LE GÉNÉRAL FOURNIER
Quint, bien reconnaissablc h son profil, à son costume noir, et surtout à l'extrême réserve de son maintien.
La différence du caractère des deux rois se reflète jusque sur leurs chevaux. Celui de François I' f se soutient sur les pieds de derrière ; il baisse la téte et semble obéir impatiemment au frein qui modère son élan. Le cheval de Charles-Quint pose sur trois pieds ; il y a moins d'animation dans son allure ; on voit l'animal contraint par l'habitude à modifier son ardeur naturelle.
A l'angle droit de la feuille est un hallebardier vu de dos; des arbres se groupent à l'opposite.
L'église de Saint-Denis déploie sa riche façade dans le fond.
Ce croquis, rehaussé de peu de hachures, et par la largeur plus ou moins accentuée du trait, est un des plus remarquables de Gros. On regrette vivement, en voyant cette première idée, qu'elle n'ait pas été mise à exécution, pour faire un pendant à la précédente.
Telle qu'elle est, elle a une valeur réelle ; elle nous fournit un nouvel exemple de la manière de procéder de l'auteur ; ici , sa pensée a trouvé le secret de se faire comprendre par la simplicité môme et la vérité de la pantomime.
Le portrait en pied du général Fournier appelle notre examen.
Il est représenté en uniforme de colonel de hussards, avec les insignes de maréchal de camp sur les manches. Ce costume convient parfaitement à l'homme et fait ressortir ingénieusement le caractère décidé, si connu, du militaire.
Son attitude est bien choisie : il porte arrogamment son corps sur la jambe gauche, derrière laquelle passe le fourreau de son sabre. Le poing gauche est fortement contracté sur la hanche ; le mouvement imprimé au bras par cette situation, soulève l'épaule et ajoute un air de dédain à l'expression de l'ensemble.
La main droite serre vigoureusement la poignée du sabre nu, placé au-devant de la jambe comme une menace instantanément réalisable.
La tète est encore animée par la colère et l'indignation.
Un parlementaire a osé lui remettre une sommation insolente.
184 GltUS, SA VIE ET SES OUVRAGES.
Elle est maintenant sur le sol, déchirée en plusieurs morceaux; elle atteste la résolution inébranlable du général de s'ensevelir plutôt sous les ruines de Lugo que de rendre cette ville confiée à sa garde, et dont on voit une partie dans le lointain. Cette détermination intrépide eut un plein succès.
Sur un plan plus rapproché, le parlementaire s'en retourne les yeux bandés ; il est conduit par deux grenadiers, dirigeant sa marche et le soutenant. Sans apercevoir le mouchoir qui le prive de l'usage de la vue, on jugerait aisément à sa démarche, qu'il ne peut faire usage de cet organe.
De l'autre côté de la toile sont des pièces d'artillerie disposées pour la défense de la place. Le shako du général est près de lui sur le terrain.
Ce portrait est digne de fixer l'attention par la manière dont Gros a caractérisé ce personnage important; il ne craignit pas, un jour, de forcer la consigne de l'empereur et de pénétrer dans sa tente, malgré ses ordres absolus.
Cette peinture est largement traitée. Le coloris en est brillant et vigoureux ; la pale en est solide ; les fonds sont exécutés par frottis et avec une touche spirituelle : cette méthode, excellente pour aller vite, offre malheureusement peu de chances de conservation. Déjà des parties ont été altérées par l'inexpérience d'un prétendu restaurateur de tableaux.
Le portrait du général Fournier fut classé parmi les meilleurs ouvrages de ce genre au Salon de 1812.
Nous ignorons si Gros fut officiellement chargé de peindre la Reddition d'Ulm; nous possédons, sur ce sujet, son esquisse à la plume (fig. 37); elle est faite avec sentiment ; l'air y circule, bien que peu d'ombres viennent indiquer comment l'auteur voulait éclairer cette scène.
Dans le fond, on aperçoit la ville couronnée par des hauteurs ; leur ligne est interrompue par la fumée de la poudre.
Napoléon est à cheval ; son état-major est derrière lui, et se prolonge jusque vers l'angle gauche de la feuille, où caracole un