DÉFAUT DE LOUIS XVIII
entrouvert : les jambes sont recouvertes de guêtres attachées au-dessous du genou par-dessus le pantalon ; la chaussure est noire.
Cet ensemble, lourd et disproportionné, rappelle si bien la corpulence du modèle, que la vérité de la copie fait oublier le disgracieux de la forme.
La main droite du roi s'étend vers l'un de ses officiers, inclinant la tête, vue de profil, et joignant les mains à la hauteur du menton.
Entre eux est un officier de la garde nationale; son geste appelle la confiance du fugitif, qu'il regarde avec inquiétude.
Plus loin, et à partir de la droite de Louis X VIII, est un autre officier, plus âgé ; sa physionomie révèle un chagrin sincère ; derrière lui, des mains s'élèvent et s'agitent : elles attestent que l'on peut compter sur elles.
En suivant toujours la môme direction, on voit des visages dans la stupeur; on croirait entendre des exclamations de regrets.
Vient ensuite le colonel de la garde nationale, Acloque : il est décoré de la croix de la Légion d'honneur et de la fleur de lis, rapprochées l'une de l'autre. Il jette un regard de compassion sur le roi contraint de fuir ; le colonel a les doigts entrelacés ; ses mains fortement serrées sur la cuisse , la demi-tension de ses bras , témoignent une affliction profonde, sans force réactive.
A son côté droit, un simple garde national, dont la tête est aussi de profil, montre, dans son regard et dans ses mains jointes, l'expression d'une prière adressée à Dieu, pour la conservation des jours du roi et sa prochaine réinstallation.
En approchant de l'angle droit de la toile, est un garde du corps ; il tient dans la main droite une valise et un manteau : des bottes a 1 ecuyère et des éperons le désignent comme appartenant à la cavalerie; il se retourne pour entraîner un de ses camarades.
Ce dernier dirige son oreille vers une croisée : le doigt indicateur gauche est levé et demeure immobile. 11 écoute avec soin les clameurs venant du dehors : plus de doute, le peuple arrive et fait irruption dans le palais. Le mouvement des yeux de ce garde n'est pas moins expressif. Le reste du visage rend bien ses émotions rapides : on y lit l'anxiété, le regret, la colère; sa main a saisi spontanément la poignée de son sabre, que la volonté de Louis XVIII
200 C.MiS, SA VIE ET SES OUVRAGES.
rend iuulile. Ce courageux serviteur est de trois quarts ; le cavalier se présente de côté.
Entre ces deux tètes, et sur un plan plus éloigne, se détache un vieux grenadier présentant les armes; son front est plein de tristesse et de découragement.
Cet état de l'Ame est encore plus vivement senti dans les deux profils des domestiques, en face de la fenêtre ; leurs regards abattus laissent deviner leur peine intime : celui qui joint les mains avec ardeur paraît demander grâce à la foule, accourant pour installer le nouveau maître.
A la gauche de Louis XVIII, et s'approchant de sa personne, est un groupe d'officiers supérieure. Le duc de Duras, gentilhomme de la chambre du roi , le touche presque. Ce seigneur semble compter les instants : il est impatient de sauver le monarque déchu ; le duc de Duras ne fait cependant aucun geste ; son attitude est celle du respect: il a son chapeau sous son bras.
Loin de lui se tient un officier général se livrant à toute l'exaltation d'une passion surexitée. D'une main, il porte son chameau; il dirige l'autre main et Télève Vers celles des gardes nationàUx du fond; il assure de leur concours la masse des amis du château, échelonnés sur les degrés de l'escalier, situé vers l'angle gauche du cadre et conduisant à l'étage supérieur.
En procédant de bas en haut et de dedans en dehors, nous distinguons, sur la dernière marche, une toute jeune fille, debout et reportant respectueusement son corps en arrière, à la vue du roi. Elle est de profil : ses traits et sa main droite expriment un étonnement admiratif; son autre main est dans celle de sanièrc, placée au-dessus et douloureusement émue , à l'aspect de cette scène d'une séparation inévitable. Lne robe rouge, échancrée à sa partie supérieure, laisse à découvert les épaules de cette jeune femme; sa tète est chaudement colorée et pleine de sensibilité.
En avant de cette dame éploréc est une autre personne de même condition; une robe noire et un châle vert composent son costume et dessinent les contours de son corps souple et dégagé, formant une opposition de mouvement avec les autres lignes de la composition. Elle s'abandonne entièrement à l'excès de son accablement