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DÉPART DE LOUIS XVIII

et cache son visage dans ses mains, afin do comprimer l'éclat de ses sanglots. Elle est soutenue par un personnage en habit de ville; il la considère avec attendrissement et s'efforce de là consoler.

Sur la même ligne et j)lus vers le centre, une jeune femme, l'œil humide et le teint anime par une vive émotion, presse dans ses mains son mouchoir inondé de pleurs. Cette pantomime remplie de naturel dit éloquemment : Est-il possible? que va-t-il advenir de cet éloignement? Nous pouvons traduire ainsi les paroles entrecoupées qui semblent sortir de ses lèvres palpitantes, tant la nuance du sentiment est vraie dans la physionomie et le geste de cette gracieuse figure.

Au-dessus et d'un 'degré plus élevé, s'élance un royaliste en secouant les bras pour les offrir aux conseillers du fugitif; un autre commensal du château place ses mains devant ses yeux, dans l'impossibilité de soutenir plus longtemps un pareil spectacle.

Plus haut, un œil levé vers le ciel et des mains jointes avec ferveur invoquent une intercession puissante.

Tout à fait au sommet, des chapeaux et des mouchoirs agités attestent la sympathie de leurs possesseurs pour le prince obligé de profiter des ténèbres de la nuit, afin de se soustraire aux dangers qui le menacent.

Deux domestiques, la tète nue et poudrée, selon l'usage établi à la cour de Louis XVIII, sont descendus déjà sur les marches continuant l'escalier en retour et conduisant au bas du palais. L'un est complètement vu de dos et dans l'ombre : l'autre se présente de profil et sous le foyer même des deux flambeaux dont ils sont porteurs. Cette lumière éclaire seule l'ensemble de la composition, tout en lui imprimant un caractère sombre, si bien en harmonie avec la situation.

Ces anciens serviteurs sont parvenus à un Age assez avancé. Leur vie a été consacrée à Louis XVII I ; ils l'ont suivi dans son premier exil; ils vont partager encore sa mauvaise fortune.

Ils échangent entre eux un coup d'œil significatif, rapide, résumant la pensée intime des assistants. C'est l'une des plus belles inspirations du maître et lune de ses combinaisons le plus savamment ingénieuses; en effet, un seul profil exprime l'intention de

GROS, SA VIE ET SES OU Vil AGES.

l'un el reflète l'expression de l'autre, dont nous ne voyons pas le visage. Le regard du premier dit ce qui se passe dans son âme : ses autres traits reproduisent, par réaction, l'impression éprouvée par le second, à ce signe interrogateur. Les muscles dans la prostration, les lèvres immobiles, la narine aspirant l'air à peine, ces symptômes d'un profond découragement montrent admirablement que, dans l'opinion de cet homme expérimenté, tout est fini pour les Bourbons.

Le plan le plus rapproché de la ligne de base de la toile est occupé par un garde national agenouillé devant Louis XVIII : ce jeune grenadier baisse la tête en exhaussant ses bras, dont l'un cache en partie ses traits. Son fusil est couché parterre, à côté de son bonnet à poil.

Cette figure est moins heureuse. Son geste appartient aux coutumes de l'Orient et non pas aux nôtres. Le dévouement élève l'homme, il ne l'abaisse point; la servilité seule prend cette allure. Gros a trop consulté, dans le choix de cette posture humilissime, les idées de l'ultra-royalisme d'alors, se prosternant aux pieds du fils de saint Louis, comme étant la personnification du principe de droit divin, en vertu duquel Louis XVIII prétendait régner.

La porte du fond est restée ouverte à deux battants, après avoir livré passage au roi. A travers son embrasure, on distingue une suite d'appartements, éclairés par des lustres, suspendus de salle en salle. Leurs jets brillants font un contraste poétique avec les teintes rembrunies, résultant du rétrécissement du foyer lumineux des deux flambeaux, assez rapprochés l'un de l'autre. Cet arrangement amène nécessairement un large partage de la lumière artificielle et de l'ombre : tout ce qui se trouve, relativement au spectateur, en face des flambeaux, en reçoit des rayons, dont l'intensité devient moins grande, en raison de la longueur et de l'obliquité de leur projection; les personnages et les objets placés, au contraire, entre nous et le foyer lumineux, sont vigoureusement ombrés ; ils servent de repoussoir, en couvrant le premier plan d'une obscurité favorable : elle est rendue plus puissante par les accidents des saillies, accrochant des parcelles lumineuses, fermement accentuées.

Cet effet de nuit est imposant. Cette transition des salons, où

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