‹ GrosChapitre 47 sur 66 · SAL'L · texte numérisé non relu

SAL'L

Laissons-les Taire ; vos ouvrages resteront, et leurs critiques feront un jour pitié. »

L'influence des instances de David se fait encore sentir dans le choix du Sattl.

C'est l'une des plus heureuses inspirations du maître. Cependant, à l'apparition de cette toile, la critique parut oublier toute la poésie orientale de cette composition, pour s'attacher exclusivement au reproche d'avoir jeté partout des reflets d'un rouge ardent. On jugera, par l'analyse de ce tableau de chevalet, si le peintre a mérité les amers sarcasmes qui lui furent prodigués à cette occasion.

Préoccupé de sinistres idées, le roi s'est retiré dans un lieu solitaire de son palais, où ne pénètre aucune lumière importune. Un lit de repos a reçu son corps, fatigué par une agitation incessante.

Près de là, ses armes sont réunies en faisceau ; sa lance redoutable est à son coté, comme une pensée de sang qui l'obsède dans la veille et le sommeil.

Une cassolette fume au devant d'une galerie conduisant aux marches d'un trône. Ce symbole distinctif de la majesté souveraine brille dans le fond et donne de l'étendue et de la magnificence à la scène.

C'est l'homme, et non le monarque, qui, dans un accès concentrique de fureur, s'est enveloppé d'un vaste manteau de pourpre. L'ombre dont il est environné s'harmonise avec les ténèbres de son esprit, fasciné par de lugubres fantômes.

Pendant cet état de concentration inorale, une draperie s'interposait entre le ciel et le malheureux déchu de sa grandeur. Cette draperie s'est doucement écartée sous la main d'une jeune fille, attentive et veillant avec amour et respect sur les jours de l'être infortuné que chacun craint et fuit.

Cet ange protecteur a laissé sur le seuil le jeune David, essayant avec sollicitude de donner aux accords de sa harpe une voix bienfaisante, propre à rappeler Saiil au sentiment de l'existence.

Déjà ces sons divins ont agi ; le iront royal se relève progressivement sous les plis qu'une main de Saiïl repousse en arrièr ,«. Le bras droit s'étend et semble interroger le vide. Le tronc s<- soulève ; la poitrine respire plus librement; un rêve affreux commence à se dissiper.

C'est de la porte, d'où viennent les ondes sonores, qu'arrivent également les rayons lumineux, dont l'eiïet physique annonce aussi la clarté renaissant dans l'intelligence obscurcie ; c'est l'instant du réveil de l'esprit et de la sensibilité. Saiil va reparaître. Sous la teinte sombre qui le voile encore, ou pressent le calme réparateur qui doit rasséréner ses traits. Le désordre de ses cheveux atteste le trouble intérieur, et le regard, perçant enfin la vitre de l'œil, indique un commencement de relation entre les facultés conceptives et le monde extérieur.

Pour éveiller les émotions que le spectateur doit éprouver à cette suave mélodie, l'artiste en a montré le rudiment dans les têtes des personnages secondaires entrevus dans le plan le plus reculé. Un vieillard, les maintes jointes, ajoute sa fervente prière aux sous qui vibrent à son oreille. Un Israélite s'abandonne entièrement au ravissement qui le transporte. Un soldat, ne comprenant que le cri du clairon, atteud dans le doute, le résultat d'un semblable moyen. Une suivante est frappée du bruit causé par le changement de position corporelle du roi.

On s'identifie aisément avec ces sensations diverses, à la vue du musicien inspiré par son dévouement. Toute sa personne est en action ; ses doigts ont une àme ; sa face est empreinte d'une confiance modeste; son pied marque la mesure. Le désir d'obtenir un succès se reproduit dans chacun de ses moindres mouvements.

La timide Michol fait un pas eu avant. Si l'une de ses mains a conservé quelque reste de crainte, l'autre s'élève; son corps souple et gracieux se projette vers l'objet de l'appréhension commune ; la sérénité reparait sur ce visage pur et virginal ; un léger sourire entrouvre des lèvres qui, l'instant d'auparavant, n'osaient laisser échapper un faible souffle. Ses yeux brillent de l'animation d'un consolant espoir.

Un ton mystérieux résulte de la réfraction du jour qui glisse sur

la pourpre désignant le rang du personnage principal, et donne à l'ensemble un caractère religieux d'unité.

La plus grande partie des détails sont modelés par les nuances locales d'un riche et savant clair-obscur, sous un climat brûlant.

Le style des ajustements, comme celui des figures, est parfaitement approprié au sujet. Le type israélite s'y retrouve avec le charme d'un harmonieux pinceau.

La tète de Saiil est conçue avec une rare entente du cœur humain. Le passage d'une émotion pénible à un état de bien-être est rendu d'une manière ingénieuse et vraie, par le mouvement combiné des muscles du visage et des gestes corporels prenant successivement plus d'excentricité.

N'est-ce pas un trait de génie d'avoir fait concorder le déploiement du manteau s'éclairant peu à peu, avec la lucidité graduelle arrivant à l'intelligence assombrie de Saiil? La donnée primitive pouvait-elle être traduite plus exactement que par celle analogie sensible?

La figure de la jeune tille, se présentant comme un ange consolateur et précédant un rayon du jour, est éminemment poétique et gracieuse. Son expression est naïve. Ses gestes sont naturels et interprètent clairement ce qui se passe dans son âme émue.

Le dessin est étudié sans mesquinerie. Les ajustements ont de l'ampleur et font sentir les dessous avec sagesse.

11 y a beaucoup de profondeur dans cette toile, dont les personnages sont d'une proportion fort au-dessous de la grandeur naturelle. Elle fut commandée parle duc d'Orléans pour la galerie du Palais-Royal et fut mise au Salon de 1822.

La petite esquisc du Saùl est touchée avec beaucoup de chaleur ; elle appartient à M" 0 Sarrazin de Belmont, habile peintre de paysages.

M. Monanteuil a fait un fort beau dessin du Saiïl. Le burin devrait le reproduire et le multiplier comme un des ouvrages les plus poétiques de notre école.

L'époux et l'artiste se sont unis dans le sentiment commun qui a présidé à l'exécution du portrait à mi-corps de M"' Gros.

La femme de l'auteur est représentée sur le devant d'un petit escalier conduisant de l'atelier de Gros aux appartements qu'il occupait, au troisième étage, dans une maison de la rue des Fossés- Saint-Germain des Prés, au numéro 14.

M" 1 " Gros tient d'une main un livre de croquis, et de l'autre la balustrade des marches servant de passage. Derrière elle, on aperçoit l'intérieur de l'atelier dans lequel se trouve Gros, en train de peindre son tableau de la Visite de François I" et de Charles-Quint à Saint-Denis. Dans le même endroit, on distingue une partie de l'immense toile de la Peste de JafJ'a, recouverte à moitié par un rideau vert. Le buste de David est en évidence sur le poêle. C'est, en quelque sorte, une scène de famille, où M"* Gros joue le rôle le plus en vue.

Cette dame est habillée avec une robe de cachemire rouge pourpre ; son col et ses bras sont nus; la tête est d'une ressemblance frappante ; un regard doux et spirituel, un sourire bienveillant et digne, une tenue modeste, disent assez les qualités du cœur et de l'esprit du modèle. L'étroitcsse des vêtements des femmes à cette époque, ne nuit pas sensiblement à cet ensemble savamment conduit.

Les chairs ont une carnation magnifique ; la tôte est modelée et coiffée avec goût; le col est gracieux; les bras sont dessinés et colorés avec une vérité remarquable ; la forme des mains est pure, élégante et fine.

La lumière, distribuée avec art sur la figure principale, attire subsidiairement l'attention sur les tètes de David et de Gros, placées sur un plan reculé.

M"* Gros était belle alors de sa jeunesse et de sa santé brillante. Elle est morte, après avoir eu la douleur de survivre à son illustre époux. Veuve, elle a consacré les dernières années de son existence à rendre un culte pieux à la mémoire du grand peintre, par des actes multipliés d'une générosité bien rare. Nous avons été souvent à même d'apprécier les effets de son inépuisable dévouement. Nous ne révélerons pas tout ce que son cœur élevé, bon et sensible lui a suggéré dans ce but si digne et si noblement poursuivi ; elle aimait à faire le bien dans le silence; nous respecterons sa réserve. Cependant, il nous sera permis de dire hautement, à cette occasion,

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