UNE JEUNE FEMME ET SON ENFANT
à découvert un corps et des membres musculeux. Des javelots, dont la pointe est baissée, sont dans sa main droite ; la gauche tire, à elle, la bride des quatre chevaux impatients qui traînent le dieu. Il s'arrête devant la Modération, jeune blonde, ayant les cheveux ramassés en arrière et le front ceint d'un bandeau blanc étoilé. Elle s'appuie sur un tronçon de colonne, à la hauteur de son coude, qui s'y pose. Elle présente à Mars un mors et une bride. Son attitude est guindée, à force de chercher le calme convenable à cette allégorie. Elle est vêtue d'une draperie bleue couvrant toute sa personne, moins le haut de la poitrine, les bras et les pieds.
La Victoire plane au-dessus du dieu de la guerre et le couronne. Elle tient dans la main gauche l'extrémité des rênes. La tète plafonne ; elle est d'un beau style et noblement accusée. Ses longs cheveux noirs sont flottants et heureusement massés. Ses ailes sont déployées. Les bras, le sein droit et les pieds ne sont pas cachés sous des draperies et se distinguent par une forme belle et pure et par un ton riche et chaud. Une tunique, d'une teinte rouge pourprée, dessine les contours et sert, par la légèreté de ses plis et sa disposition pittoresque, à justifier l'ascension de la Victoire. C'est la figure la mieux sentie et la plus largement peinte. A l'horizon, on aperçoit les colonnes d'Hercule dominant la mer. A l'angle droit de la toile est une espèce de trophée d'armes, jetées sur le sol. Le ciel est orageux ; l'éclair écarte la nue.
La lumière est distribuée avec une heureuse mesure sur ce groupe, excepté sur la Modération, qui, nous devons le dire avec indépendance, est au-dessous de la manière habituelle de Gros. Cette fois encore, il a dépassé le but; ce n'est pas l'intelligence, mais la main qui lui a fait défaut en cette circonstance.
Ces plafonds ont été peints pendant les années J 827, 1828 et 1829; dans cet intervalle, une ordonnance du roi, du 9 avril 1828, éleva Gros au grade d'officier de l'ordre de la Légion d'honneur.
Le 16 novembre 1829, firos fut élu membre du conseil de l'Académie d'Anvers. 11 s'occupait alors de peindre une Jeune femme et son enfant.
278 UIIOS, SA VIE ET SES UUVUAtiES.
Ce doulilc portrait so compose avec grâce. Une femme, dans tout l'éclat do la jeunesse et de la beauté, tient son enfant dans ses bras et lui sourit avec amour.
La petite fille est coiffée avec une toque de velours, garnie d'une étroite dentelle. Elle porte une longue robe d'un ton violâtre. Un fichu d'un jaune vif entoure son col. Elle est sevrée depuis peu de temps, car sa petite main se dirige encore instinctivement vers le sein de sa radieuse mère.
Celle-ci a pour vêtement un simple corsage, ne cachant rien de la poitrine et laissant le sein à demi découvert. Ses bras sont nus : le gauche, dont on voit la saignée, se perd dans l'angle du cadre. Le bras droit est entièrement passé sous la robe de l'onfant, qu'il hausse et soutient.
La tête de la mère rappelle les suaves cçéations du Corrége. Elle est blonde; la forme tient de l'antique; la couleur appartient aux carnations des productions flamandes. Un joyeux sourire anime ses lèvres vermeilles et ses yeux bleus. De blonds cheveux accompagnent ses tempes arrondies. Un col, gracieusement balancé, réunit harmonieusement la tète et de belles épaules ; l'épaule droite sert d'appui à la téte de la créature ingénue, résumant, dans des traits fins et corrects, tout ce que l'on admire dans le doux visage de celle qui l'a mise au monde. En effet, voici les mêmes yeux bleus entourés de cils noirs, longs et soyeux ; une chevelure dorée apparaît sous la coiffure; la vie étincelle sur ces joues, dont l'incarnat velouté ressemble aux tons d'une pêche, colorée aux rayons d'un soleil ardent. Le sang circule sous la pulpe délicate de ces lèvres, où l'on voit poindre un rire naïf, annonçant la joie pure et sans réserve de l'enfance.
Le peintre s'est complu dans cette délicieuse image de l'intérieur de la famille. 11 est regrettable que la toile n'ait pas eu plus de surface; la composition eût encore gagné à être plus à l'aise ; cependant rien ne choque dans cette agglomération charmante. Un coloris frais et brillant, une exécution large et facile, appellent l'attention sur cette peinture, faite, ou plutôt achevée en 1830.