse expédition.

Le 4 octobre 1808, à trois heures du matin, on vit sortir de Naples soixante bâtiments de transport, montés par quinze cents hommes. Ils avaient été choisis parmi les carabiniers et les grenadiers de l'armée française et napolitaine. Une partie appartenait à la garde royale. Un renfort de quatre cents hommes vint de Salerne, rejoindre la flottille en mer.

Le général Lamarque, commandant en chef, était secondé par les généraux de brigade Montserat, Destrées, Pignatelli, et les adjudants divisionnaires C. Thomas et Chavard.

Une frégate, une corvette et vingt-six canonnières protégeaient la petite armée. La mer était très-houleuse : on ne put atterrir immédiatement. Les Anglais eurent le temps d'organiser leur système de défense.

Cinq cents des nôtres débarquèrent sous le feu d'une vive fusillade. Les grenadiers royaux et les chasseurs corses s'élancèrent les premiers, sous la conduire de l'adjudant C. Thomas. Ils furent bientôt suivis de nos braves.

Mais ce débarquement était la moindre des difficultés: il fallut débuter par s'emparer de la hauteur d'Anocapri, dominant l'île entière et ses forts. Nos soldats n'hésitèrent point.

Des éohelles sont appliquées contre le roc à pic. Malgré les balles anglaises, on gravit des sentiers coupés, de distance en distance, par des fossés et des retranchements, défendus par deux bataillons du régiment royal de Malte. Ils furent faits prisonniers de guerre; huit cents des leurs furent amenés à Naples.

Dès que les Français se furent installés sur cette assiette formidable, le commandant anglais réunit ses forces dans les postes fortifiés de Saint-Michel, de Saint-Constant et dans le fort Majeur, afin d'attendre des secours. On ne pouvait les empêcher d'arriver; il devenait urgent de conquérir la partie basse de l'île.

Une seule voie était ouverte pour y descendre. C'est un escalier

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