BACCHUS ET ARIANE
deux côtés du visage et se relèvent en niasse, de derrière en avant, pour s'enrouler sur eux-mêmes et se fixer sur le sommet de la tête; puis un coloris lumineux, frais, plein de jeunesse et de suavité, dominant la blancheur de l'étoffe dont M" e Dessolles est si modestement parée.
Les chairs sont peintes d'une manière étonnante. L'élasticité de leur contexture et le velouté de leur tissu sont rendus avec une intelligence bien rare.
Le dessin est souple ; il est soigné sans sécheresse, noble sans prétention. Le col est modelé par des tons riches et transparents. La forme du bras est une imitation consciencieuse de la nature, tout en conservant cette sorte de maigreur appartenant à l'adolescence. Les mains sont étudiées avec une certaine recherche. Cependant leur position a dû sans doute être donnée par le modèle. Gros l'aura saisie et reproduite sans vouloir y rien changer.
Rien n'est apprêté dans ce beau portrait. Son expression virginale séduit au premier aspect. On est frappé de la candeur de la physionomie et de l'attitude, et c'est après avoir goûté le charme de cette inimitable peinture que l'on songe à s'enquérir des moyens employés par l'artiste pour arriver à ce résultat.
Point d'artifice dans l'arrangement, point de charlatanisme dans le travail. La nature seule a guidé le pinceau du maître. Cette œuvre précieuse ne sent ni la gêne ni la difficulté vaincue. C'est une création éclose d'un seul jet. Elle fut l'un des ornements du Salon de 1822.
David ne cessait pas d'aiguillonner son élève. Bacchus et Ariane est une tentative dans la voie indiquée par le maître.
Nous sommes dans l'île de Naxos ; Ariane est à demi couchée sur le rocher où elle était endormie quand l'infidèle Thésée abandonna perfidement cette compagne de sa fuite, la femme aimante à laquelle il devait une victoire éclatante sur le Minotaure.
Le jeune et beau Bacchus est assis près de la fille du roi de Crète et cherche à la consoler. La main droite du dieu est armée d'un thyrse : elle prête un point d'appui au bras d'Ariane, mon-
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trant, de son doigt frais et rose, une voile glissant à l'horizon. Son autre bras est dans la main gauche du consolateur, dont les soins commencent à toucher le cœur de la belle affligée; elle pleure encore; mais à travers les larmes échappées de ses paupières humides, on voit le rayonnement du sourire effleurant déjà ses lèvres, appelant le baiser, et ne laissant plus de place au regret. La pénombre produite par un voile agité par le vent, au-dessus de la tète d'Ariane, assombrit à peine son front et la portion du corps où elle se projette, et signale ainsi poétiquement un reste de tristesse, qu'un rien fera disparaître.
En effet, les yeux du conquérant des Indes sont pleins de cette douce vivacité qui suit le désir et précède l'amour heureux; il va compter un triomphe de plus. La couronne étoilée, mise par le peintre dans la main d'Ariane, indique également ce résultat. Elle rappelle qu'après avoir épousé la princesse de Crète, Bacchus plaça la couronne d'Ariane au nombre des constellations.
L'expression de la physionomie d'Ariane est fine et parfaitement appropriée à la situation.
(iros s'est inspiré, pour la rendre, des traits de la figure antique, comme il a emprunté au statuaire grec les formes et le caractère de Bacchus.
Le corps d'Ariane est souple et respire la grâce et la volupté; il est nu ; le bras est caché sous une draperie d'un ton jaune clair et recouvrant la portion supérieure des cuisses et des genoux, audessous desquels la toile s'arrête. Les extrémités inférieures du dieu sont également sous une draperie. Elle est d'un ton rouge pourpre et corrige par sa vigueur le coloris un peu rose des chairs.
Les accessoires se composent d'une panthère caressant son maître; du rocher servant de siège au groupe; d'un ciel bleu; d'une portion de mer venant balayer le rivage et balançant sur son sein le vaisseau du fugitif.
La lumière est répandue avec économie. Le coloris est plein de fraîcheur et do suavité.
Gros a fait une répétition de ce tableau, qu'il exécuta particulièrement pour répondre aux instances de David, désirant voir