LE DUC DE BELLUXE
volume égal. Gros s'est soumis strictement aux lois de 1 étiquette, isolant les princes et ne permettant pas au peuple de les approcher; il a placé trop d'intervalle entre les empereurs et les personnages environnants : cette disposition nuit évidemment à l'économie de son ouvrage. On dirait que l'artiste a voulu prévenir l'objection et se justifier d'avance, en nous montrant cet officier, spécialement chargé de contenir les habitants et de les maintenir à une distance respectueuse. Gros aurait pu ne pas suivre cette consigne militaire. Sa toile eût été plus nourrie, s'il nous est permis de nous exprimer ainsi. Dans beaucoup de ses portraits, Gros s'est montré véritablement peintre d'histoire : le peintre d'histoire a fait ici la besogne d'un peintre de portrait, du reste fort habile.
Ce tableau, peint en 1812, fut exposé cette même année. Vallot vient d'en terminer la gravure au burin, avec une exactitude scrupuleuse; elle ne nuit en rien à l'harmonie de l'ensemble.
Le portrait en pied du duc de Bellune est une commande officielle.
Claude- Victor Perrin, duc de Bellune, est en grand costume. Le bâton de maréchal, appuyé sur la cuisse, est soutenu parla main droite. La gauche tient le chapeau à plumes, et presse de sa face dorsale la hanche de la jambe sur laquelle se reporte le centre de la pondération corporelle. L'épée du maréchal est suspendue à son côté. Le grand cordon rouge se déploie sur la poitrine, au milieu d'autres décorations. Une ceinture, tissée d'or, serre un habit où l'or serpente en broderie. Le reste de l'ajustement est en soie blanche. Les souliers ont la rosette de satin blanc, étoffe dont est doublé le manteau, jeté largement sur les épaules et retenu par un gros cordonnet d'or, terminé par deux glands de même métal. Des gants recouvrent les mains.
Le duc de Bellune est debout sur un perron, borné, au fond, par une balustrade, et, sur le côté gauche de la toile, par des marches. Un bout de ciel et un pilastre complètent les accessoires.
La pose est noble et pleine d'aisance. Elle contraste singulièrement avec celle de Masséna, décrite plus haut, à l'occasion du beau
lîKOS, SA VIE ET SES UllVHAGES.
portrait de cet illustre général. Ici, nous voyons l'homme de talent; c'est l'homme habitué à coucher sur la dure, qui se manifeste principalement dans Masséna.
Les chairs du visage prennent une grande fraîcheur et beaucoup de force sous les cheveux blanchis, ombrageant le front. L'œil est plein de vie : la physionomie est vraie et fine.
La différence des tissus entre eux est habilement observée. Les rares plis, formés par le jeu des mouvements, sont disposés avec goût; ils font sentir convenablement les articulations et la forme musculaire du nu. Un dessin coulant ajoute au brillant des teintes vives le charme d'une exécution facile.
On peut reprocher à cette peinture la diffusion de la lumière. Elle distrait les regards du spectateur du point important où ses yeux devraient se fixer d'abord, la face résumant tout le modèle. Cela tient à la blancheur de la soie sur les extrémités inférieures. L'auteur n'a pas assez sacrifié ces parties. Ce défaut était commun alors. La conscience apportée par David dans ses ouvrages invitait à suivre son exemple. Gros n'a pas toujours pu s'affranchir des idées du jour en crédit auprès des artistes. Cette disposition est un reflet de l'époque impériale.
Gros va prendre une revanche éclatante de ces exigences. Le seizième siècle lui fournit un sujet pittoresque ù traiter.
rit. ts.
FRANÇOIS I er ET CHARLES-QUINT