‹ GrosChapitre 46 sur 66 · MÉDAILLE OFFERTE A DAVID PAU GM>S · texte numérisé non relu

MÉDAILLE OFFERTE A DAVID PAU GM>S

son élève s'occuper de la hante peinture historique et délaisser les habits étroits de notre époque contemporaine.

Celte toile charmante, exécutée pour le comte de Schombuom, fut achevée dans les premiers jours de l'année 1821. il en existe une répétition; elle fut exposée en 1822.

David écrivit à ce sujet à Gros : « Vous venez donc de terminer votre tableau de Bacchus et Ariane ; vous ne doutez pas du plaisir que j'aurais de le voir, mais je suis habitué depuis longtemps aux privations : celle-ci n'est pas la moindre. Patience, il faut souffrir pour une si belle cause. Vous faites aussi un tableau en petit pour le duc d'Orléans; petit ou grand, c'est toujours de l'histoire; je suis content que l'on vous tire des habits brodés, des bottes, etc.; vous vous êtes assez fait voir dans ces sortes de tableaux, où personne ne vous a égalé. Livrez-vous actuellement à ce qui constitue vraiment le peintre d'histoire; vous voilà sur ia route, ne la quittez plus

<« Pour la promesse, ou mieux pour l'espérance que vous me donnez que nous pourrons nous voir en Flandre, je ne vous presserai jamais de l'effectuer. Vous ne trouveriez pas dans ce pays de quoi satisfaire votre curiosité ; d'ailleurs, ne les avez-vous pas vus en France, ces tableaux qui attiraient les étrangers en Belgique? Produisez, mon ami, cela vaut mieux, et j'aime mieux sacrifier le plaisir que j'aurais à vous embrasser ici au plaisir de savoir qu'il

est sorti un nouveau chef-d'œuvre de votre main

« Votre ami éternellement dévoué,

« David. »

Cette lettre est datée de Bruxelles, le 1" avril 1821.

Gros a laissé un touchant témoignage de son culte pour son maître proscrit, en faisant frapper une médaille à l'effigie de David.

M. Galle s'empressa de concourir à l'accomplissement du vœu de son collègue de l'Institut, en s'aidant de ses propres souvenirs et des documents fournis par Gros. L'habile graveur acheva ce

monument d'une pieuse reconnaissance à la satisfaction de tous les amis des arts.

Le coin fut transporté à Bruxelles : c'est à l'hôtel des monnaies de cette ville que l'on tira plusieurs exemplaires de ce beau travail. Gros lit faire en or la médaille destinée à être donnée à David, et en argent celle qu'il voulut conserver pour lui-môme. Deux autres épreuves en argent et soixante autres en cuivre bronzé furent frappées pour être distribuées. Gros se chargea seul de ces frais. Tout fut terminé vers le mois d'avril 1822.

Gros avait fait en quelque sorte sa chose de cet hommage au grand peintre exilé : c'est avec une joie d'enfant qu'il en vit les premiers résultats. C'était lui, lui seul, qui avait conçu, conduit cette allaire, toute de sentiment, et soldé le prix de l'exécution : il y mettait sa gloire et son bonheur.

Kst-il besoin de rappeler que, à cette époque de la Restauration, on n'osait pas prononcer publiquement le nom des hommes ayant pris même une faible part aux luttes qui préparèrent et suivirent la Révolution de 1789?

David fut vivement ému de cet acte courageux, inspiré par le sentiment le plus honorable. Nous lisons à ce sujet dans une de ses lettres, adressée à son digne élève, de Bruxelles le 30 avril 1822 :

« Parlons de vous et des obligations sans nombre que je vous ai ; après tout ce que vous avez fait déjà pour moi, vous y ajoutez encore une douzaine de médailles pour moi et mes amis. Ah ! mon cher monsieur Gros, comment reconnaître jamais tant de témoignages réitérés d'une amitié malheureusement aussi rare? La postérité m'acquittera d'une dette aussi sacrée ; elle vantera vos talents et votre attachement pour celui qui vous a donné les premiers éléments d'un art dont vous avez reculé les bornes : laissons-la parler ; un mot d'elle vaudra mieux que toutes mes phrases. Le salon d'exposition est donc ouvert ; est-ce vous, mon bon ami, qui allez être le but de mire ? car vous savez qu'il en faut toujours un ; tout le monde n'a pas cet honneur. Je ne serais pas surpris qu'on yous opposât unThersite, comme Ulysse trouva le sien; Molière trouva le sien dans Scarron. lis vous en déterreront uu aussi ridicule.

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